Grièvement blessé, il est emméné dans une prison où il est jeté dans une cellule à même le sol. Durant 4 jours, il est interrogé et battu. Au 5ème jour, quand les nord-vietnamiens découvrent qu'il est le fils d'un amiral américain, il est transféré dans un hôpital où il reçoit des transfusions de sang et de plasma. Au bout du 10ème jour d'hospitalisation, un membre du bureau politique du Parti communiste vietnamien lui annonce qu'il va parler à la télévision française. Suite aux menaces qu'il encourrait pour la suite de son hospitalisation si il persistait à refuser, John McCain obtempère et reçoit la visite du journaliste français de l'ORTF François Chalais. Ce dernier diffusera dans cinq colonnes à la une les images de McCain déclinant son identité et en donnera une copie à l’épouse du pilote [5].
En mars 1968, il parvient pour la première fois à se tenir debout et à marcher mais il est alors placé pendant deux ans en isolement total. Suivront ensuite 5 années de mauvais traitements, de solitude et d’angoisse. Prisonnier de guerre, il est ligoté et humilié régulièrement par ses geoliers qui lui cassent à nouveau le bras ainsi que quelques côtes [6]. Roué de coups pendant des jours ou suspendu par ses bras fracturés, il en vient à signer des confessions de piraterie aérienne, avant de tenter de se pendre dans sa cellule[7].
En juin 1968, il refuse, par solidarité avec ses camarades, une offre de libération anticipée lorsque ses geôliers, réalisant que son père venait d'être nommé commandant en chef du United States Pacific Command, ont espéré en faire une opération de propagande [8]. En décembre 1969, John McCain est transféré à la prison de Hoala, le « Hanoi Hilton », construite par les Français en 1945. Cette fois, il n'est plus en isolement total et peut communiquer avec d’autres Américains, notamment un compagnon de cellule qu’on lui adjoint. A plusieurs reprises, il refuse de rencontrer des délégations étrangères de pacifistes venues à Hanoï ce qui lui vaut de nouveaux coups et blessures [9].
En janvier 1972, son père, amiral en chef de la zone Pacifique fait bombarder Hanoï par les B-52 en dépit des risques pour son fils, toujours prisonnier du Việt Cộng [10].
Libéré en mars 1973, après avoir survécu à ses blessures, aux humiliations, aux coups, aux tortures et à 2 années de confinement solitaire, John McCain est décoré à son retour par le président Richard Nixon.
En 1977, il devient officier de liaison de la Navy au sénat des États-Unis.
En 1981, le capitaine McCain quitte la Navy le jour où, coïncidence, son propre père est enterré au cimetière national d'Arlington. Il est alors titulaire d'une multitude de décorations honorifiques et prestigieuses comme la Silver Star, la Bronze Star, la légion du mérite ou encore la Purple Heart.
John McCain a depuis pardonné les personnes qui l'ont torturé et s'est consacré à sa carrière politique.
Carrière politique
Le sénateur John McCainEn 1982, quand le député républicain de l'Arizona, John Jacob Rhodes, renonce à solliciter un nouveau mandat à la chambre des représentants des États-Unis, John McCain fait acte de candidature pour lui succéder. Lors de la campagne, à son adversaire démocrate qui le traite de "parachuté", parce que McCain n'a aucune attache dans le district, le vétéran du Vietnam lui rétorque « Ecoute, vieux, j'aurais aimé avoir le luxe, comme toi, de grandir et de vivre toute ma vie dans un endroit merveilleux comme l'Arizona. Mais en fait, quand j'y pense, l'endroit où j'ai vécu le plus longtemps c'est à Hanoi »[11]. John McCain est élu. Durant ses 2 mandats, il se fait remarquer par des positions politiques iconoclastes vis à vis de son parti et du président Ronald Reagan, notamment quand il s'oppose au maintien des troupes américaines dans la force multinationale stationnée au Liban et approuve les sanctions économiques contre l'Afrique du Sud pour protester contre la politique de l'apartheid qui était en vigueur[12].
En 1986, il est élu au Sénat au siège laissé vacant par son prédécesseur, le républicain conservateur Barry Goldwater. En 1989, il est impliqué dans le scandale politicio financier connu sous le nom de Keating Five. Il est alors reproché à John McCain d'avoir accepté, avec 4 autres sénateurs américains, une importante contribution financière à sa campagne électorale de la part du président d'une association de caisse d’épargnes californienne, afin, semble t-il de ne pas ébruiter les malversations financières de ce dernier. La commission d’enquête du Sénat chargée de l’enquête conclua à une erreur de jugement du sénateur de l’Arizona dont l'intégrité avait alors été mis en doute .
En 1993, c'est avec un autre vétéran du Vietnam, le sénateur démocrate John Kerry, qu'il milite et obtient la réouverture des relations diplomatiques avec le Vietnam.
En 1997, Time magazine le cite parmi les 25 personnes les plus influentes des États-Unis.
En 1999, il raconte dans son autobiographie intitulé "Faith of my Fathers" sa détention au Vietnam.
L'année suivante, en 2000, John McCain se présente aux élections primaires du parti républicain en vue de l'élection présidentielle. Son principal concurrent est alors le gouverneur conservateur du Texas, George W. Bush.
Contre toute attente, McCain gagne les primaires du New Hampshire, du Michigan, de l'Arizona, de Rhode Island, du Connecticut et du Vermont et met en difficulté le gouverneur Bush, soutenu par la direction du parti républicain. Durant ses meetings, utilisant son image nationale d'honnêteté et de probité, il n'hésite pas à se comparer à Luke Skywalker en lutte contre les forces obscures de l'empire, représentés par le gouverneur Bush et les évangélistes Pat Robertson et Jerry Falwell, ces derniers étant qualifiés "d’agents de l’intolérance et de la corruption religieuse et politique". Cependant, à la veille de l'importante primaire de Caroline du Sud, McCain est victime d'une campagne de calomnie orchestrée par des proches du gouverneur Bush. Il est ainsi accusé d'avoir fait un enfant à une femme noire, d'avoir trahi au Vietnam, d'avoir transmis la syphilis à sa seconde épouse ou d’avoir perdu la raison en captivité [13]. Il est finalement battu par le gouverneur Bush lequel reçoit la nomination pour être candidat républicain à l'élection présidentielle de 2000. Il s'éloigne alors du devant de la scène pour soigner un début de cancer de la peau et se fait opérer d'un mélanome qui lui laissera une profonde cicatrice sur la joue gauche.
Au Sénat, McCain sera un des plus fermes partisans de la réforme du financement des campagnes électorales, qu'il fait aboutir en 2002 avec le sénateur démocrate Russ Feingold. Lors de la convention nationale républicaine en 2004, il apporte son plus ferme soutien au président George W. Bush, qu'il a pourtant beaucoup critiqué dans le passé, et prononce un discours de combat contre les démocrates bien que son ami John Kerry, candidat démocrate, ait tenté d'en faire son colistier. Il prononce d'ailleurs à cette occasion un virulent discours contre les « mensonges et manipulations malhonnêtes des pseudo-réalisateurs gauchistes », visant Michael Moore, sans jamais le nommer.
Doctrine politique
John McCain à l'occasion de son 69ème anniversaire et George W. BushPolitiquement, McCain n'appartient à aucune chapelle politique. Il est conservateur sur les questions militaires et sociales mais libéral sur les questions fiscales.
Il est pro-vie, c’est-à-dire hostile à l'avortement (IVG) qu'il qualifie de tragédie humaine et qu'il souhaite voir interdire sauf en cas de viol, d'inceste et d'atteinte grave à la santé de la mère [14]. Cependant, alors qu'il se déclare opposé au mariage homosexuel, il a refusé d'amender la Constitution américaine pour les interdire et s'est déclaré favorable au financement public de la recherche sur les cellules souches d'embryons, deux approches qui lui ont attiré les reproches des conservateurs sociaux au sein du parti républicain [15].
Il est un ferme partisan des lois anti-tabac, est favorable à la peine de mort et opposé au contrôle des armes à feu. Partisan d'une réforme libérale de l'immigration à l'instar sur ce sujet de George W. Bush [16] et de la majorité des sénateurs démocrates, il a déposé sans succès en 2006 une proposition de loi prévoyant de renforcer les contrôles aux frontières et de régulariser les clandestins.
Il est également très sensible aux questions sur le réchauffement climatique [17] et souhaite développer des énergies alternatives, en favorisant le nucléaire et le biocarburant.
Républicain indépendant et franc-tireur, John McCain s'est attiré tant l’affection du grand public, des indépendants et des modérés que la rage meurtrière des durs et des idéologues de sa propre famille politique[18]. Il s'est mis à dos une partie de son camp en déposant au Sénat un amendement contre la torture et en faisant adopter une limitation des dépenses électorales. En votant contre les réductions d'impôts du président George W. Bush pour ne pas creuser le déficit budgétaire, il s'est attiré l'animosité des conservateurs fiscaux bien qu'il ait accepté ensuite de les pérenniser [19]. Spécialiste des questions internationales et de défense, il fut un partisan de l’intervention américaine au Kosovo sous le mandat de Bill Clinton à qui McCain reprocha cependant de ne pas envoyer davantage de troupes. Lors de sa campagne électorale de 2000, il a proposé un projet de politique internationale intitulé "refoulement des Etats voyous" (Rogue State Rollback). Celui-ci prévoyait de fournir un soutien politique et matériel aux forces locales présentes à l’intérieur et à l’extérieur des états voyous, visant notamment l’Irak, la Corée du Nord et la Serbie, "afin de renverser les régimes qui menacent" les intérêts et valeurs américaines. Soutenu par les néoconservateurs, il précisait alors que, en cas d'agression des alliés américains, les États-Unis avaient le devoir de répliquer par la force [20].
Partisan de la guerre en Irak en 2003 et du renversement de Saddam Hussein, il a cependant toujours contesté la stratégie mise au point par le secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, exigé la démission de ce dernier dès le début des difficultés de l'occupation de l'Irak pour l'impréparation matérielle des troupes. Il a très tôt prôné un renforcement des troupes militaires qu'il n'obtient qu'à partir de janvier 2007. Lors de sa campagne électorale pour la présidence des États-Unis en 2008, il est le seul candidat à brandir l'Irak comme un argument électoral, se refusant de s'engager sur un calendrier de retrait, «même si c'est dans cent ans !» [21], remarquant en même temps que personne ne demandait combien de temps encore les troupes américaines resteraient en Corée du Sud [22]. Ayant par ailleurs regretté l'absence de soldats américains pour empêcher le génocide au Rwanda, il soutient le principe d'une intervention militaire au Darfour [23]. Certains au sein de son propre camp politique le qualifient de "Républicain seulement de nom" (Republican In Name Only - RINO) pour avoir parfois fait défaut à son parti lors de votes cruciaux [24]. Ainsi, lors de la campagne des primaires présidentielles en 2008, Rush Limbaugh, un animateur de radio ultra-conservateur, est l'un de ses plus virulents détracteurs alors que l'égérie de la droite républicaine, Ann Coulter, promet le cas échéant de voter Hillary Clinton qu'elle estime plus conservatrice que McCain [25].
L'amendement McCain contre la torture
En octobre 2005, en dépit de l'hostilité de la Maison Blanche et sans le soutien de la Chambre des représentants, il fait adopter au Sénat par 90 voix contre 9 un amendement sur la « prohibition de traitements cruels, inhumains, ou dégradants » envers des prisonniers, une semaine après la condamnation de la soldate Lynndie England, pour les sévices infligés dans la prison irakienne d'Abu Ghraib.
Cette démarche reçut le soutien de l'ancien secrétaire d'État Colin Powell et de l'organisation de défense des libertés individuelles (Union américaine pour les libertés civiles) alors que le président Bush menaçait de mettre son veto au budget de la défense.
Cet amendement stipule qu'« aucun individu sous la garde ou le contrôle physique du gouvernement des États-Unis, quels que soient sa nationalité et son lieu de détention, ne doit être soumis à des traitements ou punitions cruels, inhumains ou dégradants ». Une norme uniforme est fixée à propos des pratiques autorisées lors des interrogatoires de prisonniers (« les hommes et les femmes menant les interrogatoires auront le confort de savoir qu'ils ont des instructions précises sur ce qu'ils peuvent faire et ne pas faire »).
Le gouvernement Bush compta sans succès sur la navette parlementaire avec la Chambre des représentants pour torpiller l'amendement alors que pour John McCain, cet amendement vise avant tout à protéger les militaires américains, plutôt que les prisonniers. Il estime en outre que « les valeurs américaines devraient l'emporter contre toutes les autres dans toute guerre des idées » et qu'on ne peut laisser ces « sévices contre les prisonniers ternir l'image des États-Unis ».
La campagne présidentielle de 2008
John McCainBien qu'âgé, McCain est un des prétendants républicains les plus populaires pour l'élection présidentielle de 2008. Selon les quelques sondages réalisés en 2005, lui et Rudolph Giuliani sont les seuls républicains à être donnés vainqueurs d'une confrontation électorale avec n'importe lequel des candidats démocrates.
En novembre 2006, se faisant l'avocat du « conservatisme du bon sens » et de l'incarnation de l'avenir du Parti républicain, dans la veine de Ronald Reagan, John McCain annonça la formation de son comité exploratoire chargée de travailler sur son éventuelle candidature à la candidature présidentielle. Il déclara officiellement sa candidature le 28 février 2007. Il est alors le troisième républicain à faire part officiellement de ses prétentions présidentielles après l'ancien maire de New York, Rudolph Giuliani et Duncan Hunter, un élu de Californie.
Respecté par ses adversaires et relativement charismatique au delà de son propre camp politique, il reçoit le soutien de l'ancien candidat démocrate à la vice-présidence en 2000, le sénateur indépendant du Connecticut Joseph Lieberman. Les débuts de sa campagne sont difficiles et pratiquement sans argent, il doit se séparer de plusieurs collaborateurs.
John McCain en campagne électoraleNéanmoins, après avoir été distancé lors du Caucus de l'Iowa par ses concurents républicains, il arrive en tête des candidats républicains, lors des primaires du New Hampshire le 8 janvier 2008, avec 36,8% des suffrages devant Mitt Romney (32%), Mike Huckabee (11%), Rudolph Giuliani (9%) et Ron Paul (8%). Il relance alors sa campagne présidentielle. Lors des primaires suivantes qui se tiennent dans le Michigan, un État gravement touché par la crise automobile, principale industrie locale, il tient un "discours de vérité" déclarant aux électeurs que « la gloire passée ne reviendra plus, il faut s'adapter » alors que son concurrent le plus sérieux, Mitt Romney promet un « redémarrage de l'automobile » par l'octroi de milliards de dollars de fonds fédéraux. Au soir de la primaire le 15 janvier 2008, McCain est second avec 30% des suffrages, derrière Romney (39%) [26].
S'il ne parvient pas à rallier une majorité de militants républicains lors des premières primaires, il doit ses bons scores à la mobilisation en sa faveur des électeurs indépendants qui ont la possibilité de participer à ces élections. C'est ainsi qu'il s'impose également face à Mike Huckabee en Caroline du Sud. Avant la primaire suivante et décisive qui se tient en Floride, il reçoit le soutien du populaire gouverneur de l'Etat, Charlie Crist, du sénateur de Floride Mel Martinez, très influent auprès de la communauté américano-cubaine mais aussi du général Norman Schwarzkopf ancien commandant de l'United States Central Command qui avait dirigé les forces de la coalition lors de la guerre du golfe en 1991. Dans un tout autre genre, Sylvester Stallone est le premier acteur d'Hollywood à appuyer sa candidature suivi peu de temps après par Arnold Schwarzenegger, également gouverneur de Californie.
En remportant la primaire républicaine de Floride le 29 janvier avec 36% des voix contre 31% à Mitt Romney, John McCain passe pour la première fois en tête des candidats républicains en nombre de délégués. L'élection de Floride est marquée par le mauvais score de Rudolph Giuliani, arrivé en troisième place, qui solde ses ambitions présidentielles et son ralliement dès le lendemain à John McCain [27].
La campagne du sénateur de l'Arizona est aussi alors financièrement relancée. Alors qu'il était quasiment sans ressources au mois de décembre, McCain recueille en janvier plus de 7 millions de dollars (4,5 millions d'euros) [28] et en deux mois, reçoit le soutien de 17 000 journaux américains à commencer par le Des Moines Register [29] mais est aussi désigné comme le meilleur choix au sein de son parti par le New York Times [30].
Lors du Super Mardi qui a lieu le 5 février, McCain remporte neufs états (New York, Californie, Missouri, New Jersey, Illinois, Connecticut, Delaware, Oklahoma et Arizona) ce qui lui permet d'obtenir 615 délégués (plus de la moitié de ceux nécessaires pour remporter l'investiture républicaine), contre 268 pour Mitt Romney et 169 pour Mike Huckabee. Suite à ces résultats, le 7 février, Mitt Romney annonce lors d'une conférence à Washington DC qu'il se retire de la course à l'investiture républicaine [31]. Le retrait de Romney permet à Mike Huckabee de devenir le principal rival de McCain sans espoir cependant de pouvoir menacer sa désignation à l'investiture républicaine. Ainsi, le 9 février, lors des caucus du Kansas et de la primaire de Louisiane, McCain est devancé par Huckabee et ne s'impose, que de justesse, avec 26% des voix contre 24% à Mike Huckabee et 21% à Ron Paul lors des caucus de Washington. Le 14 février 2008, lors d'une conférence de presse avec le sénateur de l'Arizona à Boston, Mitt Romney annonce son ralliement à la candidature de John McCain lui apportant théoriquement ses 291 délégués assignés lors des élections primaires [32].
Ce maintien de Huckabee souligne alors les difficultés de John McCain à faire l'unanimité dans le camp républicain où, aux yeux de la partiela plus conservatrice de cet électorat et dans les milieux religieux, il continue à apparaître comme un candidat par défaut. C'est aussi à ce stade de la campagne électorale qu'il reçoit néanmoins un appui tacite du président George W. Bush [33] .
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