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| BARACK HUSSIEN OBAMA |
| L'histoire du jeune homme politique noir dont tout le monde prédit un bel avenir politique |
La vie du jeune Barack a été à la fois mouvementée et caractéristique d'une Amérique multiraciale. Issu d'une union entre un jeune étudiant kenyan, également appelé Barack Obama, admis en échange à l'université de Hawaï, et d'une étudiante américaine dans la même université, Anna, originaire elle du Kansas, le métis Barack Obama Jr est très vite confronté aux dures réalités de la vie. Ses parents se séparent très vite alors qu'il n'a que 2 ans, et Barack est obligé de suivre un moment sa mère à l'intérieur des Etats-Unis, puis en Indonésie où elle s'installe avec son nouveau compagnon. Quelques années plus tard, il retourne dans son pays natal pour y poursuivre des études secondaires, puis supérieures. Au moment d'intégrer la célèbre université de Harvard, Barack présente la spécificité d'avoir fréquenté une école musulmane, puis catholique en Indonésie, un lycée à Hawaï, puis en Californie à forte coloration culturelle asiatique, une première partie d'université à Columbia New York et enfin des associations communautaires à Chicago qui lui permettent d'assumer véritablement une partie de ses racines africaines. Il se rendra d'ailleurs en Afrique, au Kenya, en 1986, quatre années après la mort tragique de son père à Nairobi lors d'un accident de la circulation. Il y mesurera mieux les ressorts et les ambiguïtés de son histoire et de sa personne. |
C'est fort de cet héritage riche que le jeune Barack intègre en 1989, l'université de Harvard. Il devient en 1990, le premier noir, rédacteur en chef de la célèbre revue « Harvard Business Review » . Il obtient une petite renommée et en profite pour y développer des actions plus marquées dans le domaine des droits civiques et de la politique. Tout de suite, il acquiert le style Clinton qui vient alors d'être élu brillamment à la maison blanche (charisme certain, proximité avec ses électeurs, visite des églises, défense des faibles contre les puissants, etc.). Avec son épouse, née Michelle Robinson , une jeune noire diplômée de la célèbre université de Princeton et directrice aujourd'hui au sein de l'hôpital universitaire de Chicago où ils sont installés, ils ont deux très jeunes filles, mais n'hésitent pas à parcourir la région pour faire passer leur vision de la société. Très vite également, Barack a su donner à son discours, une dimension plus large que l'aspect communautaire, ce qui lui confère une crédibilité manifeste au sein des autres communautés, notamment dans l'Illinois, une région qui a été longtemps un bastion du parti républicain. Intelligent, au parcours politique presque sans faute, Barack Obama est en bonne position aujourd'hui |
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Michelle et Barack Obama et leurs deux enfants |
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pour rééquilibrer en Novembre prochain le rapport de forces au Sénat, la chambre la plus importante du parlement américain et devenir le troisième noir élu, membre de cette institution après le républicain Edward Brooke en 1967 et la démocrate Carol Moseley-Braun en 1993.
Son admission sur le devant de la scène lors de la convention du parti démocrate lui donne désormais une stature nationale, qui lui sera sans doute très utile lors des prochaines échéances politiques. Barack est par ailleurs auteur d'un ouvrage « Dreams from my father : A story of race and inheritance », une autobiographie publiée en 1995. |
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| ELECTION 2008 L'OBAMA MANIA |
| L'Obama-mania fait de l'ombre à la campagne pour les élections de mi-mandat -- par Don Babwin -- |
| CHICAGO (AP) -- Obama-mania. Seul Noir à siéger au Sénat américain, Barack Obama profite de ce que son mandat ne s'achève que dans quatre ans pour mettre son image de star montante du Parti démocrate au service des candidats aux élections parlementaires du 7 novembre, déclenchant un tel enthousiasme que d'aucuns le voient déjà à la Maison Blanche en 2008. |
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Entamant une tournée d'une dizaine de villes à la mi-octobre à Chicago, le sénateur de l'Illinois a dédicacé son dernier livre, «The Audacity of Hope: Thoughts on Reclaiming the American Dream» (»L'audace de l'espoir: réflexions pour reconquérir le Rêve américain») à des admirateurs dont certains l'avaient attendu sous la pluie devant la librairie pendant trois heures. La foule nombreuse lui était entièrement acquise, ponctuant de grands éclats de rire ses petites plaisanteries, brandissant appareils photo et téléphones portables pour garder un cliché de l'événement. La télévision était présente, américaine ou étrangère, et une équipe tournait un documentaire sur l»'Obama-mania». «Pour notre génération, c'est une sorte de phare, d'espoir. Il change la face du gouvernement en Amérique», s'enflammait Allison Ringhand, 19 ans, étudiante de Milwaukee (Wisconsin) à l'université de Chicago. Etudiants, actifs, retraités, tous avaient à la bouche des mots comme «espoir» ou «charismatique», certains faisant même référence au |
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président (1961-63) John Fitzgerald Kennedy. «Vous savez, Kennedy a passé deux ans au Sénat avant de se présenter à la Maison Blanche», faisait remarquer Barbara O'Connor, 76 ans, avant d'acheter trois exemplaires du livre de Barack Obama.
Même des républicains convaincus semblent sous le charme: «C'est un homme bon», estimait Sandy Sutphin, d'Ellicott City, dans le Maryland, n'excluant pas de voter pour lui... s'il se présentait sans étiquette.
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Barack Obama, 45 ans, sourire franc et regard direct, était quasiment inconnu hors de l'Illinois lorsqu'il a fait irruption sur la scène nationale avec un discours très applaudi lors de la Convention nationale des démocrates pendant la campagne présidentielle de 2004. Il y évoqua notamment «l'audace de l'espoir». Cette année-là, alors que le républicain George Bush était largement réélu à la Maison Blanche, ce fils d'un Kenyan et d'une Américaine remportait haut la main le siège de l'Illinois au Sénat (renouvelé par tiers tous les deux ans), devenant le cinquième Afro-américain à siéger à la chambre haute du Congrès. Depuis, cet ambitieux progressiste au parcours fulgurant, qui pour ses partisans incarne le Rêve américain et l'avenir du Parti démocrate, est devenu l'une des stars de sa formation.
Tous les regards sont tournés vers lui lorsqu'il fait campagne et récolte des fonds pour les candidats au Sénat (33 sièges à renouveler) ou à la chambre des Représentants (la totalité des 435 sièges à renouveler), tandis que LA question se pose de plus en plus:
se présentera-t-il à la présidentielle de 2008? |
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| Les Parents d'OBAMA |
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Le «Time Magazine» d'octobre lui consacre sa couverture et plusieurs pages pour expliquer «Pourquoi Barack Obama pourrait être le prochain président». Partisan d'un retrait progressif des troupes américaines d'Irak, le sénateur estime toutefois que les Etats-Unis doivent se réserver le droit d'intervenir à l'étranger lorsque la défense de leur sécurité l'exige. Elevé à Hawaï et en Indonésie par sa mère, blanche, originaire du Kansas, Barack Obama a connu une adolescence dissipée, flirtant avec la drogue, avant d'étudier le droit à la prestigieuse école d'Harvard. Une fois avocat, il s'est consacré à la défense des droits civiques et du service public, prônant la justice sociale.
Affichant sa foi chrétienne, il a récemment fâché une partie des démocrates en déclarant que le parti devait avoir un discours sur la religion et ne pas abandonner ce domaine aux républicains. Mais quand on lui demande s'il songe à la Maison Blanche, il sait manier la langue de bois.
A ses admirateurs de Chicago qui lui demandaient de se présenter en 2008, il a répondu par des remerciements et plaisanteries. Pourtant, lorsqu'une étudiante de 29 ans, Jeannie Britton, lui a déclaré qu'elle souhaitait le voir devenir le premier «président attirant» du pays, il n'a pu retenir une allusion à JFK. «Kennedy n'était pas mal, à ce qu'on dit», a-t-il répliqué, tout sourire.
Ce n'est que pressé de questions sur la chaîne de télévision NBC qu'il a fini par avouer fin octobre avoir «pensé à la possibilité» de se présenter à la Maison Blanche. «Après le 7 novembre, je m'assiérai et réfléchirai», a-t-il dit, promettant de «l'annoncer publiquement» s'il décidait de briguer la présidence. AP |
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| QUI EST BARACK HUSSIEN OBAMA? |
| Barack Hussein Obama Jr. (né le 4 août 1961 à Honolulu, Hawaii) est une personnalité politique américaine, membre du Parti démocrate et sénateur de l'Illinois au Sénat des États-Unis depuis 2005 |
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Barack Hussein Obama Jr. (né le 4 août 1961 à Honolulu, Hawaii) est une personnalité politique américaine, membre du Parti démocrate et sénateur de l'Illinois au Sénat des États-Unis depuis 2005.
Le 9 février 2007, il a officiellement déclaré sa candidature à l'investiture démocrate pour l'élection présidentielle américaine de 2008[1].
Origines familiales, enfance et jeunesse [modifier]
Barack Obama est né le 4 août 1961 à Honolulu, Hawaii. « Barack » signifie « béni » en hébreu, en arabe et swahili[2] alors qu'Obama signifie « lance enflammée » en swahili[3]. Ses parents se sont rencontrés à Hawaii alors qu'ils étaient jeunes étudiants.
Son père, Barack Hussein Obama Sr. (1936-1982) est kenyan. Fils d'un guérisseur de l'ethnie Luo, Barack Hussein Obama Sr. est éduqué dans la religion musulmane mais il est néanmoins sans religion. Jeune cuisinier des colons d'Alego au bord du lac Victoria, il entre à l'école des missionnaires qui lui paieront ses études à Nairobi avant de l'envoyer poursuivre un cursus d'économétrie à l'université d'Hawaii où il fonde l'association des étudiants étrangers et obtient les meilleures notes de sa promotion[4]. |
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Sa mère, Shirley Ann Duham (1942-1995), est descendante de Jefferson Davis, le président des États confédérés d'Amérique. D'origine chrétienne, elle est agnostique. Elle est également d'ascendance cherokee par son père. Originaire du Kansas, fille d'un représentant en meubles, ancien vétéran de l'armée de Patton et d'une employée de banque, qui fut ouvrière des usines d'aéronautique de Wichita en 1941, Shirley Ann Duham est étudiante en anthropologie à l'université d'Hawaii quand elle rencontre Barack Hussein Obama Sr.. Selon les affirmations de Lynne Cheney à la télévision le 17 octobre 2007, Barack Obama aurait aussi une ancêtre commune, – à la 8e génération –, une française, avec le vice-président Dick Cheney. Il a également une ascendance irlandaise, un de ses grand-pères a émigré du comté d'Offaly en Irlande.
Barack Hussein Obama Sr. et Shirley Ann Duham se marient en 1960. Ils divorcent alors que leurs fils Barack Jr., né en 1961, n'a que deux ans. Alors que la New School of New York propose à son père de l'accueillir et de prendre en charge sa famille, celui-ci préfère accepter la proposition de l'Université Harvard et de partir seul. Diplômé en économie, Barack Hussein Obama Sr. repart ensuite au Kenya où il fonde une nouvelle famille. D'abord homme en vue dans le gouvernement kenyan de Jomo Kenyatta, il finit par s'opposer aux projets du président. Limogé, boycotté, il sombre dans la misère et l'alcoolisme avant de se tuer dans un accident de voiture en 1982[5].
Shirley Ann Obama se remarie ensuite avec un étudiant originaire d'Indonésie et la famille emménage à Jakarta où Maya, la demi-sœur de Barack Obama, naîtra. Barack vivra 4 ans, de 1967 à 1971, en Indonésie. Il suit une scolarité difficile, d'abord deux ans dans une école publique musulmane[6] puis deux autres dans un cours catholique et souffre de la mésentente familiale. À l'âge de 10 ans, il est finalement rappatrié, seul, à Honolulu pour vivre chez ses grands-parents maternels, un couple modeste, afin de s'assurer une meilleure scolarité qu'en Indonésie. Plus tard, sa mère, divorcée à nouveau, le rejoindra avec Maya pour vivre dans un minuscule appartement proche de l'école Punahou, la meilleure école privée d'Hawaii, où titulaire d'une bourse, il est scolarisé. La famille ne survit alors qu'à l'aide de bons d'alimentation de l'aide sociale.
Obama racontera cette enfance dans son autobiographie Rêves de mes pères, celle d'une adolescence torturée, enfant à la peau noire dans un monde de blancs, en quête de ce père mythique, économiste brillant mais qui finit sa vie alcoolique et se tue dans un accident de voiture. |
Études, famille et carrière professionnelle
Après le lycée, Barack Obama étudie deux ans au Collège occidental de Californie où il trouve un exutoire à ses études dans les fêtes estudiantines dans lesquelles il éprouve pendant un temps un « dangereux penchant pour la défonce[7] » puis il entre à l'Université Columbia de New York. Il en sort diplômé en science politique et en relations internationales.
Il commence une carrière professionnelle à Chicago comme analyste d'affaires d'une grande compagnie financière. En 1984, il choisit de travailler comme animateur social dans le quartier noir défavorisé de South Side. Il devient adjoint de Jerry Kellman un travailleur social chrétien, membre d'un réseau d'églises progressistes. Jusqu'en 1987, Barack Obama, surnommé « Baby Face » par les pasteurs locaux, arpente South Side pour aider les résidents à s'organiser dans la défense de leurs intérêts, pour obtenir le désamiantage des logements sociaux, l'ouverture de bureaux d'embauche ou pour lutter contre la délinquance des jeunes. C'est durant cette période que Barack Obama, élevé sans religion, se rapproche de l'Église unie du Christ, dirigée dans le quartier par le pasteur Jeremiah Wright et se convertit au christianisme. |
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Obama quitte Chicago en 1987 pour trois ans afin d'étudier le droit à la faculté de droit de Harvard (Harvard Law School) à Boston dont il sera diplômé magna cum laude. En 1990, il y devient le premier noir rédacteur en chef de la prestigieuse Harvard Law Review, élu face à 18 autres candidats.
À la fin de ses études, au lieu de devenir adjoint au juge Abner Mikva, Barack Obama revient à Chicago pour devenir enseignant en droit constitutionnel à l'Université de Chicago[8] et entrer dans un cabinet juridique spécialisé dans la défense des droits civiques. |
En 1992, il épouse Michelle Robinson, juriste originaire de Chicago rencontrée en 1989 dans le cabinet d'avocats où il travaille et où elle est avocate associée. Le couple Obama aura deux filles, Malia Ann (née en 1999) et Natasha (née en 2002). Michelle Robinson-Obama est alors une avocate renommée, figure influente du Parti démocrate local et proche du maire de Chicago, Richard M. Daley. C'est elle qui va propulser la carrière politique de son époux[9] alors qu'il n'a, jusque là, milité activement que pour soutenir la candidature de Bill Clinton à la présidence des États-Unis et celle de Carol Moseley-Braun au Sénat.
Début de carrière politique locale (1994-2004)
En 1996, Barack Obama est élu au Sénat de l'État de l'Illinois dans la circonscription des banlieues sud de Hyde Park à Chicago, comprenant le quartier de South Side. Il préside la commission de santé publique quand les démocrates reprennent la majorité au Sénat local.
Il soutient les législations en faveur de l'extension de la couverture médicale aux plus démunis, se fait le défenseur de la cause des homosexuels et fait augmenter les fonds destinés à la lutte contre le SIDA. Son mandat est marqué par sa capacité à obtenir, par le biais de compromis, l'assentiment des républicains sur des lois comme celles contre le profilage racial, la surveillance vidéo des interrogatoires de police ou un moratoire sur l'application de la peine de mort dans l'Illinois[10].
En 2000, il tente de se faire désigner aux primaires démocrates pour être candidat à la Chambre des Représentants des États-Unis mais il est balayé avec 30 % des voix contre 61 % à Bobby Rush, le titulaire démocrate sortant et ancienne figure historique du Black Panther Party.
Carrière nationale (2004-2005)
En juillet 2004, il se fait remarquer en prononçant un des discours clés de la Convention démocrate de Boston désignant John Kerry comme candidat du parti à l'élection présidentielle. Il y fait l'apologie du rêve américain, de l'Amérique généreuse en les reliant à ses origines familiales. Il en appelle à l'unité de tous les Américains et dénonce les « errements » et l'« extrémisme » diviseur de l'administration de George W. Bush.
Le 2 novembre 2004, après avoir balayé quelques mois plus tôt ses adversaires démocrates lors des primaires, Barack Obama est élu au Sénat des États-Unis avec 70 % des voix contre 27 % à son adversaire républicain, l'ancien ambassadeur et chroniqueur politique conservateur Afro-Américain Alan Keyes. Le score ne fut pas une surprise car pendant plusieurs mois, Barack Obama avait fait une grande partie de sa campagne électorale sans aucun opposant désigné contre lui à la suite du retrait en dernière minute de Jack Ryan, le candidat républicain qui avait lui-même succédé à Blair Hull, le vainqueur des primaires, tous deux étant englués dans des affaires scabreuses avec leurs épouses respectives. Ce n'est que deux mois avant l'élection, que Alan Keyes fut désigné comme candidat républicain en dépit du fait qu'il résidait au Maryland, n'avait aucun lien avec l'Illinois et qu'en 2000, il avait dénoncé le parachutage d'Hillary Rodham Clinton à New York.
Barack Obama succède alors au sénateur républicain sortant Peter Fitzgerald.
En décembre 2004, Barack Obama passe un contrat de 1,9 million de dollars avec une grande maison d'édition pour écrire trois livres dont l'un concernera ses convictions politiques et le second, co-écrit avec son épouse, serait destiné aux enfants.
Barack Obama a prêté serment comme sénateur le 5 janvier 2005 devenant le seul afro-américain à siéger au Sénat, et le cinquième de l'histoire.
Politique étrangère
Barack Obama se fera aussi remarquer à l'échelle nationale en 2002 lorsqu'il refuse de cautionner les explications des néo-conservateurs au sujet d'une invasion nécessaire de l'Irak. Ce refus lui servira de référence tout au long de sa campagne pour l'investiture des élection présidentielle américaine de 2008 pour contrer ses adversaires.[réf. nécessaire]
Campagne pour l'investiture présidentielle de 2008
Le 16 janvier 2007, il annonce la création d'un comité exploratoire en vue de lever des fonds pour une candidature à l'élection présidentielle de 2008; et le 10 février 2007, il déclare sa candidature à l'investiture démocrate[11] et ce, malgré son inexpérience relative et la concurrence dans le camp démocrate d'Hillary Clinton, jusque-là favorite pour les primaires. Le 15 décembre 2007, il a reçu l'appui du prestigieux quotidien national, The Boston Globe[12].
Tout au long de l'année 2007, pendant la campagne aux primaires du démocrate, il a insisté sur le fait qu'il incarnait le changement et qu'il s'opposait à la politique partisane[13]. Sa candidature enthousiasme une partie des électeurs indépendants et des jeunes[13]. Il obtient le ralliement de nombreuses personnalités comme le sénateur John Kerry, les hommes d'affaires Warren Buffett et George Soros, les acteurs George Clooney, Matt Damon, Will Smith, Ben Affleck, les actrices Halle Berry et Scarlett Johansson, la romancière Toni Morrison ou l'animatrice de télévision Oprah Winfrey, personnalité extrêmement influente dans son pays, notamment au sein de la communauté Afro-Américaine[14].
Le 3 janvier 2008, Barack Obama a remporté les élections primaires dans l'État de l'Iowa (les caucus) avec 38 % des suffrages exprimés, loin devant le sénateur John Edwards (30 %) et l'ancienne First Lady Hillary Clinton qui a obtenu 29 %[15]. Il réussit alors à imposer à la campagne des primaires, aussi bien démocrates que républicaines, le thème du « changement » (« Change »). Le 8 janvier, il perd dans le New Hampshire (37%[16]) contre Hillary Clinton (39%[17]) malgré des sondages l'annonçant grand favori avec 10 points d'avance. Son discours de défaite est teinté d'espoir et de remotivation. De cette défaite Barack Obama tire son nouveau slogan : « Yes we can » (« Oui, nous le pouvons »).
Après une polémique avec Hillary Clinton sur les droits civiques et les rôles respectifs de Martin Luther King et du président Lyndon Baines Johnson, il arrive de nouveau deuxième en nombre de voix, derrière Hillary Clinton, lors du caucus du Nevada du 19 janvier (51 % contre 45 %). Néanmoins Barack Obama obtient une majorité de 13 délégués contre 12 pour Hillary Clinton, raison pour laquelle il refuse de concéder sa défaite. Il évoque également des irrégularités dans le vote qu'il impute au camp Clinton, accusant Bill Clinton et sa femme, de déformer les faits à son encontre[18].
Le 27 janvier, sa très large victoire (55 % contre 27 % pour Hillary Clinton) lors des primaires de Caroline-du-Sud[19] relance sa candidature dans la perspective du Super Mardi du 5 février.
Le 28 janvier, il obtient le soutien de Caroline Kennedy[20], ainsi que d'Edward Moore Kennedy et Patrick Kennedy[21].
Lors du Super Tuesday, le 5 février, Barack Obama remporte 13 États, face à 9 pour Hillary Clinton.
Le 9 février, il remporte les États de Washington, du Nebraska et de Louisiane ainsi que les îles Vierges. Le lendemain 10 février, il remporte l'État du Maine. Le 12 février, en remportant les trois élections primaires démocrates en Virginie, au Maryland et dans la capitale fédérale Washington, Barack Obama prend un avantage dans la course aux 2025 délégués nécessaires pour décrocher l'investiture démocrate. Avec 1231 délégués, il devance dorénavant Hillary Clinton (1196 délégués), s'adjugeant au passage la confiance non seulement d'une bonne partie de l'électorat afro-americain mais aussi celui des personnes agées (53 % contre 47 % à Hillary Clinton) et des femmes (58 %) ; les Blancs demeurent plutôt favorables à Hillary Clinton (48 % contre 51 %)[22].
Le 19 février 2008, il remporte une neuvième victoire sur Hillary Clinton dans le Wisconsin et une dixième victoire à Hawaï.
Références
1 Reuters, « Barack Obama lance sa candidature à l'investiture démocrate », [lire en ligne], Europe 1, « Barak Obama se lance officiellement dans la course à la Maison Blanche », [lire en ligne]
2.
« Barack Obama, l'homme sans bagages », Le Monde, 5 janvier 2008.
3.
« Qui est Barack Obama », L'Express, n°2950, 17 janvier 2008.
4. Article de l'Express n°2950 du 17 janvier 2008, ibid.
5. Article de l'Express n°2950 du 17 janvier 2008, ibid.
6. Lors de la campagne électorale pour l'investiture de 2008, l'éditorialiste néo-conservateur Daniel Pipes affirme qu'Obama aurait été un musulman pratiquant durant sa jeunesse en Indonésie [1].
7. L'Express, n°2950.
8. Il y reste conférencier jusqu'en 2005.
9. Article de l'Express,ibid
10. Article de l'Express n°2950, ibid
11. Reuters, « Barack Obama lance sa candidature à l'investiture démocrate », [lire en ligne], Europe 1, « Barak Obama se lance officiellement dans la course à la Maison Blanche », [lire en ligne]
12.
« Boston Globe Endorses Obama, McCain », The Associated Press, 15 décembre 2007.
13. a b Corine Lesnes, « Coup d'envoi dans l'Iowa des primaires américaines », dans Le Monde du 02-01-2008, [lire en ligne]
14.
« Pour qui roulent les "people" ? », Le Figaro, 31 janvier 2008.
15. CNN, « Obama wins Iowa as candidate for change », [lire en ligne]
16.
« Election Center 2008: Primary Results for Barack Obama - Elections & Politics news from CNN.com », CNN le 9 janvier 2008.
17.
« Election Center 2008: Primary Results for Hillary Clinton - Elections & Politics news from CNN.com », CNN le 9 janvier 2008.
18.
« Barack Obama rouvre les hostilités autour du rôle de Bill Clinton »
19. (fr) « Barack Obama remporte la primaire démocrate de Caroline du Sud » sur Wikinews, 27 janvier 2008.
20. Caroline Kennedy « A President Like My Father », The New York Times, 27 janvier 2008.
21.Richard Hétu, « Kennedy passe le flambeau à Obama », Cyberpresse, 29 janvier 2008.
22.
« Obama se détache après les primaires du Potomac », Le Figaro, 13 février 2008. |
Source: Wikipedia |
| L'audace d'espérer : Une nouvelle conception de la politique américaine |
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L'Audace de l'espoir
Barack Obama
Edition PRESSES DE LA CITE
Le candidat à l'investiture démocrate pourrait être le premier président noir des Etats-Unis. Dans L'Audace de l'espoir, il livre sa vision d'un pays qui, après 2050, ne sera plus majoritairement blanc. Extraits exclusifs.
Lorsqu'il est monté sur la scène de la convention démocrate de Boston, en juillet 2004, Barack Obama n'était qu'un élu au nom bizarre d'un district défavorisé de Chicago, briguant le poste de sénateur d'Illinois. Il en est redescendu trente minutes plus tard sous les ovations, auréolé d'un destin de présidentiable. Pur produit du melting-pot, il avait rappelé que les valeurs américaines et universelles pouvaient aussi être incarnées par la gauche, et que le prochain président pourrait être un homme noir.
Aujourd'hui candidat à l'investiture démocrate, Obama, avocat renommé, premier Noir jamais nommé à la tête de la prestigieuse revue de droit de Harvard, Harvard Law Review, offre, à 46 ans, une image de compétence, d'élégance intellectuelle et éthique qui tranche avec les pesantes années Bush, et s'élève au-dessus des démagogies de campagne. Son livre L'Audace de l'espoir révèle un personnage complexe et nuancé. P.C.
Lorsque je rencontre des gens pour la première fois, ils me citent quelquefois un passage de mon discours à la convention nationale démocrate de 2004, qui les a apparemment marqués: «Il n'y a pas une Amérique noire et une Amérique blanche et une Amérique latino ou asiatique. Il y a les Etats-Unis d'Amérique.» Pour eux, ces mots donnent une vision d'une Amérique enfin libérée de Jim Crow (1) et de l'esclavage, des camps d'internement de |
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Japonais et de manoeuvres mexicains, des tensions sur les lieux de travail et des conflits culturels, une Amérique qui tient la promesse du Dr King (2): nous devons être jugés non pas à la couleur de notre peau mais à la qualité de notre caractère. En un sens, je n'ai pas d'autre choix qu'adhérer à cette vision de l'Amérique. Enfant d'un Noir et d'une Blanche, né dans le creuset racial de Hawaii, avec une soeur à moitié indonésienne mais qu'on prend facilement pour une Mexicaine ou une Portoricaine, un beau-frère et une nièce d'origine chinoise, des parents qui ressemblent à Margaret Thatcher et d'autres qui pourraient se faire passer pour Bernie Mac (3), des retrouvailles familiales à Noël qui font penser à une réunion de l'Assemblée générale de l'ONU, je n'ai jamais eu la possibilité de restreindre mes allégeances sur une base raciale ni de mesurer ma propre valeur à une aune tribale.
Je pense en outre que le génie de l'Amérique a toujours résidé en partie dans sa capacité à intégrer de nouveaux venus, à forger une identité nationale à partir des groupes disparates débarquant sur nos côtes. Nous avons été aidés en cela par une Constitution qui - bien que souillée par le péché originel de l'esclavage - renferme en son coeur l'idée d'une citoyenneté égale devant la loi, et par un système économique qui, plus que tout autre, a donné une chance à chacun, indépendamment du rang, du titre ou de la position. Bien sûr, le racisme et le favoritisme envers les natifs ont souvent sapé ces idéaux; les puissants et les privilégiés ont souvent exploité les préjugés ou les ont suscités pour atteindre leurs objectifs personnels. Mais, dans les mains des réformateurs, de Tubman (4) à Douglass (5), de Chavez (6) à King (2), ces idéaux d'égalité ont peu à peu façonné notre vision de nous-mêmes et nous ont permis de former une nation pluriculturelle comme il n'en existe nulle part ailleurs sur terre. Enfin, ce passage de mon discours décrit les réalités démographiques de l'avenir de l'Amérique. Déjà le Texas, la Californie, le Nouveau-Mexique, Hawaii et le district de Columbia sont passés dans le camp «majorité-minorité» [NDLR: les minorités d'origine non européenne y sont devenues majoritaires]. Douze autres Etats ont des populations noire, latino et/ou asiatique à plus de 30%. Les Hispano-Américains sont maintenant 42 millions, ils constituent le groupe démographique ayant la croissance la plus forte: près de la moitié de la croissance totale du pays de 2004 à 2005. La population asiatique, quoique moins nombreuse, connaît un développement comparable, et on estime qu'elle augmentera de plus de 200% dans les quarante-cinq prochaines années. Peu après 2050, prédisent les experts, l'Amérique ne sera plus un pays majoritairement blanc, ce qui aura pour notre économie, notre politique et notre culture des conséquences que nous ne pouvons pas entièrement prévoir.
Pourtant, quand j'entends des commentateurs interpréter mon discours comme l'annonce d'une «politique postraciale» dans une société déjà exempte de préjugés raciaux, je dois appeler à la prudence. Dire que nous formons un seul peuple ne revient pas à sous-entendre que la race n'a plus d'importance, que nous avons gagné la bataille pour l'égalité, ou que, les problèmes que les minorités connaissent aujourd'hui dans ce pays, elles se les infligent elles-mêmes en grande partie. Nous connaissons les statistiques: pour presque tous les indices socio-économiques - de la mortalité infantile à l'espérance de vie, de l'emploi à la propriété du domicile - les Américains noirs et latinos, en particulier, sont toujours loin derrière leurs homologues blancs. Dans les conseils d'administration des entreprises de toute l'Amérique, les minorités sont sous-représentées; le Sénat des Etats-Unis ne compte que trois Hispaniques et deux Asiatiques (tous deux de Hawaii) et, au moment où j'écris ces lignes, je suis le seul membre afro-américain de la Chambre haute. Prétendre que notre comportement racial ne joue aucun rôle dans ces disparités, c'est être aveugle à notre histoire et à notre expérience, c'est nous dérober à la nécessité de redresser la situation. De plus, si mon éducation personnelle n'est en aucun cas typique de la minorité noire, et si, en grande partie grâce à la chance et au hasard, j'occupe aujourd'hui une position qui me protège de la plupart des plaies et bosses que le Noir moyen doit endurer, je peux quand même réciter la litanie des petits affronts qui m'ont été infligés pendant mes quarante-cinq années d'existence: les vigiles qui me suivent lorsque je fais des courses dans un grand magasin, les couples blancs qui me lancent les clefs de leur voiture quand je me tiens devant l'entrée d'un restaurant et que j'attends le voiturier, les policiers qui m'ordonnent sans raison apparente de me garer le long du trottoir. Je sais ce que c'est qu'entendre des gens me dire que je ne peux pas faire telle ou telle chose à cause de la couleur de ma peau et je connais le goût amer de la colère ravalée. Je sais aussi que Michelle (7) et moi devons constamment veiller à protéger nos filles des histoires débilitantes - servies par la télévision et les chansons, les camarades, la rue - sur ce que le monde pense qu'elles sont et sur ce qu'il imagine qu'elles devraient être.
Avoir des idées claires sur la race exige donc de nous d'observer la réalité sur un écran divisé, de maintenir dans notre viseur le genre d'Amérique que nous voulons tout en regardant froidement l'Amérique comme elle est, de reconnaître les péchés du passé et les défis du présent sans tomber dans le piège du cynisme ou du désespoir. Au cours de ma vie, j'ai assisté à un profond changement des relations entre les races. Je l'ai éprouvé aussi sûrement qu'on sent un changement de température. Lorsque j'entends un membre de la communauté noire nier ces changements, je pense que, non seulement, il déshonore ceux qui ont lutté pour nous, mais qu'il nous prive aussi de notre capacité à achever la tâche qu'ils ont entreprise. Aussi convaincu que je sois que les choses vont mieux, je n'oublie toutefois pas cette vérité: mieux, ça ne suffit pas. Ma candidature au Sénat des Etats-Unis a révélé quelques-uns des changements qui ont affecté les communautés blanche et noire de l'Illinois ces vingt-cinq dernières années. Quand je me suis présenté, l'Illinois avait déjà eu plusieurs élus noirs, notamment un président de la Cour des comptes et ministre de la Justice (Roland Burris), une sénatrice des Etats-Unis (Carol Moseley Braun) et un secrétaire d'Etat encore en place, Jesse White, l'homme politique le mieux élu de l'Etat, deux ans auparavant. Grâce à leurs succès, qui ont ouvert la voie, ma propre campagne n'était plus une nouveauté: la couleur de ma peau ne m'avantageait pas, mais elle n'excluait pas la possibilité que je gagne.
(1) Héros d'une chanson du xixe siècle, devenu un symbole de la ségrégation raciale. (2) Martin Luther King (1929-1968), militant des droits civiques. (3) Acteur noir. (4) Harriet Tubman (1819-1913), militante noire pour l'abolition de l'esclavage. (5) Frederick Douglass (1818-1895), père du Black Protest Movement. (6) Cesar Chavez (1927-1993), syndicaliste. (7) Mme Obama.
Philippe Coste |
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«Les rêves de mon père» de Barack Obama traduit en français |
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l'occasion de la traduction en français du livre Les rêves de mon père (Presses de la Cité, 2008), le quotidien Le Figaro vous propose ses bonnes feuilles. En voici quelques unes.
Extrait : Vous devez être en colère quelque part
En 1983, je décidai de devenir organisateur de communautés.
Quand mes amis, à l'université, me demandaient quel était le rôle d'un organisateur de communautés, je n'étais pas capable de leur répondre directement : je discourais sur la nécessité du changement. Du changement à la Maison-Blanche, où Reagan et ses sous-fifres se livraient à leur sale besogne. Du changement au Congrès, qui était complaisant et corrompu. Du changement dans l'état d'esprit du pays, obsessionnel et centré sur lui-même. Le changement ne viendra pas d'en haut, disais-je. Le changement ne viendra que de la base, c'est pourquoi il faut la mobiliser.
Voilà ce que je vais faire. Je vais travailler à organiser les Noirs. La base. Pour le changement.
Et mes amis, blancs et noirs, me félicitaient chaudement de mon idéal, avant de mettre le cap sur le bureau de poste pour envoyer leurs demandes d'admission dans les grandes écoles. […] Finalement, une société de conseil financier pour multinationales accepta de m'embaucher comme assistant de recherche. J'arrivais tous les jours dans mon bureau au cœur de Manhattan. J'étais le seul homme noir de la société. Ike, l'agent de sécurité noir bourru qui officiait dans le hall,n'y alla pas par quatre chemins |
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| et me dit tout net que je commettais une erreur.
«Organisateur ? C'est un genre de politique, c'est ça ? Pourquoi vous voulez faire un truc comme ça ?
» J'essayai de lui expliquer mes idées politiques, combien il était important de mobiliser les pauvres et de redistribuer les richesses à la communauté. Ike secoua la tête.
«Monsieur Barack, me dit-il, j'espère que vous ne le prendrez pas mal si je vous donne un petit conseil. Oubliez ces histoires d'organisation et faites quelque chose qui pourra vous rapporter du blé.» […]
J'avais pratiquement renoncé à devenir organisateur lorsque je reçus un appel d'un certain Marty Kaufman. Celui-ci m'expliqua qu'il avait monté une organisation à Chicago et qu'il souhaitait engager un stagiaire. Son aspect ne m'inspira pas grande confiance. Un Blanc grassouillet, de taille moyenne, portant un costume fripé. Son visage était mangé par une barbe de trois jours ; derrière d'épaisses lunettes cerclées de fer, ses yeux restaient plissés en permanence. Quand il se leva pour me serrer la main, il renversa un peu de thé sur sa chemise.
«Eh bien, dit-il en épongeant la tache avec une serviette en papier, pourquoi veut-on devenir organisateur quand on vient de Hawaii?»
Je m'assis et lui parlai un peu de moi.
«Hum, fit-il en hochant la tête, tout en prenant quelques notes sur un calepin. Vous devez être en colère, quelque part.
Que voulez-vous dire ?
Il haussa les épaules.
Je ne sais pas exactement. Mais il y a sûrement quelque chose. Ne le prenez pas mal : la colère, c'est obligatoire pour faire ce boulot. C'est la seule raison qui pousse quelqu'un à s'engager là-dedans. Les gens bien dans leur peau trouvent un boulot plus calme.»
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| Exclusif : les confidences de Barack Obama |
Le Figaro publie en avant-première les meilleurs extraits des Mémoires du candidat à l'investiture démocrate. Dans Les Rêves de mon père (éditions Presse de la Cité), qui paraît jeudi 20 mars en France, Barack Obama raconte l'histoire de sa famille et celle de son ascension. Jusqu'à la Maison-Blanche ?
La promesse du rêve américain
J'appris que mon père était africain, kényan, de la tribu des Luos, né sur les rives du lac Victoria dans une localité appelée Alego. Il gardait les chèvres de son père et fréquentait l'école construite par l'administration coloniale britannique, où il se révéla très doué. Il obtint une bourse pour aller étudier à Nairobi. C'est là que, à la veille de l'indépendance du Kenya, il fut sélectionné par des chefs kényans et des sponsors américains pour aller étudier dans une université américaine, rejoignant la première grande vague d'Africains envoyés à l'étranger pour y apprendre la technologie occidentale et la rapporter dans leur pays afin de forger une nouvelle Afrique moderne. En 1959, à l'âge de vingt-trois ans, il arriva à l'université de Hawaii. C'était le premier étudiant africain accueilli dans cette institution. […] À un cours de russe, il rencontra une jeune Américaine timide, modeste, âgée seulement de dix-huit ans, et ils tombèrent amoureux. Les deux jeunes gens se marièrent et eurent un fils, auquel Barack transmit son prénom. Il obtint une nouvelle bourse, cette fois pour poursuivre son Ph.D., son doctorat, à Harvard, mais non les fonds nécessaires pour emmener sa nouvelle famille avec lui. Il y eut donc séparation, à la suite de laquelle il retourna en Afrique pour tenir sa promesse vis-à-vis du continent. Il laissa derrière lui sa femme et son enfant, mais le lien d'amour perdura malgré la distance… […] |
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Mon père ne ressemblait en rien aux gens qui m'entouraient, il était noir comme le goudron alors que ma mère était blanche comme le lait, mais cela me traversait à peine l'esprit.
De fait, je ne me souviens que d'une seule histoire traitant explicitement du problème racial. Cette histoire racontait qu'un soir, après avoir passé de longues heures à travailler, mon père avait rejoint mon grand-père et plusieurs autres amis dans un bar de Waikiki. L'ambiance était joyeuse, on mangeait et on buvait au son d'une guitare hawaïenne, lorsqu'un Blanc, à haute et intelligible voix, se plaignit tout à coup au propriétaire d'être obligé de boire du bon alcool «à côté d'un nègre». Le silence s'installa dans la salle et les gens se tournèrent vers mon père, en s'attendant à une bagarre. Mais mon père se leva, se dirigea vers l'homme, lui sourit et entreprit de lui administrer un sermon sur la folie de l'intolérance, sur la promesse du rêve américain et sur la déclaration universelle des droits de l'homme.
«Quand Barack s'est tu, le gars s'est senti tellement mal à l'aise qu'il lui a filé aussi sec un billet de cent dollars, racontait Gramps. Ça nous a payé toutes nos consommations pour le reste de la soirée… et le loyer de ton père jusqu'à la fin du mois !»
Il s'était fait passer pour un Blanc
Ma mère m'installa dans la bibliothèque pendant qu'elle retournait à son travail. Je finis mes bandes dessinées et les devoirs qu'elle m'avait fait apporter, puis je me levai pour aller flâner à travers les rayons. Dans un coin, je découvris une collection de Life, tous soigneusement présentés dans des classeurs de plastique clair. Je parcourus les publicités accrocheuses et me sentis vaguement rassuré. Plus loin, je tombai sur une photo qui illustrait un article, et j'essayai de deviner le sujet avant de lire la légende. Une photo de petits Français qui couraient dans des rues pavées : c'était une scène joyeuse, un jeu de cache-cache après une journée de classe et de corvées, et leurs rires évoquaient la liberté. La photo d'une Japonaise tenant délicatement une petite fille nue dans une baignoire à peine remplie : ça, c'était triste. La petite fille était malade, ses jambes étaient tordues, sa tête tombait en arrière contre la poitrine de sa mère, la figure de la mère était crispée de chagrin, peut-être se faisait-elle des reproches…
Puis j'en arrivai à la photo d'un homme âgé qui portait des lunettes noires et un imperméable. Il marchait le long d'une route déserte. Je ne parvins pas à deviner de quoi parlait cette photo ; le sujet n'avait rien d'extraordinaire. Sur la page suivante, il y en avait une autre : c'était un gros plan sur les mains du même homme. Elles montraient une étrange pâleur, une pâleur qui n'était pas naturelle, comme si la peau avait été vidée de son sang. Je retournai à la première photo, et je remarquai les cheveux crépus de l'homme, ses lèvres épaisses et larges, son nez charnu, et le tout avait cette même teinte irrégulière, spectrale.
Il est sans doute gravement malade, me dis-je. Victime d'une irradiation, peut-être, ou albinos. J'avais vu un albinos dans la rue quelques jours auparavant, et ma mère m'avait donné des explications. Mais lorsque je lus les mots qui accompagnaient la photo, je vis que ce n'était pas cela du tout. L'homme avait reçu un traitement chimique pour éclaircir sa peau, disait l'article. Il l'avait payé de ses propres deniers. Il disait regretter d'avoir essayé de se faire passer pour un Blanc, se désolait de la manière catastrophique dont l'expérience avait tourné. Mais les résultats étaient irréversibles. Il existait des milliers de gens comme lui en Amérique, des Noirs, hommes et femmes, qui s'étaient soumis au même traitement à la suite de publicités qui leur avaient promis le bonheur, une fois devenus blancs.
Je sentis la chaleur envahir mon visage et mon cou. Mon estomac se serra ; les caractères devinrent flous. Ma mère était-elle au courant ? Et son patron ? Pourquoi était-il si calme, à lire ses rapports, quelques mètres plus loin, au bout du couloir ? Je ressentis le besoin urgent de sauter à bas de mon siège, de leur montrer ce que je venais d'apprendre, de leur demander de m'expliquer, ou de me rassurer. Mais quelque chose me retint. Comme dans les rêves, j'étais privé de voix, incapable d'articuler les mots traduisant cette peur nouvelle pour moi.
Lorsque ma mère vint me chercher pour me ramener à la maison, mon visage était souriant, et les magazines avaient retrouvé leur place. La pièce, l'atmosphère étaient aussi tranquilles qu'avant.
Si tu veux devenir un être humain
Ma mère avait toujours favorisé mon intégration rapide dans la culture indonésienne (Sa mère et son second mari se sont installés à Djakarta en 1968, NDLR). Cela m'avait appris à devenir relativement autonome, à ne pas me montrer exigeant quand le budget était serré. J'étais extrêmement bien élevé comparé aux autres enfants américains, et grâce à son éducation je considérais avec dédain le mélange d'ignorance et d'arrogance qui caractérise trop souvent les Américains à l'étranger. Dès le début, elle avait concentré ses efforts sur mon instruction. N'ayant pas les revenus nécessaires pour m'envoyer à l'école internationale que fréquentait la majorité des enfants étrangers de Djakarta, elle s'était arrangée dès notre arrivée pour compléter ma scolarité par des cours par correspondance envoyés des États-Unis.
Désormais, elle redoublait d'efforts. Cinq jours par semaine, elle venait dans ma chambre à quatre heures du matin, me forçait à prendre un petit déjeuner copieux, puis me faisait travailler mon anglais pendant trois heures, avant mon départ pour l'école et le sien pour son travail. J'opposais une rude résistance à ce régime, mais à toutes mes stratégies, les moins convaincantes («J'ai mal à l'estomac») comme les plus véridiques (mes yeux se fermaient toutes les cinq minutes), elle exposait patiemment sa défense :
«Et moi, mon petit gars, tu crois que ça m'amuse ?
»[…] Si tu veux devenir un être humain, me disait-elle, il te faudra avoir certaines valeurs. L'honnêteté : Lolo n'aurait pas dû cacher le réfrigérateur dans la remise quand les inspecteurs des impôts sont venus, même si tout le monde, les inspecteurs y compris, s'attendait à cela. La justice : les parents des élèves plus riches ne devraient pas offrir des postes de télévision aux professeurs pendant le ramadan, et leurs enfants n'ont pas à être fiers des bonnes notes qu'ils reçoivent en remerciement. La franchise : si la chemise que je t'ai offerte pour ton anniversaire ne t'a pas plu, tu aurais dû le dire au lieu de la garder roulée en boule au fond de ton placard. L'indépendance de jugement : ce n'est pas parce que les autres enfants se moquent d'un pauvre garçon à cause de sa coupe de cheveux que tu dois faire la même chose.
Elle n'avait qu'un seul allié en tout cela, c'était l'autorité lointaine de mon père. De plus en plus souvent, elle me rappelait son histoire, son enfance pauvre, dans un pays pauvre, dans un continent pauvre ; la dureté de sa vie. J'allais suivre son exemple, ainsi en décida ma mère. Je n'avais pas le choix. C'était dans les gènes.
Vous devez être en colère quelque part
En 1983, je décidai de devenir organisateur de communautés.
Quand mes amis, à l'université, me demandaient quel était le rôle d'un organisateur de communautés, je n'étais pas capable de leur répondre directement : je discourais sur la nécessité du changement. Du changement à la Maison-Blanche, où Reagan et ses sous-fifres se livraient à leur sale besogne. Du changement au Congrès, qui était complaisant et corrompu. Du changement dans l'état d'esprit du pays, obsessionnel et centré sur lui-même. Le changement ne viendra pas d'en haut, disais-je. Le changement ne viendra que de la base, c'est pourquoi il faut la mobiliser.
Voilà ce que je vais faire. Je vais travailler à organiser les Noirs. La base. Pour le changement.
Et mes amis, blancs et noirs, me félicitaient chaudement de mon idéal, avant de mettre le cap sur le bureau de poste pour envoyer leurs demandes d'admission dans les grandes écoles. […]
Finalement, une société de conseil financier pour multinationales accepta de m'embaucher comme assistant de recherche. J'arrivais tous les jours dans mon bureau au cœur de Manhattan. J'étais le seul homme noir de la société. Ike, l'agent de sécurité noir bourru qui officiait dans le hall, n'y alla pas par quatre chemins et me dit tout net que je commettais une erreur.
«Organisateur ? C'est un genre de politique, c'est ça ? Pourquoi vous voulez faire un truc comme ça ?
» J'essayai de lui expliquer mes idées politiques, combien il était important de mobiliser les pauvres et de redistribuer les richesses à la communauté. Ike secoua la tête.
«Monsieur Barack, me dit-il, j'espère que vous ne le prendrez pas mal si je vous donne un petit conseil. Oubliez ces histoires d'organisation et faites quelque chose qui pourra vous rapporter du blé.» […]
J'avais pratiquement renoncé à devenir organisateur lorsque je reçus un appel d'un certain Marty Kaufman. Celui-ci m'expliqua qu'il avait monté une organisation à Chicago et qu'il souhaitait engager un stagiaire. Son aspect ne m'inspira pas grande confiance. Un Blanc grassouillet, de taille moyenne, portant un costume fripé. Son visage était mangé par une barbe de trois jours ; derrière d'épaisses lunettes cerclées de fer, ses yeux restaient plissés en permanence. Quand il se leva pour me serrer la main, il renversa un peu de thé sur sa chemise.
«Eh bien, dit-il en épongeant la tache avec une serviette en papier, pourquoi veut-on devenir organisateur quand on vient de Hawaii?»
Je m'assis et lui parlai un peu de moi.
«Hum, fit-il en hochant la tête, tout en prenant quelques notes sur un calepin. Vous devez être en colère, quelque part.
Que voulez-vous dire ?
Il haussa les épaules.
Je ne sais pas exactement. Mais il y a sûrement quelque chose. Ne le prenez pas mal : la colère, c'est obligatoire pour faire ce boulot. C'est la seule raison qui pousse quelqu'un à s'engager là-dedans. Les gens bien dans leur peau trouvent un boulot plus calme.»
La meilleure part de notre histoire
J'entrai à la Harvard Law School, où je passai la plus grande partie de mon temps, durant trois années, dans des bibliothèques faiblement éclairées, plongé dans les études de cas et les textes de lois. Les études de droit peuvent être parfois décevantes, car il s'agit d'apprendre à appliquer des règles rigides et des procédures obscures à une réalité qui n'est pas. Mais le droit n'est pas que cela. Le droit est aussi la mémoire ; le droit note aussi le déroulement d'une longue conversation, celle d'une nation qui discute avec sa conscience.
«Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes…»
Dans ces mots, j'entends l'esprit de Douglass et de Delany, celui de Jefferson et de Lincoln, les luttes de Martin et de Malcolm et de ceux qui manifestèrent pour que ces mots deviennent réalité. J'entends les voix des familles japonaises enfermées derrière des barbelés, des jeunes Juifs russes exploités dans les fabriques de confection du Lower East Side de Chicago, des fermiers anéantis par la sécheresse qui chargent sur leurs camions ce qui reste de leurs vies brisées. J'entends les voix des habitants des Altgeld Gardens, et les voix de ceux qui restent de l'autre côté des frontières de ce pays, les cohortes affaiblies, affamées, qui traversent le Rio Grande. J'entends toutes ces voix réclamer la reconnaissance, et toutes elles posent exactement les questions qui en sont venues à déterminer ma vie, les questions que parfois, tard dans la nuit, je me surprends à poser au Vieil Homme. Quelle est notre communauté, et comment cette communauté peut-elle être conciliée avec notre liberté ? Jusqu'où vont nos obligations ? Comment transformons-nous un pur pouvoir en justice, un simple sentiment en amour ? À mon retour à Chicago, je découvris une accélération des signes de détérioration dans tout le South Side : les quartiers étaient devenus plus délabrés, les enfants plus agressifs, les familles moyennes déménageaient de plus en plus dans les banlieues, les prisons étaient remplies à craquer de jeunes à l'œil sombre, mes frères sans perspectives.
J'essaie d'apporter ma modeste participation au renversement de cette tendance. Dans mon cabinet d'avocat, je travaille principalement avec des églises et des groupes communautaires, des hommes et des femmes qui construisent tranquillement des épiceries et des cliniques dans les quartiers déshérités, et des logements pour les pauvres. De temps en temps, je travaille sur une affaire de discrimination, pour défendre des clients qui viennent dans mon cabinet avec des histoires dont nous aimons nous dire qu'elles ne devraient plus exister. La plupart de ces clients sont un peu embarrassés de ce qui leur arrive, tout comme les collègues blancs qui acceptent de témoigner en leur faveur ; car personne n'a envie de passer pour quelqu'un qui sème la zizanie. Et pourtant, il arrive un moment où les plaignants aussi bien que les témoins se disent que c'est une question de principe, que malgré tout ce qui s'est passé, ces mots posés sur le papier il y a deux cents ans ont sûrement une importance. Noirs et Blancs, ils se réclament de cette communauté que nous appelons l'Amérique. Ils choisissent la meilleure partie de notre histoire.
© Barack Obama, 1995, 2004.
© Presses de la Cité 2008. |
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| Exclusif - L`intégrale du discours Historique d`Obama |
« Nous le peuple, dans le but de former une union plus parfaite.
Il y a deux cent vingt et un ans, un groupe d'hommes s’est rassemblé dans une salle qui existe toujours de l'autre côté de la rue, et avec ces simples mots, lança l'aventure inouïe de la démocratie américaine.
Agriculteurs et savants, hommes politiques et patriotes qui avaient traversé l’océan pour fuir la tyrannie et les persécutions, donnèrent enfin forme à leur déclaration d’indépendance lors d’une convention qui siégea à Philadelphie jusqu’au printemps 1787.
Ils finirent par signer le document rédigé, non encore achevé. Ce document portait le stigmate du péché originel de l’esclavage, un problème qui divisait les colonies et faillit faire échouer les travaux de la convention jusqu’à ce que les pères fondateurs décident de permettre le trafic des esclaves pendant encore au moins vingt ans, et de laisser aux générations futures le soin de l’achever.
Bien sur, la réponse à la question de l’esclavage était déjà en germe dans notre constitution, une constitution dont l’idéal de l’égalité des citoyens devant la loi est le cœur, une constitution qui promettait à son peuple la liberté et la justice, et une union qui pouvait et devait être perfectionnée au fil du temps.
Et pourtant des mots sur un parchemin ne suffirent ni à libérer les esclaves de leurs chaînes, ni à donner aux hommes et aux femmes de toute couleur et de toute croyance leurs pleins droits et devoirs de citoyens des Etats-Unis
Il fallait encore que, de génération en génération, les Américains s’engagent —en luttant et protestant, dans la rue et dans les tribunaux, et en menant une guerre civile et une campagne de désobéissance civile, toujours en prenant de grands risques—, pour réduire l'écart entre la promesse de nos idéaux et la réalité de leur temps.
C’est l’une des tâches que nous nous sommes fixées au début de cette campagne —continuer la longue marche de ceux qui nous ont précédé, une marche pour une Amérique plus juste, plus égale, plus libre, plus généreuse et plus prospère.
J’ai choisi de me présenter aux élections présidentielles à ce moment de l’histoire parce que je crois profondément que nous ne pourrons résoudre les problèmes de notre temps que si nous les résolvons ensemble, que nous ne pourrons parfaire l’union que si nous comprenons que nous avons tous une histoire différente mais que nous partageons de mêmes espoirs, que nous ne sommes pas tous pareils et que nous ne venons pas du même endroit mais que nous voulons aller dans la même direction, vers un avenir meilleur pour nos enfants et petits-enfants.
Cette conviction me vient de ma foi inébranlable en la générosité et la dignité du peuple Américain. Elle me vient aussi de ma propre histoire d'Américain. Je suis le fils d'un noir du Kenya et d'une blanche du Kansas. J’ai été élevé par un grand-père qui a survécu à la Dépression et qui s'est engagé dans l'armée de Patton pendant la deuxième Guerre Mondiale, et une grand-mère blanche qui était ouvrière à la chaîne dans une usine de bombardiers quand son mari était en Europe.
J’ai fréquenté les meilleures écoles d'Amérique et vécu dans un des pays les plus pauvres du monde. J’ai épousé une noire américaine qui porte en elle le sang des esclaves et de leurs maîtres, un héritage que nous avons transmis à nos deux chères filles.
J’ai des frères, des sœurs, des nièces, des neveux des oncles et des cousins, de toute race et de toute teinte, dispersés sur trois continents, et tant que je serai en vie, je n'oublierai jamais que mon histoire est inconcevable dans aucun autre pays.
C’est une histoire qui ne fait pas de moi le candidat le plus plausible. Mais c’est une histoire qui a gravé au plus profond de moi l’idée que cette nation est plus que la somme de ses parties, que de plusieurs nous ne faisons qu’un.
Tout au long de cette première année de campagne, envers et contre tous les pronostics, nous avons constaté à quel point les Américains avaient faim de ce message d'unité.
Bien que l’on soit tenté de juger ma candidature sur des critères purement raciaux, nous avons remporté des victoires impressionnantes dans les états les plus blancs du pays. En Caroline du Sud, où flotte encore le drapeau des Confédérés, nous avons construit une coalition puissante entre Afro-Américains et Américains blancs.
Cela ne veut pas dire que l'appartenance raciale n'a joué aucun rôle dans la campagne. A plusieurs reprises au cours de la campagne, des commentateurs m’ont trouvé ou « trop noir » ou « pas assez noir ».
Nous avons vu surgir des tensions raciales dans la semaine qui a précédé les primaires de la Caroline du Sud. Les médias ont épluché chaque résultat partiel, à la recherche de tout indice de polarisation raciale, pas seulement entre noirs et blancs mais aussi entre noirs et bruns.
Et pourtant ce n’est que ces deux dernières semaines que la question raciale est devenue un facteur de division.
D’un côté on a laissé entendre que ma candidature était en quelque sorte un exercice de discrimination positive, basé seulement sur le désir de libéraux [Ndt : gens de gauche] candides d’acheter à bon marché la réconciliation raciale.
D’un autre côté on a entendu mon ancien pasteur, le Rev. Jeremiah Wright, exprimer dans un langage incendiaire des opinions qui risquent non seulement de creuser le fossé entre les races mais aussi de porter atteinte à ce qu’il y a de grand et de bon dans notre pays. Voilà qui, à juste titre choque blancs et noirs confondus.
J’ai déjà condamné sans équivoque aucune les déclarations si controversées du Rev. Wright. Il reste des points qui en dérangent encore certains.
Est-ce que je savais qu’il pouvait à l’occasion dénoncer avec violence la politique américaine intérieure et étrangère ? Bien sûr. M’est-il arrivé de l’entendre dire des choses contestables quand j’étais dans son église ? Oui. Est-ce que je partage toutes ses opinions politiques ? Non, bien au contraire ! Tout comme j’en suis sûr beaucoup d’entre vous entendent vos pasteurs, prêtres ou rabbins proférer des opinions que vous êtes loin de partager.
Mais les déclarations à l’origine de ce récent tollé ne relevaient pas seulement de la polémique. Elles n’étaient pas que l’indignation d’un leader spirituel dénonçant les injustices ressenties.
Elles reflétaient plutôt une vue profondément erronée de ce pays —une vue qui voit du racisme blanc partout, une vue qui met l'accent sur ce qui va mal en Amérique plutôt que sur ce qui va bien. Une vue qui voit les racines des conflits du Moyen-Orient essentiellement dans les actions de solides alliés comme Israël, au lieu de les chercher dans les idéologies perverses et haineuses de l'Islam radical.
Le Rev. Jeremiah Wright ne fait pas que se tromper, ses propos sèment la discorde à un moment où nous devons trouver ensemble des solutions à nos énormes problèmes : deux guerres, une menace terroriste, une économie défaillante, une crise chronique du système de santé, un changement climatique aux conséquences désastreuses. Ces problèmes ne sont ni noirs ni blancs, ni hispaniques ni asiatiques mais ce sont des problèmes qui nous concernent tous.
Au vu de mon parcours, de mes choix politiques et des valeurs et idéaux auxquels j’adhère, on dira que je ne suis pas allé assez loin dans ma condamnation. Et d’abord pourquoi m’être associé avec le Rev. Jeremiah Wright, me demandera-t-on ? Pourquoi ne pas avoir changé d’église ?
J’avoue que si tout ce que je savais du Rev. Wright se résumait aux bribes de sermons qui passent en boucle à la télévision et sur YouTube, ou si la Trinity United Church of Christ ressemblait aux caricatures colportées par certains commentateurs, j’aurais réagi de même.
Mais le fait est que ce n’est pas tout ce que je sais de cet homme. L’homme que j’ai rencontré il y a plus de vingt ans est l’homme qui m’a éveillé à ma foi. Un homme pour qui aimer son prochain, prendre soin des malades et venir en aide aux miséreux est un devoir.
Voilà un homme qui a servi dans les Marines, qui a étudié et enseigné dans les meilleures universités et séminaires et qui pendant plus de trente ans a été à la tête d’une église, qui en se mettant au service de sa communauté accomplit l’œuvre de Dieu sur terre : loger les sans-abris, assister les nécessiteux, ouvrir des crèches, attribuer des bourses d’études, rendre visite aux prisonniers, réconforter les séropositifs et les malades atteints du sida.
Dans mon livre, Les Rêves de mon père, je décris mes premières impressions de l’église de la Trinity:
« L'assistance se mit à crier, à se lever, à taper des mains, et le vent puissant de son souffle emportait la voix du révérend jusqu'aux chevrons (...). Et dans ces simples notes — espoir ! — j’entendis autre chose. Au pied de cette croix, à l'intérieur des milliers d'églises réparties dans cette ville, je vis l'histoire de noirs ordinaires se fondre avec celles de David et Goliath, de Moïse et Pharaon, des chrétiens jetés dans la fosse aux lions, du champ d’os desséchés d’Ezékiel.
Ces histoires —de survie, de liberté, d’espoir— devenaient notre histoire, mon histoire ; le sang qui avait été versé était notre sang, les larmes étaient nos larmes. Cette église noire, en cette belle journée, était redevenue un navire qui transportait l’histoire d’un peuple jusqu'aux générations futures et jusque dans un monde plus grand.
Nos luttes et nos triomphes devenaient soudain uniques et universels, noirs et plus que noirs. En faisant la chronique de notre voyage, les histoires et les chants nous donnaient un moyen de revendiquer des souvenirs dont nous n'avions pas à avoir honte (…), des souvenirs que tout le monde pouvait étudier et chérir - et avec lesquels nous pouvions commencer à reconstruire. »
Telle a été ma première expérience à Trinity. Comme beaucoup d’églises majoritairement noires, Trinity est un microcosme de la communauté noire : on y voit le médecin et la mère assistée, l’étudiant modèle et le voyou repenti.
Comme toutes les autres églises noires, les services religieux de Trinity résonnent de rires tapageurs et de plaisanteries truculentes. Et ça danse, ça tape des mains, ça crie et ça hurle, ce qui peut paraître incongru à un nouveau venu
L'église contient toute la tendresse et la cruauté, l’intelligence l’extrême et l’ignorance crasse, les combats et les réussites, tout l'amour et, oui, l'amertume et les préjugés qui sont la somme de l’expérience noire en Amérique.
Et cela explique sans doute mes rapports avec le Rev. Wright. Si imparfait soit-il, je le considère comme un membre de ma famille. Il a raffermi ma foi, célébré mon mariage et baptisé mes enfants.
Jamais dans mes conversations avec lui ne l’ai-je entendu parler d’un groupe ethnique en termes péjoratifs, ou manquer de respect ou de courtoisie envers les blancs avec qui il a affaire. Il porte en lui les contradictions — le bon et le mauvais— de la communauté qu’il sert sans se ménager depuis tant d’années.
Je ne peux pas plus le renier que je ne peux renier la communauté noire, je ne peux pas plus le renier que je ne peux renier ma grand-mère blanche, une femme qui a fait tant de sacrifices pour moi, une femme qui m'aime plus que tout au monde, mais aussi une femme qui m’avouait sa peur des noirs qu’elle croisait dans la rue et que, plus d'une fois, j’ai entendu faire des remarques racistes qui m'ont répugné.
Ces personnes sont une partie de moi. Et elles font partie de l’Amérique, ce pays que j’aime.
D'aucuns verront ici une tentative de justifier ou d’excuser des propos tout à fait inexcusables. Je peux vous assurer qu’il n’en est rien. Je suppose qu’il serait plus prudent, politiquement, de continuer comme si de rien n'était, en espérant que toute l’affaire sera vite oubliée.
Nous pourrions faire peu de cas du Rev. Wright, et ne voir en lui qu’un excentrique ou un démagogue, tout comme certains l’ont fait dans le cas de Geraldine Ferraro, l’accusant, à la suite de ses récentes déclarations, de préjugé racial.
Mais je crois que ce pays, aujourd'hui, ne peut pas se permettre d'ignorer la problématique de race. Nous commettrions la même erreur que le Rev. Wright dans ses sermons offensants sur l'Amérique —en simplifiant, en recourant à des stéréotypes et en accentuant les côtés négatifs au point de déformer la réalité.
Le fait est que les propos qui ont été tenus et les problèmes qui ont été soulevés ces dernières semaines reflètent les aspects complexes du problème racial que n’avons jamais vraiment explorés — une partie de notre union qui nous reste encore à parfaire.
Et si nous abandonnons maintenant pour revenir tout simplement à nos positions respectives, nous n'arriverons jamais à nous unir pour surmonter ensemble les défis que sont l'assurance maladie, l'éducation ou la création d'emplois pour chaque Américain.
Pour comprendre cet état de choses, il faut se rappeler comment on en est arrivé là. Comme l’a écrit William Faulkner : « Le passé n’est pas mort et enterré. En fait il n’est même pas passé. » Nul besoin ici de réciter l’histoire des injustices raciales dans ce pays
Mais devons nous rappeler que si tant de disparités existent dans la communauté afro-américaine d’aujourd’hui, c’est qu’elles proviennent en droite ligne des inégalités transmises par la génération précédente qui a souffert de l'héritage brutal de l'esclavage et de Jim Crow.
La ségrégation à l’école a produit et produit encore des écoles inférieures. Cinquante ans après Brown vs. The Board of Education, rien n’a changé et la qualité inférieure de l’éducation que dispensent ces écoles aide à expliquer les écarts de réussite entre les étudiants blancs et noirs d’aujourd’hui.
La légalisation de la discrimination —des noirs qu’on empêchait, souvent par des méthodes violentes, d'accéder a la propriété, des crédits que l’on accordait pas aux entrepreneurs afro-américains, des propriétaires noirs qui n'avaient pas droit aux prêts du FHA [Ndt : Federal Housing Administration, l’administration fédérale en charge du logement], des noirs exclus des syndicats, des forces de police ou des casernes de pompiers, a fait que les familles noires n’ont jamais pu accumuler un capital conséquent à transmettre aux générations futures.
Cette histoire explique l’écart de fortune et de revenus entre noirs et blancs et la concentration des poches de pauvreté qui persistent dans tant de communautés urbaines et rurales d’aujourd’hui.
Le manque de débouchés parmi les noirs, la honte et la frustration de ne pouvoir subvenir aux besoins de sa famille ont contribué a la désintégration des familles noires —un problème que la politique d’aide sociale, pendant des années, a peut-être aggravée. Le manque de service publics de base dans un si grand nombre de quartiers noirs —des aires de jeux pour les enfants, des patrouilles de police, le ramassage régulier des ordures et l'application des codes d'urbanisme, tout cela a crée un cycle de violence, de gâchis et de négligences qui continue de nous hanter.
C'est la réalité dans laquelle le Rev. Wright et d’autres Afro-Américains de sa génération ont grandi. Ils sont devenus adultes à la fin des années 50 et au début des années 60, époque ou la ségrégation était encore en vigueur et les perspectives d'avenir systématiquement réduites.
Ce qui est extraordinaire, ce n’est pas de voir combien ont renoncé devant la discrimination, mais plutôt combien ont réussi à surmonter les obstacles et combien ont su ouvrir la voie à ceux qui, comme moi, allaient les suivre.
Mais pour tous ceux qui ont bataillé dur pour se tailler une part du Rêve Américain, il y en a beaucoup qui n'y sont pas arrivés – ceux qui ont été vaincus, d’une façon ou d’une autre, par la discrimination.
L’expérience de l'échec a été léguée aux générations futures : ces jeunes hommes et, de plus en plus, ces jeunes femmes que l'on voit aux coins des rues ou au fond des prisons, sans espoir ni perspective d'avenir. Même pour les noirs qui s'en sont sortis, les questions de race et de racisme continuent de définir fondamentalement leur vision du monde.
Pour les hommes et les femmes de la génération du Rev. Wright, la mémoire de l’humiliation de la précarité et de la peur n’a pas disparu, pas plus que la colère et l’amertume de ces années.
Cette colère ne s’exprime peut-être pas en public, devant des collègues blancs ou des amis blancs. Mais elle trouve une voix chez le coiffeur ou autour de la table familiale. Parfois cette colère est exploitée par les hommes politiques pour gagner des voix en jouant la carte raciale, ou pour compenser leur propre incompétence.
Et il lui arrive aussi de trouver une voix, le dimanche matin à l’église, du haut de la chaire ou sur les bancs des fidèles. Le fait que tant de gens soient surpris d’entendre cette colère dans certains sermons du Rev. Wright nous rappelle le vieux truisme, à savoir que c’est à l’office du dimanche matin que la ségrégation est la plus évidente.
Cette colère n’est pas toujours une arme efficace. En effet, bien trop souvent, elle nous détourne de nos vrais problèmes, elle nous empêche de confronter notre part de responsabilité dans notre condition, et elle empêche la communauté afro-américaine de nouer les alliances indispensables à un changement véritable.
Mais cette colère est réelle, et elle est puissante, et de souhaiter qu’elle disparaisse, de la condamner sans en comprendre les racines ne sert qu’à creuser le fossé d’incompréhension qui existe entre les deux races.
Et de fait, il existe une colère similaire dans certaines parties de la communauté blanche. La plupart des Américains de la classe ouvrière et de la classe moyenne blanche n'ont pas l’impression d’avoir été spécialement favorisés par leur appartenance raciale.
Leur expérience est l’expérience de l’immigrant —dans leur cas, ils n’ont hérité de personne, ils sont partis de rien. Ils ont travaillé dur toute leur vie, souvent pour voir leurs emplois délocalisés et leurs retraites partir en fumée.
Ils sont inquiets pour leur avenir, ils voient leurs rêves s’évanouir; à une époque de stagnation des salaires et de concurrence mondiale, les chances de s’en sortir deviennent comme un jeu de somme nulle où vos rêves se réalisent au dépens des miens.
Alors, quand on leur dit que leurs enfants sont affectés à une école à l’autre bout de la ville, quand on leur dit qu’un Afro-Américain qui décroche un bon job ou une place dans une bonne faculté est favorisé à cause d’une injustice qu’ils n’ont pas commise, quand on leur dit que leur peur de la délinquance dans les quartiers est une forme de préjugé, la rancœur s'accumule au fil du temps.
Comme la colère au sein de la communauté noire qui ne s’exprime pas en public, ces choses qui fâchent ne se disent pas non plus. Mais elles affectent le paysage politique depuis au moins une génération.
C’est la colère envers la politique d’assistance de l’Etat-Providence et la politique de discrimination positive qui ont donné naissance à la Coalition Reagan. Les hommes politiques ont systématiquement exploité la peur de l’insécurité à des fins électorales. Les présentateurs des talk-shows et les analystes conservateurs se sont bâti des carrières en débusquant des accusations de racisme bidon, tout en assimilant les débats légitimes sur les injustices et les inégalités raciales à du politiquement correct ou du racisme a rebours.
Tout comme la colère noire s’est souvent avérée contre-productive, la rancœur des blancs nous a aveuglés sur les véritables responsables de l’étranglement de la classe moyenne —une culture d’entreprise où les délits d'initiés, les pratiques comptables douteuses et la course aux gains rapides sont monnaie courante ; une capitale sous l'emprise des lobbies et des groupes de pression, une politique économique au service d'une minorité de privilégiés.
Et pourtant, souhaiter la disparition de cette rancœur des blancs, la qualifier d’inappropriée, voire de raciste, sans reconnaître qu’elle peut avoir des causes légitimes —voila aussi qui contribue à élargir la fracture raciale et faire en sorte que l’on n'arrive pas à se comprendre.
Voilà où nous en sommes actuellement : incapables depuis des années de nous extirper de l'impasse raciale. Contrairement aux dires de certains de mes critiques, blancs ou noirs, je n'ai jamais eu la naïveté de croire que nous pourrions régler nos différends raciaux en l'espace de quatre ans ou avec une seule candidature, qui plus est une candidature aussi imparfaite que la mienne.
Mais j’ai affirmé ma conviction profonde—une conviction ancrée dans ma foi en Dieu et ma foi dans le peuple américain—qu’en travaillant ensemble nous arriverons à panser nos vieilles blessures raciales et qu’en fait nous n’avons plus le choix si nous voulons continuer d’avancer dans la voie d’une union plus parfaite.
Pour la communauté afro-américaine, cela veut dire accepter le fardeau de notre passé sans en devenir les victimes, cela veut dire continuer d’exiger une vraie justice dans tous les aspects de la vie américaine. Mais cela veut aussi dire associer nos propres revendications –meilleure assurance maladie, meilleures écoles, meilleurs emplois—aux aspirations de tous les Américains, qu’il s’agisse de la blanche qui a du mal à briser le plafond de verre dans l’échelle hiérarchique, du blanc qui a été licencié ou de l'immigrant qui s’efforce de nourrir sa famille.
Cela veut dire aussi assumer pleinement nos responsabilités dans la vie — en exigeant davantage de nos pères, en passant plus de temps avec nos enfants, en leur faisant la lecture, en leur apprenant que même s'ils sont en butte aux difficultés et à la discrimination, ils ne doivent jamais succomber au désespoir et au cynisme : ils doivent toujours croire qu’ils peuvent être maîtres de leur destinée.
L’ironie, c’est que cette notion si fondamentalement américaine –et, oui, conservatrice—de l’effort personnel, on la retrouve souvent dans les sermons du Rev. Wright. Mais ce que mon ancien pasteur n’a pas compris, c’est qu’on ne peut pas chercher à s’aider soi-même sans aussi croire que la société peut changer.
L’erreur profonde du Rev. Wright n’est pas d’avoir parlé du racisme dans notre société. C’est d’en avoir parlé comme si rien n'avait changé, comme si nous n'avions pas accompli de progrès, comme si ce pays —un pays ou un noir peut être candidat au poste suprême et construire une coalition de blancs et de noirs, d'hispaniques et d'asiatiques, de riches et de pauvres, de jeunes et de vieux—était encore prisonnier de son passé tragique. Mais ce que nous savons – ce que nous avons vu—c’est que l’Amérique peut changer. C’est là le vrai génie de cette nation. Ce que nous avons déjà accompli nous donne de l’espoir —l’audace d’espérer —pour ce que nous pouvons et devons accomplir demain.
Pour ce qui est de la communauté blanche, la voie vers une union plus parfaite suppose de reconnaître que ce qui fait souffrir la communauté afro-américaine n’est pas le produit de l’imagination des noirs ; que l’héritage de la discrimination —et les épisodes actuels de discrimination, quoique moins manifestes que par le passé- sont bien réels et doivent être combattus.
Non seulement par les mots, mais par les actes —en investissant dans nos écoles et nos communautés ; en faisant respecter les droits civils et en garantissant une justice pénale plus équitable ; en donnant à cette génération les moyens de s'en sortir, ce qui faisait défaut aux générations précédentes.
Il faut que tous les Américains comprennent que vos rêves ne se réalisent pas forcément au détriment des miens ; qu'investir dans la santé, les programmes sociaux et l'éducation des enfants noirs, bruns et blancs contribuera à la prospérité de tous les Américains.
En fin de compte, ce que l’on attend de nous, ce n’est ni plus ni moins ce que toutes les grandes religions du monde exigent —que nous nous conduisions envers les autres comme nous aimerions qu’ils se conduisent envers nous. Soyons le gardien de notre frère, nous disent les Ecritures. Soyons le gardien de notre sœur. Trouvons ensemble cet enjeu commun qui nous soude les uns aux autres, et que notre politique reflète aussi l'esprit de ce projet.
Car nous avons un choix à faire dans ce pays. Nous pouvons accepter une politique qui engendre les divisions intercommunautaires, les conflits et le cynisme. Nous pouvons aborder le problème racial en voyeurs —comme pendant le procès d’O.J. Simpson —, sous un angle tragique – comme nous l’avons fait après Katrina – ou encore comme nourriture pour les journaux télévisés du soir. Nous pouvons exploiter la moindre bavure dans le camp d’Hillary comme preuve qu’elle joue la carte raciale, ou nous pouvons nous demander si les électeurs blancs voteront en masse pour John McCain en novembre, quel que soit son programme politique.
Oui, nous pouvons faire cela.
Mais dans ce cas, je vous garantis qu’aux prochaines élections nous trouverons un autre sujet de distraction. Et puis un autre. Et puis encore un autre. Et rien ne changera.
C’est une possibilité. Ou bien, maintenant, dans cette campagne, nous pouvons dire ensemble : « Cette fois, non ». Cette fois nous voulons parler des écoles délabrées qui dérobent leur avenir à nos enfants, les enfants noirs, les enfants blancs, les enfants asiatiques, les enfants hispaniques et les enfants amérindiens.
Cette fois nous ne voulons plus du cynisme qui nous répète que ces gosses sont incapables d'apprendre, que ces gosses qui nous ne ressemblent pas sont les problèmes de quelqu'un d'autre. Les enfants de l’Amérique ne sont pas ces gosses-là, mais ces gosses-là sont pourtant bien nos enfants, et nous ne tolérerons pas qu’ils soient laissés pour compte dans la société du vingt-et-unième siècle. Pas cette fois.
Cette fois nous voulons parler des files d’attente aux urgences peuplées de blancs, de noirs et d’hispaniques qui n’ont pas d’assurance santé, qui ne peuvent seuls s’attaquer aux groupes de pression mais qui pourront le faire si nous nous y mettons tous.
Cette fois nous voulons parler des usines qui ont fermé leurs portes et qui ont longtemps fait vivre honnêtement des hommes et des femmes de toute race, nous voulons parler de ces maisons qui sont maintenant à vendre et qui autrefois étaient les foyers d'Américains de toute religion, de toute région et de toute profession.
Cette fois nous voulons parler du fait que le vrai problème n’est pas que quelqu’un qui ne vous ressemble pas puisse vous prendre votre boulot, c’est que l’entreprise pour laquelle vous travaillez va délocaliser dans le seul but de faire du profit.
Cette fois, nous voulons parler des hommes et des femmes de toute couleur et de toute croyance qui servent ensemble, qui combattent ensemble et qui versent ensemble leur sang sous le même fier drapeau. Nous voulons parler du moyen de les ramener à la maison, venant d’une guerre qui n’aurait jamais dû être autorisée et qui n’aurait jamais dû avoir lieu, et nous voulons parler de la façon de montrer notre patriotisme en prenant soin d’eux et de leurs familles et en leur versant les allocations auxquelles ils ont droit.
Je ne me présenterais pas à l’élection présidentielle si je ne croyais pas du fond du cœur que c'est ce que veut l'immense majorité des Américains pour ce pays. Cette union ne sera peut-être jamais parfaite mais, génération après génération, elle a montré qu’elle pouvait se parfaire.
Et aujourd'hui, chaque fois que | |