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NOIR SILENCE - QUI ARRETERA LA FRANCAFRIQUE?
de : François-Xavier Verschave
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Les pillards de la forêt - T ous les observateurs le savent: le saccage des forêts primaires d'Afrique centrale est infiniment plus rapide et radical que ne l'avouent les discours officiels et concertés des gouvernements africains et de leurs "bailleurs de fonds" occidentaux.
 
[E n « Françafrique » il ne suffit pas d' avoir été élu « démocratiquement » et d' être ouvertement néolibéral. La Françafrique ne supporte pas qu' on lui impose le néocolonialisme polygame.
 
 
La Côte D´Ivoire sous perfusion française

LA FRANCAFRIQUE C"EST QUOI? - François-Xavier Verschave

Il y a trois ans vous avez publié un livre qui dénonçait "le plus long scandale de la République", il avait pour titre La Françafrique. C'est quoi ce "continent" si particulier?

C e que nous démontrons c'est qu'à partir du tournant des années soixante, un système a été mis en place pour continuer à opprimer les pays africains qui venaient d'accéder à leur indépendance vis-à-vis de la France. Ce système est constitué par des réseaux qui ont été développés et entretenus pour continuer comme avant. C'est la suite de la colonisation qui se poursuit sous d'autres modes. Or, le système de la colonisation était quand même bel et bien le système d'appropriation des richesses de l'Afrique par des étrangers. Et on a toujours continué, en s'alliant avec un certain nombre de responsables africains: ce sont les amis de la France.. . Dans la Françafrique il y a eu un processus de sélection des chefs d'Etat: par la guerre comme au Cameroun, par l'élimination comme au Togo ou en Centrafrique, ou encore par la fraude électorale...

Mais qui sont donc ces réseaux?

A u départ, sous De Gaulle, il y avait un seul réseau. C'est le réseau Foccard. Il est centralisé, c'est "Le" réseau d'Etat. Ensuite, à partir des années soixante-dix, soixante-quatorze, il y a progressivement plus d'une douzaine de réseaux qui se substituent au réseau unique. Il y a Charles Pasqua qui se dispute avec Foccard, il y a aussi Giscard qui met en place son propre réseau. Mitterrand fait de même. Sans parler des très grandes entreprises qui ont leur propre fonctionnement, tout comme les différents services secrets (...)

 

Tel l'iceberg, la relation entre la France et l'Afrique ne donne à voir qu'une infime partie de sa réalité. Par l'intermédiaire de Survie, association qu'il dirige, et de volumineux et passionnants ouvrages tels que «  La Françafrique » ou « Noir silence », François-Xavier Verschave, prétend pouvoir mettre sur la place publique cette part immergée de l'iceberg. Pour cet habitué des réalités africaines, si la Côte d'Ivoire vacille aujourd'hui, c'est notamment dû au triste bilan de quarante années de Coopération qu'elle le doit.

A lors qu'heure par heure nos médias nous narrent les péripéties des négociations de Marcoussis, l'analyse du conflit ivoirien par François-Xavier Verschave lors d'une récente intervention, le 11 Janvier 2003 à Grenoble, se singularise par sa prise de distance avec un présent incertain, au profit d'une mise en perspective des racines du conflit.

Un Etat Franco-ivorien

Pour François-Xavier Verschave, la Côte d'Ivoire est un pur produit de la Françafrique. Ce terme hybride, désigne dans l'œuvre de l'auteur, un système de connivences entre des dictateurs africains et leurs parrains français. Produit du système Foccart, tout puissant conseiller du Général De Gaulle, il se concrétise par la mise en place plus ou moins violente de serviteurs des intérêts français à la tête de ces pays.

Houphouët-Boigny, premier président de la Côte d'Ivoire indépendante, en est le parfait exemple. Exclusivement entouré de conseillers français, il «  ressemblait plutôt à un gouverneur à la peau noire  » selon l'expression de FXV. Grâce aux accords de coopération militaire, il étaitprotégé de toute tentative de déstabilisation. En échange de ces bons services, une bonne partie de l'énorme rente du cacao et du café, était réservée à ses protecteurs et à sa cagnotte personnelle, au détriment de son peuple. À sa mort, en 1993, sa fortune est évaluée à 60 milliards de francs. Son pays est en ruine, et dans une impasse.

L'impasse

Sur la lancée de l'ancêtre, les successeurs d'Houphouët vont s'abreuver de pots de vins et autres bakchich.

De ce fait, la Côte d'Ivoire s'enfonce un peu plus chaque année dans la misère. Confrontés à une poussée démocratique, Konan Bédié, puis Robert Gueï et Laurent Gbagbo ne pouvaient plus dire " je reste au pouvoir pour faire le bien du peuple ". Ils ont alors utilisé «  l'arme politique ultime, celle du bouc émissaire  ».

De là, l'émergence de la doctrine raciste de l'ivoirité, afin d'exclure de la vie politique les dits «  non ivoiriens  ». Dans ce dessein, ils furent aidés par le cohorte d'experts français en truquage d'élections : «  si le principal opposant a 63 ans, on s'arrange pour limiter l'âge des candidats à 62 ». Au final, l'actuel président ivoirien, majoritaire dans un scrutin biaisé, se sait minoritaire. Il préfère se protéger en recrutant, depuis sa région d'origine, des gendarmes ou de jeunes miliciens capables de semer la terreur dans les quartiers - ce dont ils ne ce sont pas privés depuis le 19 septembre. L'ex-opposant Gbagbo « sous la coupe de pasteurs évangélistes américains  » ne trouve donc pas grâce aux yeux de FXV.

 

Des rebelles démocrates ?

Quand aux rebelles, leurs ambitions sont plus ardues à décoder. Leurs officiers, sont en partie ceux là même qui avaient tenté de prendre le pouvoir en 1999 sous le parrainage du Général Gueï, avant que celui-ci ne les pourchasse lors de son court séjour au pouvoir. Nombre d'entre eux se réfugièrent au Burkina Faso. Mené par Blaise Compaoré, dictateur installé par la France, ce pays est «  devenu la plate-forme centrale de manœuvres de déstabilisation en Afrique : le Libéria, la Sierra Leone, la Guinée. Des manœuvres hautement profitables menées par des seigneurs de la guerre, où l'on voit fleurir trafics d'armes, de drogues, de matières premières, de diamants  ». Alors, si les rebelles affichent des ambitions démocratiques, la nature de leurs soutiens oblige à considérer leurs prétentions avec méfiance.

La France enfin neutre ?

Et la France dans tout ça ? En intervenant, «  elle a eu un bon réflexe  », affirme FXV, pourtant peu enclin à la magnanimité quand il s'agit d'évoquer l'ex-colon. «  On pourrait souhaiter qu'il y ait un pompier interafricain, mais on a vu que ce pompier mettait trois ou quatre mois à se déplacer  » (cf. la force ouest-africaine de la CEDEAO.)

La France devait bien ça à la Côte d'Ivoire, pour l'avoir conduite à la ruine, et avoir entravé, du fait des accords de Coopération, la constitution d'une force militaire apte à supporter les assauts d'une modeste rébellion. Un dernier cadeau, si la France en a le cœur : qu'elle n'impose pas à Marcoussis le maintien d'une Constitution calquée sur celle de la cinquième République française, «  car à chaque élection , 75% des Ivoiriens vont se sentir floués  », conclut sagement François-Xavier Verschave.

Thomas Goubin

François-Xavier Verschave est l'auteur de :

 

 
 
 
L'Afrique soumise à la raison des affaires. L'écœurante affaire angolaise montre que la raison d'Etat ne camoufle plus rien. Par FRANÇOIS-XAVIER VERSCHAVE, Libération