November 17, 2004
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FESCI – « jeunes patriotes » - milices…: Ces monstres créés par le FPI

Dès qu'il est sorti de la clandestinité en 1990, le premier réflexe de Laurent Gbagbo, alors secrétaire général du Front populaire ivoirien (FPI), a été de créer, sinon de donner sa caution à la création de la FESCI. Quelques années plus tard, naîtra le Synares, une autre trouvaille de l'opposant historique. Ces deux syndicats d'étudiants et d'enseignants, surtout la FESCI, ne finiront jamais de faire parler d'eux. Devenu Président de la République 10 ans après la création de la FESCI, Laurent Gbagbo récidive avec deux autres monstres : le mouvement des « jeunes patriotes » et les milices. Ces mouvements d'hier et d'aujourd'hui ont en commun, le mobile de leur création et leur méthode de lutte.

« Il n'y a rien de nouveau sur la terre, tout n'est que pur recommencement », avertit l'ecclésiaste. Cette vérité du sage biblique semble s'accommoder du parcours politique du Président de la République actuel, Laurent Gbagbo. En effet, de ses débuts en politique en 1990 à aujourd'hui, l'homme a fait sienne, la création de mouvements qui l'ont soutenu, sinon tenu à bout de bras à travers une lutte et des méthodes peu catholiques. 1990 et la FESCI Révélés officiellement au grand jour en 1990, Laurent Gbagbo et le FPI avaient un seul souci : mener de front, le combat pour leur accession au pouvoir d'Etat. L'exercice, comme il fallait s'y attendre, n'était pas de la simple sinécure, surtout que frêle et naïf politicien, le champion de Mama se trouvait face au Bélier de Yamoussoukro, Félix Houphouët-Boigny. Et puisque la fin commande les moyens, le leader charismatique du Front populaire ivoirien ne s'est pas embarrassé de fioritures pour rechercher les moyens mêmes les plus inimaginables, les plus scélérats. C'est ainsi que la FESCI, dont il reconnaîtra plus tard avoir créé « pour emmerder Houphouët », a vu le jour le 21 avril 1990. Présentée comme un cadre de revendication purement académique, en ce qu'elle devrait permettre aux élèves et étudiants de poser leurs problèmes socio-éducatifs à l'Etat, la FESCI va drainer presque toute la masse d'apprenants du secondaire et du supérieur. C'est ainsi que spontanément, chacun s'est senti lié à ce syndicat par devoir naturel, de sorte qu'il s'est avéré nécessaire de répondre à chacun de ses appels, et de contribuer de manière active, à son implantation sur tout le territoire national. Or donc, la FESCI avait d'autres motivations, les vraies, celles-ci. Joseph Martial Ahipaud, premier secrétaire général du Mouvement de 1990 à 1994, n'a pas porté de cagoule pour se hisser à l'avant-garde du combat politique de Laurent Gbagbo. Sur le campus et même en ville tous ceux qui ne pensaient pas et ou n'agissaient pas pour le patron du FPI, étaient systématiquement pris à parti, pourchassés et trucidés. L'assassinat de l'étudiant Thierry Zébié, le 13 juin 1991, ouvrait le bal du vandalisme, des casses, de la chasse à l'homme et des meurtres de la FESCI. Le crime de Thierry, c'est de penser à contre courant du FPI, représenté sur les campus par la FESCI. Coup sur coup, Eugène Djué (94-95), Blé Guirao (95-96), Guillaume Soro (96-98), Charles Blé Goudé (98-2000), Jean Yves Dibopieu (2000-2002) et Serges Kuyo depuis 2002, n'ont pas varié leur combat ni de méthodes. Ils ont tout le moins, fait passé la FESCI de son statut de syndicat scolaire et universitaire, à celui de véritable mafia oeuvrant pour le FPI et Laurent Gbagbo. D'ailleurs, dans une interview qu'il a accordée au défunt quotidien « L'Aurore » dans sa parution N°040 du mercredi 26 avril 2000, Blé Goudé affirmait : « La FESCI, sous mon mandat, devient politique…
», avant d'ajouter : « Quand j'ai fais ma campagne électorale, tous ceux qui m'ont élu savaient que c'était pour balayer le pouvoir…Et puis, j'ai réussi à chasser Bédié, non ?
Ça aussi, ça compte, et c'est la plus grande satisfaction des Fescistes…
». Evidemment, la FESCI sous Blé Goudé a connu une autre courbe triste de son histoire. Des termes révélateurs comme « machettage », « braisage » et bien d'autres, vont meubler le quotidien des étudiants. Les Fescistes eux-mêmes, vêtus et coiffés comme des hooligans avec des noms tout aussi guerriers comme « le tchè » « faya » se présentaient comme de véritables chefs de guerre au service de la FESCI, l'armée officieuse du FPI ! Une armée qui n'hésite pas à affronter des forces de l'ordre ou à bastonner les professeurs en plein cours. Le principe est tout simple, contraindre les non-frontistes au silence, et au besoin, éliminer ceux qui font des difficultés à adhérer à la cause dictatoriale. 10 ans après sa création, la FESCI a certainement réussi à pousser le vieux Houphouët dans son dernier retranchement, avant d'avoir raison de lui, sous la poussée de la rue et des actes insoutenables eu égard à l'âge qu'avait le premier président de la Côte d'Ivoire moderne. La FESCI a réussi à aider le départ de Bédié du pouvoir en 1999. Aujourd'hui que le géniteur est parvenu au pouvoir, elle semble s'assagir parce que n'ayant pratiquement plus d'adversaire politique à combattre. Si ! elle a désormais en face d'elle, ceux des Ivoiriens épris de paix et d'unité qui souhaitent l'application des accords de sortie de crise de Linas Marcoussis et Accra II. Mais cette fois, la FESCI aura à composer avec deux autres monstres : les jeunes patriotes et les milices. Milices et « jeunes patriotes » en renfort Avec l'arrivée au pouvoir de Laurent Gbagbo en octobre 2000, la configuration politique ivoirienne n'offrait pratiquement plus de marge d'action à la FESCI dirigée par Jean-Yves Dibopieu d'abord, et Serges Kuyo, ensuite. Quand naît la crise en septembre 2001, la FESCI tente, par Jean Yves Dibopieu, de (re) bander son arc, mais ne peut grande chose dans une cité presque vide de ses étudiants. Surviennent alors les « jeunes patriotes », puis les milices, pour pallier les lacunes de la Fédération estudiantine et scolaire. Même scénario même combat, ces « jeunes patriotes » ont exhibé au départ, l'idée de défense de la Côte d'Ivoire attaquée. Pour celui qui aime son pays, l'appel des « patriotes » valait son pesant d'or. On comprend alors aisément, la mobilisation extraordinaire des ivoiriens le 2 octobre 2002 à la place de la République, au Plateau. Mais au fur et à mesure que le temps avance, les jeunes patriotes, aidés par les milices créées dans leur rang, ont affiché leur vrai visage. Celui de défendre le fauteuil de Laurent Gbagbo, leur « repère », selon Charles Blé Goudé. A l'instar de la FESCI, « patriotes » et « milices » ont embouché la trompette du bâillonnement de tous ceux qui n'adhèrent pas à la ligne du pouvoir. « Nous, on peut marcher et dire tout ce qu'on veut, mais pas vous ! ». C'est en filigrane, le message de ces associations, autres monstres qui viennent de naître, et qui feront plus de mal que la FESCI. Wait and see !

Frank Konaté

 

LES ANCIENS FESCISTES VOULAIENT PRENDRE LE POUVOIR

Soro Guillaume, Blé Goudé, Sidiki Konaté, réfugiés en Europe

Les anciens fescistes voulaient prendre le pouvoir Les leaders estudiantins d'hier sont devenus, à la surprise générale, les étoiles de la terrible crise que traverse la Côte d'Ivoire. Qu'est-ce qui explique ce désamour subit ?

De Cologne, en Allemagne, où vit une forte colonie d'anciens fescistes, notre collaborateur Russel Lohoré est revenu avec des confidences qui situent sur la profonde déchirure. Et qui n'ont pas fini de faire des dégâts.

Cologne, capitale de la Rhénanie, l'Etat le plus peuplé de l'Allemagne, n'est pas seulement l'antre européen de la “ gaypride ”. C'est là que dans la première moitié des années 90 ont trouvé refuge la plupart des pontes de la Fesci, ce mouvement estudiantin qui, depuis plus d'une décennie, n'a eu de cesse de donner du souci aux gouvernants ivoiriens.

Nous sommes en 1994. Traqués qu'ils se disent par le régime Bédié, des penseurs de la Fesci décident de prendre la route de l'exil. Parmi eux, Charles Groguhet, Sidiki Konaté, Lago Gréco, Séry Appolinaire, etc. “ Nous envisagions de nous rendre à Londres, révèle un ancien membre du mouvement qui préfère garder l'anonymat. Mais à cause du visa instauré par les autorités britanniques, nous nous sommes rabattus sur l'Allemagne où l'accès à l'époque était moins contraignant.

Nous avions à cœur de continuer les études. Certains l'ont fait. Mais à cause des difficultés diverses (langue, argent), d'autres ont choisi d'exercer de petits boulots. Moi-même qui faisais des études de lettres au pays, je me suis retrouvé dans les nouvelles technologies ”. Toute autre trajectoire pour l'actuel porte-parole du MPCI Sidiki Konaté alias Srike (prononcez Srouaïki), ancien chargé de l'Information à la section Fesci de la Cité U de Yopougon, un garçon que ses pairs disent brillant orateur, très simple, intelligent et très rigoureux.

C'est dès son arrivée qu'il a connu une Allemande prénommée Barbara qui lui donnera un enfant du nom de Mohamed. Vivant dans l'ex-Allemagne de l'Est et travaillant à l'aéroport de Franckfort, Srike s'est inscrit dans des écoles de cours à distance, notamment à Paris (cours de philosophie) et en Belgique (attaché de presse).

CE QUE L'EX-FESCI PREPARAIT

En 1996, Koukougnon “ Kouky le rouge ”, ancien Secrétaire général emblématique de la Fesci, section Lettres, décède à Londres. C'est donc une véritable déferlante qui gronde sur la Tamise pour l'organisation de ses obsèques. Les camarades venus de toute l'Europe dont Cologne rejoignent des visages-phares dans la capitale anglaise : Martial Ahipeaud, Bah Soumalé, Tohou Henri, Mandé Gueu, Mampo Gérard, etc. Au cours de l'ultime hommage à Kouky, Dan Téhé Appolos (Secrétaire général de la section Fesci Cité Mermoz en 1992) lance l'idée de la création d'un parti politique.

Ainsi naît le MLTCI (Mouvement pour la libération totale de la Côte

d'Ivoire) dont l'objectif prioritaire est de balayer Henri Konan Bédié et le PDCI-RDA. “ Pour nous, Bédié était un dictateur et un pion de l'impérialisme français en Côte d'Ivoire. Nous ne pouvions plus supporter sa gestion économique chaotique du pays ”, confie un meneur de la fronde contre N'Zuéba. “ Nous voulions aussi nous affirmer au plan politique. Nous étions proches de l'opposition, plus particulièrement de Gbagbo. Mais, à un moment donné, nous étions même opposés au leader du FPI qu'on soupçonnait de collaborer avec Bédié ”, ajoute, après une longue gorgée de bière qui manque de l'étrangler, un stratège de l'époque.

LE COUP DE FIL À GUILLAUME SORO

Au nez et à la barbe de Martial Ahipeaud, premier Secrétaire général de la FESCI, Dan Téhé Appolos est élu président du MLTCI. Martial, qui était moins radical sur les visées, souhaitait voir se créer un vaste mouvement démocratique regroupant toute la diaspora ivoirienne en vue de mener une lutte pacifique contre le PDCI. Mais ses amis le suspectaient de vouloir jouer les premiers rôles. Le MLTCI a des représentants en France, au Danemark, en Hollande, en Belgique. En Allemagne, Sidiki “Srike” Konaté est … aux manettes. En 1998, le MLTCI section Allemagne invite Soro Guillaume, alors Secrétaire général de la FESCI, pour lui présenter le parti. “ Quand on a discuté avec Guillaume, assure un témoin, il ne s'est pas montré emballé. Il nous a dit qu'il voyait le combat autrement et qu'il penchait pour une solution plus rapide… ”.

De Cologne, Guillaume Soro se rend en Suisse pour, laisse-t-il entendre, des rencontres avec des autorités. Là-bas, il est hébergé par une Suissesse, une amie de Charles Blé Goudé, qui avait contribué au financement de la campagne de ce dernier lorsqu'il briguait le secrétariat général de la FESCI. “ On tenait à ce qu'il se rallie à notre mouvement. Nous l'avons encore rappelé, clame un camarade. Mais Soro disait qu'il allait réfléchir. Puisque nous étions en groupe, on avait mis le haut-parleur. Il a été le premier à raccrocher à la fin de notre conversation. Malheureusement, il ne l'a pas bien fait ; donc, nous entendions ce qu'il disait après. Il parlait avec une autre personne à qui il disait que nous, nous avions une vision troïskiste de la politique ivoirienne et que sa démarche pour changer les choses se voulait plus rapide ”.

Le MLTCI aidait financièrement la FESCI. Quand Guillaume Soro est parti de la fédération estudiantine, ses potes de Cologne ne l'entendaient plus. Il n'avait de contact qu'avec Sidiki Konaté. N'empêche ! Le MLTCI n'avait pas renoncé à son idée de voir chuter Henri Konan Bédié. Un émissaire qui disait avoir des entrées sûres est envoyé en mission en Libye et au Burkina Faso. Objectif ? Convaincre les dirigeants de ces deux pays et obtenir les moyens appropriés pour atteindre la cible.

L'émissaire a-t-il eu gain de cause ? A-t-il simplement vendu du vent aux militants du parti ? Les grosses têtes du MLTCI se posaient encore ces questions lorsque Robert Guéi et ses “jeunes gens” ont déposé Henri Konan Bédié. Laissant le MLTCI à son grand rêve.

LE REVIREMENT DE SIDIKI KONATÉ

Comme tout parti politique, le Mouvement pour la libération totale de la Côte d'Ivoire (MLTCI) a besoin d'être légalement reconnu sur l'échiquier politique ivoirien. Un an après l'arrivée au pouvoir de Laurent Gbagbo, le MLTCI envoie Sidiki Konaté en Côte d'Ivoire pour effectuer toutes les démarches officielles. Il devait aussi profiter de ce déplacement pour renouveler son passeport ivoirien. “ Quand on lui a demandé de montrer ses papiers d'identité, il n'avait rien pour prouver que ses parents sont ivoiriens, se désole un compagnon de route. Il a été victime de la dure loi de l'identification. C'est au même moment que nous avons su que Srike est né en Guinée, de parents d'origine guinéenne, mais qu'il a passé toute son enfance en Côte d'Ivoire ”.

A son retour en Allemagne après cette mésaventure, Sidiki Konaté n'était plus très actif au sein du parti. Entre-temps, il entretenait, suite à son divorce d'avec Barbara en 1999, une liaison avec une autre Allemande. Il fréquentait rarement les autres militants et avait pris ses distances vis-à-vis du parti. Quand, le 19 septembre 2002, la rébellion lance son attaque sur Abidjan et Bouaké, il est de la mémorable marche de soutien aux institutions républicaines, organisée par des Ivoiriens à Bonn. Au cours de ce rassemblement, Sidik Konaté prend la parole pour d'abord condamner la tentative de putsch, puis ensuite demander aux rebelles de proposer une alternative crédible à la Côte d'Ivoire.

Le lendemain, il embarque pour Paris où il passe quelques nuits chez Drigoné Bi dit Faya (actuel porte-parole du MPCI à Paris).

Comment a-t-il rejoint la rébellion ? “ Srike a été frustré, répondent ses amis. Il en veut aux initiateurs de la politique d'identification. Mais nous pensons que Soro Guillaume a dû directement lui demander de le rejoindre ”.

A Cologne, des militants du MLTCI lancent à qui veut les entendre que c'est le statut du MLTCI que Sidiki Konaté a envoyé au MPCI. Ils entendaient même porter plainte contre leur collègue. La réplique de Srike est tranchante : “ Ce statut est le fruit de mon savoir. C'est moi qui l'ai rédigé quand je militais au MLTCI… ”.

RUSSEL LOHORÉ (Cologne-Allemagne

 

 

 

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