December 20, 2008

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Mme Yao N`Goran, présidente de l`ONG SVG-CI : "Il y a un génocide lent qui se prépare en Côte d`Ivoire"
Nouveau Réveil - 11/11/2008

Les victimes de guerre vivent des difficultés au quotidien. Loin du soutien de l'Etat ivoirien qui, pourtant, avait promis dans nombre d'accords internationaux de leur venir en aide. Dans cette interview, Mme Yao N'Goran, présidente des structures de victimes de guerre de Côte d'Ivoire (SVG-CI), lance un cri du cœur au chef de l'Etat et à son Premier ministre.

Quel est l'état des lieux des victimes de guerre en Côte d'Ivoire ?
C'est tout simplement triste. Les victimes de guerre n'ont bénéficié d'aucun programme officiel de réinsertion. Depuis septembre 2002, les victimes sont devenues des malades mentaux. Beaucoup parmi eux ont perdu la vie. Et les survivants vivent péniblement. On ne s'imagine pas les efforts fournis par les victimes de guerre pour survivre. Aujourd'hui, on parle de retour des déplacés. Mais beaucoup de déplacés de guerre n'ont pas de maison à habiter. Les maisons ont été abîmées ou dans un état de délabrement avancé, de sorte que plusieurs personnes ne veulent pas retourner chez elles.

C'est pour toutes ces difficultés qu'on vous a octroyé un ministère. L'avez-vous contacté ?
On a pris attache avec le ministère. On a nos statuts au ministère qui nous invite à certaines cérémonies. Mais le ministère nous a dit que nous sommes nombreux et qu'il n'a pas les moyens. C'est le désastre, c'est un génocide lent qui se prépare en Côte d'Ivoire. Beaucoup de victimes de guerre perdent la vie.

Outre votre ministère de tutelle, avez-vous frappé à d'autres portes pour obtenir assistance ?
On a frappé à d'autres portes. On a écrit au ministère de la Réinsertion et de la reconstruction, à la primature et à la présidence, sans suite. Cette rentrée scolaire est très difficile pour nous. Nos enfants ne vont pas à l'école, les femmes se prostituent. La situation est grave. Nous avons dans notre ONG, près de 300 personnes en situation d'urgence.

L'accord de Ouagadougou avait parlé de la prise en compte des victimes de guerre. Où en sommes-nous ?
C'est justement par rapport aux accords de Ouagadougou que nous interpellons les autorités. Maintenant que le pays a retrouvé la paix grâce aux accords de Ouagadougou, nombreux d'entre nous ne peuvent pas retourner chez eux, parce que leurs maisons sont dans un état de délabrement avancé ou saccagées. Il faut qu'on tienne compte du fait que les accords de Ouagadougou prennent en compte les victimes de guerre. Il faut qu'on nous aide. On ne peut même pas monter un projet qui puisse permettre à un organisme de nous financer. Puis que nous ne pouvons pas nous payer le luxe de disposer d'un compte bancaire digne de confiance. Ni même assurer les frais d'une étude de projet fiable. Condition incontournable pour avoir accès aux structures de financement.

A vous entendre parler, vous avez été oubliées par la nation ?
Oui, nous avons été oubliées par la nation. Un génocide lent se passe sous les yeux de tout le monde en Côte d'Ivoire. Quelqu'un qui n'a pas les moyens et qui voit ses enfants mourir, c'est un génocide qui se passe et personne n'en parle et rien n'est fait. Beaucoup d'entre nous sont devenus des malades mentaux. Nous demandons que les autorités se penchent un peu sur le sort des victimes de guerre.

Est-ce le message que vous lancez ?
Je demande au Président de la République et au Premier ministre de se pencher sur le cas des victimes de guerre. Surtout des femmes démunies que nous sommes avec nos enfants. Parce que nous sommes les populations les plus vulnérables. Les enfants ne vont plus à l'école et s'adonnent à la drogue. Ces enfants-là sont des Ivoiriens et l'Etat de Côte d'Ivoire a besoin d'eux. Si rien n'est fait, on sera en train de fabriquer des êtres qui vont se révolter plus tard contre leurs propres parents, alors qu'on parle aujourd'hui de paix. Nous, les victimes de guerre, nous sommes frustrées et nous demandons à l'Etat de Côte d'Ivoire de nous venir en aide.

Interview réalisée par Paterne Ougueye Yves

 
"Le déshonneur des casques bleus"
Ils portent les casques bleus de l'espoir. Ils arrivent dans des pays où des conflits meurtriers ont déchiré les populations. Ils sont de toutes les nationalités, représentants armés de leurs pays qui siègent aux Nations Unies. Leur rôle consiste à séparer les belligérants et à protéger les populations civiles. Du moins, c'est le mandat qui leur a été confié. Mais depuis quelque temps, de nombreux observateurs s'interrogent : et si les Casques bleus faisaient partie du problème, plutôt que de la solution? Brutalité, abus, viols de mineurs, les accusations s'accumulent en provenance du Kosovo, de la République démocratique du Congo, du Libéria, de la Sierra Leone, d'Haïti.
Comment les victimes peuvent-elles penser obtenir justice face à cette force militaire internationale censée les protéger?
Des victimes et des témoins parlent. Et ce qu'ils nous disent écorche sans pitié la réputation que s'étaient taillés jusqu'à présent les Casques bleus de la paix.Tourné essentiellement en République démocratique du Congo, ce documentaire propose de faire le point sur une situation devenue intolérable.
Ne sommes-nous pas tous responsables de nos soldats?
Des casques bleus qui sont présentement dans les régions africaines ( Congo, Sierra Leone, Centre afrique, Cote d'ivoire... sans oublier Haiti et le Kosovo) sont en train de créer une véritable épidemie de femmes violées, de femmes au prise avec des maladies contracté lors d'acte sexuelle et de bébés ONU. Vous l'avez deviner, ses derniers sont des enfants directement lié au viol de leur mère par de braves soldats de la paix ( pour la plupart de l'afrique du Sud, de l'inde, Pakistan, Maroc...France) De plus ses contingents d'hommes viennent directement de pays où il y a des difficultés avec la démocratie et les droits de la personnes. Ses hommes sont senser bien protéger une population, alors que dans leur même pays il n'y a souvent aucune notion de ce qu'est le respect de la femmes et ses droits.

Donc que fait t'on avec de ses enfants ONU et de ces jeunes filles/femmes violées et souvent malade. On a beau faire des envoies d'enquêteurs, mais souvents les victimes déménagent, changent de village, ou ont des noms fictifs, donc impossible de les retrouver ( Elles savent très bien que présentement il n'y a aucun recours possible et même si l'agresseurs est accusé que va t'elle avoir? Absolument rien. La solution: Déménager pour mieux oublier et se faire oublier)...parfois on ne connait pas le nom de l'agresseurs, que l'origine et ça deviens tout un casse-tête. Personnellement j'avais entendu parler de l'abus des casques bleus en Côte d'ivoire...j'avais pu constater de mes yeux... mais quand on regarde l'ensemble des missions ou les bleus se trouvent ( merci au documentaire de Raymonde Provencher) on se dit qu'il ya réellement un problème et que Kofi Annan, malgrés sa politique Tolérance Zéro ne fera jamais disparaitre la terreur des victimes, la loi du plus forts et celle du silence.
Les casques bleus synonyme de paix?
 
CRIMES SEXUELS  •  Comment arrêter les brebis galeuses de l'humanitaire ?

Publié mardi 27 mai, un rapport de l'ONG Save The Children accuse des travailleurs humanitaires et des soldats de la paix de commettre des abus sexuels lors de leurs missions. Malheureusement, l'ONU n'a pas toujours les moyens juridiques d'agir. L'année dernière, dans trois régions accueillant une forte présence internationale

 le sud du Soudan, Haïti et la Côte-d'Ivoire –, la section anglaise de l'organisation non gouvernementale humanitaire Save The Children a mené des enquêtes qui ont mis en lumière les nombreux cas d'abus sexuels commis sur des enfants, certains âgés de 6 ans, par des travailleurs humanitaires et notamment des casques bleus. Parmi les 250 filles et garçons interrogés, tous âgés entre 10 et 17 ans, plus de la moitié ont indiqué être au courant de telles pratiques. Mais ces abus restent largement sous-estimés, car la plupart des enfants sont trop terrifiés pour parler.

Les Nations unies ont été particulièrement éclaboussées par les scandales sexuels impliquant des soldats de la paix ces dernières années. Après les révélations éminemment choquantes sur les viols perpétrés par des casques bleus népalais au Congo-Kinshasa en 2003, Kofi Annan, alors secrétaire général des Nations unies, avait ordonné l'ouverture d'une commission d'enquête. Cette dernière avait mis en évidence l'existence de "pratiques systématiques" de viols et autres abus sexuels, d'où la politique de "tolérance zéro" annoncée par l'ONU voici trois ans pour les 200 000 membres du personnel, civil ou militaire.

Des équipes de "conduite et discipline" ont été créées au sein de chacune des dix-sept missions actuelles de maintien de la paix et placées sous la direction d'une unité spéciale basée à New York. En outre, depuis 2005, toutes les nouvelles recrues doivent, avant d'être envoyées sur le terrain, suivre une formation pour prévenir tout crime sexuel. Pourtant, les abus continuent, visiblement sans ralentissement. Après le scandale du Congo, plusieurs affaires graves ont été révélées pour des viols commis par des casques bleus au Burundi (2004), au Soudan (2005), à Haïti, (2006), au Liberia (2006) et en Côte-d'Ivoire (2007). L'an passé, les Nations unies ont reçu 748 plaintes, dont 127 pour des crimes sexuels.

La plupart, si ce n'est toutes, feront l'objet d'une enquête. Mais peu devraient déboucher sur des sanctions ou des condamnations. Car, en réalité, les Nations unies ont les mains liées. L'organisation peut, et doit, enquêter sur les allégations sérieuses mettant en cause ses casques bleus, mais elle n'a aucune autorité pour les juger. Les soldats accusés relèvent de la juridiction de leurs pays respectifs. La plupart des soldats viennent de pays en voie de développement – le Bangladesh, le Pakistan, la Jordanie, le Nigeria, le Népal et le Ghana, notamment –, et ces pays préfèrent souvent passer ce genre d'incidents sous silence. La seule chose que peut faire l'ONU, c'est renvoyer ces soldats et les inciter à rentrer chez eux. Comme ces forces de maintien de l'ordre jouissent d'une immunité totale, le pays qui les accueille ne dispose d'aucun recours.

Pour les policiers en mission, les choses sont différentes. Comme les autres personnels civils de l'ONU présents sur le terrain, ils ne bénéficient que d'une immunité partielle. Les crimes de ce genre devraient donc en théorie entraîner une procédure judiciaire dans le pays où ils ont eu lieu. Mais, dans la plupart des pays où sont envoyés les casques bleus, la justice est soit inefficace, soit inexistante.

Save The Children demande la mise en place d'un organisme de surveillance internationale pour s'attaquer à ce problème. On se demande cependant comment cet organisme pourrait réussir là où l'ONU a échoué. Le problème n'est pas seulement que les victimes ne veulent pas porter plainte, mais surtout qu'elles ignorent complètement leurs droits.

Selon un nouveau "protocole d'accord type" adopté l'année dernière par les Nations unies, il est désormais explicitement demandé aux gouvernements de "mettre toutes les dispositions légales qui sont en leur pouvoir" pour faire respecter les codes de bonne conduite de l'ONU. Dès qu'un cas d'abus est signalé, non seulement l'Organisation informe le pays concerné mais elle l'invite également à mener l'enquête en coopération avec son propre Bureau des services de contrôle interne. Cette nouvelle disposition a été appliquée pour la première fois dans le cas de soldats sri-lankais soupçonnés d'abus sexuels à Haïti l'année dernière. Plus de 100 soldats risquent la cour martiale.
 
NEWS: ONG BRITANIQUE / SAVE THE CHILDREN

Elisabeth, 12 ans, violée par dix Casques bleus en Côte d'Ivoire

Les abus sexuels commis par les soldats de l'ONU et les travailleurs humanitaires restent impunis. Une ONG dénonce. Et appelle la communauté internationale à agir enfin.

«Ils m'ont attrapée, jetée à terre, violée l'un après l'autre. Je voulais m'enfuir, mais ils étaient dix. J'étais terrifiée. Quand ils ont terminé, ils m'ont abandonnée là, baignant dans mon sang...» Elisabeth* n'avait que 12 ans, en juin dernier, lorsque son chemin a croisé celui des Casques bleus pakistanais. Pour son plus grand malheur. Les soldats de l'ONU effectuaient une mission de «maintien de la paix» en Côte d'Ivoire. Dans le village de la fillette, on affirme que les militaires n'ont jamais été inquiétés.

Le récit bouleversant d'Elisabeth n'est qu'un des trop nombreux témoignages recueillis par l'ONG britannique Save The Children au cours des douze derniers mois. A en croire le rapport publié hier, des abus sexuels sont commis régulièrement par des Casques bleus, mais aussi par des travailleurs humanitaires.

Il ne s'agit pas toujours de viols. Affamés, des enfants sont contraints de vendre des faveurs sexuelles contre de la nourriture ou du savon dans des zones dévastées par la guerre ou des catastrophes naturelles. Surtout en Côte d'Ivoire et en Haïti. Les petites victimes ont parfois à peine 6 ans! «Notre enquête met au jour les actes ignobles d'un petit nombre de personnes qui abusent les enfants les plus vulnérables au monde, qu'ils sont supposés protéger», dénonce à Londres la directrice de Save The Children , Jasmine Whitbread. L'ONG affirme qu'on trouve de tels «prédateurs» dans toutes les organisations.

L'Afrique à vendre?

Elle estime que les politiques de «tolérance zéro» n'ont pas été traduites sur le terrain. L'impunité serait totale. C'est pourquoi Save The Children appelle d'urgence les acteurs internationaux à faciliter le dépôt de plaintes, afin de pouvoir sanctionner sévèrement les coupables et apporter un soutien aux victimes...

«Déposer plainte? Mais la plupart des victimes ne le feront jamais! Les abuseurs sont ceux dont elles dépendent pour se nourrir», objecte un humanitaire onusien sous le couvert de l'anonymat. «La vérité, c'est qu'il faut être extrêmement solide pour faire ce boulot. Vous n'imaginez pas comme la tentation est forte. Le continent noir est si vulnérable... Toute l'Afrique est à vendre! Dans les zones d'intervention internationale, les gens sont traumatisés. Les pires abus sont commis à l'intérieur même des familles et des communautés. Il n'y a plus ni bien ni mal. Alors si les Casques bleus n'ont pas une sérieuse formation aux droits de l'homme, s'ils n'ont pas été choisis pour leur droiture, s'ils ne sont pas régulièrement envoyés en «décompression» dans une grande ville où ils peuvent accéder à la prostitution «légale», alors certains succombent à leurs pires fantasmes.»

«Quant aux humanitaires, ne les croyez pas à l'abri de leurs pulsions!» poursuit notre interlocuteur. «Les internationaux gagnent 15 à 20 fois plus que leurs collègues locaux, qui comptent pour 90% des employés. Ceux-ci sont recrutés au sein de cette population traumatisée. Ils sont engagés sur des contrats de courte durée. L'avenir n'est jamais assuré. Pour beaucoup, la motivation humanitaire est secondaire, la corruption banalisée et le vice à portée de main. Voilà les problèmes à résoudre. Il serait temps de les affronter.»

Elisabeth est un prénom d'emprunt

 
Côte d'Ivoire: Appel à la protection des femmes et des jeunes filles victimes de violences sexuelles
 
AMNESTY INTERNATIONAL

Déclaration Publique

AI Index: AFR 31/008/2007 ( Document Public )
Nr du Service de Presse : 132 - 11 juillet 2007

Côte d'Ivoire: Appel à la protection des femmes et des jeunes filles victimes de violences sexuelles Les organisations signataires, réunies à Abidjan les 9 et 10 juillet 2007, dans le cadre d'une rencontre visant à trouver les moyens de fournir une réparation juridique et médicale aux femmes et jeunes filles victimes de viols dans le cadre du conflit en Côte d'Ivoire lancent l'appel suivant:

Considérant que des centaines, si ce n'est des milliers, de femmes et de jeunes filles ont été victimes de viols et d'agressions sexuelles perpétrés de manière répandue et parfois systématique, par toutes les parties au conflit ou par des civils proches de ces forces depuis le début du soulèvement armé de septembre 2002;

Gravement préoccupées par le fait que des femmes et des jeunes filles continuent en toute impunité à être victimes de viols;

Considérant que de nombreuses femmes et jeunes filles ont été violées par plusieurs combattants ou ont été enlevées et réduites à l'esclavage sexuel;

Considérant que des femmes et de jeunes filles ont également été attaquées pour des raisons politiques et ethniques;

Considérant que des femmes et des jeunes filles sont victimes de sévices sexuels du fait de leur vulnérabilité dans la société;

Considérant que les victimes de viol ont souvent été frappées et torturées (y compris sexuellement), que certaines ont été violées en public, devant les membres de leur famille, y compris des enfants, et que d'autres ont été violées à côté du cadavre de membres de leur famille;

Constatant qu'à ce jour les femmes et les jeunes filles victimes de ces crimes n'ont pu obtenir ni justice ni réparation;

Dénonçant le fait que l'impunité dont ont bénéficié les auteurs de ces actes de violences sexuelles a favorisé les attaques menées contre ces femmes et jeunes filles;

Réaffirmant avec force que les crimes de violences sexuelles commis dans le cadre d'un conflit, de manière répandue et parfois systématique, ne peuvent en aucun cas faire l'objet d'une amnistie;

Rappelant qu'en raison de l'ostracisme lié aux viols subis, certaines femmes ont été abandonnées par leur partenaire ou leur famille et sont condamnées à une extrême pauvreté alors qu'elles ont souvent des enfants à charge;

Rappelant que l'Etat a pour obligation de protéger et de défendre les droits humains des femmes, de sensibiliser et de vulgariser tous les textes nationaux et internationaux condamnant les violences exercées sur les femmes et les jeunes filles;

Gravement préoccupées par le fait que la plupart des femmes et des jeunes filles souffrant de blessures ou de maladies - parfois mortelles - causées par le viol ne reçoivent pas les soins dont elles ont besoin;

Notant que cette absence d'accès aux soins est notamment due à l'effondrement ou à la pénurie de nombreuses structures médicales dans le pays et au coût élevé des traitements médicaux;

Appellent les autorités ivoiriennes et toutes les parties concernées à:

  • tout mettre en oeuvre afin d'apporter immédiatement un soutien médical, social et juridique aux victimes de viol et autres formes de violence sexuelle;
  • tout mettre en oeuvre pour apporter aux victimes de viol et autres formes de violence sexuelle une prise en charge psychologique adaptée au contexte culturel en insérant cette dernière dans un processus de réinsertion et de réhabilitation morale et physique;
  • dénoncer publiquement la violence à l'égard des femmes et signifier aux forces qu'elles contrôlent que les actes de violence à l'égard des femmes ne seront pas tolérés et que tous les auteurs de ces exactions seront tenus pour responsables de leurs actes et poursuivis en justice;
  • faire la promotion des lois réprimant toutes les formes de violence à l'égard des femmes.
Appellent la communauté internationale et notamment les bailleurs de fonds à:
  • Contribuer à la mise en place de programmes nationaux et internationaux visant à fournir immédiatement une assistance aux femmes victimes de violences.
Associations signataires

Association des Femmes Juristes de Côte d'Ivoire (AFJCI)
Association ivoirienne pour le bien-être familial (AIBEF)
Association ivoirienne pour la défense des femmes (AIDF)
Action pour la protection des droits de l'homme (APDH)
Amnesty International Côte d'Ivoire
Coalition des femmes leaders de Côte d'Ivoire
Collectif des victimes de Côte d'Ivoire
Femmes face au Sida - Bouaké
Femme force de vie (FODEVIE)
Fondation Djigui
International Friendship Service (IFS- Man)
Ligue Ivoirienne des Droits de l'Homme (LIDHO)
Mouvement Ivoirien des Droits de l'Homme (MIDH)
Organisation des femmes actives de Côte d'Ivoire (OFACI)
Organisation pour les droits et la solidarité en Afrique (OIS Afrique)
Organisation Nationale pour l'Enfant, la Femme et la famille (ONEF)
Plateforme des femmes pour gagner (PFG)
Sos Exclusion
Vision des sœurs chrétiennes
Women in law and development in Africa (WILDAF - section CI)
Wopinin Woyiri

 
Des colliers brisés pour demander réparation
AMNESTY INTERNATIONAL / Déclaration Publique

AI Index: AFR 31/007/2007 ( Document Public )
Nr du Service de Presse : 118 / 28 juin 2007

Embargo: 28 juin 2007 00:01 GMT
Côte d'Ivoire: Des colliers brisés pour demander réparation Cette semaine, le Président Laurent Gbagbo et le Premier ministre Guillaume Soro vont recevoir des centaines de colliers brisés envoyés par des milliers de membres d'Amnesty International dans le monde. Ces colliers brisés accompagnent une pétition signée par quelque 20 000 personnes résidant notamment au Bénin, au Burkina Faso, au Mali, au Sénégal, au Togo, ainsi qu'en France, au Canada, en Autriche, en Italie, aux Pays-Bas et aux États-Unis.

Ces colliers et ces pétitions se veulent un signe concret de la solidarité des membres d'Amnesty International avec les centaines voire les milliers de femmes et de jeunes filles victimes de violences sexuelles commises en Côte d'Ivoire depuis décembre 2000 dans le cadre du conflit politique et militaire qui a déchiré le pays.

Par cette action, les membres d'Amnesty International lancent un appel aux autorités ivoiriennes afin qu'elles dénoncent publiquement la violence à l'égard des femmes et qu'elles mettent tout en oeuvre pour leur fournir réparation. Il est notamment urgent de mettre en place un programme d'ensemble proposant un soutien médical, social et juridique aux victimes de viol et d'autres formes de violence sexuelle.

Un très grand nombre de femmes continuent à souffrir des conséquences de ces violences sexuelles et de nombreuses vies pourraient être sauvées si une action coordonnée dotée de moyens adéquats était immédiatement mise en oeuvre.

Informations générales
Dans son rapport, Côte d'Ivoire. Les femmes, victimes oubliées du conflit , publié en mars 2007, Amnesty International a dénoncé les violences sexuelles perpétrées de manière répandue et parfois même systématique par toutes les parties au conflit ou par des civils proches de ces forces et de ces groupes.

De nombreuses femmes ont subi des viols collectifs ou ont été enlevées par des combattants qui les ont réduit à l'esclavage sexuel et les ont considérées et traitées comme un bien qu'ils possédaient. Des femmes ont également été attaquées pour des raisons politiques et ethniques, notamment par les forces de sécurité gouvernementales et leurs partisans.

Beaucoup de femmes souffrant de blessures ou de maladies causées par le viol -- et dont certaines sont mortelles -- n'ont pas accès aux soins médicaux dont elles ont besoin. Victimes d'ostracisme suite à leur viol, un certain nombre de femmes, souvent avec des enfants à charge, ont été abandonnées par leur mari ou leur famille, ce qui les a condamnées à une extrême pauvreté.


Le processus de paix doit faire face au problème de la violence sexuelle
Il incombe aux autorités nationales et à la communauté internationale d'enrayer l'impunité

1er août 2007
Human Rights Watch - http://www.hrw.org/

Des hommes armés du camp pro-gouvernemental comme des groupes rebelles ont soumis de nombreuses filles et femmes à des violences sexuelles brutales en Côte d'Ivoire, tout en bénéficiant d'une impunité généralisée, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui. En dépit du progrès que représente le processus de paix actuel, le récent accord de Ouagadougou représente un échec en ce qu'il marginalise complètement les questions de la justice et des violences sexuelles répandues.

Les pires violences sexuelles eurent lieu entre 2002 et 2004 pendant les conflits armés, mais depuis cette période, les violences sexuelles contre les filles et les femmes ont continué.

«  Jusqu'à présent la violence sexuelle est restée le crime invisible de la crise ivoirienne  », a dit Peter Takirambudde, Directeur de la Division Afrique de Human Rights Watch. «  Des combattants responsables des viols et autres attaques sexuelles ont joui d'une impunité quasi totale, tandis que les survivantes souffrent sans justice ni soins médicaux  ».

Le rapport de 152 pages, « Mon cœur est coupé » : violences sexuelles commises par les rebelles et les forces pro gouvernementales en Côte d'Ivoire , révèle la nature répandue de la violence sexuelle à travers toute la crise militaire et politique ivoirienne des cinq dernières années. Le rapport, basé sur des entretiens avec plus de 180 victimes et témoins ainsi que d'autres sources, documente comment des filles et des femmes furent assujetties aux viols individuels et collectifs, ainsi que l'esclavage sexuel, l'inceste forcé, et d'autres attaques de nature sexuelle.

De nombreux combattants des deux cotés ont violé des femmes assez âgées pour être leurs grand-mères, des enfants n'ayant pas plus de six ans, des femmes enceintes, et des mères allaitant. Certaines femmes et filles ont eu des fusils, des bâtons, des crayons, et autres objets insérés dans leurs vagins. D'autres ont été enlevées pour servir d'esclaves sexuelles, ou ont été enrôlées de force dans les rangs des combattants. Par surcroît, la victimisation sexuelle des filles et des femmes s'est souvent accompagnée d'autres violations générales des droits humains à leur encontre, contre leurs familles et leurs communautés, entre autres des tortures, massacres, mutilations, et même des cas de cannibalisme.

Depuis près de sept ans, la Côte d'Ivoire — considérée autrefois comme un pilier de stabilité et de développement en Afrique de l'Ouest — souffre d'une crise politique, militaire, et économique, et de luttes de pouvoir souvent de caractère religieux ou ethnique. Les tentatives pour résoudre le conflit entre le gouvernement au sud et les rebelles des Forces Nouvelles au nord se sont soldées par une série d'accords de paix largement bafoués, par la mise en place de plus de 11.000 soldats des forces de maintien de la paix étrangères, et par l'imposition d'un embargo de l'ONU sur les armes, ainsi que quelques sanctions onusiennes économiques et de déplacement. En mars 2007 le gouvernement et les rebelles ont signé l'Accord de Ouagadougou, pour mettre un terme au conflit et mener à des élections plus tard cette année.

Jusqu'à présent, les deux cotés ont mis en application plusieurs dispositions de l'Accord dans des initiatives encourageantes, mais le processus de paix n'a pas résolu des problèmes au cœur du conflit ivoirien et qui ont contribué à l'échec des précédents accords de paix— tels que l'identification et l'éligibilité à la citoyenneté, le désarmement, ou la justice pour les abus commis par les deux camps.

Au cours de leurs entretiens avec Human Rights Watch, des victimes de violence sexuelle ont évoqué leur souffrances physiques et psychologiques aiguës suites aux viols qu'elles subirent. Ce rapport évoque comment certaines victimes sont mortes suite aux violences sexuelles qui leur ont été infligées. Certaines furent violées de façon si violente qu'elles en subirent des hémorragies graves, des déchirures de la région génitale, de l'incontinence, et de graves infections. D'autres souffrirent des avortements illégaux ratés qu'elles avaient faits après être tombées enceintes à la suite de leur supplice. De nombreuses femmes interrogées se plaignirent des saignements et de douleurs intenses surtout dans l'abdomen et le vagin. Il n'est pas possible de compter le nombre de victimes qui souffrirent d'infections sexuellement transmissibles et plus particulièrement du VIH/SIDA. Dissuadées par la honte, la pauvreté, et l'insuffisance des services médicaux, les victimes de violence sexuelle vont rarement chercher les soins médicaux dont elles ont tant besoin.

Le gouvernement ivoirien et les autorités rebelles Forces Nouvelles n'ont fait que peu d'efforts velléitaires pour enquêter ou poursuivre les auteurs des crimes, y compris ceux des plus ignobles violences sexuelles. Ces lacunes ont contribué à un environnement d'illégalité de plus en plus enracinée, dans lequel prévaut une impunité flagrante. De même, la communauté internationale a systématiquement négligé de prendre des initiatives pour combattre l'impunité en Côte d'Ivoire en ce qui se rapporte aux violences sexuelles, en toute probabilité de peur de faire chavirer des efforts de négociations pour la paix.

«  Ni le gouvernement ni les rebelles n'ont réagi pour en finir avec les viols et autres abus commis par leurs troupes  », a dit Takirambudde. «  L'impunité n'a fait qu'encourager les criminels et les commanditaires dans les deux camps  »

La violence sexuelle s'est produite sur l'étendue du territoire national mais a particulièrement sévi dans les régions âprement contestées de l'ouest — la partie de la Côte d'Ivoire qui a connu le plus de combats. Des groupes mixtes composés de libériens et de sierra léonais combattant dans l'ouest du pays en tant que mercenaires se sont rendus coupables de violences sexuelles particulièrement flagrantes et largement répandues, aussi bien du côté des forces gouvernementales que des forces rebelles. Toutefois, même après la fin des hostilités actives, à partir de 2004 et au delà, les violences sexuelles sont restées un problème majeur dans toutes les régions, qu'elles soient détenues par les Forces Nouvelles ou par le gouvernement.

Les rebelles en Côte d'Ivoire ont perpétré des violences sexuelles contre certaines femmes et des filles dans les zones se trouvant sous leur contrôle, notamment à l'ouest du pays, à cause de leur ethnie ou parce que leur mari, leur père ou un autre homme de la famille travaillait pour l'État. Beaucoup d'autres ont été la cible d'agression sexuelle sans raison apparente. Des filles et des femmes ont subi des violences sexuelles chez elles, pendant qu'elles se réfugiaient en brousse, au niveau des barrages, dans leurs fermes, et même dans des lieux de culte. De nombreuses victimes ont été enlevées par des rebelles pour servir d'esclaves sexuelles, ou elles subirent des sévices sexuels pendant de longues périodes. La résistance se soldait fréquemment par des punitions effroyables, voire même la mort. Certaines esclaves sexuelles, intimidées par leurs ravisseurs et les circonstances de leur captivité, ne purent pas s'échapper à leur vie d'esclave. Un nombre inconnu de ces filles et femmes demeurent encore auprès de leurs ravisseurs.

Les forces pro-gouvernementales, y compris des membres de la gendarmerie, de la police, de l'armée et des milices, ont aussi perpétré des actes de violence sexuelle. Les viols et autres abus sexuels commis par les forces gouvernementales ont été particulièrement répandus à l'ouest et dans les zones de combats. Par surcroît, en dehors des conflits, les forces pro-gouvernementales ont pris pour cible de nombreuses filles et des femmes soupçonnées de soutenir les rebelles, plus particulièrement des femmes des groupes ethniques venant du nord de la Côte d'Ivoire ; des musulmanes ; des femmes originaires des États voisins (tels que le Burkina Faso ou le Mali) ; et des femmes issues des milieux politiques d'opposition. Les forces de l'ordre, les membres des milices, et d'autres forces pro-gouvernementales ont abusé des femmes aux barrages, au cours de descentes, dans des prisons temporaires, et dans des marchés. Les violations commises par les forces pro-gouvernementales semblaient augmenter pendant les périodes de tension politique accrue, au cours des quatre années d'impasse politique.

Human Rights Watch fait appel au gouvernement ivoirien et aux rebelles des Forces Nouvelles pour enquêter sur les allégations de violence sexuelle et punir les auteurs d'abus selon les normes internationales. De plus, il incombe au Conseil de sécurité des Nations Unies de publier immédiatement le rapport de 2004 de la Commission d'enquête internationale sur les violations des droits de l'homme en Côte d'Ivoire commis depuis 2002, et de se réunir pour débattre de ses conclusions et recommandations. La justice seule ne peut pas alléger les souffrances des survivantes, et les Forces Nouvelles, le gouvernement et les organismes d'aide doivent agir pour améliorer l'aide médicale et psychologique, ainsi que les services sociaux dont les nombreuses survivantes de violence sexuelle ont tant besoin.

Enfin, étant donné que les abus se sont souvent aggravés en période de tension politique accrue, Human Rights Watch a souligné que la réduction numérique ou le retrait des forces de maintien de la paix doit attendre les élections présidentielles et législatives.

«  Les autorités ivoiriennes gouvernementales et rebelles doivent prouver leur détermination sans équivoque de soutenir l'Etat de droit en traduisant en justice les responsables d'atrocités, y compris les crimes documentés dans ce rapport  », a insisté Takirambudde. «  À cette fin, les organisations et gouvernements oeuvrant pour promouvoir la sortie de crise, notamment les Nations Unies, le gouvernement français, et l'Union Africaine, doivent soutenir les autorités nationales pour développer une stratégie concrète.  »

Quelques témoignages recueillis pour ce rapport

- Une jeune femme qui était adolescente quant elle fut prise comme esclave sexuelle dans des camps rebelles témoigna de son expérience :

Ils m'ont amenée, et pendant une semaine ils m'ont violée tout le temps, ils m'enfermaient dans une maison… Ils m'avaient attachée avec mes jambes écartées et mes bras derrière, pour me violer. Ils étaient trois ou quatre dans la nuit. Ils mettent les fusils à côté de toi et si tu refuses ils te tuent. Ils ont tué une de mes amies et on a dû l'enterrer. On était peut être dix ou quinze filles là, qui étaient violées.

- Une mère qui fut violée par des rebelles en 2002 avec ses deux filles mineures, qui eurent aussi des morceaux de bois enfoncés dans leurs vagins, décrivit leur agonie :

Franchement, je ne sais pas comment je vais faire… Ils ont pris [des morceaux de] bois pour mettre dans le vagin de mes [deux] filles… Quand ils ont sorti ça ils ont mis leurs mains. Vraiment, ils ont gâté mes enfants. Le sang coulait… ils m'ont dit d'essuyer ça. Du bois, des mains… quand ils ont fini ils ont battu mes filles encore. Ils ont dit ils vont nous tuer. Je devais nettoyer le sang de mes filles.

- Une femme d'origine malienne, vivant dans un quartier d'Abidjan majoritairement musulman, décrivit comment elle fut violée par des corps habillés devant son mari le 25 mars 2004 :

Pendant la crise après la manifestation de l'opposition, j'ai été abusée par les corps habillés … Ils sont rentrés chez nous. Mon mari était dans le salon et mes trois enfants étaient dans leurs chambres. Les corps habillés ont enfermé les enfants dans leurs chambres. Je venais juste de sortir de la douche. Ils ont obligé mon mari à s'asseoir et à regarder pendant qu'ils me violaient sous la menace de leurs fusils. Cette honte m'empêche de regarder mon mari aujourd'hui.

- Une femme musulmane d'origine malienne décrivit le viol collectif de sa sœur par sept corps habillés pro gouvernementaux qui voulaient trouver son frère, un membre actif du parti d'opposition :

Mon grand frère était… au RDR… Ils sont venus le chercher. Nous [mes sœurs et moi] avons dit « Il est sorti. » Ils ont dit alors « Nous vous tuerons toutes les trois si vous ne l'appelez pas pour le faire venir. » Ils ont trouvé un carnet d'adresses avec le numéro de…mon grand frère et ils l'ont appelé… Il a dit « J'arrive, prenez juste de l'argent, pardon, ne leur faites pas mal »… Ils m'ont prise et frappée avec un fusil et ils m'ont cassé le bras… Puis ils ont pris ma sœur aînée qui est si belle et ils l'ont attachée et ils l'ont beaucoup violée.

- Une femme qui fut violée pendant plus d'un an par les rebelles à Bouaké pendant la guerre expliqua sa condition affreuse après qu'elle ait réussi à s'évader :

Je pouvais à peine marcher, je saignais tout le temps. Je n'avais pas d'argent pour acheter des tissus pour arrêter les saignements, ni même pour la nourriture… J'étais si malade…Ils m'ont chassée de l'hôpital. Mes conditions de vie étaient horribles, je sentais mauvais, je ne pouvais pas dormir, je rampais comme un bébé parce que je ne pouvais pas marcher, je me sentais si mal, je n'avais personne pour m'aider.

 
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Côte d'Ivoire : Il faut mettre fin à l'impunité dont jouit un groupement estudiantin pro-gouvernemental

« Depuis des années, le gouvernement ivoirien, faisant preuve d'un esprit partisan, a régulièrement omis d'enquêter sur les délits criminels graves perpétrés par des membres de la FESCI et de poursuivre ou de punir les auteurs de ces actes. L'impunité dont jouissent les groupements tels que la FESCI doit cesser dès maintenant afin de créer un climat propice à des élections pacifiques. »
Corinne Dufka, directrice pour l'Afrique de l'Ouest à Human Rights Watch