June 10, 2008

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Après l'interview du chef de l'Etat sur “France 24”-Tiburce Koffi: “Une insulte à l`intelligence des Ivoiriens”

Le Nouveau Réveil - N°1940 - lundi 9 juin 2008

Fallait-il réagir (au risque de paraître irrespectueux) à cette énième sortie médiatique de notre prolixe de chef, Laurent Gbagbo, qui dès qu'il perçoit une caméra ou un micro de journaliste - surtout quand ce journaliste est de peau blanche et qu'il vient de France ? Rappelons-nous que, dans notre pays, on en est même venu à suspendre le cours d'un journal télévisé de 20 H pour nous annoncer avec une joie de sous-développés que M. Sarkozy, le président de la République de France, vient de donner un… coup de fil à M. Laurent Gbagbo ! Une manière en somme de nous dire que notre chef fait partie des grands de ce monde ! Misère mentale !...
Fallait-il aussi se taire à la lecture de cette interview, au risque (peu honorable) de se voir traiter demain de complice, par le silence que l'on aura observé sur les déviances d'un chef qui, selon toute vraisemblance, a perdu depuis belle lurette le chemin de la sérénité qui caractérise le comportement des vrais chefs ?
Comme à mes habitudes, j'ai choisi la seconde voie : refuser le silence irresponsable des lâches en usant de mon tour de parole et de mon droit citoyen de donner mon opinion sur le discours de notre chef. Oui, j'ai choisi de parler, de dire mon refus ferme des discours de la honte et de l'opprobre, afin de débusquer les contrevérités intolérable et inacceptable. J'ai choisi de réagir à cette interview offensante au peuple de Côte d'Ivoire, que vient de nous servir le chef de l'Etat ; une interview injurieuse et mauvaise, autant dans la forme que le contenu.
J'ai fait cette option parce que l'auteur des propos tenus est notre chef, et que tout ce qu'il dit et fait (de bon comme de mauvais) engage mon pays, notre pays, notre intelligence collective, et détermine le regard que l'opinion internationale jette sur nous : une réflexion gênante affirme en effet que les peuples sont à l'image de leurs dirigeants - ce qui n'est pas forcément à l'avantage des premiers, car trop de mauvais dirigeants prospèrent sur la terre.
Il y a tant à dire sur cette interview. Je me limiterai cependant à quelques centres d'intérêt.

I/ A propos de la démocratie : falsification de l'histoire
Dans cette interview, M. Gbagbo se dresse sans pudeur, le portrait d'un démocrate achevé. Il serait bon de signaler que nombre d'entre nous (dont moi-même) s'étaient laissés à croire à cette vertu qu'il ne cesse de se donner, jusqu'à ce que les faits (eux qui ne mentent ni ne trompent jamais), nous aient éclairés sur la véritable nature de cet homme. Gbagbo déclare, dans cette interview (2è colonne, 3è paragraphe) ceci : " Je ne pouvais pas accepter que des gens veuillent prendre le pouvoir par les armes. QUE CE SOIT EN 1999, en 2002 ou lors de cette tentative de ''pieds nickelés'' (…).
Comment un homme, qui se prévaut de la chrétienté et qui plus, est un chef d'Etat, triplé d'un professeur d'histoire, peut-il accumuler tant de contrevérités en si peu de mots ? M. Gbagbo prétend qu'il ne peut pas accepter que des gens veuillent prendre le pouvoir par les armes, lui qui avait intégré dans son programme de conquête du pouvoir, l'usage de la violence. Oh ! Je vois d'ici les refondateurs et toute la faune des fanatiques bêtisés de ce régime criminel réfuter énergiquement mes propos. Allons, calmons-nous, et lisez tranquillement avec moi ce que Gbagbo Laurent, lui-même, a écrit et dit au cours de l'année 1997, lors de la Fête de la Liberté qui s'était tenue à Adzopé ; propos qu'il a repris presque intégralement, précisément le 29 décembre 1999, en Côte d'Ivoire, quand il adressait des félicitations à ses amis militaires qui avaient réussi le coup d'Etat de décembre 1999 contre Henri Konan Bédié :
" Si le régime veut ruser avec Laurent Gbagbo qui veut l'opposition pacifique, ILS TROUVERONT SUR LA ROUTE DES LAURENT KABILA. Nous sommes là, nous sommes dans ce cas de figure. Je leur proposais une bataille loyale avec mesure pour que le plus populaire et le plus aimé gagne. On a voulu ruser avec moi. Je pense que tous les hommes politiques ivoiriens doivent comprendre, premièrement, que ça n'arrive pas qu'aux autres. Deuxièmement, que la Côte d'Ivoire est un pays comme les autres. Donc ce qui amène une situation chez les autres, peut amener la même situation ici ". Conf. Journal Notre Voie du 30 décembre 1999.
Laurent Kabila est-il l'exemple d'homme politique qui conquiert pacifiquement le pouvoir d'Etat ? Pourquoi Gbagbo n'a-t-il jamais fait référence à Gandhi et à Martin Luther King dans son approche du combat politique ? Pourquoi ses modèles de référence sont-ils L. Kabila, Paul Kagamé, Kadhafi, Mugabé, Dos Santos, sans oublier Lénine et Mao Tsé Toung qui lui furent enseignés par Bernard Zadi, notre maître à tous - nous autres les apprentis socialistes des années 1970 ? Sont-ce là des références de conquérants pacifiques du pouvoir d'Etat ?

II/ Du coup d'Etat de 1999
Laurent Gbagbo prétend qu'il s'est insurgé contre le coup d'Etat de 1999. C'est grave ! Lisez avec moi ce que Gbagbo a confié officiellement, et qui a été transcrit et diffusé publiquement dans le journal français La Croix, le 10 janvier 2000, (deux semaines après le coup d'Etat de décembre 1999 : " Ce coup de force (contre Bédié - précision faite par le journal La Croix), NOUS l'APPROUVONS TOTALEMENT. Il y a des moments où l'intervention des militaires fait au contraire progresser la démocratie. Dans les pays africains, ou dans les pays de dictature affichée ou larvée, les putschs ne sont pas forcément une mauvaise chose. Parfois même, c'est une avancée pour la démocratie ".
Tous les Ivoiriens ont lu ces propos ; tous les Ivoiriens ont vu à la télévision, le FPI donner sa caution au coup d'Etat de décembre 1999 sur, bien évidemment, consignes de M. Gbagbo Laurent. La suite du plan prévoyait en effet qu'il soit à la tête de ce gouvernement de putschistes ; heureusement pour lui, ses amis socialistes français (à qui il arrive de temps en temps d'avoir du bon sens) lui ont déconseillé cette voie. Ce soutien que Gbagbo et son parti, le FPI, ont donné au coup d'Etat avait même fait dire au Pr Zadi, les propos suivants : " Laurent Gbagbo et le FPI doivent quand même comprendre que l'idéal socialiste a proscrit le coup d'Etat comme moyen d'accession au pouvoir. Comment peuvent-ils soutenir ce qui vient d'arriver à notre pays ? "
Oui, comment ont-ils pu soutenir ce coup d'Etat ? Maître, acceptez que l'élève vous donne la réponse à cette question qui a interpellé l'intelligence de tous ceux d'entre nous qui nous réclamions de la gauche démocratique, et qui sommes restés fidèles à ses idéaux : c'est parce que le coup d'Etat de 1999 est une inspiration du FPI de Gbagbo et de certains pays dont ils avaient acquis l'appui diplomatique. Rappelez-vous qu'au plus fort des tensions entre Gbagbo et le Président gabonais, le dernier avait menacé de nous faire des révélations sur le coup d'Etat de 1999. Il avait même dit que c'est lui qui avait prêté son avion à Gbagbo pour que ce dernier regagne vite la Côte d'Ivoire. Gbagbo a ainsi regagné la Côte d'Ivoire, une nuit, par Bouaké, après une escale au Burkina. A Bouaké, il a été accueilli comme un président par les militaires FPI infiltrés au sein des Fanci. Pour éviter que le président Bongo (qu'il avait traité de rigolo), nous révèle ces choses, il s'est dépêché de se rendre à Syrtre (Tripoli) pour lui demander pardon, en catimini…
J'ai avec moi, comme soutien et autres preuves de ce que j'avance là, le témoignage de nombreux officiers (dont je ne peux me permettre de révéler les noms dans un article de journal), et surtout celui de Zoin Honoré que je cite souvent, dans cette affaire. Je précise que je connais l'homme, et que ce dernier me connaît également. Ecoutez Zoin Honoré, un des réalisateurs du coup d'Etat et ex-ministre de la Jeunesse et des Sports sous la transition militaro-FPI : " (… au mois de décembre, nous les jeunes militaires, nous étions partis pour manifester contre notre ministre de la Défense dans les rues. Et le président (du FPI - NDLR) nous a envoyé notamment Lida Kouassi, Odette Sauyet et Freedom Neruda dans la rue pour nous dire que la Côte d'Ivoire souffre depuis 40 ans avec le PDCI et que c'était une occasion rêvée. Et que notre manifestation ne devrait pas être qu'une simple manifestation de réclamation de primes". Conf. Le Nouveau Réveil, n°1143 du mercredi 05 octobre 2005.
Un détail frappant : Zoin Honoré cite Lida Kouassi, Odette Sauyet, Freedom Neruda (de son vrai nom Tiéti Roch d'Assomption, aujourd'hui ambassadeur en Iran) ; or, Lida Kouassi confirme presque cette accusation en nous révélant, dans une interview accordée à Fraternité Matin en mars 2001, que les 22, 23 et 24 décembre 1999, Odette Sauyet, Freedom Neruda et lui, se trouvaient effectivement " dans les camps militaires en ébullition ".
Il affirme même, dans cette interview, que le FPI avait infiltré l'armée ivoirienne depuis des années et que c'est grâce à cette démarche qu'ils ont pu survivre dans l'opposition et fait face à l'adversité. Nous remarquerons d'ailleurs que la plupart des membres de l'Etat major des militaires et civils putschistes qui entouraient Robert Guéi, sont en réalité des militants ou sympathisants du FPI ; entre autres : César Sama, Mathias Doué dont les rapports extra conjugaux (à l'époque) avec la cadette de Laurent Gbagbo n'étaient un secret pour aucun ivoirien) ; Lida Kouassi (membre du Comité central du FPI et conseiller militaire de Robert Guéi, le chef de la junte)… Oh, comme il s'était retrouvé piégé par Gbagbo et les refondateurs, le pauvre Robert Guéi !!!
C'est le FPI de Gbagbo qui a été l'inspirateur du coup d'Etat de décembre 1999. C'est pourquoi Laurent Gbagbo s'était cru en devoir de dénoncer la première distribution des postes ministériels aux putschistes, et d'exiger de Robert Guéi, " des postes juteux " - l'expression est des refondateurs - au profit de son parti le FPI. Et Guéi s'est exécuté, à bon escient : il fallait rendre à Gbagbo et au FPI, ce qui était à Gbagbo et au FPI : le produit du coup d'Etat de 1999. Je repose la question que je n'ai eu de cesse de poser aux refondateurs : celui qui n'a pas tué l'éléphant a-t-il le droit d'exiger la part la plus grosse du gibier, à la distribution ?... à moins toutefois qu'il n'ait fourni les cartouches qui ont servi à tuer le gibier ! Dans un cas comme dans l'autre, la participation du plus grand bénéficiaire de la distribution du gibier à la chasse, tombe sous le coup du bon sens. Et, contrairement à ce que notre chef raconte dans cette interview de contrevérités choquantes et inadmissibles de la part d'un chef d'Etat, ni lui Gbagbo, ni aucun membre de son parti n'a jamais désavoué ce coup d'Etat. Bien au contraire, des films sont là, qui ont fixé pour la postérité, la joie inélégante et imbécile des putschistes et des demeurés qui avaient salué ce coup d'Etat, sabré le champagne, dansé sur un podium de la honte et du déshonneur, le zouglou des gueux et des conjurés qui chantèrent et dansèrent à la chute du président légal, démocratiquement élu en 1995, par la voie des urnes.
Dans une interview qu'il a accordée à Jeune Afrique au cours de cette même période, M. Gbagbo avait même justifié ce coup d'Etat par des propos injurieux contre l'ex-président déchu (Bédié) dont il disait qu'il était " intellectuellement limité et incapable de diriger la Côte d'Ivoire ". Et, comble de mépris, il a même ajouté : " Et je pèse bien mes mots ! " On peut retrouver ce journal et ces propos vilains qu'il y avait tenus. Que nous raconte donc M. Gbagbo ? Comment peut-il se permettre, lui un professeur d'histoire, de falsifier des faits si récents, dont les cendres continuent de réchauffer les méandres encore meurtries de notre mémoire ? Quand est-ce que cet homme comprendra-t-il qu'il y a des responsabilités qu'on assume et qui ne peuvent s'accommoder des manquements éthiques, comme le fait de travestir des faits, de donner dans la contrevérité et le grossier mensonge ?
Non, n'ayons pas peur des mots : notre chef n'a pas dit la vérité. Et ce n'est pas la première fois. C'est pourquoi nous devons, non pas le haïr (comme avait décidé de le faire le conseil des Vieux dans la célèbre pièce " Le secret des dieux " de Bernard Zadi), mais oeuvrer à le démettre de ses fonctions, parce qu'il n'est plus digne de nous représenter et de parler en notre nom. Et je vous le dis, Ivoiriens : Tuons en nous la peur. Exprimons nos indignations, exigeons de notre peuple, de nos institutions et de l'opinion internationale, le rejet de la candidature de M. Gbagbo à la prochaine élection présidentielle, pour falsification de faits historiques, destruction de l'Education nationale, encouragement à la débauche de la jeunesse, déshonneur jeté sur la Côte d'Ivoire, sans oublier les crimes ignobles commis sous son règne. L'acte de candidature même de Laurent Gbagbo est déjà en soi, une insulte à l'intelligence des Ivoiriens !

III/ Sa vision de la politique et du pouvoir : complots, crimes et intrigues
Rappelez-vous chers compatriotes un des derniers propos du Gl Robert Guéi, une semaine avant son assassinat : il avait dit qu'il descendait sur Abidjan pour rendre la gifle qu'on lui a donnée et aussi, révéler aux Ivoiriens ce qu'ils ne savaient pas sur décembre 1999 et les élections de 2000. A cette occasion, il avait taxé notre chef de " boulanger " et d'enfarineur. Hélas ! Robert Guéi n'a pu faire ces révélations qui eussent pu ouvrir un tant soit peu les yeux des Ivoiriens sur la nature réelle de celui que nous avons eu l'imprudence de porter au sommet de l'Etat : il a été tué avec la complicité de deux membres importants du clergé catholique, sur ordre de… qui?
Mais bon nombre d'entre nous savent certaines de ces choses que le général voulait révéler aux Ivoiriens : comment le FPI a triché à la présidentielle de 2000 en bourrant les urnes - les bureaux de vote étant remplis de leurs militants. Robert Guéi, qui n'avait l'appui d'aucun parti politique, s'était laissé berner par le machiavélisme de Gbagbo qui l'avait assuré d'une victoire tranquille en lui jurant qu'il ne lui ferait pas ombrage à cette présidentielle qu'il lui offrait. Seule précaution à prendre : éliminer, outre Alassane Ouattara, mais aussi et surtout, tout candidat Pdci, pour garantir le succès de cette opération. Ce qui a été fait avec la complicité de M. Tia Koné…
" Qu'on se le dise franchement : Henri Konan Bédié (dont je suis vraiment loin d'être un farouche admirateur) n'a pas été défait par la voix (e) des urnes, mais plutôt par des mutins ou rebelles (ce sont les mêmes choses) armés, en treillis. Que nous ayons, par dépit, erreur ou cécité politique, ''fait avec la situation'' en nous inclinant au pouvoir des armes (nous n'avions pas d'expérience de cette situation), est une chose ; mais nous refuser, comme nous l'avons fait en octobre 2000, les possibilités de légitimation historique de ce coup d'Etat en faussant le jeu ''démocratique'' par élimination des candidats (Bédié et Ouattara) réellement populaires et indiscutablement représentatifs à eux deux, de la part majoritaire de l'électorat, ce fut assurément là, une grossière méprise et imposture politiques que nous devions payer, tôt ou tard - les mêmes causes produisant les mêmes effets. Il n'y a pas de hasard en Histoire et en politique !
S'il est admis que le peuple fut vraiment soulagé du départ de l'ex-président de la République (encore faudrait-il le démontrer réellement par des statistiques), j'incline aujourd'hui à croire que ce même peuple aurait été davantage soulagé et même très heureux et tranquille que le prince ''détesté'' fût battu de manière démocratique, par le verdict des urnes. Les élections d'octobre 2000 nous donnaient vraiment l'occasion, mieux, la chance de ce ''réajustement politique'' et, conséquemment, nous offraient des possibilités de légitimation historique du putsch de décembre 1999. L'objectif essentiel de la transition n'était-il pas, comme nous le rappelle encore Laurent Gbagbo dans son discours du 29 décembre 1999 à ses militants, de créer les conditions d'une vraie démocratie en vue de l'organisation d'élections justes et transparentes ? Il disait aussi, Laurent Gbagbo : Je ne veux pas qu'on fasse le changement contre des Ivoiriens. Je veux que l'ensemble des Ivoiriens soit associé au changement et qu'on arrive à un Etat démocratique parce que nous avons les moyens de faire un Etat démocratique. Nous pouvons être un Etat démocratique et être un exemple en Afrique - c'est nous qui soulignons.
La belle profession de foi politique ! Le changement s'est effectivement fait contre d'autres Ivoiriens, avec l'approbation et la complicité du FPI ; et nous n'avons rien fait non plus pour donner de nous, cette image de pays de démocratie, exemplaire en Afrique, dont on se faisait pourtant le chantre : nous avons, bien au contraire, triché avec la démocratie, rusé avec l'Histoire " Conf. Tiburce Koffi, Côte d'Ivoire, l'agonie du jardin, Abidjan Néi-ceda.
Bref, sur conseils de M. Gbagbo, Robert Guéi a accepté de faire éliminer tout candidat susceptible de gagner la présidentielle de 2000 ; et Tia Koné a trahi l'éthique de sa profession en acceptant ce jeu dangereux qui a conduit la Côte d'Ivoire dans l'impasse que nous connaissons. On sait la suite de l'histoire : sur un tapis rouge sang et ensanglanté, par dessus le martyre des populations du nord massacrées par centaines dans les quartiers populeux d'Abidjan par les miliciens du FPI, M. Gbagbo gravissait les escaliers du perron qui le menait au trône ; l'homme venait de réaliser sa grande ambition : devenir Président d'une République ! Etre un jour, chef d'Etat. Les derniers témoignages de Boka Yapi (au Bénin) ont révélé et démontré comment les tueries d'octobre 2000 ont été panifiées et menées par les milices. Venance Konan (qui a eu le bonheur de ''tomber'' sur ce témoignage de qualité historique exceptionnelle), a déjà eu à publier des pans importants de ce document, à Fraternité Matin - du temps d'Honorat Dé Yédagne bien sûr ; la précision n'est pas inutile !

IV/ La culture de la violence
S'il y a bien une chose, une seule que Laurent Gbagbo a assimilée dans sa compréhension et lecture de la politique, c'est la prise en compte du facteur violence dans l'Histoire ; une violence qu'il a intégrée à sa vision et à son action politiques. Rien que sur le plan littéraire, son modèle n'est-il pas Soundjata Kéita ? Quand éclate la rébellion en 2002, quelles sont les premières paroles qu'il a lancées à l'endroit des insurgés ? M. Gbagbo a brandi l'épée contre l'épée. Lisez attentivement avec moi, ce qu'il écrit dans Soundjata :
" Je suis au pouvoir, j'y reste " (p.18).
Depuis qu'il a accédé au pouvoir, que dit d'autre Gbagbo, sinon, qu'il y reste ?
" Soumahoro est venu chez nous pour parler le langage des armes ; c'est par le langage des armes qu'il fallait lui répondre (p.27).
Conformément à ces propos écrits en 1979, c'est par le langage des armes qu'il décide effectivement de s'adresser à la rébellion, malgré les conseils de M. Bédié qui lui, proposait un dialogue direct avec les rebelles.
" Je ne suis pas de ceux qui chantent la paix
Alors que leurs peuples sont l'objet d'agressions quotidiennes " (p. 83).
Cette réflexion était une manière de désavouer le culte de la paix qui était un des fondements essentiels de la vision qu'Houphouët avait de la politique et de la cohabitation avec les pays alentours.
" Tu as pris le Manding par la force des armes
Nous le libérerons par la force des armes " (p.83)...
Ce fut effectivement son obsession : mettre fin à la rébellion par l'affrontement militaire. Mars 2004 signe les derniers échecs de cette vision offensive du règlement de la crise que connaissait notre pays.
Comme on le voit, chacune de ces citations est marquée du sceau de la violence. Chaque sortie de Gbagbo est aussi caractérisée par l'expression d'un ego inquiétant. Quand il parle du pouvoir, il dit " mon fauteuil ". On peut s'amuser à compter le nombre de fois où il parle de " son " fauteuil. Non, camarade Gbagbo : ce n'est pas TON fauteuil. C'est le fauteuil présidentiel ; un siège symbolique qui appartient à la République de Côte d'Ivoire (que tu n'as pas créée, mais que tu contribues plutôt à détruire). Il n'est pas à toi. Que cela soit clair une bonne fois pour toute dans ton esprit, camarade président !

V/ Un ego ridicule et peu sain

Laurent Gbagbo affirme dans cette interview : " C'est moi qui ai lutté pour la démocratie ; c'est moi qui ai fait de la prison… Des prisons… J'ai fait au moins quatre fois de la prison pour que nous ayons de nouveau cette démocratie. C'est moi qui ai été en exil pendant six ans et demi à Paris (…) Je suis là, et c'est moi qui ai ramené la démocratie par mon combat quotidien. Il faut que cela se sache ! "
Quelle vibrante proclamation d'amour de soi ! Quelle autoglorification ! Quelle infatuation ; et quelle énorme falsification et travestissement de l'histoire. Enfin, quelle récupération malsaine ! Non, que surtout personne n'essaie de me retenir : Jeunes gens de 15, 18, 20 ou 30 ans, je vous le dis tout net : cet homme ne dit pas la vérité. Et je me dois de rétablir la vérité historique qu'il transgresse de manière inacceptable. Oui, il a connu l'exil ; mais il n'a pas été le premier, ni le seul comme il le proclame. Bien avant lui, des Ivoiriens ont connu l'exil pour le combat en faveur du multipartisme, la démocratie et la souveraineté nationale. Mémel Foté a connu la prison et l'exil avant lui ; Françis Wodié, de même. Même après lui (Gbagbo), il y a eu Sahiri Léandre (un ami et camarade à moi qui vit toujours à Paris), Marcel Amondji, et bien d'autres dont les noms échappent, sur l'instant, à ma mémoire...
Le combat pour la pluralité d'expression n'est pas une invention ni une aventure intrépide de M. Gbagbo Laurent. Il y a eu, outre des prédécesseurs comme Gbaï Tagro (le plus intrépide d'entre tous à la fin des années 1970), des maîtres aussi qui ont semé ces idées et les ont fait prospérer. Précèdent encore Gbagbo dans ce combat, outre Mémel Foté, Désiré Tanoé (le maître de la pensée de gauche en Côte d'Ivoire), Françis Wodié, Doudou Salif, l'avocat Adam Camille, Désiré Ecaré, Barthélemy Kotchy, Oupoh Oupoh, Ngo Blaise, Bernard Zadi (son véritable maître - qui est aussi le mien), Samba Diarra, Kodjara, Amadou Koné et les figures légendaires et emblématiques des complots de 1963, parmi lesquels Bernard Zadi qui eut pour compagnon de cellule à Assabou, Jean Konan Banny, frère aîné de M. Charles Konan Banny. Bernard Zadi compte même au nombre des témoins de la mort d'Ernest Boka ; et Gbagbo n'a pas connu ces choses-là, qui figurent au nombre des moments les plus durs de la vie politique ivoirienne.
Oui, jeunes gens, celui qui vous tient ces propos compte au nombre des dernières mémoires libres de la gauche ivoirienne de la génération 1970-80, pétries entre les mains de nos maîtres universitaires que furent et demeurent les Pr Kotchy, Zadi, Wodié et Niamkey Koffi. Et je ne peux accepter que Gbagbo Laurent, devenu président de la République par un bégaiement de l'Histoire, falsifie l'histoire de ce combat épique pour lequel de nombreux ivoiriens ont fait tant de sacrifices.
Quand il a fui la Côte d'Ivoire, en 1982, à cause d'une petite colère d'Houphouët (pour aller se cacher en France et rédiger des tracts et un malheureux livre), nous sommes restés sur place, au pays, nos maîtres et nous, et d'autres enseignants courageux (comme Laurent Akoun, Ganin Bertin) qui étaient en avance sur nous dans le combat, et qui nous ont encadrés sur le terrain de la lutte syndicale et politique : Améa Jean, Patrice Nda, feue Jeanne K., Any Roger, Ndri Constantin, Josette Abondio, Guillaume Koffi Kouassi, Tapé Kipré,… Danho Eléonore, Jean-Paul Ndépo, Valérie Diby, Désiré et Honoré Adé, entre autres, comptent au nombre de ces combattants pour la cause ; et tous ont continué la lutte pour faire triompher le grand idéal qui nous avait nourris et que les refondateurs ont trahi aujourd'hui. Et nous nous sommes vraiment battus. Nous avons, nous aussi, fait la prison (la Sûreté nationale, la DST, la Maca), Séguéla ; nous avons connu la fourgonnette bleue des RG, les menottes, la séparation d'avec la famille, les interrogatoires, les suspensions de salaire, etc. Certains d'entre nous n'ont pas survécu aux maltraitances de Séguéla et ils sont morts quelques temps après notre libération : Appia Koménan, Traoré Yaya (paix à vos âmes, camarades !)…
Comment donc Laurent Gbagbo peut-il se permettre d'effacer toute cette histoire, tout ce combat collectif, pour ne parler que de sa personne ?! Quel (s) risques majeurs a-t-il pris que nous n'avons pris, nous autres qui sommes restés ici pour affronter la colère royale de Boigny-le-redoutable en ces temps là où, selon la belle expression du maître B. Zadi, " Le PDCI avait les dents rouges, grondait et crachait du feu comme dragon de nuit ? " Un chef d'Etat est-il Dieu pour (re) créer le monde à sa guise ? Si oui, que Gbagbo sache que les adversaires les plus farouches des hommes-dieux, ce sont les intellectuels libres et iconoclastes par option idéologique ! Et dans le cas précis de ce combat, j'en suis un. Non : tant que je serai vivant, tant que je ne serai pas devenu manchot, je ne laisserai aucune chance à M. Gbagbo et aux refondateurs de dire des contrevérités aux jeunes gens et de falsifier l'histoire des luttes libertaires de notre pays. Ca suffit !!!

VI/ La menace sur la Côte d'Ivoire
M. Gbagbo affirme : " En 1990, contre Houphouët, j'avais gagné les élections ". Ridicule ! Il sait très bien que personne, à part les zombies de son parti, ne le prend au sérieux. Ainsi, si je comprends bien, c'est M. Gbagbo, ex candidat à une élection, qui donne lui-même le résultat de cette élection, qui a été proclamé officiellement, il y a 18 ans ! Et sans aucune réelle contestation alors. Si M. Gbagbo peut se permettre une telle hérésie aujourd'hui, pourquoi ne se permettrait-il pas de proclamer lui-même les résultat du prochain scrutin présidentiel, comme il l'a fait d'ailleurs en 2000 ?
J'ai déjà eu à alerter les Ivoiriens sur ce qui va se passer à la prochaine présidentielle : Gbagbo s'est déjà proclamé vainqueur ! Vous êtes avertis. Le discours qu'il vient de dire sur sa prétendue victoire sur Houphouët signifie ceci : en 1990, j'ai battu le grand Houphouët ! Alors, ce ne sont pas vous, Alassane, Bédié ou Gnamien Konan… qui pouvez me contrarier. Il a répété à deux reprises cette phrase étrange : " Pourquoi je serais battu ? Pourquoi je serais battu ? " (2è colonne, p.3). Gbagbo a donc déjà annoncé sa victoire à la prochaine présidentielle. Et si les forces de résistance et de refus de ce hold-up électoral (qu'il vient d'annoncer) s'avéraient fortes, il créerait sa République, en faisant sécession. Ecoutez-le parler de… l'hypothèse de sa candidature ! Comme si cela devrait être une hypothèse qu'il soit candidat. M. Gbagbo prétend ne pas savoir s'il sera candidat ou pas ; il affirme que " c'est trop tôt pour le dire, pour le moment " (p.3, Col 1). M. Gbagbo a déjà eu à dire à Henriette Diabaté et aux candidats de l'opposition, de s'atteler à mener leurs campagnes électorales parce qu'il y avait longtemps que lui, était en campagne ! On peut retrouver les journaux où se trouvent ces propos. M. Gbagbo a déjà désigné ses directeurs de campagne qui, depuis belle lurette, sillonnent le pays et animent des meetings ; M. Gbagbo reçoit régulièrement ses clubs de soutien, leur donne de l'argent pour faire sa campagne électorale. Des tee-shirts sont même confectionnés à cet effet. Et M. Gbagbo affirme en toute sérénité qu'il ne sait pas encore s'il sera candidat, et qu'il n'a pas encore décidé ! On peut le dire : il se moque vraiment des Ivoiriens !...
Il y a tant à dire sur cette autre interview du dérapage de la pensée que vient de nous servir notre chef d'Etat qui, assurément, continue de porter un manteau (celui de chef d'Etat) qui n'est pas fait à ses mesures : ses réflexions sur la réfection des écoles françaises (qu'il a fait démolir par ses partisans ou ''patriotes'' enragés), sa lecture populiste et démagogique des accords de défense militaire avec la France, sa réflexion théorique sur l'agriculture, les acrobaties langagières sur le meurtre (vraisemblable) du journaliste Kieffer, les bégaiements maladroits et autres réfutations stupéfiantes sur le drame vécu par la communauté française en mars 2004, etc., tant et tant à dire. Mais il serait convenable de céder la parole à d'autres intelligences pour enrichir le débat. Qu'on me permette donc de fermer mon propos du jour en citant M. Gbagbo : " (…) Les hommes qui font de la politique doivent être toujours sérieux et toujours responsables (…) et les gens ne savent pas que les mots qu'ils prononcent peuvent amener à des débordements " (p.4, col 1).
M. Gbagbo, il y a longtemps que vous prononcez des mots mauvais et déplacés qui amènent à des débordements.

Tiburce Koffi,
Ecrivain, enseignant,
Membre fondateur et porte-parole
du Mouvement pour le Néo-houphouétisme (MN.-H)
Tél : (00225) 02-11-10-11
tiburce_koffi@yahoo.fr
http//tiburcekoffi.blogspot.com


Tirbuce Koffi à propos des manifestation contre la cherté de la vie à Abidjan : “Les femmes ont indiqué la voie de la libération”
A toi la femme anonyme
A toi la femme des travaux pénibles
A toi la ménagère de Yop-la-misérable
Et toi aussi, la vendeuse d`Abobo-la-sale
A toi la putain généreuse de Treich-la-vile
Et à toi aussi, l`ouvrière matinale de Vridi
Comment ne pas te nommer, toi brave Mamie de Cocody
Et toi, la maquisarde endurcie de Koumassi
Femmes de Marcory, femmes de Port-Bouët \
Femmes d`Attécoubé, femmes d`Adjamé
Femmes de mon pays
Femmes de ma Côte d`Ivoire en péril
A vous, ces femmes d`hier, d`aujourd`hui, de demain
Que je vous salue, vous salue, enfin !!!
Il me faut justifier cette ode peu adroite qui ne cadre pas du tout avec le climat formel d`une chronique de journaliste. Comme de nombreux Ivoiriens en ce moment absents du pays, j`ai appris, par la voie des ondes, la bienfaisante nouvelle du soulèvement des femmes de Côte d`Ivoire, qui ont colonisé les trottoirs d`Abidjan au cours des journées du lundi et du mardi, pour protester contre la hausse des prix. Journées folles m`en a-t-on dit. Journées de révolte, de refus de l`inacceptable, serait-il plus exact d`en dire. Et il m`a plu de célébrer cette manifestation qui, plus que l`expression d`un mécontentement ponctuel, épouse, à mon sens, les allures d`un combat de libération, dans un pays où les actes de régression de la démocratie ne se comptent plus. Et voici donc mes femmes-ivoires sur les trottoirs d`Abidjan. Les trottoirs, non pas pour y exhiber comme naguère au cours des nuits de vice, quelques corps marchands, mais pour y dire la seule parole qu`il sied que disent des êtres opprimés par les besoins quotidiens : se laver, se nourrir, s`habiller, se déplacer. Non, pas même se distraire, ni s`instruire, mais tout simplement se laver, se nourrir, s`habiller, se déplacer ; c`est-à-dire, répondre aux besoins premiers qui fondent l`être humain dans sa donne la plus naturelle… la plus primitive. On retiendra donc que les femmes ivoiriennes ont crié leurs misères, leurs ras-le-bol de ces hausses régulières des prix des denrées premières ; et c`est juste et bon que ce soient elles qui l`aient fait, respectant en cela le rôle que la société leur a toujours reconnue : veiller à la conservation des valeurs essentielles de la famille et du foyer quand l`homme (qui s`est octroyé le titre, pas toujours mérité, de chef de famille) a prévariqué en trichant avec le grand devoir citoyen. Alors, comme cela est souvent arrivé dans l`histoire, les femmes ivoiriennes ont pris leurs responsabilités : deux jours de manifestation ; deux jours d`expression légitime de leur mécontentement. Le roi a alors daigné annoncer des mesures sociales pour les apaiser ; plus exactement, pour apaiser le peuple. C`est un des aspects importants de ces moments forts que les Abidjanais viennent de vivre. Et c`est cet aspect qui s`offre à mon intelligence critique. Il y a en effet, quelques trois ou quatre mois, " le roi-fêtard1" de ce pays disait, plein de suffisance et de mépris pour les pauvres ivoiriens (désormais ses sujets2), qu`il entendait les supplications de la population qui croulait sous le poids de la misère ; mais qu`il n`y pouvait rien, car il ne pouvait pas suivre deux écureuils à la fois ; or, l`écureuil qui l`intéressait, lui, c`était l`écureuil " élection ". C`est pourquoi ce qui le préoccupait, c`était la sortie de crise. Je ne m`attendais donc pas à l`observer intervenir dans le débat social actuel au point de le voir ``monter au créneau`` (comme on dit) pour calmer la fureur des femmes. Rendons-lui justice : les propos qu`il a tenus (du moins ceux que j`ai entendus sur rfi-la-mal-aimée des refondateurs) m`ont paru sages, responsables, quelque peu rassurants, voire rassurants. Oui, être à l`écoute du peuple, être attentif à ses souffrances, et prendre des mesures pour le soulager un tant soit peu de ses soucis les plus cruciaux, voilà comment doit se comporter un chef, et non point comme un fêtard habité par l`Esprit du dimanche. Cette virée à la rue Princesse, avec un ministre français !!! Comme si un chef d`Etat de France distrairait de son temps pour accompagner son homologue africain à Pigalle ou à Barbès, une nuit d`envies lubriques !!! Et après cela, on s`étonnera que les ``petits Blancs`` ne nous prennent pas au sérieux, et on viendra crier encore à la revendication de notre dignité bafouée, de notre souveraineté…, etc., etc. N`importe quoi !!! Le second aspect de cette crise sociale (oui, c`en est une), est le comportement des forces de l`ordre. J`ai appris sur rfi qu`il y a eu un mort au cours de ces diverses manifestations. Inclinons-nous sur la dépouille de cette énième victime du régime des refondateurs. La comptabilité macabre continue donc sous le règne de ces étranges faiseurs du bonheur du peuple. Un mort ! J`avais craint le pire - ce régime nous ayant habitués à plus de morts que cela. Un mort. C`est toujours, certes, une tragédie, dans la mesure stricte où la mort - cessation du souffle divin qui nous habite - marque la fin absolue de l`existence d`un être ; mais deux jours de manifestations de cette ampleur, sous la refondation, auraient débouché, il y a de cela une ou deux années, sur des tueries en masse… des centaine de morts. Ce qui n`a pas été le cas pour les récentes manifestations qui furent pourtant de grande envergure.

Le temps de l`alliance nationale ?

Il y a donc, selon moi, de quoi féliciter nos forces de l`ordre, non pas pour n`avoir tué qu`une seule personne, mais pour n`avoir pas versé dans la barbarie et les excès de tueries que commettent souvent, dans ce genre de situations, les Corps habillés des pays sous développés, dans l`accomplissement de leurs devoirs civiques et républicains : assurer à tout prix l`ordre ; en pratique, cela signifie : veiller au maintien du pouvoir. Peut-être que l`heure de la grande réconciliation entre le peuple ivoirien et ``ses`` Corps habillés approche ; cette heure où, fatigués eux aussi des manquements de ce régime qui n`en finit pas de piller notre pays, habités soudain par la conscience de leurs devoirs républicains (devoirs qu`ils ont souvent trahis), nos policiers, nos gendarmes et nos militaires uniront leurs forces républicaines à celles, nationales, des milliers de désespérés et de déçus de la refondation, qui espèrent en une fin rapide de ces prédateurs... Ce qu`il faut retenir pour l`heure, c`est la victoire des femmes ivoiriennes sur la peur de la répression. Ce qu`il faut retenir aussi, c`est le sens de l`anticipation du chef de l`Etat qui, en politicien avisé, sait que les manifestations (apparemment mineures) de cette nature, finissent toujours par emporter les régimes peu vigilants. Ce qu`il faut retenir enfin, c`est que notre chef a peut-être compris que l`obsession des élections ne doit pas l`empêcher de veiller au bien-être du peuple : après tout, le but des élections, c`est d`obtenir du peuple, le droit de le diriger...
Les femmes ont donc dit non à l`inacceptable et, conséquemment, elles ont indiqué la voie à suivre à tous ceux d`entre les nôtres qui couvent en eux un potentiel de refus à exprimer dans ce pays qui se meurt chaque jour, sous l`action toxique d`une ``dirigeance`` mauvaise. Le courage de ces femmes doit pouvoir faire tache d`huile, car il y a encore tant et tant de situations inacceptables à dénoncer, tant de cris à pousser encore, tant d`incongruités et d`anormalités à refuser dans notre pays : l`école déstructurée, les structures sanitaires sous équipées, les détournements de fonds réguliers, l`argent fou, le terrorisme d`Etat, l`insalubrité, la mort de l`éthique, la prostitution galopante, l`alcoolisme en milieu scolaire, la corruption légalisée, la gestion triste et occulte de nos matières premières (café, cacao, pétrole, gaz, le bois, le diamant, etc.), la sombre culture de la luxure dans laquelle plonge ce pays ; par-dessus tout, le ``je m`en foutisme`` du chef, le populisme outrancier qui guide son agir politique, sa promptitude à dévaloriser l`institution républicaine et l`image de la Côte d`Ivoire. Oui, du strict point de vue de la qualité de la fonction et des responsabilités qui sont celles d`un chef d`Etat, cette virée nocturne à la rue princesse avec M. Jack Lang, reste un sommet de l`indécence, une énorme gourde administrative : la manifestation indiscutable du peu de considération que le chef d`Etat ivoirien a souvent eu à exprimer pour le Protocole d`Etat qui fut, hier, sous Houphouët, un des points essentiels de la qualité étatique de notre pays. Je le répète à l`envie et au besoin : à l`image de nombreux chefs d`Etats africains, M Gbagbo, ne sait pas très bien ce que c`est que l`Etat, dans ses données conceptuelles et symboliques. Pour nombre d`entre eux, comme M. Gbagbo, " l`Etat est une chose que le Blanc a oubliée en Afrique, en partant 4". Aussi pour nos chefs, la fonction de chef d`Etat se résume-t-elle aux budgets faramineux de souveraineté qu`ils peuvent s`octroyer au mépris des besoins de leurs peuples, aux licences ludiques et charnelles qu`ils s`accordent, à la culture de la jouissance, au culte de la personnalité, à l`obsession de la conservation du pouvoir, au plaisir démoniaque de la transgression ; mais jamais aux interdits ! Jamais aux renoncements. Or, un chef, un véritable chef, doit accepter de renoncer aux plaisirs populaires auxquels cède facilement le citoyen grossier et fat. Diriger, c`est apprendre à renoncer à soi. Mais ça, c`est trop en demander à M. Gbagbo et aux rois nègres !
En tout cas, personne ne saura me prouver que c`est à la rue Princesse - l`espace des résidus et des improductifs de notre société - que se trouve l`image qualifiante et qualitative de la Côte d`Ivoire. Et comme je comprends la superbe indignation du Pr Alassane Salif Ndiaye qui nous a gratifié d`un papier magistral - la conférence du professeur ! - sur cette question. Merci Professeur, de nous avoir ramenés au souvenir des Belles lettres et des combats intellectuels pour la survie des valeurs essentielles que doit cultiver l`élite d`une société ! Sublime ! Après tout, être un intellectuel, ce n`est rien d`autre que cela : ne jamais renoncer à défendre ces valeurs-là, sans lesquelles, un peuple n`a plus d`âme ; ne jamais renoncer à faire usage de la plume pour rappeler aux princes prévaricateurs, leurs vrais devoirs, et les ramener sur le chemin des choses droites. Oui, les vêtements de chef d`Etat sont, visiblement, trop contraignants pour M. Gbagbo. Prenons-en acte, Ivoiriens, et attelons-nous à le défaire de ce manteau de Nessus… pour lui rendre service. Tuez donc en vous la peur, gens de mon pays. Osons chaque jour un peu plus, si nous voulons vraiment mettre fin à nos misères collectives dues aux désespérances de ce régime malhabile. A cet effet, je vous invite à méditez sur ces deux belles citations que je vous propose, pour aujourd`hui : " Ce n`est pas parce que les choses sont difficiles que nous n`osons pas, c`est parce que nous n`osons pas qu`elles sont difficiles4 ". La seconde nous vient de Gustave Le Bon : " Un dictateur n`est qu`une fiction. Son pouvoir se dissémine en réalité entre de nombreux sous dictateurs anonymes et irresponsables dont la tyrannie et la corruption deviennent bientôt insupportables."
Il ne fait plus aucun doute que, pour le peuple ivoirien, l`heure de l`insupportable et de l`inacceptable a sonné. Merci, femmes de mon pays, d`avoir indiqué le chemin de la libération.
Femmes de mon pays
Femmes de ma Côte d`Ivoire en péril
A vous, ces femmes d`hier, d`aujourd`hui, de demain
Oui, je vous salue, vous salue, enfin !!!

De Paris, Tiburce Koffi
(00336) 1602-3953
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Tiburce Koffi répond à l`interview de Soro Guillaume dans JA: "Vous avez indiscutablement échoué"
vendredi 28 mars 2008 - Par Le Repère - Dans sa livraison du 16 au 22 mars 2008, Jeune Afrique nous a permis de lire une interview de l`actuel Premier ministre de Côte d`Ivoire, Soro Guillaume. Le texte, intitulé "Les vérités de Guillaume Soro", a dû retenir l`attention de nombreux Ivoiriens qui, comme moi, s`intéressent de très près à la politique qui a cours dans leurs pays. Cette interview, quoique professionnellement bien menée (en ce sens qu`elle a veillé à toucher à des questions essentielles de la vie politique des Ivoiriens, en plus du fait que le journaliste n`a, à aucun moment de sa démarche, franchi la ligne de neutralité indispensable à la conduite d`une interview), mérite cependant qu`on s`y arrête pour questionner encore les réponses non satisfaisantes, poser les questions non posées, et dire le discours, libre, que le cadre d`une interview ne pouvait accorder au journaliste. Commençons par n`importe lequel des points abordés.
1 - De l`accord de Ouaga

M. Soro, à l`instar du chef de l`Etat Laurent Gbagbo, en est satisfait - le contraire aurait d`ailleurs étonné plus d`un ivoirien. Je note pour ma part la concomitance de leurs propos, comme s`ils s`étaient entendus pour faire diffuser dans des organes différents, ces satisfecits qui jurent cependant avec la réalité des faits et les sentiments de la population. Je rappelle que le but ultime de l`accord de Ouaga au terme de sa durée, était d`amener le peuple ivoirien aux urnes, à l`issue de la réalisation de plusieurs étapes définies par un échéancier clair et précis. On sait qu`aucune de ces échéances n`a été respectée ; mais on sait surtout que la durée de cet accord a expiré sans que son but ultime soit atteint. En matière d`évaluation, on appelle cela " objectif non atteint ". Par rapport à l`horizon d`attentes et d`espoirs suscités par cet accord, on dit tout simplement qu`on a échoué.
Un échec que l`on pourrait expliquer ou même excuser ; toujours est-il que c`est un échec parce qu`on n`a pas atteint l`objectif qui, je le répète était de faire se tenir les élections. Pourquoi et comment donc MM. Soro et Gbagbo, peuvent-ils nous abreuver de satisfecits et nous faire croire que Ouaga a rempli la mission qu`il s`était donné ? Pourquoi ne pas reconnaître objectivement cet échec, en déterminer froidement les causes et tirer sereinement les conséquences de cette situation afin d`en envisager une meilleure approche ?

Les raisons que M. Soro énumère pour justifier ce satisfecit m`ont paru (et pour le moins) discutables : ce sont, entre autres d`importance moindre, la qualité des membres du gouvernement, la délivrance des 380 000 jugements supplétifs, la désignation de " Sagem Sécurité " comme opérateur technique pour l`identification et l`inscription de la population sur les listes électorales, la visite du chef de l`Etat au Nord ; enfin, le démantèlement de la zone de confiance. Examinons ces raisons.

M. Soro note : " Le gouvernement que je dirige a une particularité : il est composé de représentants des six plus grandes forces politiques du pays. Prétendre que cette équipe a échoué revient à dire que l`ensemble de la classe politique ivoirienne a échoué. " Pour tout ivoirien, il ne fait aucun doute que la classe politique ivoirienne a effectivement échoué ; et il n`y a vraiment que M. Soro seul, pour soutenir la thèse contraire. La matérialisation indiscutable de cet échec est ce pays délabré physiquement, économiquement et surtout, sur le plan éthique. Mais, pour tout ivoirien, la preuve la plus parlante de l`échec de la classe politique ivoirienne est cette rébellion qui a balafré le pays, meurtri le corps, l`esprit et l`âme de ses habitants ; cette rébellion dont un des porte-parole se nomme Soro Kigbafori Guillaume. Et il est plus que jamais important que ce dernier sache que, n`eût été la peur de se faire tuer par les rebelles (qui tiennent toujours sous le joug des armes nos populations du Centre, du Nord et de l`ouest montagneux) et par les hommes de Gbagbo (qui sévissent en zones sous contrôle gouvernemental), il y a longtemps que ce peuple, las des inconduites et irresponsabilités de cette classe politique, aurait envahi les pavés pour hurler à la face du ciel, son refus, tout son refus de la voir présider encore aux destinées de ce pays.

Oui, M. Soro Guillaume, je puis vous dire et redire que le peuple de Côte d`Ivoire est vraiment fatigué de cette classe politique qui a ECHOUE, en signant son passage par mille et un manquements civiques, étatiques et éthiques. N`entendez-vous pas les ritournelles des chansons zouglou qui, presque toutes aujourd`hui, se font l`écho des déceptions de ce peuple las de vos turpitudes traumatisantes et improductives ? Moi, j`entends chaque jour remonter vers moi, les plaintes et souffrances de toutes les populations de Côte d`Ivoire, même celles du Nord - qui se sont enfin réveillées de l`illusion de l`ordre nouveau que vous leur aviez promis hier, en venant secouer la Côte d`Ivoire des clameurs de vos kalachnikovs. Oui, M. Soro, cette classe politique a indiscutablement échoué !

De la délivrance des 380.000 jugements supplétifs

Je me demande bien si M. Soro réalise la gravité des propos qu`il a tenus, à ce sujet : était-ce pour un objectif aussi chétif que celui-là, que l`on a fait tout le tintamarre de l`accord de Ouaga ? Etait-ce pour délivrer 380 000 malheureux jugements supplétifs à des gens de ce pays, que l`on a pris les armes contre ce régime et la Côte d`Ivoire ? Il me plaît de rappeler aux Ivoiriens, aux rebelles (ou ex-rebelles) surtout, et particulièrement à M. Soro Guillame, que M. Charles Konan Banny, qui n`avait pourtant rien à voir dans cette sale crise qui nous a tous éclaboussés, était allé plus loin que lui dans l`acte de délivrer ces pièces : sous la primature de M. Banny, les audiences foraines devraient, en effet, être sanctionnées de manière concomitante, par la délivrance d`un certificat de nationalité, afin de gagner du temps pour la tenue des élections certes, mais aussi et surtout, afin de réparer, concomitamment, la grave injustice qui avait engendré la rébellion : la citoyenneté ivoirienne refusée à des milliers d`entre les nôtres, victimes d`une méchante discrimination administrative.

Or, que constatons-nous aujourd`hui sur cette question ? Apparemment, M. Soro Guillaume, affiche moins d`ambition que M. Banny. Je comprends donc que M. Gbagbo puisse être content et même fier de lui ; mais que Soro en soit lui-même satisfait, cela me paraît une attitude curieuse …

N`est-il pas " déçu par le faible nombre de jugements supplétifs délivrés par les audiences foraines " - c`est le journaliste qui pose la question ? " M. Soro répond : " Ce sont ceux qui ont fait les estimations au départ qui doivent les revoir à la baisse. " Oui, vous avez bien lu.
Question à la réponse : qui a fait ces estimations ? Pas M. Gbagbo ni le FPI, en tout cas. Mais bel et bien ceux qui ont pris les armes, ou bien alors ceux qui ont armé les bras des enfants de ce pays. Le Premier ministre Guillaume Soro, à l`exercice du pouvoir, veut-il nous dire par là que ses compagnons d`armes et lui s`étaient trompés ? Est-il alors en train d`inviter la rébellion à revoir ses ambitions à la baisse ? Qu`il le dise donc, clairement ! Qu`il le confesse alors, avec les mots du contrit, et qu`il achève de disqualifier cette hussarderie d`une nuit blafarde de septembre 2002 qui n`a que trop duré.

Le démantèlement de la zone de confiance

M. Soro fait aussi du démantèlement de la zone de confiance, un acquis positif de l`accord de Ouga, car selon lui, " la zone de confiance (…) divisait le pays en deux ". Le propos est gravement falsificateur. Rectifions donc les choses. Non, ce n`est pas la zone de confiance qui (a divisé) ou divisait le pays en deux. C`est la REBELLION QUI DIVISAIT et DIVISE toujours le pays en deux. Et ceci n`est pas une nuance, ni une vaine métaphore : c`est cela la réalité. La preuve de ce que je dis là, est que, depuis, le 16 avril (bientôt un an donc) que cette zone de confiance a été démantelée, les rebelles contrôlent toujours les zones qu`ils occupent, continuent de prélever des impôts, gardent leurs privilèges de seigneurs de guerre. Récemment, le général Bakayoko a lancé un appel clair et sans équivoque aux rebelles en les invitant à ne pas libérer les maisons qu`ils occupent indûment depuis 2002.
Pour nous Ivoiriens, la division du pays, c`est cela : cette gestion duelle de notre pays, cette administration fantaisiste et bâtarde, ces deux légalités à la fois formelles (la zone sud) et informelles (la zone sous contrôle des rebelles). Et, tant qu`au démantèlement de la zone de confiance, ne succédera pas le désarmement total et effectif de la rébellion et des milices armées de M. Gbagbo, tant que l`administration du pays entier se fera dans l`acceptation complaisante et anti-républicaine de la présence illégale des rebelles aux postes de commandes, le territoire ivoirien n`aura pas été réunifié.
Pour avoir été ministre d`Etat dans le gouvernement de M. Banny, M. Soro sait très bien que le démantèlement (qui ne posait aucun problème) de la zone de confiance était inscrit dans le programme d`action de l`ex Premier ministre. Mais, et à l`inverse de la démarche de la paire Gbagbo-Soro, M. Banny concevait ce démantèlement (facile à faire) comme un des points de l`apothéose qui sanctionnerait la paix vraiment retrouvée (par le désarmement effectif) de la rébellion et des milices de la zone gouvernementale. Le démantèlement de la zone de confiance n`est donc pas un acquis de l`accord de Ouaga. Il était déjà un acquis sous M. Banny. Evitons la récupération facile.

2 - De la violation de droits de l`homme et des exactions commises par la rébellion et dénoncées par Humain Right Watch et le Haut Commissariat de l`ONU.

Interpellé par le journaliste sur les violations des droits de l`homme par les rebelles, M. Soro dit ceci : " Je regrette la façon sommaire dont ces organismes travaillent : la rébellion ivoirienne n`a jamais coupé de bras, ni violé, ni creusé des charniers ". Pour peu, M. Soro nous dirait que la rébellion n`a jamais tué ! Comme c`est triste ! Allons, comment faut-il expliquer à notre Premier ministre pour qu`il sache que tuer des civiles désarmés est un acte de violation des droits de l`homme ? Et que cela justifie une interpellation de l`ONU et des organismes humanitaires ? Les Escadrons de la mort du camp présidentiel, tout aussi dénoncés par L`ONU, n`ont jamais non plus, violé, ni coupé de bras. Leurs crimes sont-ils moins des crimes pour autant ?

M. Soro doit faire l`effort de comprendre que l`inacceptabilité d`un crime n`est pas fonction du bras, de l`oreille ou des testicules de la victime que le criminel a laissé (s) intact (s) (sans doute pour d`insolites raisons esthétiques), mais du principe même du crime ; c`est-à-dire l`acte de tuer un homme, d`ôter (pour quelque raison que ce soit) la vie à notre semblable. C`est un acte prohibé par toutes les cultures du monde, du plus lointain de notre Humanité naissante, aux âges avancés d`éclaircie morale. Malgré nos égarements actuels, nous Ivoiriens, sommes, après tout, des gens civilisés, bons et gentils ; nous n`avons pas de tradition du crime. Cette guerre fut un malheur qui nous est arrivé, et nous devrions en être gênés. Nous n`avons pas à chercher à justifier des tueries, ni à établir une hiérarchie esthétique dans les manières de tuer.

Et puis, en réalité, les viols de la rébellion ne se content plus : les dépositions des rescapées de l`enfer de Bouaké, de Béoumi, de Sakassou, Monoko Zohi, de Guitrozon, etc., et des contrées saccagées et soumises par la rébellion, sont encore dans nos mémoires. Nous les avons entendues à l`Assemblée nationale, et en direct. Peut-être que M. Soro ignore l`existence de ces documents audiovisuels qui font partie des archives de la rébellion. Et nous sommes un certain nombre de (vrais) patriotes ivoiriens, hier membres du ``bois sacré``, à savoir où elles se trouvent.

La rébellion du Nord a fait aussi des charniers - c`est connu. Quoi ! Ces hommes qui sont morts, étouffés dans un conteneur surchauffé sous un soleil canaille de Korhogo, ces gendarmes désarmés et exécutés froidement à Bouaké, puis enterrés dans une fosse commune, tous ces cauchemars de notre septembre noir de 2002, relèvent-t-il d`une banale esthétique fictionnelle ? Non, M. Soro, non !

3 - Du pillage des mines de diamant de Séguéla


J`avoue qu`ici, M. Soro m`a sidéré dans la réponse qu`il a donnée au journaliste. Lisez-la : " Le diamant a toujours été exploité par la population et par des trafiquants. Bien avant la crise. J`ai dis aux Forces impartiales que je suis prêt à faire surveiller cette mine si elles me le demandent ".
Si je comprends bien, M. le Premier ministre de la République indépendante et souveraine de Côte d`Ivoire, attend des Forces impartiales, qu`elles lui disent de prendre des mesures pour faire arrêter le pillage des richesses du pays qui est placé sous sa primature ! Question : sont-ce les Forces impartiales qui ont demandé aux rebelles de piller le diamant ivoirien pour le vendre dans les pays limitrophes ?

4 - De ses liens avec des chefs d`Etat africains

Ici, M. Soro décline l`affection et l`amour que ces chefs d`Etat éprouvent pour lui. Il dépeint le Président Blaise Compaoré sous les traits d`un patriote africain " (qu`est-ce que cela signifie ?) " qui a une véritable vision de l`avenir ! " Je ne sais pas s`il est possible (à part chez les géomanciens) d`avoir une ``vision du passé``, et à quoi cela correspondrait. M. Soro nous dit aussi sa fierté de compter au nombre des filleuls bien-aimés du Président Bongo. Ecoutez-le nous en parler sur des notes attendrissantes qui feraient pleurer de repentir, plus d`un opposant gabonais : " Il faut approcher Omar Bongo pour saisir toute sa dimension (…) Il n`a rien à voir avec la caricature que les journaux occidentaux font de lui (…) Il s`est pris d`affection pour moi et me traite comme son propre fils. Je me réjouis de cette relation. "

Demandons tout simplement à M. Soro s`il est sûr que le gentil Président Bongo se prendrait d`affection pour un jeune gabonais qui déclencherait une rébellion armée contre l`institution présidentielle gabonaise ! J`en doute. Tout comme je doute fort que le Président Bongo puisse présenter Soro à la jeunesse gabonaise comme exemple de jeune à imiter ! Je suis même certain que le M. Bongo a pris soin d`expliquer aux leaders d`associations de jeunes de son pays, qu`il ne faut surtout pas suivre l`exemple de ce garçon (Soro) qui a divisé son pays en deux et en a retardé la marche !!!

Ecoutez-moi, monsieur Guillaume Soro Kigbafory : du haut de mon droit et devoir d`aîné et d`enseignant (parce que je suis votre aîné et votre professeur), je vous le dis fort, et sans aucun tremblement de la plume : " Vous êtes naïf ! "… comme dirait l`autre que vous avez… banni ! Si tous ces gens (Bongo, Compaoré, Wade, Biya…), vous aiment, c`est tout simplement parce que vous avez créé des problèmes à votre pays la Côte d`Ivoire, dont ils jalousaient, tous, la réussite économique. Grâce à vous, ils peuvent, enfin, eux aussi, rêver de grandeurs, ou au moins, espérer réduire le fossé qui séparait la Côte d`Ivoire d`eux. Grâce à vous, la Côte d`Ivoire est sur le point de perdre le leadership dans la sous région. Votre rébellion les arrange donc, M. Soro…

Non, aucun d`entre ces chefs d`Etat qui vous vouent aujourd`hui amour et affection, ne souhaiterait avoir dans son pays, un jeune qui suivrait votre exemple ; parce qu`en réalité, à leurs yeux, vous êtes un mauvais exemple. Vous n`êtes bon que parce que vous détruisez la Côte d`Ivoire et que vous détestiez/détestez Gbagbo… qu`ils détestent, eux aussi. Et vous savez, moi, de même, pourquoi ils le détestent/détestaient : parce qu`au départ, Gbagbo n`avait pas voulu être comme eux. (...) C`était le temps de ``mon`` bon Gbagbo``, le Gbagbo que j`avais suivi. A présent, c`est réglé : Gbagbo a décidé d`être comme eux ; c`est-à-dire, être un prédateur de son pays, un facilitateur de détournements de deniers publics, d`enrichissements illicites, un partenaire idéal pour le vampirisme des ultra libéraux qui pillent et ravagent le continent africain (…) ; bref, un serviteur tropical de la bourgeoisie comprador. Pis : un roi nègre… comme les autres. Un bon roi nègre, avec le goût farfelu du luxe, la propension à l`amusaille, la fragilité face à l`argent et aux compromissions faciles, le culte de la personnalité, la tentation de l`autocratie - les présidents nègres, tout bon président nègre qui se respecte, est un autocrate affirmé et… aimé par son peuple !
Voilà, cher cadet, ce que sont vos modèles. A votre âge biologique (36 ans) ! L`enseignant et l`aîné que je suis, peuvent vous le redire d`autorité.

5 - De ses ambitions politiques


M. Soro nous dit : " S`il y quelqu`un qui veut que les élections se tiennent au plus vite, c`est moi. L`accord de Ouaga m`interdisant d`être candidat, j`ai hâte d`être au lendemain du scrutin pour pouvoir enfin exprimer mes ambitions pour mon pays (…) Vivement les élections qui vont clore un cycle politique et ouvrir la voie à de nouvelles générations ".

Ces propos montrent clairement les insuffisances théoriques de M. Soro dans la lecture de sa propre trajectoire et de l`histoire politique d`un pays. Il croit, en effet, qu`il appartient à la génération future d`hommes politiques ivoiriens, porteurs d`espérances nouvelles et nourries d`utopies originales. Il ne sait pas qu`en réalité, dialectiquement et sur le plan historique, il appartient à la génération présente de politiciens enragés et ravageurs qui ont porté le deuil au cœur de la Côte d`Ivoire, et dont les Ivoiriens ne veulent plus. Il croit, tout naïvement, que l`âge biologique se confond avec l`âge politique.

Nous avons le droit et surtout le devoir, d`instruire l`élève et le cadet sur ces choses précieuses et subtiles qui ont (inévitablement) échappé à sa sapience. Non, M. Guillaume Soro Kigbafory, vous n`appartenez plus à une nouvelle génération d`hommes politiques ivoiriens. En réalité, sur le plan politique, vous êtes contemporain de Gbagbo, Bédié, Ouattara, Mme Diabaté, Wodié. Vous appartenez déjà à un âge politique qui (et là, je l`admets avec vous) est dépassé, et dont les Ivoiriens ne veulent plus.

La contemporanéité dont je parle ici n`est pas biologique ; elle est psycho mentale et historique. Lorsque vous aurez le temps de vous faire enseigner un tout petit peu les lois de la dialectique, vous comprendrez cela : votre champ de conscience historique est, en réalité, le même que celui de MM Gbagbo, Bédié, Bongo, Ouattara, Biya et autres. Le fait même que vous soyez le filleul de chacune de ses personnalités politiques est, à cet égard, significatif ; mais c`est encore plus significatif et même dramatique que ces personnalités-là, soient vos modèles.

Enfin mon dernier conseil : cherchez, jeune homme, à vous repentir pour tout le mal que vous et vos adversaires et partenaires avez fait à cette terre de Côte d`Ivoire, avant de songer à en devenir un jour le chef. C`est un conseil d`Initié aux choses de l`ombre. Si vous ne suivez pas ce conseil, jeune homme, vous finirez mal. Très mal, je vous le dis.

De Paris, et en lutte pour la libération et la renaissance de mon pays…

Tiburce Koffi
Ecrivain, enseignant
tiburce_koffi@yahoo.fr
Blog. http://tiburcekoffi.blogspot.com
 
La Présidentielle 2008 vue par Tiburce Koffi : “Les menaces d`un rendez-vous de l`apocalypse”
  dimanche 16 mars 2008 - Par Le Repère
Comme il y a de cela trois ans (à l'approche d'octobre 2005 ? la redoutable échéance1), la fièvre de la présidentielle à venir s'est saisie des différents protagonistes de la crise ivoirienne. Ici et là, on affûte les armes, au figuré comme au propre. C'est que, sous nos cieux de pays sous développés économiquement et mentalement, les échéances électorales sont avant tout, des rendez-vous avec la belligérance : menaces, jurons, armes, proclamation anticipée des résultats, atmosphères d'inquiétude, cris dans la nuit striées de revendications et de protestations, policiers tirant sur des foules aux mains nues, un dictateur tricheur (comme en savent fabriquer les tropiques), le regard illuminé, en appelant à l'extermination de l'ennemi pour la défense de la légalité républicaine et de la patrie en danger ; puis, après les massacres, tendant la main à l'opposition pour la composition d'un " Gouvernement de Réconciliation nationale " ou de " large ouverture " (encore des nègreries). Au bout de la chaîne, une Communauté internationale lasse de tous ces mauvais scénarios nègres…
Comme il y a de cela trois ans (à l'approche d'octobre 2005 ? la redoutable échéance1), la fièvre de la présidentielle à venir s'est saisie des différents protagonistes de la crise ivoirienne. Ici et là, on affûte les armes, au figuré comme au propre. C'est que, sous nos cieux de pays sous développés économiquement et mentalement, les échéances électorales sont avant tout, des rendez-vous avec la belligérance : menaces, jurons, armes, proclamation anticipée des résultats, atmosphères d'inquiétude, cris dans la nuit striées de revendications et de protestations, policiers tirant sur des foules aux mains nues, un dictateur tricheur (comme en savent fabriquer les tropiques), le regard illuminé, en appelant à l'extermination de l'ennemi pour la défense de la légalité républicaine et de la patrie en danger ; puis, après les massacres, tendant la main à l'opposition pour la composition d'un " Gouvernement de Réconciliation nationale " ou de " large ouverture " (encore des nègreries). Au bout de la chaîne, une Communauté internationale lasse de tous ces mauvais scénarios nègres…

Voilà ce que sont que les élections, en Afrique ? l'Afrique noire, précisément. Et c'est ce que la Côte d'Ivoire de Gbagbo, de Bédié et d'Alassane s'apprête à nous servir sous peu : une consultation tendue, crispante, présage d'une élection calamiteuse et inévitablement conflictuelle. Une élection dangereuse surtout, qui s'offre à mes yeux comme un tragique rendez-vous de l'apocalypse.

A mon avis, et selon toute vraisemblance, ces élections connaîtront trois phases : la première verra se dérouler le plan des refondateurs pour accaparer le pouvoir ; la seconde exposera les scènes classiques qui ornent les décors des élections ''nègres'' : le tableau des tueries (planifiées par le camp présidentiel) ; la troisième dévoilera l'ultime plan qui mettra en relief ce que j'appelle " la folie de Gbagbo " : l'annonce d'une sécession par la création d'un gbagbo land à l'Ouest où le reste de ses troupes va se replier ? en cas de résistance farouche des forces de refus du hold-up électoral qu'il s'apprête à faire ? pour rejoindre le gros des Forces armées du nouvel Etat (L'Eburnie) qu'il aura créé. Rappelez-vous qu'en janvier 2006, il a dit (voir Frat. Mat) que lui aussi créera sa rébellion quand d'autres régimes lui succéderont, en représailles aux contrariétés qu'il a subies durant ses mandats. Dans un cas comme dans un autre, nous sommes au seuil de l'apocalypse et, au-delà les apparences, jamais autant qu'aujourd'hui, notre pays n'a été aussi près du gouffre.

I/ Le plan des refondateurs

Des analystes plus perspicaces et mieux armés que moi l'ont déjà évoqué dans des articles publiés, ainsi que des plis confidentiels qui font partie des documents d'archives des réseaux de réflexion (il y a en beaucoup en ce moment) sur la crise ivoirienne. Dans tous les cercles où, à l'instar d'autres intellectuels du pays, j'ai été souvent invité pour participer à des réflexions sur l'issue de la présidentielle prochaine, les conclusions sont presque les mêmes, à quelques détails près : Gbagbo et ses refondateurs feront tout pour confisquer le pouvoir d'Etat, fusse au prix de leurs vies ; au prix de la vie des Ivoiriens, surtout.

Les choses seront ainsi, pour trois raisons que j'exposerai plus loin. La plus essentielle d'entre toutes, relève de la psychiatrie, ou tout au moins, de la psychanalyse : le mal insidieux qui a habité et sali l'âme de nombreux et célèbres empereurs, tout au long de l'histoire. Ce mal, c'est la schizophrénie du pouvoir. Ses symptômes sont connus : l'ivresse que procure l'image de soi que vous renvoient chaque jour, les medias ; la sensation d'être Dieu parce qu'on détient entre les mains, le pouvoir de défaire des vies, d'en fabriquer, d'ordonnancer même la mort et de l'administrer ; la crainte, l'envie, la soumission et la terreur qu'on suscite autour de soi ; par-dessus tout, la tentation enivrante de la TRANSGRESSION : le pouvoir, tout pouvoir est transgressif.

Le plaisir de Néron fut ainsi de voir brûler Rome et de se délecter de la fureur des flammes dévoratrices ; celui de Caligula était d'expérimenter le droit de vie et de mort (surtout de mort) qu'il avait sur le peuple, en ordonnançant, par moments, des exécutions à vous procurer quelque frisson. Le plaisir de Chaka était de voir l'ennemi empalé vivant, sur un pieu jusqu'à ce qu'il expire, las de souffrances insupportables. Jules César et les Romains, sauvages, de cette époque, jouissaient de voir les gladiateurs être dévorés par les lions ou bien s'entretuer : " Ave Caesar, morituri te salutan " ? Bonjour César, ceux qui vont mourir te saluent ! Tel était le rituel en vigueur, en prélude à la célébration des plaisirs étranges du grand empereur romain ! Oui, comme l'écrit J. Anouilh, " Le privilège des grands, c'est d'admirer les catastrophes, de leurs terrasses. "
Idi Amine, Hitler, Pol Pot, Samory, Staline, Sékou Touré, étaient tous, des fous. Des fous lucides cependant, car ils avaient perçu, dans des moments de transe subliminale, la médiocrité du genre humain, la fragilité de la vie, enfin la puissance ? toute la puissance que donne le trône rouge du pouvoir. Et Laurent Gbagbo peut ainsi lancer cette misérable injure à l'éthique des Ivoiriens, en disant : " Si j'avais su plus tôt combien il était facile d'acheter un homme, je n'aurais pas perdu mon temps à acheter des armes ". Il est donc un corrupteur, un acheteur de consciences qui se dévoile, sans pudeur ! Et cet homme veut continuer à nous diriger. Sur quelle base éthique ?

Propos choquants, oui ; mais brillants de vérité gênante. Car Laurent Gbagbo parlait en connaissance de cause : à la période où il tenait ces paroles choquantes, il venait d'expérimenter la fragilité du genre humain, la petitesse de l'homme. Il n'avait pas eu tort. Suivez mon regard : peu de temps après, celui qui jurait sa mort il y a quelques années, exigeant sa démission immédiate, est venu occuper les locaux de la primature et est devenu, actuellement, son plus grand soutien. Et je devine d'ici, comment, des loges étincelantes de lumière du Palais présidentiel où il trône, satisfait de soi, Laurent Gbagbo doit être en train de se moquer de ce petit maquisard des villes aux rêves si facilement monnayables, ce guérilleros urbain si prompt à marchander ''sa'' rébellion ! C'est cela, le plaisir des princes et des hommes qui possèdent la culture de la cruauté délicieuse : se délecter des petitesses de leurs (presque) semblables - les hommes. Un privilège des dieux. Un écrivain burkinabé (son nom m'échappe) a ainsi écrit un livre au titre très évocateur : " Le vertige du trône"…

Les peuples ne décèlent cette folie qui habite l'esprit de leurs dirigeants qu'après le temps de l'apocalypse, quand ces derniers ont fini de ruiner le monde, semant et laissant sur leurs passages, cendres, cris, cadavres et désolations. Et Laurent Gbagbo porte en lui, l'âme de ces dirigeants. Ni plus, ni moins dangereux qu'eux ; mais tout simplement, exactement comme eux. Ils sont venus pour bousculer le monde, le rendre un peu différent de ce qu'il était, avant eux. Pas forcément meilleur ni pire, mais tout simplement (ou tragiquement - c'est selon), différent.
Œil de maître d'initiation et plus exercé que tous, le poète Bottey Zadi Zaourou - Bernard Zadi, de son vrai nom - qui joua beaucoup dans sa formation, écrit alors : " Que de peines à l'année/ Que de larmes, Dowré,/Pour que pavoise aujourd'hui l'enfant prodige qu'identifia naguère et dès son berceau d'osier mon regard d'Initié/Bienvenue à toi Hermès !/Mais pourquoi donc, fils de Maïa,/Forniques-tu avec la lèpre ?/Pourquoi imposes-tu comme co-épouse à la lèpre la folie rageuse qui affole les foules " (Fer de lance, version intégrale, NEI/Neter, 2002, p.161)…
A cette même page, le poète rend hommage au combat épique de ceux qui se feront appeler un peu plus tard, les refondateurs. Zadi les connaît. La plupart des têtes pensantes de la refondation sont sorties de la matrice de ses mains de pédagogue et d'idéologue. Lisez ces vers, pour mieux me comprendre : " Or/Les voici mes gaies lucioles/Mes étoiles/Mes cigales babillardes/Toute la faune des sans-culotte/Ouiii… mes jacobins germés dans le souterrain de ma main gauche et repiqués sans précaution sur le terreau des plaines d'Eburnie. " (Opus. Cit. p. 161). Le propos est profond et lourd de significations ; mais son auteur, Zadi, est un poète ; or les peuples brouillons et sauvages (comme ce que sont devenus aujourd'hui les Ivoiriens) ne sont jamais à l'écoute des poètes, ces prophètes des temps anciens où l'homme avait une oreille disponible et disposée à entendre la voix des mages. Le poète le sait ; alors, dépité, il traite son peuple de varans…

Bref, je parlais de la psychologie des schizophrènes du pouvoir. Chaque grand dirigeant (et Laurent en est un - ne serait-ce que dans sa dimension la moins utile2) est en cela, rien qu'en cela, un re-fondateur. Le règne de ces dirigeants ne passe jamais inaperçu. Ils entrent forcément dans le ventre de l'histoire, car après le fracas de leurs passages, les historiens et les survivants indiquent, toujours, une ère avant eux, une autre sous eux, et une ère après eux : il y aura ainsi la Côte d'Ivoire avant Gbagbo, la Côte d'Ivoire sous Gbagbo, et la Côte d'Ivoire après Gbagbo. Cela sera ainsi parce que Gbagbo est venu pour dé-ranger la Côte d'Ivoire en lui imprimant un ordre nouveau dont lui seul et les maîtres des secrets de l'ombre (ceux-là qui savent décrypter les grandes énigmes) ainsi que quelques analystes avisés, savent la logique. Je confesse mon ignorance sur ce plan. Bref, quel est donc le plan des refondateurs ?

*Schémas ukrainien et kenyan

Ce plan consiste, pour l'essentiel, à annoncer la victoire de Gbagbo avant la proclamation des résultats ; exactement comme les refondateurs l'ont fait en 2000 avec la complicité de la France ''jospinienne'', par le biais de rfi, en s'inspirant du schéma ukrainien. Ceux qui sont chargés de la sale besogne sont les personnes morales et physiques suivantes : la RTI, la Radio nationale, Fraternité Matin (tenue par des militants FPI et des sympathisants de Gbagbo, des agences de communication (elles sont nombreuses) créées par des refondateurs, les leaders des milices et autres associations terroristes (à l'exemple du GPP et de la Fesci), etc. Enfin, des soldats angolais cachés dans les locaux du Musée de Cocody qu'envisageait de construire Mel Théodore et que les refondateurs ont vendu à l'Angola. Cet édifice est situé en face de la RTI. Ces soldats angolais ont pour consigne de protéger les alentours de la RTI où n'auront accès que les refondateurs et leurs structures politiques satellites : les clubs de soutien (abusivement appelés partis politiques) et autres structures parasites (comme les syndicats et des ONG), tous animés par des personnes comme Danielle Boni Claverie, L.-D. Fologo, Aimé Appia Kabran, Mme Martine Djibo, bien sûr les inévitables Bro Grébé, Mahan Gahé, Gnamien Messou, entre autres.
Avant la proclamation officielle des résultats, les miliciens, les agences de communication, enverront des sms sur les portables des Ivoiriens ainsi qu'à l'extérieur du pays pour dire que Laurent Gbagbo est déjà en tête avec tel pourcentage (truqué et imaginaire, bien sûr) de suffrage. Cela, pour conditionner les esprits. Pendant ce temps, les chars des FANCI occuperont les artères de la capitale et des centres urbains névralgiques du pays.

La plupart des unités de soldats sont dirigés par des officiers issus de la tribu du Président. On sait leurs noms. On sait surtout la mission qui leur a été confiée : empêcher par tous les moyens tout contestataire,. tout manifestant non favorable au hold-up électoral, de sortir. De nombreux soldats (ivoiriens, angolais, libériens et sierra léonais), sous l'emprise de stupéfiants ce jour-là, et gonflés à bloc (par les propagandistes de la refondation) pour le ''combat du frère'', sont déjà prêts pour accomplir cette mission. Tuer, comme ils l'ont fait impunément en mars 2004 sur des militants désarmés de l'opposition.

Déroulement du vote

Il y aura trois grands espaces conflictuels de vote : le pays akyé (au sud), le pays bété (à l'ouest) et le pays baoulé (au centre). Les conflits les plus essentiels se dérouleront dans les espaces bété et baoulé. En pays bété, il sera interdit aux baoulé (nombreux dans ces régions) de participer au vote. Des miliciens sont chargés d'assiéger, tôt le matin, les campements des baoulé, afin de les empêcher de se rendre aux bureaux de vote. Bien évidemment, les baoulés refuseront de se soumettre à ce dickta anti démocratique. La bagarre éclatera logiquement : ce sera le prétexte pour les miliciens et soldats enrôlés pour semer la terreur dissuasive, d'investir les campements baoulé, afin de ''mater la rébellion'' de ces allogènes. L'inévitable boucherie !
Le tableau est d'un grand intérêt psychanalytique et psychosomatique : en surimpression et à travers le temps, il traduit la version actualisée (contre les baoulé) de la rébellion (matée par Houphouët) du Guébié. Ces massacres du Guébié qui ont constitué le fonds de commerce du ministère politique de Laurent Gbagbo contre Houphouët. Relisez les anciens numéros de journaux comme L'œil du peuple, La tribune du Banco, Le Nouvel Horizon. Relisez surtout le dossier publié par le journal Notre Temps sur la crise du Guébié, au cours des années 1990. Vous y découvrirez aussi un superbe article signé de Jean-Baptiste Kouamé, en opposition au culte de Gnagbé Kragbé auquel s'était livré insidieusement ce journal dont les grosses plumes avaient pour noms, entre autres : Diégou Bailly, Séry Bailly. Relisez tout cela, Ivoiriens, et vous comprendrez mieux ce que j'écris ici. Les opérations de spoliation et de dépossession des terres culturales des paysans baoulé, et qui (selon les échos qui nous parviennent) ont cours à l'ouest, faisaient partie du programme foncier de Gnagbé Kragbé qui n'avait jamais caché son aversion pour cette tribu. Les récents papiers de Paul Koffi et de Dje KM (conf. Nouveau Réveil N° 1865 du 08 mars, p.7) confirment la lecture que je viens de faire du problème foncier à l'Ouest. Oui, les plantations sont arrachées aux paysans baoulés, exactement comme l'avait voulu Gnagbé Kragbé, l'homme dont Gbagbo est le prolongement onirique et politique.

Oui, compatriotes, crevons l'abcès une bonne fois pour toutes. Osons mettre le doigt, non pas sur, mais DANS la plaie cette fois-ci, et sortons de cet engrenage de la haine vengeresse qui, elle seule, suffit à expliquer une grande part du mal ivoirien actuel. " Je suis maintenant arrivé, séchez vos larmes !", dit ainsi Gbagbo aux populations bété venues au Palais pour lui faire acte d'allégeance. L'insolite et grave serment de Zorro que voilà ! Comment un chef d'un d'Etat de plus de 60 ethnies, peut-il se permettre de tenir de tels propos ? Et comment avons-nous pu garder le silence face à un tel dérapage langagier qui aurait dû éveiller nos soupçons ?

Peuples de Côte d'Ivoire, leaders politiques, hommes de Dieu, dites à Laurent Gbagbo de mettre fin à cette soif vengeresse qui l'habite, lui consume l'âme et pervertit son esprit aux forces du mal. C'est tout cela qui l'empêche, qui empêche la refondation, de tenir ses promesses de reconstruction de la Côte d'Ivoire. Les refondateurs sont loin d'être des gens stupides ; ils sont instruits, et ils ne sont pas plus mauvais que d'autres dirigeants. Malheureusement pour eux, le potentiel de feinte et de mal qui habite le cœur de leur chef, Gbagbo, ainsi que d'une minorité de gens de sa tribu qui l'entoure est, de trop loin, supérieur aux valeurs du bien et du progrès qui les avaient habités quand ils se lançaient (pour les plus sincères d'entre eux en tout cas) à la conquête du pouvoir d'Etat.

A l'indicamétrie(3), la refondation ne peut pas être productive, car rien de positif ne peut se réaliser, quand l'esprit est en proie aux forces de la nuit et de l'obscur. La déroute surprenante et soudaine des Eléphants à cette CAN, n'est pas le fait du hasard absolu. Le mal brouille la vue. La culture de la vengeance et celle de la recherche du gain politique en tout, tarissent l'âme, flétrissent l'esprit ; et leurs ondes de chocs, négatives, sont incommensurables. Que Laurent et les quelques cadres bété tribalistes (ils ne sont tous pareils) du FPI qui l'influencent, acceptent de comprendre que ce ne sont pas les baoulé qui ont massacré le Guébié. C'est le régime d'Houphouët. Et ce régime comprenait aussi bien des baoulé que des bété (ces derniers y occupaient même des postes très importants), des sénoufos, des koulangos… bref, tout ce que la Côte d'Ivoire comptait de représentation ethnique.

*Le capital tribu

Je viens d'apprendre que Laurent Gbagbo ira passer la fête de Pâques en pays baoulé, précisément en terre kodê (Béoumi). L'affaire aurait été scellée par Amani Nguessan. L'opération consistera ici à le présenter comme l'ami des baoulés - comme s'il était nécessaire d'être aimé d'une tribu particulière, quand on est à la tête d'un Etat. Ceci est du primitivisme politique. Les opérations de charme, pour conserver le pouvoir ! Voilà tout le souci de cet homme. Peuples du centre, accueillez-le ; accueillez-le bien comme il sied dans nos traditions africaines de réserver un bon accueil à celui qui vient vous visiter. Mais ne croyez pas un seul des nombreux et gras sourires (il en a l'art) qu'il vous distribuera, car il sera allé chez vous uniquement pour chercher des électeurs, des voix, et non point par amour particulier pour vous. Après les élections, vous ne l'intéresserez plus. Déjà, opposant, il disait, plein de réalisme et de cynisme : " Je cherche des électeurs, non des militants ". Il vous donnera aussi de l'argent, beaucoup d'argent. Il n'a pas travaillé pour gagner cet argent, et il n'a jamais produit de la richesse. Prenez tout ce qu'il vous donnera - pour altérer un peu votre misère. De toute façon, c'est l'argent de la sueur du peuple de Côte d'Ivoire. Prenez, mais ne votez pas pour lui. Il est l'auteur de vos malheurs.
Bref, revenons à notre scénario - qui est loin d'être un puéril scénario. Au cours de ces élections, que se passera-t-il dans le pays baoulé ? C'est simple : à Bouaké et dans les villages environnants, la population baoulé sera interdite de vote par la milice de Guillaume Soro, commise à cette fin. Laurent Gbagbo n'est plus pressé de voir Soro désarmer ses troupes, à Bouaké, Man, Duékoué, etc. Que Soro maintiennent les baoulé, les wê et les guéré (nombre d'entre ces derniers sont d'ailleurs acquis à la cause du PDCI et de l'UDPCI) sous le joug des armes, aussi longtemps qu'il le voudra, pense en réalité Gbagbo. Dans tous les cas, ce n'est pas lui, Gbagbo, qui en souffre. Daloa, Gagnoa, Mama, etc., ne sont pas aux mains des rebelles !

A Bouaké, le scénario sera à peu près le même que dans le pays bété : les baoulé opposeront une résistance à ceux qui voudront les empêcher d'aller donner leurs (nombreuses) voix au candidat de leurs choix. Troubles donc. Les troubles gagneront en intensité. Gbagbo aura ici, deux possibilités : prétexter de la situation d'insécurité au Centre pour légitimer (il en rêve) une descente militaire des FANCI, ou laisser à Soro, la tâche de pacifier la résistance (ou la rébellion) du Centre. La première voie lui donne l'occasion de rétablir l'autorité de l'Etat dans cette zone sous occupation illégale : sous le prétexte des troubles qui s'y dérouleraient, Gbagbo pourrait ordonner des opérations militaires d'épuration (et d'envergure) et réaliser, conséquemment, le même tableau apocalyptique qu'on aura vu à l'ouest : le massacre des baoulé. Il pourrait le faire d'autant plus qu'il pense qu'il ne sera accusé de quelque tuerie que ce soit, dans la mesure où le ministre de la Défense répond du nom d'Amani Nguessan. Un authentique baoulé. Gbagbo, habile, aura donc eu beau jeu de dire : " Ce n'est pas moi qui ai ordonné les descentes militaires dans le pays baoulé ; c'est le ministre de la défense, lui-même baoulé ". C'est une des raisons (peut-être même la plus essentielle) pour laquelle, Michel Amani Nguessan occupe ce poste… qu'il ne dirige même pas : tout ivoirien sait qu'il est, en réalité, détenu par Gahé Bertin et Lida Kouassi. Voilà le piège qui attend Amani.

Mais une victoire militaire des FANCI à Bouaké (chose facile aujourd'hui) n'intéresse plus réellement Gbagbo, car elle compliquerait les plans d'alliance avec Soro. C'est pourquoi il laissera à Soro et ses miliciens, le soin de mater la rébellion du Centre. Dans un cas comme dans l'autre, les tueries les plus importantes se feront à Bouaké et dans le pays bété.

Au total : les baoulé, poids important dans l'électorat akan du RHDP, devront être privés de possibilités de vote. En octobre 2000, sur inspiration des refondateurs, Robert Guéi, avec la complicité du président du Conseil constitutionnel, Tia Koné, avait éliminé de la compétition électorale, non seulement les candidats (Bédié et Ouattara) les plus représentatifs à ces élections, mais aussi, TOUT candidat susceptible d'avoir le suffrage de l'électorat PDCI ou du RDR ou des deux réunis. Pour l'élection à venir, Gbagbo n'a aucune possibilité de faire éliminer qui que ce soit ; et Tia Koné, ni celle de gloser sur la recevabilité d'aucune candidature : Ouattara et Bédié sont protégés par Marcoussis. Une seule possibilité de tricher est laissée à Gbagbo : empêcher les baoulé de voter. Il n'a pas peur de l'électorat du Nord : Mamadou Koulibaly, aidé en cela par l'inertie de Ouattara et de la plupart des ministres RDR (occupés à s'en mettre plein les poches), est en train de faire un beau travail dans le Nord du pays en déstabilisant de nombreuses bases de ce parti, au bénéfice du FPI. La récente razzia à Bouaflé, illustre bien mes propos. Aux opérations d'obstruction déjà signalées, il faudrait ajouter celles de vandalisme et d'épuration, conçues par les refondateurs.

II/ Les crimes planifiés

Ici, sont prévus : l'incendie des sièges des journaux de l'opposition ; l'obstruction à la parution et diffusion de leurs journaux par le procédé déjà utilisé en novembre 2004 contre la presse libre ; enfin, l'élimination de personnes physiques bien ciblées. Figurent sur cette liste noire, entre autres, les noms suivants : Venance Konan, le Pr Koné Sidick, Assalé Tiémoko, Guy-Charles Wayoro, Christiane Djahué, Ama Téhua, le Pr Yacouba Konaté, Dégny Maixent (qui a déjà échappé de justesse aux tueries, en 2004), Tiburce Koffi, le Lt-colonel Jules Yao Yao, Constance Yaï, André Sylver Konan, Henri Amouzou, Anaky Kobénan, Mme Faust Didi, Claude Tamo, Me Blessi Chrisostome, Adjoumani, Me Jeannot Ahoussou K., Thomas Bahinchi, KKB, Me Metennon, Patrick Achi, Ayié Ayié Alexandre…

Dès les premiers coups de feu, ces personnes devront savoir que leur sort est scellé, si elles se trouvent encore sur le territoire ivoirien. Leurs domiciles ont été repérés et identifiés. La plupart d'entre elles sont suivies, espionnées par les exécuteurs des Hautes œuvres des refondateurs. C'est la même machine du meurtre qui a tué le médecin Dakouri, le comédien ASH, le député Téhé, les journalistes Jean Hélène, G.-André Kieffer, massacré l'entourage immédiat de Robert Guéi, tué l'étudiant Dodo Habib, etc. C'est peut-être la même machine qui a assassiné Boga Doudou dont le meurtre interpelle encore l'intelligence de tous ceux qui cherchent à comprendre les dessous de cette crise.

Les avis des spécialistes d'enquêtes sur les meurtres (que j'ai approchés à ce propos) sont formels : seuls des gens de l'entourage de Boga, munis de laissé passer, pouvaient franchir, ce jour-là, tous les barrages (ils étaient nombreux) dressés sur la rue qui menait au domicile du ministre de l'Intérieur, l'homme le plus et le mieux gardé de Côte d'Ivoire, jusque-là. Or, qui d'autres que des refondateurs de rang élevé, était proche de Boga Doudou, au point de franchir toutes ces barrières, sans être inquiété, surtout cette nuit-là… jusqu'à aller le tuer ? Tranquillement. Sans être capturé ou buté ? Où étaient ses gardes de corps ? Pour qui nous prennent donc les refondateurs ? Tout ici, porte effectivement à croire que ce sont eux qui ont tué Boga Doudou !
Bref, elle tuera, cette machine ; c'est sa raison d'être. Elle tuera, pour l'affirmation du ''combat du frère'' ; elle tuera, car elle n'a appris que cela : tuer. Faire couler le sang, souiller la terre meurtrie de ce pays naguère de paix et de concorde ? fragiles certes, mais concorde tout de même. Elle tuera, enfin, pour le triomphe des névroses d'un monarque dépassé, malade de sa propre image, et déguisé en chef d'Etat. Ah, où nous conduira cette tornade de feu ? Combien d'entre nous fera-t-il exécuter pour l'avènement de son règne ? Que lui a fait de mal ce peuple, pour qu'il lui inflige tant de tourments, tant de peines sauvages ? Et comme me reviennent à la mémoire, ces vers lumineux que Senghor(4) prête à ''La Voix blanche'', dans le procès de Chaka. (Re) lis donc ces vers, Lorenzaccio mio, et vois comme ils semblent si bien s'adresser à toi :

(…) avoueras-tu les millions d'hommes pour toi exterminés
Des régiments entiers des femmes lourdes et des enfants de lait ?
Toi, le grand pourvoyeur des vautours et des hyènes, le poète du Vallon-de-la-Mort. (…)
Les ravins sont torrents de sang, la fontaine source de sang
Les chiens sauvages hurlent à la mort dans les plaines
où plane l'aigle de la Mort
O Chaka toi Zoulou, toi plus-que-peste et feu roulant de brousse "
Et la Voix blanche peut conclure : " Le plus grand mal, c'est de voler la douceur des narines ".
Dans ce même registre, Lorenzo, je t'invite aussi à revisiter Hugo, dans Hernani (que tu connais très bien), pour nous enivrer, rien que pour la dernière fois, du plaisir des belles Lettres.

*La sécession gbagboïste : une folie réalisable

La troisième phase du tourment que la Côte d'Ivoire va vivre à l'issue de ces élections, est la sécession gbagboïste. C'est la phase ultime de la folie de l'autocrate : créer à l'Ouest, un Etat autonome de la Côte d'Ivoire. Le Nigeria, le Bénin, le Togo et le Ghana de Kuffor, ne lui donneront aucun soutien dans ce sens. Gbagbo n'aime pas Yayi Boni (un disciple de Banny) ; il se méfie du jeune Faure Eyadéma dont le père fut un disciple d'Houphouët ; il déteste aussi Kuffor ; ce dernier le lui rend bien, qui était d'ailleurs pour la suspension de notre Constitution l'année dernière, à l'ONU. Et Gbagbo lui en veut, surtout pour cela.

Pour la confiscation du pouvoir qu'il envisage de faire, il compte sur l'appui de certains pays voisins et de l'Afrique centrale. Il a, entre-temps, sécurisé le Port de San Pedro à cette fin. Les terres fertiles du pays bété (boucle du café et du cacao), le pétrole, le gaz, quelques autres richesses du sous-sol de cette région, lui garantissent des potentialités économiques réelles, susceptibles de rendre viable, une folle sécession ; surtout qu'il s'est réconcilié avec les populations burkinabè (main d'œuvre garantie) auxquelles des cadres de l'ouest offrent les terres qu'ils ont arrachées aux paysans baoulé.

Gbagbo aura ainsi un Etat placé sous son contrôle effectif et définitif, réalisant là, le vieux rêvé qui a peuplé ses nuits d'adolescent envieux du confort des riches de ce monde : devenir riche, lui aussi ; riche, puissant, craint et respecté ; être appelé, jusqu'à ses derniers jours (comme Houphouët), Son Excellence Monsieur le président de la République. Voilà un des vieux fantasmes de celui qui préside actuellement aux destinées de notre pays. Il rêve surtout de régner autant, sinon plus longtemps que Félix Houphouët-Boigny. Et il est prêt à se tailler une Constitution à sa mesure.

Gbagbo aime le pouvoir ; il en a rêvé depuis l'adolescence. Il l'a ardemment désiré, convoité, courtisé, prêt à tout (conflit, protestation, troubles, complots, arrangements, compromission, alliances dangereuses, force, etc.), pour y parvenir. Et il y est parvenu. A force d'intrigues.
Laurent Gbagbo aime le pouvoir, les honneurs, la richesse, le luxe et surtout, les femmes ! Ce n'est peut-être pas un délit en soi, mais ce sont là, des choses (surtout la passion du harem) qui s'accommodent mal du bon exercice du pouvoir politique. De nombreux cadres de son parti viennent de découvrir ce visage de lui qu'il avait habillement su dissimuler, du temps des frondes épiques contre le pouvoir d'alors. Et ces cadres en parlent à présent, à mots non voilés, dans l'intimité d'échanges fraternels qu'il m'arrive d'avoir avec certains d'entre eux. De nombreux Ivoiriens ne connaissaient pas non plus ce visage-là, de celui qu'ils croyaient être l'incarnation de l'intégrité, de la simplicité et du dépouillement. Les récentes ''sorties'' de Simone, son épouse, ainsi que celle de son Pasteur Koré Moïse, qui ont dénoncé en des termes sans équivoque, les pratiques impudiques qui avaient cours sous ce régime, sont à cet égard, très significatives. Les Ivoiriens et leur sens décapant de l'humour disent : " C'est quand moisi a percé, qu'on découvre son vrai visage ".

Laurent Gbagbo aime l'argent. Il en prenait chez Bédié (quand il était opposant5) ; il en a pris avec Robert Guéi. Ce dernier, après qu'il eut perdu le pouvoir (dupé par Gbagbo), menaçait de tout révéler à l'opinion.

Laurent Gbagbo a pris de l'argent avec Alassane Ouattara ; il en a reçu de partout. Non, Gbagbo n'est pas Gandhi. Il n'a pas non plus l'âme d'un Mandela ou de A. Toumani Touré. Il est une mauvaise synthèse d'Houphouët, de Nkrumah (par le culte de soi), d'Idi Amine (par sa culture du rire gras et spectaculaire) ; enfin, de Sékou Touré (par l'habileté à l'intrigue, l'invention de complots. En Côte d'Ivoire, on appelle cela " être patriotes ", ou être un " défenseur de la légalité républicaine ". Un trait unit tous ces dirigeants : la passion du pouvoir. Cette passion a fait d'eux, des autocrates. Et Laurent Gbagbo (acquis aux vertus de la démocratie dans son passé d'opposant), a fini par devenir un redoutable autocrate, en expérimentant chaque jour, la douceur et les fastes du pouvoir, ainsi que la réalité de l'âme servile des courtisans et autres larbins des Palais. C'est un roi nègre dans des habits de chef d'Etat d'une République ! Un dirigeant dépassé. Comme Henri Konan Bédié-le-prince-des Nambè, l'enfant-béni-des-eaux-et-de-la-pluie ! Mystification ! Comme aussi, et même, Alassane Ouattara-le-prince-de-Kong-la-fabuleuse ! Bof !!! C'est dépassé, tout cela !

*Névrose de la régence

Voilà campé le personnage de Gbagbo. Il est prêt à tout céder (son parti, une part des richesses de la Côte d'Ivoire, ses convictions idéologiques) pourvu qu'on lui laisse le titre de président de la République, et qu'il soit le chef d'un Etat. Même si on venait à tout lui arracher et qu'on ne lui laissait que Cocody qu'on décréterait " Etat " placé sous son contrôle, il accepterait. Rappelez-vous la promptitude avec laquelle, à Kléber, il a accepté que l'on donne les ministères de la Défense et de la Sécurité aux rebelles (inouï !) et cela, contre l'avis de Konan Bédié qui avait refusé énergiquement cette concession, qu'il estimait " trop large ", faite à ceux qui avaient pris les armes contre le pays. Gbagbo était prêt à tout céder aux rebelles, à Kléber, sauf le titre de président de la République. On nous a dit après, que, s'il n'avait pas fait cela, les Blancs l'auraient tué. Je réponds : et alors ? Le courage ne consistait-il pas, justement, à braver la mort et à dire " Merde " à ces Blancs qui voulaient nous imposer des rebelles au sein du gouvernement légal ? Un pouvoir que nous autres, défendions alors ici, avec acharnement et conviction, au prix de notre vie - cette crise aurait pu tourner à l'avantage des rebelles. Notre Soundjata de chef : un gros peureux donc qui mouille devant de petits Blancs !!! Une honte pour l'Afrique !
Bref, Gbagbo aime le pouvoir. Une des raisons fondamentales de son refus de continuer à travailler avec Charles Konan Banny se trouve là : il suspectait ce dernier (qui est loin d'être le naïf et inoffensif qu'on croit) de convoiter le fauteuil présidentiel et de conspirer contre lui. Et, stratège affirmé, il s'est dit ceci : si je laisse cet homme réussir sa mission (et Banny était sur la voie de réussir sa mission), c'est lui que les Ivoiriens voudront, logiquement, prendre comme futur président ; et je perdrai le pouvoir.

Le pouvoir ! Ce à quoi Soro, les cheveux encore noirs, le menton encore lisse, ne peut prétendre pour le moment - il n'en a pas l'âge. Les billets de la BCEAO suffisent, pour l'heure, à le rendre heureux ! Ces billets acquis par pillage des agences BCEAO de Bouaké, de Korhogo et de Man ; ces billets acquis par pillage des richesses de notre pays et vendues au Burkina-Faso ; ces billets acquis par spoliation des populations que les rebelles ivoiriens ont soumises par les armes ; mais aussi et enfin, des billets acquis légalement dans l'administration buissonnière de hauts postes ministériels, grassement payés. Sans fournir aucun travail. Merveilleuse Côte d'Ivoire ! Qui a dit que ce pays n'était pas béni de Dieu ? Moi seul, certainement ! Je devais être fou en ce temps-là !

Mais pourquoi donc, après le vacarme de la fameuse " Flamme de la paix " qui célébrait le mariage touchant entre Gbagbo et Soro, nos populations continuent-elles de vivre sous le joug des armes de la rébellion ? Pourquoi ne désarment-ils pas ? Que signifie cette ''paix armée ?'' Et pourquoi Laurent Gbagbo n'exerce-t-il plus aucune pression réelle sur ces gens pour qu'ils libèrent nos populations du Nord, du Centre et de l'Ouest fatiguées de subir les outrages de ces voyous ? Et pourquoi le RHDP n'encourage-t-il pas au désarmement ? On le voit : le non désarmement arrange tous ces busines men de la politique. Le PDCI, le RDR, les refondateurs, le MPCI.
Quel est, au bout du compte, le tableau socio politique qui est laissé aux Ivoiriens ? Rien, rien d'autres que trois évidences désolantes qui devraient pouvoir nous alarmer :
1 - Une rébellion (ou ce qu'il en reste) qui a achevé de nous convaincre de qu'elle n'était porteuse d'aucun idéal sérieux ! Soro Guillaume nous a suffisamment fait étalage de ses limites intellectuelles et politiques dans la lecture d'une rébellion comme celle-là qui a commis l'erreur de faire de lui, son porte-parole. Qu'il n'ait pas la foi sacrificielle et bellement suicidaire du Che, n'est pas le moindre de ses crimes ; il n'as pas, surtout, l'âme d'un rêveur ni l'étoffe d'un utopiste : il ne peut incarner aucun idéal sérieux. C'est un ''petit'' homme du monde, fait pour se contenter de plaisirs et d'honneurs terrestres, car aucun vrai révolutionnaire ne monnaie sa révolution pour un poste administratif. Jamais !

2 - Un régime qui nous a aussi suffisamment donné la preuve de son incapacité à sortir le pays de l'impasse dans laquelle nous végétons lamentablement, excepté les refondateurs et leurs soutiens, ainsi que les ministres du RHDP et quelques rebelles devenus gras. Le Pr Sidick a bien perçu la grave lacune que traîne sur lui, comme un manteau de Nessus, ce pouvoir délinquant et ses affidés : " Prenant conscience de la faiblesse de son armée et n'ayant pas pu convaincre les autres pays à livrer la guerre pour tuer son propre peuple qu'il dit aimer et pour lequel il dit gouverner, il (Gbagbo) découvre que son trône est en danger. Comme la reine Pokou devant le fleuve, Gbagbo doit faire un sacrifice s'il veut sauver son pouvoir. Gbagbo sacrifie (alors) son Premier ministre et partage la dépouille de son gouvernement. Il décide comme mesure d'accompagnement de laisser les pontes du FPI piller en toute impunité l'économie nationale. Gbagbo ouvre officiellement et légalise la prédation en Côte d'Ivoire - Quotidien Le jour plus, p.2". On le voit : c'est un régime vampirique et dangereux pour la santé du pays, que nous abritons de nos complaisances. Il faut donc faire partir ce régime, par tous les moyens démocratiques.
3 - Enfin, une opposition, conduite par Bédié, Ouattara, Wodié, Anaky et Mabri Toikeuse, et incarnée par les deux premiers cités, qui a besoin qu'on la débarrasse de cette mission apparemment trop compliquée pour elle, ou trop lourde pour les épaules, fatiguées, de Bédié et de Ouattara. Non, notre opposition ne vaut, politiquement, rien. Elle n'effraie nullement Gbagbo qui s'en amuse d'ailleurs, encourage et entretien même l'état végétatif dans lequel elle est en ce moment, en attendant de lui asséner, traîtreusement, le coup fatal.

*Le jeu trouble et irresponsable du RHDP

Tous, y trouvent finalement leur compte : Gbagbo et ses mangeurs, ses patriotes et autres obscurs défenseurs de la légalité républicaine (style Fologo, Claverie et autres suiveurs impénitents des princes de ce monde) ; Alasanne et ses talibés et ses fanas ; Bédié et ses suiveurs ; Soro et ses dozos et ses cow-boys désoeuvrés ; toute l'administration ivoirienne enfin, sans plus le regard des contrôleurs et inspecteurs financiers. Ils bouffent, ils bouffent ohooo, frères, ils bouffent ! Tous ! C'est pourquoi ils ne sont pas pressés que les choses changent.

Que faire, Ivoiriens ? Que faire ? Apparemment, Bédié, Dakoury, Wodié, Mabri, Alasanne et Anaky, ont peur d'affronter Gbagbo. Allons-nous continuer de nous voiler la face et laisser le pays entre les mains de gens qui ne peuvent pas nous faire avancer ? Qui d'entre nous peut-il se nourrir de l'espoir naïf que Gbagbo acceptera le verdict des urnes qui consacrera sa défaite à ces élections ? Car, logiquement, selon la loi du nombre, Gbagbo n'a aucune chance de remporter des élections face au PDCI et au RDR qui, à eux seuls, réunissent près des trois quarts de l'électorat. Pourvu que ces deux partis jouent intelligemment le coup - ce qui est une autre paire de manches. Gbagbo sait très bien qu'il ne serait pas aujourd'hui assis dans le fauteuil présidentiel si, en 2000, il n'avait pas triché avec Robert Guéi et Tia Koné pour éliminer les candidats qui devraient être logiquement en tête du premier tour (Bédié et Ouattara). Il sait tout cela. Il sait qu'il n'a aucune chance de remporter des élections face à un tandem PDCI-RDR.
Pour les refondateurs, aussi bien que pour Soro et la branche de rebelles apparemment acquise, comme lui, à la cause du dictateur, il est donc plus que vital que Gbagbo conserve le pouvoir. L'occasion est donc arrivée pour moi d'exposer les deux autres raisons qui rendent très conflictuelle, voire apocalyptique, la prochaine présidentielle, en même temps qu'elles jettent des faisceaux de lumière sur le comportement politique actuel de Soro et de ''ses'' rebelles.

Tiburce Koffi
Ecrivain, enseignant, et libre penseur
Cel : (00336) 1602 - 3953 (Paris)
Email : tiburce_koffi@yahoo.fr
Blog http://tiburcekoffi.blogspot.com
* * *
Notes

1/ Titre d'un article de Tiburce Koffi, in le Nouveau Réveil, octobre 2005.
2/Il a aussi et bien sûr, des qualités. Beaucoup plus qu'on ne le croie, même.
3/ Indicamétrie, une science du Pr Moustapha Diabaté dont un des objets est de mesurer la quantité de valeurs qui gît dans l'esprit d'un homme, son potentiel d'agir positif et négatif.
4/Je fais souvent référence à ce texte dans le cadre des analyses que je produis sur la crise ivoirienne. C'est un poème majeur de Senghor qui nous éclaire sur la tragédie du pouvoir. Nos inspecteurs de l'Enseignement secondaire ont raison de le toujours maintenir au programme.
5/ Cissé Bacongo y fait allusion dans son livre sur le parcours d'Alassane Ouattara.

 
Débat républicain - Venance Konan (journaliste écrivain) : “Les refondateurs ont assassiné l`intelligence”
Le nouveau réveil
La Côte d`Ivoire, nous répète-t-on à l`envi, a décidé de se libérer du joug colonial imposé par la France. Et le fer de lance de cette libération est bien évidemment notre Laurent Gbagbo bien aimé et ses charmants Jeunes patriotes qui, non contents de libérer la Côte d`Ivoire, veulent aussi libérer l`Afrique tout entière. Ce que nous reprochons fondamentalement au pacte colonial qui nous lie à la France est qu`il nous a maintenu dans la dépendance et la servitude. Mais au-delà des cris de colère, des actes d`hostilité à l`égard de l`ancienne puissance coloniale, comment se libérer ? Tout le monde est d`accord sur le fait que la libération se fera par le contrôle effectif de notre économie, par notre capacité à prendre notre destin en main. Et cela passe par la formation des hommes et des femmes. Les exemples des autres pays, anciennement colonisés ou dominés qui aujourd`hui tiennent le haut du pavé, nous le montrent clairement : la libération passera par la formation de cadres compétents, de techniciens compétents, de grands scientifiques et chercheurs, par l`utilisation de notre intelligence. La domination a résulté d`un rapport de force qui nous était défavorable. Les colons avaient des armes et une technologie contre lesquelles nos flèches, sagaies et sorcelleries se sont révélées impuissantes. Ces armes et technologies ne leur ont pas été données par des génies ou des dieux, mais elles sont sorties de leurs intelligences.

A-t-on besoin d`être grand sorcier pour comprendre que la libération des hommes et des femmes de notre continent, que la libération de notre continent se feront par l`acquisition des connaissances qui sont à notre disposition ? Nos parents dans leurs forêts et savanes, et malgré l`obscurantisme dans lequel ils vivaient, avaient compris que l`école était la voie pour acquérir les connaissances, pour acquérir l`intelligence. Chez nous, la personne intelligente est celle qui fait de grandes études et qui a accumulé de gros diplômes. Et ces parents, malgré leur dénuement, se saignaient pour faire faire de bonnes et grandes études à leurs enfants, convaincus qu`ils étaient que leur salut viendrait de ces diplômes et des connaissances qui justifiaient leur délivrance. Nos parents avaient compris que les saluts individuels passaient par l`école. Et Houphouët-Boigny avait compris que le salut de tout le pays passait aussi par l`acquisition des connaissances venant de l`école. Il avait mis un accent particulier sur la formation des scientifiques et hauts techniciens. C`est pour cette raison qu`il avait créé le lycée scientifique et les grandes écoles de Yamoussoukro, qu`il envoyait les meilleurs des enfants de ce pays se former dans les meilleures universités et grandes écoles dans le monde entier, sans discrimination.

Les dernières années du règne d`Houphouët-Boigny et celui d`Henri Konan Bédié avaient été pourris par les problèmes de l`école, avec les recrutements parallèles dus à la crise économique, et surtout avec l`irruption de la FESCI sur la scène nationale. Certains avaient naïvement cru que cette organisation se battait pour une amélioration des conditions d`études et de vie des étudiants et élèves. On a fini par comprendre, et la FESCI elle-même l`a avoué, qu`elle n`était que le bras agissant de l`opposition d`alors, représentée par le FPI et le RDR, pour abattre le pouvoir PDCI. Le FPI est arrivé au pouvoir. Et ce pouvoir est essentiellement composé d`enseignants. Le chef de l`Etat, son épouse, le président de l`Assemblée nationale, les responsables des commissions de cette institution, les principaux ministres et responsables du parti au pouvoir, tout le monde est enseignant.
On était donc en droit d`espérer une réhabilitation de l`école et de l`intelligence. On était d`autant plus en droit de l`espérer que la FESCI et les syndicats d`enseignants qui paralysaient l`école pour des raisons politiques étaient acquis à la cause du nouveau pouvoir.

Mais à quoi a-t-on assisté ? A un assassinat en règle de l`école et de l`intelligence. L`école ivoirienne n`a jamais été aussi délabrée que depuis l`arrivée des enseignants refondateurs au pouvoir. Aucune année scolaire ou universitaire ne s`est déroulée normalement. La FESCI est devenue un monstre qui n`hésite plus à tuer froidement et en toute impunité ceux des étudiants qui ne partagent pas ses vues, qui terrorise les enseignants et les magistrats, et qui s`ingénie à saboter méthodiquement l`école. En 2006, lorsque des élèves avaient séquestré et battu à sang un de leurs censeurs au lycée classique d`Abidjan, le ministre de l`éducation nationale d`alors, M. Amani N`guessan avait déclaré dans Fraternité Matin : " Les jeunes gens d`aujourd`hui ont le sentiment d`être les sacrifiés de leur époque… L`école aujourd`hui ne garantit pas à l`enfant l`intégration sociale. Bien au contraire, on peut affirmer que l`école concourt à la désintégration sociale de l`enfant, puisque, diplômé de l`école ou pas, vous n`arrivez pas à vous insérer dans le circuit de production…Je crois que les Ivoiriens doivent prendre leur courage à deux mains et dénoncer cette école qui est là et qui a montré ses limites. Qu`on les appelle FESCI ou autrement, les enfants qui fréquentent cette école ont un sentiment qui n`est pas faux. Et il faut être à leurs côtés pour les comprendre. Ils sont sans repères à l`image de la société elle-même. " Les choses sont, on ne peut plus claires. Le pouvoir des refondateurs a décidé de liquider cette école, qui, aux dires de son ministre de l`éducation nationale, ne faisait que désintégrer socialement nos enfants. Et ils y sont parvenus. Depuis le début de cette année les enfants de l`éducation publique ne vont plus à l`école. Aux enseignants en grève qui réclamaient une augmentation de leurs salaires, le prince de Mama a répondu très clairement qu`il préférait augmenter les militaires plutôt que les enseignants. Qu`est-ce que nos enseignants n`ont pas compris ? Un enseignant, ça réfléchit, ça discute, ça conteste, ça s`oppose. Surtout lorsqu`il est débarrassé des soucis matériels. Et le prince de Mama est bien placé pour le savoir, lui qui a passé toutes ses années d`enseignant à faire cela. Or, un militaire, il est formé pour ne pas réfléchir, pour ne pas discuter, pour ne pas contester, et surtout pour obéir. Et il obéit encore mieux lorsqu`il est bien payé. Et quelle idée pour des enseignants de demander une augmentation de salaire lorsque notre président bien-aimé est en train de construire son beau palais, son Assemblée nationale, son sénat et son hôtel des députés à Yamoussoukro ?

Amani Nguessan a demandé aux Ivoiriens de dénoncer l`école qui a montré ses limites. Lui, il a fait mieux que dénoncer. Il a tué l`école. Non seulement les enfants ne vont plus à l`école dans le système public, on a aussi incendié les écoles privées de qualité qu`étaient le collège Mermoz et les écoles françaises, à Abidjan comme à San Pedro. Mais pour mieux assassiner l`intelligence, on a également incendié le centre culturel français où l`ivoirien ordinaire allait se cultiver et s`instruire, les librairies, à Abidjan comme à Yamoussoukro, et l`on laisse mourir la Bibliothèque nationale. De même, les concours pour entrer dans nos écoles qui servaient à former les meilleurs cadres pour servir le pays sont tous devenus payants. Seuls ceux qui payent ce qu`il faut ont le droit de devenir avocats, magistrats, d`entrer à l`ENA, à l`école de police, de gendarmerie, des infirmiers et infirmières, des instituteurs et institutrices…sans considération de leurs compétences. Nos refondateurs n`ignorent bien entendu pas que pour libérer un pays du sous-développement, il lui faut des fonctionnaires et cadres de haut niveau. Lorsque nos enfants vont à l`école, il faut à leurs parents payer pour qu`ils obtiennent leurs diplômes, même le CEPE.

Que propose-t-on aujourd`hui à la jeunesse ivoirienne pour développer son intelligence ? Il a le choix entre les maquis, les " agoras " et " parlements " version refondation, et les églises.
Partout à Abidjan et dans toutes les villes de l`intérieur du pays sont nés les super, hyper, méga maquis. Ce sont des maquis qui peuvent accueillir des centaines de clients à la fois. Il n`y a plus de cinémas en Côte d`Ivoire. Plus de bibliothèques, très peu de librairies, et de toute façon pas d`argent pour acheter des livres. Le jeune qui ne va plus à l`école, puisque les refondateurs ont décidé de la tuer, parce qu`elle s`est montrée incapable d`assurer son intégration sociale, qui n`a pas de travail, puisqu`on obtient difficilement du travail lorsqu`on n`a pas fait de bonnes études et que de toutes les façons les entreprises susceptibles d`embaucher ont été détruites lors de notre croisade contre la France, ce jeune, qui veut échapper aux programmes débilitants de notre télévision n`a pas d`autre choix que d`aller dans un de ces hypermarchés de la beuverie et du vice. Ils assurent certainement mieux l`intégration sociale, dans l`entendement de nos refondateurs. Les abords des cités universitaires sont envahis par les maquis, sur lesquels la toute puissante FESCI prélève son impôt. Au temps du président Bédié, on avait parlé d`interdire les maquis aux abords des écoles. Aujourd`hui les maquis sont dans l`école. Notre grand chef n`avait-il pas un jour dit que tout allait bien dans le pays parce que les maquis et boîtes de nuit étaient toujours pleins ?

Et lorsque ce jeune n`a pas les moyens de passer ses journées dans un de ces hyper maquis, il a dans son quartier une " agora " ou un " parlement " pour se cultiver. Ce sont des endroits où l`on cultive la haine, l`intolérance, la xénophobie et la stupidité. Il n`y a qu`à aller écouter les horreurs et âneries que débitent à longueur de journée les orateurs de ces endroits pour avoir froid dans le dos et se poser de sérieuses questions sur le type d`Ivoirien que veulent créer nos refondateurs. Et ces endroits sont financés par les hommes du pouvoir ! Le président de la " Sorbonne " du Plateau, où le chef de l`Etat aime bien aller prendre des bains de foule a un statut quasi officiel.

Et pour parachever le développement de son intelligence, il ne reste plus à notre jeune qu`à aller à l`église ou au temple. Plus un seul espace public qui ne soit investi par les différentes sectes venues d`ailleurs ou créées par des Ivoiriens. La Bibliothèque nationale qui est au bord de l`effondrement est devenu un lieu de culte pour une secte. Tout comme les jardins publics du Plateau, la salle des fêtes de l`Assemblée nationale, le centre culturel de Treichville, le palais présidentiel ou le Théâtre de la Cité, naguère haut lieu des débats contradictoires et de la critique du régime d`Houphouët-Boigny. En 1982, nous avions déclenché une grève à l`université parce que le pouvoir d`alors avait annulé une conférence qu`un enseignant du nom de Laurent Gbagbo devait prononcer au Théâtre de la Cité. C`est dans ce Théâtre de la Cité que les Zadi Zaourou, Niangoran Porquet et autres grands créateurs ont joué leurs pièces les plus corrosives à l`égard du pouvoir d`Houphouët-Boigny. Sous la refondation, il ne reste plus que le palais de la culture où un autre roi, Sidiki Bakaba, veille à l`orthodoxie patriotique des pièces théâtrales qui doivent y être jouées. Aujourd`hui, partout dans nos quartiers, dans les domiciles privés, les églises et temples ont poussé comme des champignons. Et le premier escroc venu peut se proclamer pasteur ou prophète et aller pérorer à la radio et à la télévision. Il n`a pas besoin de connaître la Bible. Il lui suffit de bien repérer les passages du Livre saint où l`on demande aux fidèles de payer la dîme.

Le 10 mai dernier, le président français Jacques Chirac et son successeur élu Nicolas Sarkozy ont commémoré ensemble l`abolition de l`esclavage. Eux dont le pays a pratiqué l`esclavage pendant des siècles ont commémoré la libération des Noirs et inauguré, en présence de plusieurs descendants d`esclaves, un monument représentant des chaînes brisées. Il y a quelques années, M. Mel Théodore qui était le maire de Cocody avait construit un monument dans sa commune pour commémorer cette tragédie de notre histoire. Ce monument représentait des chaînes brisées et un oiseau qui s`envolait. Une belle œuvre artistique. Arrivés au pouvoir, nos refondateurs " libérateurs du peuple noir " n`ont pas trouvé mieux à faire que de détruire ce monument pour construire à sa place une statue géante de saint Jean. Celui de la Bible.

Dans quel état mental voulez-vous que soit un jeune de notre pays qui ne va plus à l`école, qui n`a pas d`autre endroit que les bars et les " agoras " et " parlements " de la refondation pour se cultiver, et qui croit que son salut lui viendra des pasteurs et prophètes escrocs ? Il devient un abruti. Un abruti capable de croire qu`une femme peut accoucher d`un crapaud ayant un cauri attaché au dos, que des prières et des impositions de main peuvent soigner le sida et toutes les autres maladies, un abruti capable de prendre une machette contre celui qui ne partage pas les mêmes idées que lui, qui n`est pas de son ethnie, ou qui est soupçonné d`avoir fait disparaître le sexe d`un homme en lui serrant la main. On a tout simplement assassiné l`intelligence dans ce pays.

Mais il n`y a pas que chez les jeunes que l`on ait tué l`intelligence. Bon nombre de nos intellectuels, de nos hauts cadres, de nos scientifiques formés dans les meilleures écoles occidentales en sont là. Ils sont les meilleurs clients des prophètes et autres vendeurs d`illusions. Ils ont tous troqué leurs intelligences contre l`obscurantisme dans lequel baignaient nos parents et dont on avait cru qu`ils seraient libérés par l`instruction et l`acquisition de la science. Les livres écrits par la plupart de nos éminents professeurs agrégés portent sur leur rencontre avec Jésus. Pas sur les matières dans lesquelles ils sont agrégés.

Ne croyez surtout pas que tout cela soit le fruit du hasard ou d`une fatalité. Il s`agit d`une politique bien pensée pour maintenir le peuple dans la servitude. Pas la servitude coloniale, mais celle de la refondation. Karl Marx avait dit que la religion était l`opium du peuple. Nos refondateurs qui ont tous eu une formation marxiste le savent très bien. Ajoutez à cet opium beaucoup de bières et de vin, du sexe, de l`enseignement des " agoras " et " parlements " à la sauce de la refondation, une télévision et une radio abêtissantes, et vous avez tout ce qu`il faut pour vous maintenir au pouvoir pendant des décennies.

Laissons de côté toute idéologie et considération partisane et exerçons ce qui reste de notre esprit de discernement. Quelle Côte d`Ivoire croyons-nous être en train de bâtir lorsque les jeunes ne vont plus à l`école, lorsque l`université est prise en otage par la FESCI, lorsque les diplômes et entrées dans les grandes écoles sont vendus aux plus offrants, lorsque les jeunes n`ont pas d`autre échappatoire que l`alcool et les sectes ? Quels cadres aurons-nous demain ? Quelle administration, quelle police, quelle gendarmerie, quelle douane, quel service des impôts, de la santé, quelle justice, quels enseignants nous attendons-nous à avoir ? Et nous allons continuer à avaler ce qu`on dit dans les " agoras " et " parlements ", à savoir que toute cette politique a pour unique but de nous libérer de la domination de la France ! Nous nous libèrerons sans doute de la France tant abhorrée qui elle-même ne semble plus très désireuse de nous avoir sous sa coupe. Mais il n`est pas certain que nous soyons libres pour autant. Changer de maître n`est pas se libérer. Et rien ne nous dit que le nouveau maître aux yeux bridés qui pointe le bout de son nez sera plus accommodant que celui à la peau pâle.
Venance Konan, journaliste écrivain.

Email : venance konan@yahoo.fr
 
Tirbuce Koffi (Professeur de Lettres) parle du livre de la Première Dame - “"Paroles d`honneur" de Simone Gbagbo, le livre de la révolte et de la haine”- "Vous n`avez pas dit qui a tué Boga et Guéï"
 

“Paroles d'honneur " de Simone Gbagbo est assurément l'événement littéraire en Côte d'Ivoire. Même l'actualité politique ivoirienne, dense, (marquée outre le passage à témoin entre Charles Konan Banny et Guillaume Soro - un réel événement donc-, par la suppression de la zone de confiance), n'a pu en éclipser le succès médiatique. Le nom de son auteur a certainement suffi à cette tâche : Première dame de Côte d'Ivoire depuis bientôt sept ans, militante politique de grande carrure, député, Simone Gbagbo est indiscutablement une forte personnalité politique. L'autre nom, désormais illustre de son époux (Laurent Gbagbo), chef de l'Etat de Côte d'Ivoire, pays en proie à une grave crise politico-militaire, est loin d'être un poids négligeable dans le spectre d'audience du sien. " Paroles d'honneur " est le seul livre que nous savons de Simone Gbagbo. Pour son succès, il est bon de noter qu'à la cérémonie de dédicace, un exemplaire, mis aux enchères, a été acheté à 15 millions de nos francs[1] ! Récemment, le puissant DG de la Douane, Gnamien Konan, en a acheté 500 exemplaires (à près de 8 millions de francs), pour "ses braves douaniers". Une grande Première en Côte d'Ivoire, pour une Première dame, donc !
" Paroles d'honneur " est un pavé de 508 pages, de lecture aisée toutefois. Le choix et la taille de la police (suffisamment gros pour qu'on puisse lire le texte sans qu'il ne soit besoin de porter des lunettes), l'aération des pages (25 à 29 lignes au maximum), la qualité du papier, les phrases, courtes, simples et sans artifices littéraires, participent au confort du lecteur qui suit, sans s'ennuyer, le discours de ce livre fortement militant. Il est divisé en sept (7) parties comprenant un total de 157 chapitres. Un épilogue en deux chapitres (" A bâtons rompus " et " Ne pas se taire " -p.449 et 463) ainsi que des Annexes comprenant trois discours du chef de l'Etat, Laurent Gbagbo, (p.469-497), bouclent définitivement le livre.

On y entre, de manière surprenante, par le ... " Palais présidentiel ! " en une série d'arrêts sur images où le narrateur-acteur décrit l'atmosphère de l'investiture du tout nouveau président de la République. Emotions, souvenirs ! La mémoire volant dessus le temps et revisitant les traces du passé : les années de lutte, la prison, l'image du père (omniprésente dans toute la première partie) et, au bout de la course, la réalisation du grand rêve : accéder au pouvoir d'Etat, connaître l'ivresse du sacre. Simone peut donc laisser éclater sa joie : " J'ai du mal à le réaliser : je suis Première dame de mon pays ! " (p. 18).
Mais qui est cette nouvelle Première dame ? Les autres pages du livre nous invitent à la découvrir. Plus de 400, à suivre Simone Gbagbo : son enfance, l'univers de l'enseignement, ses premiers pas de militante clandestine sous l'éclairage de Bernard Zadi (dont elle altère étonnement le rôle dans son éducation politique et l'histoire de la gauche ivoirienne) et de Laurent Gbagbo (qu'elle exalte à souhait), ses premiers combats, enfin le monde de la politique officielle, au sortir de la clandestinité.
Livre autobiographique d'apparence, " Paroles d'honneur " échappe toutefois à cette classification formelle et prend plutôt les allures d'un réquisitoire contre l'opposition ivoirienne et la Françafrique qu'elle accuse de vouloir perpétuer le pacte colonial (le mot fétiche de la Refondation). Tour à tour, passent ainsi au fil de l'épée de Simone Gbagbo, Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié, Jacques Chirac, Soro Guillaume... Exaltation, accusations et haine.

L'exaltation ici, c'est la célébration excessive de l'image de Laurent Gbagbo à qui est consacré plus du quart du livre (soit plus d'une centaine de pages). L'essentiel de la troisième partie, ainsi que de nombreux sous-chapitres d'autres parties du livre (p. 237-260 ;
p. 469-497), ne sont que des panégyriques à Laurent Gbagbo que l'épouse-mère-militante encense, à n'en plus finir. Lisons quelques titres : " Gbagbo, un homme indépendant, un homme juste " (p. 79), Gbagbo " Le visionnaire " (p. 91), Gbagbo " un personnage atypique" (p.95), Gbagbo, " L'homme de courage et de conviction ", (p.99). "Laurent est un grand homme de culture " (p.233), etc.
L'amante, l'épouse, la militante, enfin la prosélyte, se conjuguent alors pour déclamer :
" J'ai toujours eu une admiration profonde pour Laurent Gbagbo, une admiration qui ne s'est jamais érodée. Même en étant son épouse (...) il continue de m'épater. (...) Laurent a une véritable vision politique et je crois que c'est ce qui dérange (p.95) ; " Tout nouvellement élu, Laurent n'était comptable d'aucun grief exprimé dans la société " (p.260) ; " Les idées de Laurent Gbagbo dérangent, son ouverture d'esprit, son désir de mieux-être pour l'ensemble de son peuple, son refus de la corruption dérangent ! " (p. 318) ; " Laurent a une très belle qualité d'homme d'honneur" (p.414). La canonisation achevée !

Oui, La Bruyère peut le répéter : " Amas d'épithètes, mauvaises louanges ". On peut se demander comment une universitaire, censée posséder un minimum de culture de la distanciation, peut-elle en arriver à confondre des billets doux (à un amant, un époux), à un livre politique d'intérêt public ! A l'opposé, sont diabolisés tous les opposants ivoiriens :
Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié, Guillaume Soro, Robert Guéi, Innocent Anaky..., ainsi que les étrangers. A l'encontre de Ouattara surtout, le propos donne dans la méchanceté ouverte : " Concernant Alassane Ouattara, j'avais acquis la conviction que cet homme était dangereux, sans scrupule, sans foi ni loi" (p. 148). Elle l'accuse d'avoir fait le coup d'Etat du 24 décembre : " Les événements (...) montrèrent clairement que le véritable instigateur de ce coup de force était sans conteste Alassane Ouattara !" (p. 184) ; plus loin, elle l'achève littéralement : "Je puis vous assurer, parole d'honneur, qu'un tel personnage ne peut pas faire honneur à l'élite africaine d'aujourd'hui" (p. 335). Empruntant la phraséologie du Président de l'Assemblée nationale Mamadou Koulibaly, elle n'hésite pas aussi à dire : "Alassane (...) n'est rien d'autre, qu'un allié, qu'un instrument de la France chiraquienne et de ces étrangers " (p.445)...
Quand on a fini de lire tous ces mots à l'encontre de Ouattara, on peut se demander comment un tel "diable" a pu être le partenaire et l'allié le plus sûr de Laurent et Simone Gbagbo, ainsi que des Refondateurs, dans leur combat sans merci contre Henri Konan Bédié, de 1995 à 1999 - la belle époque du Front républicain !...

Un livre dénonciateur

Livre militant, " Paroles d'honneur " est un texte au langage résolument dénonciateur. La véhémence du discours, orienté contre ceux qu'elle estime être les oppresseurs (la France "chiraquienne", la rébellion, l'opposition politique) est sans doute proportionnelle aux crimes qu'elle leur impute. La rébellion est, bien sûr le point axial de ses griefs. Le sous-chapitre "Septembre noir" (p.320-329) de la troisième partie, ainsi que tout le chapitre intitulé " Jeux de massacres" (p.331-342) sont, à cet égard, très expressifs. L'auteur y décrit les atrocités commises par la rébellion. On se surprend ici à revivre avec émoi et désolation, l'exécution des 196 gendarmes de nos forces de protection nationale, la terreur qui a sévi dans les zones contrôlées par les insurgés. Page 324 : " Ils se déplacent dans les villes du Nord, mobilisant sur place des jeunes, des élèves, et les formant à la va-vite au maniement des armes. (...) Les rebelles en armes organisent la chasse aux sorcières dans les villes du Nord. Tous les fonctionnaires sont pourchassés, traqués, arrêtés et quelquefois abattus. Les gendarmes des brigades, les policiers des commissariats traditionnellement répartis sur toute l'étendue du territoire par petites équipes, s'avèrent incapables d'assurer la défense des citoyens et encore moins de freiner cette progression armée des rebelles suréquipés. Ils cherchent leur salut dans la fuite. " (p. 324-325)

On peut reconnaître et affirmer que ce récit des atrocités subies par nos populations, les commentaires sur les méthodes guerrières utilisées par les agresseurs, sont conformes aux nombreux témoignages des rescapés de ces tueries dont l'horreur, on le devine, est certainement au-dessus de l'habileté littéraire du narrateur - de tout narrateur même : aucun texte littéraire n'est jamais suffisamment fort pour rendre vraiment compte de la souffrance de l'homme face à la mort - surtout la mort violente donnée par la main armée d'en face.
L'auteur inclut, dans ce chapitre de forte tonalité émotionnelle, le témoignage d'un ancien officier de presse de l'armée française (p.329). C'est un témoignage qui incrimine sérieusement les autorités françaises dans l'ampleur des crimes de la rébellion. Mais c'est surtout une perche idéale que saisit Simone Gbagbo pour développer des réflexions et poser des questions (qui m'ont paru essentielles) sur les concepts de Souveraineté (p. 343-370), de Dignité (p. 377-395), enfin sur la françafrique (p.399-412). Les conclusions auxquelles elle parvient, sont familières aux Ivoiriens - le classique menuet ; " C'est la françafrique qui attaque la Côte d'Ivoire, pour faire main basse sur nos richesses " (p.445) ; " Le conflit ivoirien est dû à la conjugaison étroite de trois volontés de puissance qui se sont alliées pour l'occasion : celle de H. Konan Bédié, celle de Alassane Ouattara et celle de la France chiraquienne " (p.411 )...

Un livre partisan et incomplet
" Paroles d'honneur" de Simone Gbagbo, comme l'indique l'énoncé, est la parole d'honneur (c'est-à-dire, la parole sans fard, sans aucune falsification, sans omission, la parole-vérité) de la Première dame de Côte d'Ivoire. Si le livre ouvre incontestablement des brèches et éclairages sur la crise ivoirienne et (une part) de l'histoire des combats libertaires en Côte d'Ivoire, il nous laisse franchement sur notre faim par son côté partisan, trop subjectif. Le complexe d'innocence et de pureté dont l'auteur-militante-épouse, couvre l'action de son ex-compagnon, fiancé, actuel époux et chef d'Etat, Laurent Gbagbo, altère sérieusement la crédibilité du propos. De regrettables (mais comme on comprend Simone Gbagbo !) omissions brouillent aussi la lecture du livre : les circonstances de la mort de Boga Doudou ; celles aussi de Robert Guéi, restent ainsi à être expliquées à l'opinion nationale. Qui a tué Boga Doudou, l'homme le mieux gardé, le plus protégé du pays ? Qui a tué Robert Guéi ? Ce dernier, on le sait, s'était réfugié à la Cathédrale du Plateau, et seuls le clergé et les hommes au pouvoir avaient été informés de cette cache. Les insurgés, occupés à en découdre avec les camps de gendarmerie et de police, avaient mieux à faire que fouiner dans une ... cathédrale !

Les circonstances de la mort du Général Robert Guéi, telles qu'exposées par Simone Gbagbo qui impute cet assassinat à la rébellion (p.274) sont horriblement inexactes : Robert Guéi (ce n'est un secret pour aucun Ivoirien sérieux) a été tué par le pouvoir. La raison donnée alors fut qu'il s'en allait à la RTI pour annoncer à ses soutiens (les rebelles), la (re) prise du pouvoir d'Etat. Tous les journaux de cette période en parlent, des déclarations d'officiers de notre armée confirment nos propos. Alors, d'où vient cette réécriture (affreusement falsifiée) d'un fait encore récent dans nos mémoires ? Ah, Simone Gbagbo ! A Koussou (toi aussi) !!!...
Le mutisme observé sur des noms d'illustres personnages qui ont écrit les premières pages de l'opposition ivoirienne, clandestine, et des noms de figures qui sont apparues dans la continuité de ce combat, nous a paru stupéfiant. Nous songeons ici, entre de nombreux autres, à: Mémel Fôté, Francis Wodié, Adam Camille, Gbaï Tagro (le premier d'entre tous à avoir effectivement déposé une demande de reconnaissance officielle de son parti - au tout début des années 1980), Désiré Tanoé, Ngo Blaise, Doudou Salif, Laurent Akoun..., stupéfie tous ceux d'entre nous qui ne sont pas totalement ignorants de cette histoire.
Simone Gbagbo écrit aussi à propos de la transition militaire : " Sous la pression du FPI, le général Guéi recule et rééquilibre la distribution des postes entre les différents partis FPI, RDR, PIT, PPS... " (p. 188). Elle omet délibérément de dire que son parti a exigé d'avoir des "postes juteux" et qu'au décompte, le FPI sortait largement favori de cette nouvelle distribution de portefeuilles ministériels aux bénéficiaires de ce coup d'Etat. Ici, des questions essentielles doivent être posées à Simone Gbagbo : à quel titre le FPI a-t-il exigé un rééquilibre dans la distribution des portefeuilles ministériels ? Comment un parti de prétendus républicains et de démocrates, adeptes (comme ils le clament) du refus de la voie des armes comme mode d'accession au pouvoir d'Etat, a-t-il pu se permettre non seulement de saluer et de cautionner un coup d'Etat, de participer à un gouvernement de putschistes, mais en plus, d'exiger des postes ministériels en sa faveur ? Celui qui n'a pas tué l'éléphant peut-il exiger une part plus grosse du gibier ? A-t-il même le droit d'en exiger la moindre part ? Or, le FPI a exigé et obtenu tout cela. Qui est donc l'auteur du coup d'Etat ? A qui a profité le crime ? Le FPI est-il, oui ou non, impliqué dans le coup d'Etat de décembre 1999 ? Sinon, que faisaient Lida Kouassi, Odette Sauyet, Freedom Neruda dans " les casernes en ébullition " (les mots sont de Lida Kouassi) durant ces jours terribles de décembre 1999 où le pays a chaviré dans un coup d'Etat dont nous continuons de porter les meurtrissures ?
Zouin Honoré, putschiste, affirme, (Paroles d'honneur d'officier !) qu'ils y avaient été envoyés sur instruction de Laurent Gbagbo, afin qu'ils (les mutins) transforment leur mouvement de revendication corporatiste en coup d'Etat. Ce qui fut fait ! (Voir interview de Zouin Honoré, dans le Nouveau Réveil du n°1143 d'octobre 2005). Il est étrange que Simone Gbagbo n'ait pas saisi l'opportunité de ce livre, pour répondre (enfin !) à cette grave accusation qui ne cesse de hanter le cerveau de bon nombre d'Ivoiriens, comme moi !!!
Convaincue des vertus du putsch, Simone Gbagbo écrit, tout naturellement à l'encontre d'Henri Konan Bédié : "(...) d'anciens dirigeants qui n'ont pas accepté l'alternance comme Bédié... ! " (p.318). Stupéfiant ! Nous savons, tous, que Henri Konan Bédié a été chassé du pouvoir par un coup d'Etat et non pas à la suite d'élections. Nous savons aussi qu'avec la complicité du FPI et d'un Conseil constitutionnel corrompu, les putschistes de décembre 1999 (dont fait partie réellement le FPI) ont refusé à l'ex-président, la possibilité d'aller en compétition électorale, transparente et démocratique. De quelle alternance donc parle Mme Simone Gbagbo ? Un coup d'Etat est-il la voie privilégiée pour l'alternance dans un système de démocratie ? L'exclusion des candidats forts et crédibles de la compétition électorale est-elle de même, un mode d'alternance démocratique ?...
Sur la foi et l'honneur, Simone Gbagbo devra un jour répondre à toutes ces questions essentielles qui, à elles seules, forment la corbeille de nœuds de la crise ivoirienne - cette mentalité insurrectionnelle qui habite désormais le cerveau des opposants, dans ce pays. Pour l'heure, elle devra surtout retenir qu'il y a des livres que l'on ne doit pas se permettre de publier à la légère, et à n'importe quel moment, quand on est au pouvoir.

Simone Gbagbo, " Paroles d'honneur ", Pharos/Jacques-Marie Lafont, Ramsay, 508 pages.
Tiburce Koffi,
Professeur de Lettres,
Écrivain 01-05-40-43.
tiburce_koffi@yahoo.fr
Ampliation: Fraternité Matin

 
Tiburce Koffi à le Nouvel Observateur: "Gbagbo créera sa rebellions si…."
Tiburce Koffi était le vendredi, l`invité du Forum du Nouvel observateur. Pendant près de 4 heures, l`écrivain journalistes ivoirien s`est soumis aux questions des internautes. Ci-dessous des extraits.
La France a-t-elle, selon vous, quelque chose à voir dans l´apparition de cette crise ?

A mon avis, non. Mais, il est évident qu´elle est, outre impliquée au premier plan dans la gestion de cette crise, mais surtout qu´elle a mal, voire très mal, géré cette crise. Marcoussis, je le soutiens, est une énormité sur le double plan éthique (légaliser un acte affreux d´agression) et politique (enfreindre aux valeurs et normes de la démocratie). A quoi sert-il de dépenser des sommes faramineuses dans l´organisation d´élections si le premier cow-boy venu peut s´offrir une légitimité et une légalité, par la voie des armes ? Les "Gouvernements de Réconciliation" sont une offense faite aux Africains, en même temps qu´ils consacrent notre incapacité à vivre dans la modernité politique. La France, parce qu´elle a les moyens diplomatiques et militaires de le faire, aurait pu et dû mettre fin à cette rébellion loufoque. Laurent Gbagbo n´utilise-t-il pas le sentiment anti-français des ivoiriens pour lui permettre de rester en place en se donnant une certaine légitimité, en "dénonçant" l´ancien colonisateur ?
Oui. C´est effectivement ce qu´il fait. C´est une méthode connue, en politique : les régimes inefficients, les dictatures improductives, ne prospèrent que par la propagande de type populiste et par une culture infecte et dangereuse du complot récurrent contre le guide bien aimé du peuple, mais ennemi des impérialistes, des colons, des néo-colons et que sais-je encore !!!

C´est une mauvaise prose qui ne pouvait que finir par agacer ceux d´entre nous qui avons, malgré tout, réussi à conserver un minimum de lucidité, d´esprit critique et de bon sens. Et j´ai décidé de ne plus manger de ce pain rassis ! De la mauvaise boulangerie !A-t-on déjà oublié le journaliste Guy-André KIEFFER ? Et ce diplomate français assassiné qu´en est-il ? On ne se dépêche pas trop pour éclaircir ces affaires. Ces dossiers gênent-ils le gouvernement français ?

Je ne suis pas membre du gouvernement français. Je ne saurais donc répondre à sa place. Malgré tout, le respect que j´éprouve pour Guy-André KIEFFER et ce diplomate français assassiné dont vous parlez, j´aimerais vous dire qu´ils ne sont pas plus importants pour les Ivoiriens que ceux d´entre les nôtres qui sont "tombés" dans le tourment de cette crise: le comédien "H", le musicien de génie Marcellin Yacé (notre Mozart !), le ministre Boga Doudou, le Colonel Dagrou Loula, et surtout le Lieutenant-colonel Kouamé Lazare dont personne (pas même la haute Autorité ivoirienne) ne fait cas de l´assassinat, en zone rebelle.
Un "dialogue direct" présidence/Forces nouvelles devait avoir lieu cette semaine... j´ai raté un épisode. A-t-il eu lieu ?
Je ne suis pas beaucoup cet autre ballet du théâtre politique ivoirien. En réalité, je n´y crois pas. Est-ce qu´elles auront lieu un jour ces satanées élections ???
Il faut vraiment être un gourou pour le savoir. Mais, mon avis sur la question des élections vous surprendra certainement : ce n´est pas la solution au mal ivoirien. Si Laurent Gbagbo n´est pas élu, il fera lui aussi sa rébellion - et il en a les moyens. Il en a surtout l´ambition, et il l´a clairement énoncée. Je pourrais vous donner les références du journal où il a tenu ces propos. Je le connais assez pour savoir que, sur ce point (conserver le pouvoir d´Etat, coûte que coûte), il ne reculera pas. Les prochaines élections, si elles ont lieu, seront, pour qui connaît bien le climat politique ivoirien, un grand rendez-vous du sang. Pourquoi êtes-vous, tous, si pressés de voir couler ce "flot de sang" - notre pénitence, comme dirait Senghor ! Ce problème de la Côte d`Ivoire n´est il pas vengeance du peuple Bété, vis-à-vis de la vieille garde de Houphouët Boigny et de son dauphin et contre les grandes familles Dioula qui détiennent la finance. Non. Pas une vengeance du peuple bété. Ce ne sont pas tous les bété qui sont derrière Gbagbo. Les erreurs et crimes (économiques, politiques et académiques, éthiques, etc.)d´un homme, ne doivent pas être considérés comme des fautes d´un groupe ethnique. Ne pensez-vous pas que Chirac doit taper sur la table au sommet et engager résolument des actions directes auprès des protagonistes de la crise. Ce n´est pas Chirac qui a créé notre pays. Il n´en est pas le président non plus. Il n´a pas non plus à taper sur la table. C´est inélégant et gauche. Nous ne sommes pas ses enfants non plus pour qu´il nous dicte des attitudes à tenir. les Ivoiriens sauront régler leurs problèmes. Les peuples ont leur temps pour déposer leurs dirigeants. Puisque les français qui vivent en Côte d`Ivoire qui, eux rapportaient de l`argent aux Ivoiriens ont été mis dehors par la population. Ne serait-il pas normal que nous français ont virons les Ivoiriens en France qui nous coûtent cher en rmi,cmu,aides et allocations en tout genre? Sois pas rancunier, cher ami. Si vous le faites, nous crierons forts au racisme ! Or je sais que les Blancs, surtout les Français, n´aiment pas qu´on les traite de racistes. Donc...laisse-nous tranquilles. Ce ne sont pas les Ivoiriens de France qui vous ont chassés.

Carlos. A. Samassi
(Source : Nouvel Observateur)
 
Crise ivoirienne : Les fondements mythologiques et idéologiques d`une fausse guerre fratricide
Le Nouveau Réveil - lundi 16 janvier 2006

La crise ivoirienne est arrivée à une phase décisive de sa possible résolution. "L'espérance Banny" qui lui a été offerte par la résolution 1633 de l'ONU, porte les signes de cet optimisme, car l'homme est effectivement capable de réussir le grand pari de la réunification du pays.
Mais avant tout, il faut que les uns et les autres abandonnent toute intention de reprendre la guerre et qu'ils renoncent sincèrement à toute belligérance armée. La guerre, toute guerre, a toujours été une solution désespérée et extrême. Elle est l'expression maximale et apocalyptique d'une psychologie très poussée de la destruction - ce que nous ne pouvons nous permettre, nous autres peuples sans tradition de la construction ni même de la maintenance. Les voies certes lentes, mais sages, de la diplomatie, nous ont offert des cessez-le-feu que nous avons eu tort de n'avoir pas toujours voulu respecter. La crise de novembre 2004 nous a suffisamment prouvés que la solution militaire n'est plus envisageable pour la libération des zones occupées.
Il va sans dire que la rébellion ne saurait non plus compromettre davantage la situation socio-économique du pays par son refus de désarmer ou de persévérer dans la belligérance en maintenant la pression sur le pouvoir.
Les menaces (à peine voilées) de sécession qu'elle fait brandir par son obstination à ne pas désarmer, pue le chantage inacceptable et le gangstérisme politique ; toutes choses qui obstruent et hypothèquent dangereusement l'avenir du pays. Le désarmement est plus que jamais un impératif ; mieux : un devoir national et même patriotique, car il y va de la survie de la Côte d'Ivoire, notre pays, notre nation, notre patrie à tous.
Ceux-là qui ont pris les armes pour défendre une cause que la plupart d'entre nous ont fini par comprendre (sans toutefois partager la méthode utilisée pour la résolution de cette tragique contradiction), doivent comprendre que la lutte armée est une voie sans issue : tout pouvoir conquis par les armes, surtout dans les conditions objectives qui sont celles de cette rébellion, est condamné à survivre par les armes. C'est un cercle fermé, sans aucune ouverture, d'où son aspect terrifiant et suicidaire.
Les enfants du nord, ces enfants de ce nord déchiré de notre pays en peine, doivent donc accepter de faire à présent preuve d'humilité et de courage politique de constructeur en déposant les armes, afin de donner une chance à la paix et à la Côte d'Ivoire, ce pays nôtre. Le MPCI le mouvement insurrectionnel qui porte leurs revendications, se veut un Mouvement Patriotique ; et c'est justement au nom de cette patrie (que nous aimons tous, mais de manières certainement différentes), qu'ils doivent se soumettre à l'impératif du désarmement : tel est en réalité, l'appel ultime que leur lance la Communauté internationale à travers la résolution 1633 de l'ONU.

UNE CHANCE OFFERTE AU PRESIDENT GBAGBO
Au-delà des erreurs graves qu'il a commises en ne saisissant pas à temps les opportunités de faire la paix qui lui furent offertes (la cérémonie du 04 juillet 2003, le contexte des pourparlers de novembre 2004 où les démarches en vue de la paix étaient très avancées et prometteuses), nous devons objectivement reconnaître que le camp présidentiel a fait d'énormes concessions et consenti de réels sacrifices pour que nous parvenions à cette paix. Le verrou du déficit de confiance dont se prévalait jusque-là la rébellion pour ne pas désarmer, a été désormais ôté : c'est le message politique (non écrit) que porte la résolution 1633 de l'ONU.

En effet : en soustrayant l'armée du contrôle de l'Exécutif, en privant aussi l'Exécutif des finances, la Communauté internationale crée, par ces dispositions de la résolution 1633, les conditions de désarmement : l'assurance que le camp présidentiel ne pourra plus reprendre les hostilités militaires comme il l'avait fait par le passé. Le MPCI ne peut donc plus prendre pour prétexte le manque de confiance en Laurent Gbagbo pour camper encore et outre mesure sur son refus de désarmer : ce serait un véritable cas de déclaration de guerre ; et il est fort à prévoir que l'estime (à peine voilée) que la Communauté internationale semble avoir porté jusque-là à son combat se déplacera en faveur du camp présidentiel : les rébellions entêtées tombent dans l'ennui et l'agacement et finissent toujours par avoir contre elles, la désapprobation de l'opinion et les revirements de position de la part de la Communauté internationale. Les cas du Général Ojukwu et de Jonas Savimbi sont à cet égard, très illustratifs.
Dans ses objectifs affirmés, la résolution 1633 permet finalement au Président Laurent Gbagbo de se mettre à l'abri de la pression qu'exercent certainement sur lui, les bellicistes de son Parti le FPI et de son camp. Il peut à présent, fort de ces dispositions, leur décliner son incapacité (sur le double plan institutionnel et matériel) de déclencher la ''guerre de libération'' : il n'a plus le contrôle de la Défense ni des Finances.
En des termes plus prosaïques, il n'a plus ni les armes ni l'argent pour faire la guerre. C'est donc lui (le Président Gbagbo) qui retirera à la longue, les dividendes de cette résolution qui finalement, le protège plus qu'elle ne l'affaiblit - pourvu qu'il sache l'exploiter comme il faut.
Il va sans dire que tout le reste (la réunification du pays, l'identification, etc.) pourra suivre, si cette résolution est appliquée à la lettre, sans obstruction aucune de la part de l'Exécutif et du camp présidentiel. Au bout du processus, la sortie la plus délicate : les élections pour les présidentielles. C'est celle-là que nous ne pouvons nous permettre de mal négocier. Or, j'ai la conviction de ce que l'accent que l'on met sur l'urgence de ces élections, est une option erronée : la mèche enflammée qui mène à la poudrière n'est pas encore éteinte. Pour l'éteindre, trois étapes intermédiaires me paraissent ici nécessaires à franchir, avant d'engager le pays dans la voie de ces élections.

DES ETAPES A FRANCHIR
En premier lieu, il nous faut créer absolument un cadre (institutionnel ou non, mais consensuel) de rencontres entre les groupes d'opinions décisives pour ''vider'' les contentieux de la nation. Ces groupes d'opinion pourraient être composés de partis politiques représentatifs, d'ONG et autres associations sérieuses et crédibles, mais surtout de libres penseurs (reconnus de notre société) des gens non partisans et non militants de quelque parti politique que ce soit, etc. Ce cadre de rencontre pourra prendre les appellations que l'on voudra : Conférence nationale, Forum national, Rencontre nationale… - qu'importe finalement la dénomination ; l'essentiel est que les acteurs politiques et penseurs reconnus de ce pays comprennent, tous, la nécessité de créer ce cadre de rencontres, et qu'ils oeuvrent à sa réalisation.
Je le répète : il faut éviter d'engager le pays dans la voie de ces élections présidentielles, sans avoir pris cette utile précaution qui consistera ici à vider ce que j'appelle "Les contentieux de la nation ". Sur cette question, le Pr. Francis Wodié avait raison - comme il a d'ailleurs souvent eu raison avant la lettre, sur bon nombre de questions politiques en Côte d'Ivoire. Ces contentieux dont je parle sont au nombre de trois : le contentieux relationnel, le contentieux du sang et le contentieux de la Mémoire. Quelques mots sur ces questions.

LE CONTENTIEUX RELATIONNEL
Il consistera ici à emmener notre classe politique (les formations politiques en conflit) à nous exposer clairement et sans faux-fuyants (comme il a été donné de voir au cours de la vaste comédie qu'a constitué le Forum pour la Réconciliation) les raisons de l'impossible dialogue qui s'était installé entre ses membres. Il ne s'agit pas bien sûr d'espérer qu'à l'issue de ces assises, Laurent Gbagbo ira désormais se ''taper'' quelques petites siestes honnêtes (ou même louches) dans le lit fraternel et jouissif de Ouattara, ni que Ouattara pourra aller fêter Pâquinou à Pépressou ou que Bédié et Gbagbo, comme de grands potes, iront de temps en temps prendre un petit godet dans le maquis du coin, etc. Non, rien de tout cela n'est attendu de cette rencontre pour vider ce ''contentieux relationnel'' de type sympathique. L'exposé (s'il est sincère) des causes apparentes et objectives de leurs déchirures, sera pour nous le prétexte d'amorcer les deux autres phases de pacification de notre univers politique : les (graves) contentieux du sang et de la Mémoire. Ils sont les plus importants. Comment se présentent-t-ils ?

LE CONTENTIEUX DU SANG
C'est une cérémonie qui interpelle notre vieux fond animiste négro africain. Elle consistera à vider le contentieux du sang qui nous sépare et qui continuera d'alimenter nos haines - tout ce torrent de haine qui obscurcit nos cœurs et avilit nos âmes -, si nous ne prenons pas la précaution de l'exorciser au cours d'une cérémonie de purification collective. Ce n'est pas un rite religieux, c'est un ancien rituel médical de guérison psychosomatique collective, et dont les anciens de nos sociétés avaient le secret. Il faut interroger les détenteurs de nos traditions. Nous y trouverons forcément des pratiques connues et partagées de tous les grands groupes ethniques de la nation, pour régler cette question qui ne relève pas du tout de la métaphysique, mais de la morale collective d'un peuple : ses valeurs fondamentales, son éthique profonde et sacrée.

Trop de sang a été versé dans ce pays depuis ce 24 décembre du désastre où les armes ont fait irruption dans notre vécu social et politique. Certes l'histoire universelle de la grande aventure des nations nous apprend que la conquête de la liberté et le processus de création de ces nations ont toujours été des périodes ensanglantées. Mais l'indépendance de la Côte d'Ivoire ne nous a pas été offerte comme un gâteau festif sur un plateau de réjouissances urbaines. Les morts de Dimbokro, de Bouaflé, de Treichville, la révolte épique des abê, etc., sont là pour nous instruire de cette question.
Notre peuple a déjà payé son tribu de sang rituel qu'ont toujours réclamé les dieux sauvages et anthropophages de l'histoire des luttes de libération.
La thèse des refondateurs (thèse défendue par un Monsieur pourtant respectable comme Bernard Dadié) selon laquelle le sang de ces jeunes gens qui ne cesse de couler dans cette étrange et nouvelle Côte d'Ivoire, est le sacrifice à payer pour notre liberté, cette thèse, dis-je, est horriblement curieuse et inquiétante.
Elle est d'autant plus curieuse et effrayante que, je crois savoir que les nouveaux Princes qui nous gouvernent se réclament d'obédience religieuse chrétienne. Or, sur cette question du sang sacrificiel, le fondement théologique et sacré du christianisme est clair : le sang le plus précieux est celui de l'Agneau de Dieu, le sang du Grand Oint : le sang de Jésus-Christ mort sur la croix et ressuscité. Ce sang a été versé en rémission de nos péchés, afin qu'après Lui (le Christ), plus aucun sang (fût-il même celui d'un vulgaire animal) ne soit versé ; d'où une des grandes différences entre le christianisme et le bossonnisme (ou animisme si l'on préfère) et aussi l'islam. Pourquoi donc nous fait-on croire, du côté du régime socialo clérical des refondateurs et leur ''galaxie patriotique'', que ces morts (ce sang qui ne cesse de salir nos pavés et nos consciences) sont des sacrifices pour notre liberté, en vue de la naissance de la Nation ivoirienne ? Ceci s'appelle de la sorcellerie - même pas de l'animisme ; parce ce que les animistes modernes que nous sommes, ne faisons pas de sacrifices humains…

DES THESES SUSPECTES ET DEPASSEES
N'importe comment, il faut pouvoir admettre que les révolutions rouges ou sanguinaires de type maoïste ou guevariste (Che Guevara) relèvent d'un autre temps, d'autres époques que ne nous ne sommes nullement obligés de ressusciter ; et qu'ensuite, la modernité politique impose d'autres voies et méthodes de transformations qualitatives et décisives des sociétés. La démocratie, qu'elle soit de type ''apaisée'' (concept ''bédiéen'') ou tourmentée (l'expérience de son application en Afrique) est une voie. Mais la démocratie, voie certes royale qui mène au développement, n'est cependant pas la seule. Les empires, les royaumes et les monarchies ont eux aussi favorisé l'émergence de grands Etats forts, puissants, prospères et respectés.
Dans tous les cas, pour ce qui concerne notre pays, il est absolument inexact que l'on prenne comme repère de la naissance (?) de la nation ivoirienne, la résistance patriotique actuelle contre ceux qui nous ont agressés. Notre nation a poussé ses premiers cris durant la lutte pour l'indépendance menée par ceux qui nous ont précédés et dont les noms figurent encore aux pages glorieuses des livres d'histoire que nous enseignons à nos enfants. Non, la résistance patriotique que nous vivons actuellement, aussi héroïque soit-elle, ne peut être considérée comme le point de départ historique de la naissance de la nation ivoirienne.
Notre nation a déjà connu son enfantement, elle a même connu des étapes historiques décisives de sa consolidation : le raffermissement effectif des liens interethniques, la fierté collective d'appartenir à un grand pays, etc., sous l'action et le règne de notre premier et prestigieux Président.
Cette nation en devenir a vacillé, à la disparition de ce dernier ; mais elle a vacillé sous les coups de boutoir d'une classe politique (le pouvoir aussi bien que l'opposition) qui avait perdu de vue le grand idéal qui fait la raison d'être de la politique : le ''bien se sentir'' d'un peuple, son rayonnement alentour, etc. Certes, aujourd'hui, cette nation est en peine et surtout en péril parce que, sans doute, ses bases étaient fragiles ou elles n'étaient pas suffisamment fortes ; mais ce ne peut être là, la preuve d'un échec ou d'une lacune de la politique du grand chef qui nous dirigea pendant trois décennies au cours desquelles, nous avons formé un ensemble homogène, une population (hétéroclite à l'origine) en voie de réaliser son homogénéité grâce à une politique d'altération des disparités régionales et des différences culturelles, au bénéfice du rapprochement interethnique.
Non, nos déchirures actuelles ne sont pas des signes d'un échec de la politique ''houphouétienne'' de construction de la nation. C'est tout simplement que la nation est l'aboutissement d'un long processus historique qui n'est pas linéaire, mais qui plutôt, évolue en dents de scie en enregistrant des points d'acmé et d'apodose. Tout cela relève, on le sait, d'accidents objectifs de l'histoire ; ces ''accidents'' qui surgissent toujours, dès que les conditions matérielles objectives sont réunies ; conditions que nous avions effectivement réunies au cours de ces dix dernières années, dans la course folle au pouvoir que se sont livrés les principaux acteurs politiques de notre pays : le PDCI, le RDR et le FPI…
Notre nation, la nation ivoirienne était donc (elle l'est toujours) en construction ; et nul doute que, demain, nous verserons au crédit de tout ce qui finira par nous unir durablement plus tard, les affres et déchirures actuelles de cette fausse guerre fratricide pour la conquête du pouvoir politique : les grandes épreuves collectives cimentent toujours la ''conscience nationale''.
Je dis bien fausse guerre fratricide pour la conquête du pouvoir politique, car c'est de cela qu'il s'agit ici en effet ; de cela et essentiellement de cela, au-delà des spéculations relatives aux intérêts de groupes financiers français qui se seraient sentis menacés par la politique d'un régime (qu'ils auraient donc décidé, conséquemment, de renverser) ; au-delà aussi des considérations identitaires ainsi que de celles relatives au foncier et autres revendications qui participent du fonds de commerce des rebelles et de leurs soutiens (occultes comme visuels). Ne nous y trompons pas : la rébellion du nord n'est pas une guerre contre le régime injuste (c'est eux qui le disent) de Laurent Gbagbo ; elle n'est pas non plus une guerre contre l'ivoirité de Bédié, ni une révolte de ''petits djoulas'' nerveux. C'est une vaste escroquerie politique qui cache une croisade, une guerre sérieuse pour le contrôle de l'Exécutif ivoirien. Oui, cette guerre nous vient de loin.
Ses vraies causes sont au-dessus du champ de conscience politique de
Soro Guillaume, Tuo Fozié, Chérif Ousmane et autres petits pistoleros démodés de Bouaké qui nous incommodent franchement et sérieusement à présent.Quels en sont donc les fondements cachés ?

LES FONDEMENTS MYTHOLOGIQUES ET IDEOLOGIQUES

Sur le plan démographique, les populations du nord sont, après les akan, le groupe ethnique de notre pays le plus massivement représenté : Djéni Kobina ne parlait-il pas de majorité sociologique (thèse soutenue par Kobina Anaky
- un Kobina révèle toujours un Kobina !). Se réclamant d'origines historiques fabuleuses (leurs répertoires de chants traditionnels sont souvent émaillés de noms de héros historiques, légendaires et conquérants comme Soundjata Kéita, Kankan Moussa, El Hadj Omar, Samory Touré…), les populations du " Grand Nord " vivent dans le mythe de la reconstruction du grand empire manding où s'affirma la grandeur de la ''race'' ; d'où le concept, hautement idéologique, de Grande Famille naturelle du Nord qui connut fortune au cours de la fin des années 1990, et que le Pr. Mamadou Koulibaly avait d'ailleurs débusqué et dénoncé. Mais de nombreux Ivoiriens n'avaient pas compris la démarche de Koulibaly : c'était ''trop intellectuel'' (…).
Bref, elles veulent donc, ces populations du nord, réaliser l'hégémonie de leur ancien empire. C'est pourquoi les gens du nord (aussi bien le nord du territoire ivoirien exclusif que les pays limitrophes) déconsidèrent de manière si superbe et ahurissante les frontières imposées par la colonisation, en passant aisément d'un pays à un autre (en Afrique de l'ouest, bien évidemment) comme si cela allait de soi.
Leur propension au voyage est à mettre au compte d'une longue tradition de la transhumance qui traduit, au-delà des besoins économiques qui les expliquent et les ''objectivisent'', un fort désir d'expansion - une volonté de conquête d'espaces vitaux, veux-je dire, en réalité -, sous la pression des infortunes climatologiques qui problématisent et rétrécissent leur avenir, leur destin. Au sud, la Côte d'Ivoire où savanes arborées, forêts, lagunes et fleuves, et surtout la mer offrent de meilleures conditions de vie, s'offre à leurs yeux comme la Terre, non pas d'accueil, mais de résidence idéale, légitime: elle fait partie du grand espace historique et ''civilisationnel'' manding, un patrimoine collectif donc. La carte de séjour qu'on leur impose sur le territoire ivoirien, paradoxalement à l'initiative de M. Alassane Dramane Ouattara, devient ainsi à leurs yeux, une grave offense qui leur est faite ! On parle alors de plus en plus de la
Côte d'Ivoire en termes dénominatifs de ''ex-basse Côte d'Ivoire'', en référence topographique avec ''la Haute Côte d'Ivoire'' (qui deviendra plus tard Haute-Volta) ; et ces deux références topiques désignaient un seul et même pays, jusqu'en 1947. Le rêve d'annexion du territoire ivoirien n'est pas loin. L'islam, la langue, la transhumance et le commerce (idiomes culturels et activités expansionnistes à souhait) vont donc se présenter ici comme les instruments nécessaires à la réalisation de ce grand rêve d'annexion sinon de réunification, proche d'une politique de réajustement territorial : tel est le fondement mythologique de la guerre qui est faite à la Côte d'Ivoire…
Elles sont actives, très actives, ces populations du nord. Si l'agriculture n'est pas leur fort (pour des raisons d'austérité climatologiques), le commerce et le transport (leurs fiefs), viennent assurément compenser cette lacune : les Ivoiriens du nord constituent, avec les Libanais, les deux populations qui ont le contrôle du commerce et des affaires.
Au total, le nord s'impose au pays comme une référence démographique immense, soutenue par une puissance économique. Or, les marxistes disent que toute couche ou classe sociale qui a les forces productives et détient et maîtrise les moyens de production ainsi que la production (l'infrastructure), cherche toujours le contrôle de la superstructure.
En clair, lorsqu'une population réunit ces deux importantes conditions matérielles objectives (la démographie et le contrôle de l'économie) à remplir pour affirmer son importance sinon sa suprématie au sein d'une société, elle cherche forcément à conquérir le pouvoir d'Etat, afin d'avoir le contrôle de la superstructure où se forgent les grandes idéologies qui mettent la société en mouvement : tels sont aussi les fondements idéologiques (non dévoilés) et matérialistes de cette rébellion.

NE PAS PERDRE NOTRE NORD
Bien sûr que la masse hirsute et analphabète des coxers et autres petits désoeuvrés hystériques qui composent l'armée des rebelles n'a pas accès à cette donne idéologique ; il n'est même pas nécessaire qu'elle l'ait : les grandes causes (secrètes) se réalisent toujours avec le soutien des masses (peu instruites) qu'on arme pour d'autres causes spectaculaires (que l'on exhibe à dessein) qui, elles, sont plus accessibles à leur entendement.
La rébellion a brandi les causes spectaculaires de sa justification : le sentimental mais farouche combat identitaire, le code foncier, l'exclusion d'Alasanne Ouattara, et patati et patata. C'est vraiment le côté spectaculaire de la crise que nous vivons ! Le combat de Zorro ! Non : notre problème est plus sérieux que cela. Le facteur exogène le plus réel et le plus décisif de cette crise se trouve dans cette question de haute importance historique et stratégique (que je n'ai fait que survoler ici) dont nos décideurs actuels doivent absolument être instruits en profondeur, afin qu'ils puissent avoir une lecture plus nette et plus approfondie de cette rébellion.
Il n'est même pas évident que l'Elysée (que nous accusons trop facilement dans cette crise), ni quelques obscurs groupes financiers français (fâchés comme l'on nous le dit ici, contre la politique de Laurent Gbagbo) aient même une claire conscience de ces ressorts cachés et lointains de cette crise. Il nous appartient à nous, aux intellectuels clairvoyants et libres penseurs de ce pays, de prendre conscience de cet enjeu et de l'exposer (le bien exposer) à l'opinion alentour, afin de faire échec à cette vision que ces pays limitrophes se font de la Côte d'Ivoire.
Mais pour y parvenir, nous devons absolument réaliser une solidarité nationale autour de cet idéal, en réglant les contradictions internes qui nous ont fragilisés. Nous devons aller résolument à la conquête affective, culturelle et politique de notre nord, le nord ivoirien qui, contrairement à ce que nous croyons, ne partage pas - ne peut partager - cette vision expansionniste qui nourrit l'horizon mental des autres populations du nord venues du Mali, du Niger, du Burkina-Faso, etc. Des siècles de présence historique sur ce territoire, fondent leur indiscutable ''ivoirienneté''. Le temps de leurs colères, justifiées, contre les injustices graves et les brimades inacceptables qu'ils ont eu à subir de la part de notre Administration et de notre Police ''voyou'', ne doit pas et ne saurait leur faire oublier la trajectoire historique dans laquelle doit s'inscrire leur destin d'Africains de l'ouest : vivre en et pour la Côte d'Ivoire. Ce sont des Ivoiriens, ce pays est le leur, le nôtre. C'est notre pays, notre patrie, et nous devons tous nous atteler à en faire une nation solide et prospère. Et nous le pouvons. “An bé sé !” “Ekloua yo !” “Yes, we can”, (pour imiter Henri Konan Bédié).Telle est mon ultime conviction sur l'aboutissement de cette crise.

LE CONTENTIEUX DU SANG
Nous y parviendrons certainement, mais en faisant au préalable, comme nous l'enseignent l'humanisme christique et chrétien, acte de contrition sincère en demandant humblement pardon, non seulement à nos vrais frères du nord que nous avions brimés (oui, reconnaissons-le : nous les avions effectivement brimés, marginalisés parfois) ; mais aussi et surtout, en demandant PARDON à la TERRE IVOIRIENNE que nous avons déshonorée et salie par nos mensonges, nos calculs politiciens, nos vanités, notre vantardise et nos insolences envers les autres. En demandant PARDON aussi à la Mémoire du grand chef qui nous enseigna l'art de cultiver la paix et l'hospitalité entre nous.
Cet homme qui avait choisi comme devise de son pays UNION, DISCIPLINE, TRAVAIL. Trois maximes qui, à elles seules, si elles sont respectées, font la force, la sagesse et la prospérité d'une nation.
Cet homme s'appelle Félix Houphouët-Boigny. Et nous l'avons insulté et humilié. Honorons sa Mémoire en organisant une cérémonie grandiose de célébration de son nom, comme les Français le font actuellement pour Mitterrand, comme les Sénégalais vont le faire bientôt pour Senghor, comme les peuples sérieux le font pour ceux d'entre leurs chefs qui les ont inscrits dans le registre des peuples admirables ; et nous fûmes des gens admirables sous Félix Houphouët-Boigny. Magnifions-le, célébrons franchement le Grand Homme, plutôt que de le faire de manière mesquine, politicienne et ''calculatrice'', intéressée. Demandons-lui pardon pour les offenses que lui avions faites aux temps épiques de nos batailles furieuses contre lui, pour le ''déposer'' et l'humilier.
Ivoiriens, celui qui écrit aujourd'hui ces lignes est un pur produit de l'opposition de gauche ivoirienne. Il n'est pas un opposant repenti, il est tout simplement un homme qui se veut sincère, un intellectuel libre et une conscience lucide qui a décidé de ne pas tricher avec son peuple. Il sait l'histoire de cette gauche ; il sait ce que nous avons fait et écrit contre Félix Houphouët-Boigny. Il sait surtout les vilains sentiments que ceux qui sont actuellement au pouvoir sous l'étendard de la Refondation, nourrissent contre l'homme qui bâtit ce pays qu'ils veulent rebâtir jusque dans ses fondations qu'ils ont jugée mauvaises ! La vaste prétention !
Ivoiriens, nous nous sommes trompés, et des gens Mal-in (s) continuent de nous tromper. C'est lui qui avait raison, lui : Félix Houphouët-Boigny. Il avait compris l'Afrique et le monde ; il avait compris l'enjeu que représentait son pays. Il avait surtout compris qu'il lui fallait nous éviter les affrontements inutiles et ravageurs qui ont tant détruit les peuples…
Oui, cette bouche hermétiquement fermée de la dépouille du grand chef qui partait pour Ebro (le royaume souterrain) porte un lourd message d'outre tombe aux siens, que nos Grands Initiés auraient dû décoder très tôt.
Arrêtons d'humilier les autres, arrêtons cette politique sauvage de l'offense grave. Mais surtout aujourd'hui et à l'endroit des refondateurs : mettez fin à cette politique ''sorcellérique'' et intolérable du sang sacrificiel (le sang des jeunes) qui semble tant caractériser votre règne terrifiant fait de gros mots et de cadavres sur les pavés désolés de nos cités !
Tels sont les contentieux du sang et de la Mémoire que les Ivoiriens doivent vider, avant d'aller aux élections. Et le Premier ministre Charles Konan Banny aurait bien tort de les éluder. Ecoutez-moi, M. Banny, écoutez-moi bien !
J'ai entendu ce message subliminal durant mes moments de détresse et de crise intérieure, comme l'Evangéliste Jean a entendu celui du Grand Maître Jésus-Christ, sur l'île sanctifiée de Pathmos. Alors, comme lui, j'ai décidé de le transmettre à mon peuple et à celui que le monde entier a choisi pour le sauver : Charles Konan Banny. Qu'ils m'écoutent s'ils le veulent bien, lui et ce " peuple de varans " (Bernard Zadi) ; ou alors qu'ils me rient tous au nez et se moquent de mes visions solitaires et fantaisistes. Je ne recherche ni disciples ni gloire ni aucune reconnaissance de la nation.
J'ai fait ma part de DEVOIR national et patriotique, payé ma quittance morale pour sauver mon pays, ce peuple superbe quand il veut et que j'aime tant. Ma mission médiatique envers la Côte d'Ivoire dans la résolution de cette crise s'arrête là, à partir d'aujourd'hui. D'autres urgences m'appellent : ma passion c'est le jazz, la guitare, le théâtre et les livres!
De Genève, la nuit du 1er au
3 janvier 2006
Tiburce Koffi, Enseignant, musicien, écrivain et libre penseur.
NB : ces réflexions sont inspirées et extraites de "Côte d'Ivoire, l'agonie du jardin ", un Essai de Tiburce Koffi. A paraître bientôt aux éditions
NEI-CEDA.
Dieu est AMOUR!!!

 
30 octobre 2005 : la redoutable échéance/ “La grosse erreur de Gbagbo”
Non, je n'aurais pas dû, ni pu me taire. Je ne peux pas me résoudre au silence quand mon pays souffre, car cette Côte d'Ivoire est mon pays et c'est pour elle que je prends encore la parole. Elle agacera certainement les uns et fera plaisir aux autres. Ce n'était pas mon objectif. Je voulais tout juste essayer de sauver mon pays.

les Ivoiriens, cette date n'est pas - et sans doute qu'elle ne le sera jamais plus - une date ordinaire, un jour banal, un 30 octobre comme tous les autres qu'ils avaient connus jusque-là. " Rassurez-vous, le 30 octobre, il n'y aura rien " a dit notre chef. Comme on aurait tant voulu se contenter de ces propos rassurants ! Mais comment être rassurés quand, à l'opposé, nous entendons d'autres paroles comme celles-ci : " Le 30 octobre, Gbagbo ne sera plus Président. " Et des journaux de l'opposition de marquer chaque jour à la une de leurs parutions " Jour J - X… ", faisant de ce 30 octobre, une date repère dans la vie des Ivoiriens, une date fatidique.
Lisez avec moi, entre autres aussi scandaleux que les autres, ces propos de KKB à propos du Président Laurent Gbagbo " : " Le fruit est mûr ! " Entendez : les cueilleurs (l'opposition) n'ont plus qu'à attendre au bas de l'arbre fruitier pour voir tomber entre leurs mains le fruit convoité ! On annonce ainsi la fin du règne d'un Chef d'Etat comme l'on annoncerait une prise de gibier lors d'une chasse à courre. Et les journaux rivaux de rivaliser en annonces prophétiques et apocalyptiques (c'est selon) à propos de cet énigmatique 30 octobre.
Sous nos soleils noirs, nos chefs connaissent toujours des fins de règnes tourmentées, angoissantes ; rares sont ceux qui quittent la scène politique en échappant aux huées humiliantes de la foule amnésique, aux quolibets imbéciles et traîtres du peuple manipulé. Zaïre, Congo, Haute-Volta puis Burkina Faso, Mali, Tunisie, Bénin, Ghana, Niger, Mauritanie, Somalie, Ouganda, Nigeria, etc., et même la Côte d'Ivoire sous Houphouët ! J'entends encore comme si cela ne datait que d'hier, les cris injurieux des adolescents manipulés, intoxiqués, hurlant dans les rues contre l'honorable homme : " Houphouët voleur ! Houphouët voleur ! " Le vaste outrage ! - Aimé Césaire. " Œuvre de tant de jours, en un jour, effacée " disait le tragédien français. Eh oui ! C'est cela, l'Afrique. L'Afrique des politiques tropicales, l'Afrique de tous les imbroglio, l'Afrique de toutes les absurdités : l'Afrique moderne. La société africaine ancienne a-t-elle jamais humilié ainsi ses chefs ? Comment cette société arrivait-elle à vider ses contentieux politiques dans la discrétion, en préservant l'honneur du chef et les intérêts de la communauté ? Interrogeons nos sociologues, ils nous le diront certainement…
La délicate problématique ici se pose en ces termes : comment partir honorablement, après avoir servi les siens ? Comment REMERCIER (dans les deux sens ambivalents) le chef qui nous a servis ? Car enfin, cet Houphouët que nous avons déshonoré, ce Bédié que nous avons conspué et lâché au moment où il n'avait besoin que de simples réflexes républicains de notre part, ce Robert Guéi que nous avons chassé comme un malfrat d'Abidjan un soir ensanglanté d'octobre 2000 (avec le soutien des medias ''chiraquiens'' acquis à la cause du FPI), ce Laurent Gbagbo que l'on traque aujourd'hui comme un gibier de soupe du soir, tous ont réellement été à des moments cruciaux de l'histoire nationale, des repères, des voies à suivre, des voix à entendre : des héros. Que se passe t-il donc en Afrique, l'Afrique moderne, entre le peuple et le chef pour que les rapports s'altèrent toujours jusqu'à ce point ? Quelle perception a donc du chef la société africaine urbaine ? Quelle étrange symbolique prend, en Afrique, la chose politique, pour que nous en arrivions toujours à des divorces étonnants et retournants entre nos leaders et le peuple (ou une partie du peuple) ? C'est à autant de questions que notre intelligentsia devra chercher à répondre, afin que les solutions à nos crises nous paraissent plus lisibles, plus possibles. Mais ne nous égarons pas de notre souci du jour : ergoter sur la redoutable échéance du 30 octobre 2005.

Manque de vision prospective
S'il y a bien une chose qui caractérise la crise ivoirienne, c'est le manque de vision prospective et de lucidité de la part des animateurs de la scène politique (tous camps confondus). Il y a de cela près de huit mois, alors qu'aucun acteur politique ne posait la question de l'après octobre sans qu'il n'y ait eu la présidentielle, Abel Doualy de Fraternité Matin avait interpellé, dans un papier très avisé, toute la classe politique sur l'échéance du 30 d'octobre 2005. Venance Konan et moi l'avions particulièrement félicité ce jour-là pour le ''flair'' qu'il avait eu. Le vrai débat sur le vide ( ?) constitutionnel date de là, même s'il faut reconnaître que le Pr. Francis Wodié nous avait déjà alerté du danger qui nous guettait à louvoyer avec l'application des accords et engagements pris devant la Communauté internationale, compte tenu du vide constitutionnel qui nous attendait à la fin d'octobre, s'il ne s'y tenait pas les élections.
Le débat des juristes a eu lieu, grâce à cet article d'Abel Doualy qui avait sonné l'alarme. Mais ce fut un débat qui a dévoilé surtout les désirs des partisans du Président Laurent Gbagbo de voir continuer un règne (ils y gagnent) et ceux aussi de ses adversaires, tout aussi désireux de le voir ''partir'' (ils y gagnent). Mon souci demeure : que gagnait la Côte d'Ivoire dans ces prises de position partisanes ? Où était l'intérêt du pays dans cette pauvre alternative - Laurent Gbagbo au pouvoir/ Laurent Gbagbo quittant le pouvoir ? Mon avis sur la question est que le problème a été très mal posé : Laurent Gbagbo n'est pas éternel, et il quittera de toutes les façons un jour le pouvoir. Mais est-ce là la solution au mal ivoirien ? J'en doute... Pour sûr, le 30 octobre sera une date dans l'histoire de ce pays ; et même s'il ne se passe rien (tout dépend du contenu de ce ''rien''), cette date aura au moins cristallisé notre attention, nos attentes, nos peurs, nos espoirs, nos écoeurements surtout ; oui, écoeurements, à constater tout le gâchis que la classe politique actuelle a fait de ce pays. Gâchis de temps, gâchis en hommes, gâchis et gâchis… et nous ne sommes pas encore au bout de la folle course.
Lomé, Marcoussis, Kléber, Accra, Pretoria, etc. ; sans oublier les nombreuses consultations officieuses et les nombreux voyages du Chef de l'Etat à l'étranger en vue de, sans doute, trouver des moyens de sortie de crise : Lybie, USA, Guinée, Bénin, Burkina, Rwanda, etc. Trajet de pèlerin désespéré, à la recherche d'une aube d'espoir. D'autres lieux restent encore sans doute à visiter pour la recherche de la Paix, car il n'y a aura jamais suffisamment de sentiers parcourus pour la quête de la paix ; cette paix que nous tournions en dérision sous Houphouët, cette paix dont nous nous moquions parce que nous l'avions sous la main et avec nous, chaque jour. Et c'est Kaba Taïfour l'ami des grands moments de discussions enlevées qui avait raison : l'habitude de voir les grands hommes et les grandes choses leur ôte toute valeur.
La recherche de la paix ! Comme je suis content de découvrir aujourd'hui dans des journaux, des encarts émis par le Palais, appelant les Ivoiriens à la paix, les appelant à se pardonner. Comme c'est beau de lire et de voir tout cela : les concerts de la Paix, les appels à la paix, des discours sur la paix. Se pardonner, se parler, se tendre la main, apprendre à oublier, se sourire ! Or donc, cela était possible ! Or donc, nous pouvions produire et dire ce type de discours que Radio Jam et des messages de l'Unesco sous forme de spots télé, diffusent depuis deux ans. "Tendre la main à son ennemi, savoir pardonner, apprendre à oublier…". On savait tout cela. Mais pourquoi donc, vous autres grands Conseillers Politiques Eclairés et incontestés du Palais, avez-vous fait croire à notre chef que la seule issue à notre crise, était la guerre ? La guerre pour la conquête de notre DIGNITE !? Ah, mes morts de Bouaké, d'Abidjan ! Ces poitrines de gamins déchiquetées, ces milliers de gosses sans autres repères que les discours belliqueux et irresponsables de dirigeants ivres de sang et de bruits d'obus ! Et ces mitraillettes françaises qui crachaient et crachaient, une nuit mauvaise de novembre de tous les cauchemars, des salves de plomb meurtriers dans la nuit dangereuse ! Tous ces morts, ces sacrifices anachroniques et vilains ! Cela valait bien la peine ! Quel gâchis ! Ah, Laurent, j'ai mal ! Où allons-nous ? Pourquoi sommes-nous restés sourds aux élans vers la paix aux moments où c'était encore possible ? Je le répète : Pourquoi avons-nous hurlé d'indignation présidentielle à voir Bédié tendre la main et pardonner à Ouattara qui en a fait de même ? Koraï le jeune poète avait pourtant dit, dans sa sublime inspiration : " Si la paix et l'amour/ Sont ta lumière du jour/ Si le rêve d'unité/ Epouse tes idées/ Si malgré toutes ces peines/ Ton cœur est sans haine/ Si pour bâtir demain/ Tu sais tendre la main. Refrain : Patriote ! Ivoirien !/ Tous haut les cœurs/ !Ensemble on ira "
Et c'est un gamin de 17 ans qui nous donne cette leçon versifiée, que nous n'avons jamais su méditer.
Le gouvernement actuel s'appelle officiellement " Gouvernement de Réconciliation Nationale " ; et le Ministère qui porte ses espoirs et son programme essentiel est détenu par le Pr. Dano Djédjé, un Refondateur. C'est un homme connu pour son bon sens et ses dispositions intérieures à la Paix, car Djédjé est effectivement un homme doux au commerce facile et agréable, doublé d'un intellectuel honnête et compétent. Pourquoi alors, l'Autorité ne l'a-t-il pas enjoint de se rendre à Paris pour encourager la réconciliation entre Ouattara et Bédié, ce qui fait partie de sa mission de réconciliateur ? A défaut de se rendre à Paris, pourquoi n'a-t-il pas fait de déclaration officielle pour saluer cet acte qui altère un tant soi peu le climat de méfiance et d'antagonisme entre ces deux pôles essentiels de la crise ivoirienne ? Si nous avions une société civile sérieuse et responsable, nous aurions aujourd'hui demandé au Ministre de la Réconciliation Nationale de nous faire le point des gens qu'il a réconciliés depuis trois ans de ministère bien payés par l'Etat.
A ma connaissance, il n'y avait pas beaucoup de personnes à réconcilier dans ce pays : il n'y en a que quatre ; quatre individus qui nous fatiguent - l'expression est à la mode : Bédié, Ouattara, Gbagbo et Diarra. C'est eux qu'il faut réconcilier et non nous du petit peuple ; nous qui nous croisons tous les jours, échangeons des poignées de mains bonhommes, devisons paisiblement autour de quelques misérables bouteilles de mauvaise bière, déplorons dans la bonne humeur l'insalubrité choquante et la puanteur d'Abidjan (qui ne semblent pas émouvoir Amondji), parlons de l'âpreté de nos femmes au gain : les femmes, toutes les femmes, c'est connu, aiment l'argent !…
Pourquoi donc, enfin, avoir attendu de cristalliser tant de rancoeurs, attendu d'arriver au bout du tunnel avant de dire cette parole sur la paix ? Pourquoi ? Pourquoi ? Trèves de regrets ! Prenons ces paroles et buvons à l'extase de ces notes d'invite à la paix…
On le voit donc : ces messages de dernière heure ne peuvent pas s'adresser au citoyen ivoirien de tous les jours, car les Ivoiriens ne sont nullement en guerre contre eux-mêmes. Ce n'est pas le peuple ivoirien qui ne s'entend pas. L'exacerbation de la crise ivoirienne n'est pas le fait d'un peuple déchiré, en déficit de communication et d'entente. Non : aucun groupe ethnique n'est opposé à un autre en Côte d'Ivoire, aucune tribu ne hait une autre dans ce pays, aucune contradiction majeure de type antagoniste, ne sépare les différentes communautés de ce pays au point qu'un groupe social veuille prendre les armes contre une autre partie de la population. Oui, Ivoiriens, je pense que le temps est arrivé de désigner du doigt, le mal : le mal ivoirien actuel est le fait de trois personnes qui ne s'aiment pas, qui se vouent une haine stupide (comme toute haine) ; trois hommes qui ont décrété que leurs personnes sont plus importantes que la vie d'un peuple ; trois personnes que les Ivoiriens ont portées sur le dos durant ces dix dernières années autant comme des espoirs que comme des fardeaux : Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara. Entre ces trois personnes, se dresse, énigmatique, insaisissable, troublant et ondulant comme silure d'étang insalubre, Seydou Diarra, Monsieur-solution-miracle-surgi-de-nulle-part, Seydou Diarra, l'homme-de-toutes-les crises, l'homme de toutes les sauces politiques aussi !

La quadrature infernale

Quatre, quatre personnes, tout au plus ! Seulement quatre individus ! Quatre noms qui mettent en péril la vie de toute une nation, l'espoir d'une sous région africaine à la recherche de stabilité. Quatre personnes qui perturbent et compromettent depuis quelques années, la vie de 16 millions d'habitants de leur peuple et celle de centaines de millions de la sous région ouest africaine. Quatre personnes, chers concitoyens, seulement quatre : Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara, Seydou Diarra. Nous savons donc d'où vient une grande partie de notre problème ; mais nous rusons avec nous-mêmes, nous trichons chaque jour avec la Côte d'Ivoire, avec l'Afrique de l'Ouest, avec le monde entier, nous peuple petit, " si prompts à l'esquive " (Césaire), enfoncés dans nos méprisables mesquineries ; nous, beaux dans nos petits souliers de rats de Palais et des anti chambres du pouvoir, à la recherche de la générosité du Maître ou du Prince ; nous, liés par une solidarité tribo-ethnique malsaine : " Comment on va faire, c'est notre frère qui est au pouvoir, on ne peut pas le lâcher " ; ou bien : "C'est notre frère qui est en train de se battre pour prendre le pouvoir; il fait tout cela pour nous (entendez la tribu), soutenons-le…”
Bédié, Ouattara et Gbagbo traînent derrière eux, une armée infecte de fidèles baoulé, agni, dioula, mossi, bété, dida et que sais-je encore ? Leur univers social et psycho mental pue le tribal, l'ethnique, le régionalisme : ce sont déjà des intelligences politiques dépassées, des symboles sociopolitiques d'un autre âge : l'âge du clan. Regardez tout simplement les noms des chefs de guerre et responsables des Forces Rebelles et vous serez édifiés. Observez les noms des porte-parole de chacun de ces trois leaders et vous serez tout autant édifiés. Observez les noms de leurs collaborateurs les plus proches, vous comprendrez à quel niveau de construction nationale on en est dans ce pays. Chaque chef d'Etat de ce pays (hormis Robert Guéi) a confié (à quelques variantes près) les ministères clé de l'Etat (la Défense, la Sécurité, l'Economie et les Finances, la Justice, l'Intérieur) à des membres de sa tribu ou de son groupe ethnique : Banny, Mbahia Blé, Bédié, Léon Konan Koffi (tous des baoulé, sous Houphouët) ; Bandama N'gatta, Niamien N'goran, Faustin Kouamé,… (tous baoulé et akan, sous Bédié) ; Bohoun Bouabré, Boga Doudou, Yao N'dré, Lida Kouassi, Kadet Bertin, (tous également membres du groupe ethnique du Président Laurent Gbagbo !)...
D'Houphouët à Laurent Gbagbo, la perception du pouvoir politique est donc restée la même avec des dominantes amusantes : le recours à la tribu et son utilisation comme ressort de l'action politique, le goût (très nègre) de l'autocélébration qui se traduit ici par : une culture infecte et antirépublicaine des actes d'allégeance et de louanges au chef, de visites folkloriques et ennuyeuses au Palais pour exprimer de la reconnaissance au roi, des largesses du Grand Chef aux tribus soumises, etc.). "C'est ridicule de faire défiler des populations chez un chef d'Etat afin qu'elles aillent lui dire merci pour avoir électrifié un village. C'est son travail de le faire, tout de même ! " Celui qui tenait ces propos merveilleux s'appelle Laurent Gbagbo. Il était, en ce temps-là, un opposant, et sa parole était belle et intelligente comme celle d'un guide éclairé. Il faut croire que le pouvoir politique ne rend fou que les Africains !
Bref, concluons sur ces points en retenant que la ''conscience technocratique'' n'existe pas encore dans l'esprit de nos chefs - qu'ils s'appellent Houphouët, Bédié ou Gbagbo. Ils n'en ont que l'intuition, la primitive prescience, mais pas la conviction scientifique ni la perception rationnelle. Et l'Afrique (Noire surtout) traîne sur elle, comme une malédiction des dieux austères, ces étranges chefs d'Etat qui ne font que la retarder sur le chemin du progrès et du développement… Mais je me suis encore égaré, revenons au sujet du jour : l'avenir du pays.

Sortir de la quadrature maudite
Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara, Seydou Diarra. Négligeons pour le moment le dernier cité. Bédié, Ouattara, Gbagbo ! Trois noms, trois orages, trois ouragans et tempêtes ! Non point que ces hommes soient en eux-mêmes des âmes mauvaises, mais tout simplement parce que l'histoire a fait d'eux, des hommes charismatiques. Ils n'ont pas usurpé ce charisme ; leurs parcours sociopolitiques hors du commun des Ivoiriens, légitime ce charisme. Mais les hommes charismatiques sont des personnages dangereux, et les peuples devraient apprendre à s'en méfier. (…).
Bédié, Ouattara et Gbagbo n'ont pas cependant toujours été nocifs pour notre peuple. Une analyse objective et froide de leurs actions respectives pourrait aisément montrer tout le bien qu'ils ont d'ailleurs apporté à notre pays, chacun dans son registre politique et onirique. Ce n'est pas ici le lieu de faire un exposé sur ces choses que nous examinons avec plus d'attention dans un ouvrage à paraître . Juste quelques mots sur cette question, cependant:
Henri Konan Bédié fut effectivement pour la Côte d'Ivoire une seconde chance, à la fin du règne d'Houphouët. Ses réalisations sont là, témoins indiscutables de sa vision (positive et belle) de la Côte d'Ivoire ; entre autres : l'aéroport - cet aéroport qui, s'il n'est pas Roissy, fait tout de même partie de notre fierté nationale et nous fait oublier le maigrichon aérogare que nous avait laissé Houphouët ; les centres sanitaires (dispensaires, infirmeries, hôpitaux - pour rendre possibles la santé et l'Assurance maladie pour tous), l'impressionnant Palais de la Culture, l'amélioration du réseau routier (désenclavement du pays abbê et du pays lobi), les Fonds sociaux (pour libérer la jeunesse par et dans le travail - ici l'initiative privée), la perspective de la construction du troisième pont, celle de la Technopole (une sorte de Cité des Sciences et des Arts) pour favoriser le génie scientifique et la recherche, l'ouverture du marché ivoirien à l'Asie (Japon, Chine, Corée, etc.) à l'Afrique du Sud (route déjà tracée par Houphouët), aux USA ; le tout couronné par une grande vision : faire de la Côte d'Ivoire, le moteur de l'économie de toute l'Afrique Noire en favorisant, en l'espace d'une génération (25 ans), l'émergence d'une race d'industriels ivoiriens, capables de transformer la matière première. (…). Oui, il y a eu des choses sous Bédié : un grand rêve, des réalisations ; et les récriminations (justifiées) que j'ai eu à faire contre sa gestion éthique et républicaine de la Cité (les légèretés de son équipe, les méchancetés et suffisances de son entourage, le tribalisme affiché du chef qu'il fut - observez la configuration de ses différentes équipes gouvernementales), et par-dessus tout, cette rapacité au gain qui avait pourri l'âme du peuple, etc., toutes ces tares ne peuvent taire les réalisations d'un chef qui aura tout de même marqué son temps par des œuvres fortes et durables. (…).
Mais Henri Konan Bédié avait surtout eu contre lui, outre un des plus minables services de Communication dont aucun chef d'Etat sérieux au monde ne se serait accommodé, une opposition enragée, intraitable, incivique, anti nationaliste même par moments (ils étaient contents quand le FMI et la Banque Mondiale sevraient la Côte d'Ivoire ; ils sont même allés jusqu'à démolir dans ses fondements mythologiques et oniriques, le concept de l'Eléphant d'Afrique… comme s'il y avait un mal à ce que la Côte d'Ivoire soit le pays le plus fort d'Afrique) ; c'était aussi une opposition rompue à l'art de l'insulte au chef, de la propagande nocive, et elle était habile à l'intoxication : les deux mères de Bédié, le refus de l'appeler Président , le scandale sur le Ministre Ezan Akélé, celui des 18 milliards de l'UE, entre autres. C'était, enfin, une opposition farouchement décidée à " le chasser du pouvoir ". Le Prince, peu vigilant, fut déchu un jour de… fête ! Il a quitté le pays dans la honte et la disgrâce, en lançant au dernier moment (sans doute plus par orgueil que par conviction), un appel à la résistance ; un appel qu'il savait vain, car tout avait été déjà joué. Plus tard, j'ai redécouvert le sens caché de ces mots prémonitoires qu'il avait écrits dans " Les chemins de ma vie " que je cite de mémoire imparfaite : Le jour où je constaterai que ce peuple est devenu ingouvernable et que l'on ne veut plus de moi, je m'en irai sans problèmes. Et l'homme partit en effet ainsi, sans soulever aucune passion houleuse à même de compromettre l'équilibre fragile de la nation qu'il avait servie avec des maladresses certes, mais aussi avec des réussites incontestables …
Comment nous apparaît Laurent Gbagbo ?
Plus de deux décennies dans l'opposition. Semeur d'espoirs nouveaux et leader de poigne. Oui, l'homme l'est. (…). Communicatif à souhait, et d'une rare simplicité et sociabilité, Laurent Gbagbo est certainement un chef fascinant et déroutant, un personnage politique non actuel ni ancien : un atypique. La Côte d'Ivoire lui doit en très grande partie d'être sortie de l'univers sclérosant et nocif du parti unique. Quand en décembre 1993, à l'annonce du décès du Président Houphouët, il donne sa caution pour l'application de l'article 11 (très combattue par l'opposition, du vivant d'Houphouët), article 11 qui lui barrait pourtant la route du pouvoir, il fait montre de toute sa grandeur et sa clairvoyance de leader moderne ayant assimilé les règles de fonctionnement d'un Etat moderne. Un " non " de sa part aurait eu en effet des conséquences terribles pour le pays : l'accession de Bédié au pouvoir serait compromise, et Ouattara était à l'affût, sans oublier l'Armée.
Comment un démocrate apparemment affirmé comme lui, a-t-il cependant pu déclencher le boycott actif (empêcher d'autres citoyens d'aller voter) et à en revendiquer les conséquences ? Comment un leader moderne, si instruit des donnes de la modernité politique, a-t-il pu se laisser aller à saluer un coup d'Etat saugrenu et franchement inapproprié ? Nous étions à 10 mois de l'élection présidentielle que le FPI aurait pu gagner, tant les Ivoiriens étaient las du règne impudique du PDCI et de la gestion de l'Etat par Bédié. Comment un socialiste affirmé comme Laurent Gbagbo, membre de l'Internationale Socialiste qui proscrit le putsch militaire, a-t-il pu, sans gêne, revendiquer pour son Parti, des postes ministériels (les plus juteux), au sein d'une Transition militaire antirépublicaine et anticonstitutionnelle ? Le partage du butin du coup d'Etat (distribution des portefeuilles ministériels aux putschistes militaires comme civils) n'est-il pas la réplique de cet autre partage des postes ministériels à Marcoussis, quelque 36 mois après le drame de décembre 1999 ? L'histoire est rancunière, et les faits nous renvoient toujours à nos manquements éthiques. Le politiquement indécent et l'imposture ne datent pas de la rébellion ; ils ont un précédent: décembre 1999.
Le FPI devra l'admettre : la caution apportée au coup d'Etat de décembre 1999 fut une erreur politique monumentale dans l'histoire (pourtant glorieuse) de ce Parti ; un parti courageux qui n'avait pas besoin de cela pour accéder un jour au trône. Mais hier comme aujourd'hui, je pressens que Laurent Gbagbo s'est fait et se fait tromper par l'état major du Front Populaire Ivoirien. L'homme a certainement cédé sous la pression de son élite (composée en grande majorité d'enseignants mal payés et nécessiteux) pressée de jouir des avantages du pouvoir politique que permet un poste ministériel. Mais le rêve, juste et beau, d'une resocialisation des richesses du pays, que proposaient Laurent Gbagbo et ses compagnons, était aussi merveilleux que celui de Bédié. On sait les piliers de ce programme social : la gratuité de l'Ecole (même si ce n'était pas un fait nouveau), l'AMU, la Décentralisation effective qui, sous les Refondateurs, ne fut pas une vaine incantation de Prince baoulé. Le concept de budget sécurisé, la soumission des régies financières à candidature sont deux réflexes de bonne gestion à mettre à l'actif du mandat de Laurent Gbagbo ; et la Côte d'Ivoire devrait institutionnaliser cette pratique saine pour éviter que des prédateurs économiques mettent à mal le pays. Au bout de cette quête de bonne gouvernance, la libération du pays des forces néo colonialistes : oui, ce point fait effectivement partie du programme de la Refondation. Relisez leurs productions intellectuelles antérieures à la rébellion et vous verrez cela. L'idéal était donc beau ; mais la manière n'y est certainement pas : pourquoi veut-on libérer ce peuple du néo colonialisme français pour le livrer au vampirisme américain ? Quels sont ces libérateurs qui sont à la recherche de nouveaux maîtres pires que le premier : l'Amérique exploite, pille et ne laisse rien - voyez le Liberia, la Sierra Leone, la Somalie, les Antilles, etc. Les Français construisent au moins quelque chose : cas de la Côte d'Ivoire.
Mais le FPI et Laurent Gbagbo traînent surtout sur eux un lourd contentieux historique : la manière d'avoir accédé au pouvoir ! (…). C'est pourquoi leurs incessants appels au recours à la Constitution pour dénouer la crise actuelle, a peu de chances de recevoir des échos favorables à l'entendement de l'intelligentsia politique de ce pays, du moins la tranche la plus démocrate et républicaine de cette intelligentsia : la Constitution ivoirienne de la Première République ne prévoyait pas non plus de coup d'Etat, ni de Transition militaire, ni de prise du pouvoir par la rue, ni de prestation de serment dans les conditions chaotiques que nous savons, tous ; autant de choses antirépublicaines et anticonstitutionnelles qu'avaient pourtant admises le FPI et son grand allié d'hier le RDR de Ouattara. (…). Il nous a fallu pourtant ''faire avec'' ces incongruités, au nom de la sauvegarde de la paix et de la nation que nous voulions construire…
Alassane Ouattara.
Il y a beaucoup à dire sur cet autre ouragan politique. (…) La Côte d'Ivoire politique de l'après Houphouët doit s'en prendre à elle-même d'avoir créé cette redoutable machine politique (…). Ouattara est le produit d'un de ces regrettables tours du destin qui sanctionne toujours les peuples légers, après qu'une vaste folie s'est emparée d'eux. Me reviennent encore à la mémoire, les écrits injurieux, franchement xénophobes et décadents d'une certaine presse contre cet homme qui a servi la Côte d'Ivoire, et dont le crime fut de se réclamer de ce pays ou de vouloir être Ivoirien ! Et même moi qui écrit actuellement ces lignes, je confesse que je n'étais pas arrivé, hier, à comprendre l'anxiété des gens du Nord qui avaient fini par identifier les souffrances de Ouattara aux leurs : les tracasseries policières, les cogitations désobligeantes sur les patronymes, les raideurs administratives à leur encontre, etc. ; par-dessus tout, ces mots orduriers d'un fameux journal appelé Le National : " Mossi Dramane ! " récemment encore, au Palais de la Présidence, lors des concertations que le Chef de l'Etat avait décidées entre lui et les populations pour recueillir leurs points de vue sur les Accords de Pretoria, j'ai entendu des voix mauvaises scander : " Mossi ! Mossi ! Mossi ! " Et cela se passait dans l'enceinte du Palais de la république de Côte d'Ivoire ! Et j'ai eu mal et honte pour ce pays, mon pays ! Mais en quoi le fait d'être Mossi devrait-il être pour les Ivoiriens d'aujourd'hui, une marque d'indignité ? Est-il impossible d'être Mossi et Ivoirien ? S'il est possible d'être bété, baoulé, attié et être Ivoiriens ou Américains ou Français, il est de même possible d'être Mossi et Ivoirien. La nationalité est un fait juridique et non un don des dieux condescendants. M. Philippe Troussier, Blanc bon teint, est ainsi Ivoirien, et cela ne peut choquer que les imbéciles de nos républiques nouvelles, hystériques et bêtisées par des leaders de partis fous. (…).
Bref, Ouattara est le produit de contradictions (au départ mineures) que notre société couvait ; contradictions que nous avons, par nos égarements aveugles (facilités en cela par des dirigeants peu clairvoyants), nourries sottement, jusqu'à en faire aujourd'hui une contradiction principale : la peur de l'Etranger. Nous peuple hier si ouvert, nous avons aujourd'hui peur de l'étranger.. Que perdrions-nous à faire de Ouattara un Ivoirien, s'il était même avéré qu'il ne l'était pas ? De grands pays comme les Etats-Unis, le Canada, la France, l'Allemagne, achètent les cerveaux, font la cour aux intelligences pour développer davantage leurs pays qui sont déjà développés ; et nous, nous nous offrons le luxe farfelu de pourchasser une intelligence avérée. Alpha Blondy disait à propos de la crise entre Bédié et Ouattara : "Houphouët a fait de Bédié la solution de l'intérieur, et de Ouattara la solution de l'extérieur. Bédié a réussi à faire de Ouattara, le problème de l'intérieur et de lui-même Bédié, le problème de l'extérieur. " Génial cher ami ! (…).
Alassane Ouattara n'aurait jamais eu d'ambitions présidentielles si la classe politique du PDCI, couarde et manquant de clairvoyance, avait refusé la proposition que lui avait faite Houphouët de le nommer Premier Ministre . Ouattara n'aurait jamais eu l'audience actuelle qu'il a, si toute la classe politique de ce pays avait fait corps dans le refus de le voir accédé au trône. Il n'aurait jamais eu cette surface de sympathie si l'on n'avait pas fait de lui un martyre, un persécuté, et si l'opposition de gauche n'en avait fait un grand allié dans son combat (alors peu nationaliste ) contre Henri Konan Bédié. (…).
Au total, il aura été pour notre pays (qui est aussi le sien) un danger permanent, une source inépuisable d'ennuis ; car le combat politique (en réalité individuel et lyrique) qu'il a mené sous le manteau d'une quête identitaire collective, farouche et violente et dont la rébellion est l'expression majeure (oui, Ouattara est fortement impliqué dans cette rébellion), est un combat sans concession, dont les dégâts, énormes, laissent de fortes cicatrices sur le visage des peuples. Cette histoire que nous vivons actuellement est une sale histoire et nous la porterons pendant longtemps en nous. Ouattara incarne, avec Laurent Gbagbo, les deux pôles aimantés de la violence que la Côte d'Ivoire actuelle porte en elle et sur elle. (…). J'avoue que je n'aime pas l'action de cet homme, ses méthodes de résolution des contradictions du pays. Je n'aime pas cette obsession du pouvoir qui l'habite, l'agite, le ''frénétise'', l'exaltation excessive et agaçante de cet ego destructeur. Un seul mot de Ouattara à l'endroit de la rébellion, et ces fous désarmeront ; une mission de Ouattara, une seule à Bouaké et Korhogo, et nous obtiendrons ce que ni l'ONU, ni Mbeki, ni la CEDEAO et Marcoussis n'ont pu obtenir : la réunification du pays par le désarmement. Et c'est la Côte d'Ivoire, le pays, son pays, notre pays, qui gagnerait. Mais Ouattara ne le fera pas : la haine qu'il a contre Gbagbo l'aveugle ; la haine aussi de Gbagbo contre lui rend sourd, le fils de Mama. Gbagbo, Ouattara : deux " prisonniers d'une haine " féroce ! La Côte d'Ivoire et la communauté internationale perdent leur temps à vouloir concilier leurs ambitions et à les réconcilier : plus rien n'est possible entre eux ! (…) ; plus rien d'autre que la guerre. Or, nous devons refuser la voie de la guerre, car la guerre est la solution des fous. Nous devons refuser la guerre, car c'est le choix de la démence. Nous devons surtout refuser cette guerre qui consistera essentiellement à aller tuer une partie des nôtres, pour asseoir un pouvoir. Je dis " NON ", non et non !
Il apparaît finalement que le phénomène ADO est le produit de notre histoire moderne. Rejeter l'homme serait non seulement impossible aujourd'hui, mais stupide : cette rébellion qui paralyse tout le pays depuis trois ans, en est la preuve vivante et alarmante (…). Dans tous les cas, Ouattara est aujourd'hui un homme politique aguerri et accompli. Les performances électorales de son Parti sont là pour justifier nos propos. (…). Il est désormais un des nôtres ; un membre à part entière de notre communauté éburnéenne. Cela est et doit être ainsi parce que l'histoire de ces quinze dernières années de notre pays respire de l'odeur de ses frustrations, de ses tentatives donner à ce pays, la chance de se réaliser pleinement. Pour moi, cette grande heure s'annonce par l'imminence de la Transition qui s'offre à nous, qui s'impose même à nous.
Oui, nous devons aller à une transition ; y aller, non pas parce que nous n'avons pu faire des élections, mais y aller parce que la Transition, civile, que les événements actuels nous permettent d'entrevoir, nous offre une occasion exceptionnelle d'observer une pause. Une pause, une trêve. Oui, Ivoiriens, arrêtons-nous un peu ; arrêtons-nous et faisons le point de tout ce qui nous est arrivé, de tout ce qui nous arrive. Nous devons observer cette trêve parce que nous avons trop marché ; et tout marcheur, fût-il grand marathonien, a besoin d'un moment de répit. Nous devons observer cette trêve parce que nous sommes aux portes de l'enfer ; et la proximité avec l'enfer nous fait mieux apprécier la qualité du Paradis. Les combattants sont épuisés, les politiciens sont épuisés, les médiateurs et les médiations sont épuisés, le peuple est épuisé, même notre presse des charognards est épuisée, les armes, de même. Nous avons épuisé tout notre venin, toute notre haine, tous nos poisons (même s'il en reste encore suffisamment pour paralyser les membres du pays). Nous avons épuisé la mauvaise foi, la démence, nous avons même épuisé la sottise. Nous avons donc épuisé tout ce qu'il y a de mauvais en nous, et il ne nous reste (heureusement !) plus qu'une seule chose que nous n'avons pas encore épuisée, que nous n'avons même pas encore expérimentée : la RAISON, le BON SENS qui rationalisent l'instinct de conservation.
Et ce bon sens nous impose cette transition. Moi aussi, comme sans doute de nombreux Ivoiriens, de nombreux observateurs de l'étranger, de nombreux spécialistes de la politique, j'ai cru à la voie des élections comme seul moyen de sortir de la crise. Même Mbeki-le-brave-descendant-de-Chaka-le-Zulu-éclairé-du-ciel, y a cru. C'était une erreur ; la même erreur que nous avons commise il y a cinq ans, quand nous croyions que des élections pour bouter du Palais Robert Guéi est ses militaires, était la voie royale de sortie de crise ; parce que, pour nous tous, l'essentiel était que les militaires quittent le pouvoir et qu'un civil (en l'occurrence Laurent Gbagbo - c'était en tout cas mon souhait et celui de nombreux Ivoiriens) prenne le pouvoir . (…). Un homme alors, un seul, un homme qui a souvent été seul dans ce " pays frappé de cécité ", a dit une parole autre, en nous avertissant en vain du danger qu'il y avait à focaliser notre attention sur l'élection présidentielle, alors qu'il y avait, selon lui, plus important que cela : la sécurité du pays, cette Constitution confligène qui, entre autres hérésies (qui nous paraissaient alors d'importance secondaire) qu'elle contenait, décrète l'impunité aux auteurs du coup d'Etat de 1999 !
Seul donc au-dessus de la huée des fanatisés, seul parmi les varans - ce peuple sourd que nous étions devenus - Bernard Zadi (oui, c'est lui) a pu émettre sur la question, un avis contraire et différent : " Il y a trop d'armes dehors, trop de treillis en vadrouille, trop de conflits qui couvent ; il y a trop de problèmes dans ce pays. Réglons-les d'abord, mettons le pays en sécurité avant d'aller aux élections ", s'est-il échiné à nous le dire, en substance. Personne ne l'a écouté, et les élections eurent lieu pour… porter au pouvoir Laurent Gbagbo, dans les conditions que nous savons tous. Où en sommes-nous aujourd'hui, dites-le moi, chers compatriotes, où en sommes-nous ? Quelle est la leçon à tirer de cette situation ? Elle est simple, cette leçon, et la voici : L'essentiel n'est pas d'installer le Prince sur le trône, mais la manière de le faire. Le tout ne réside pas dans le fait d'être élu pour s'asseoir dans un trône, mais dans la manière d'accéder au pouvoir. Il écrit ceci dans son merveilleux livre " Fer de Lance " : Et naïf si naïf ce peuple qui croyait comme les grenouilles / du bon La Fontaine, qu'il suffisait de vouloir un roi nouveau / pour forcer les portes du renouveau et briser toute / servitude et les chaînes entêtées. / Mon peuple ? Un peuple de varans.
Laurent Gbagbo est arrivé au pouvoir en 2000 sous nos applaudissements : nous venions de chasser Robert Guéi et ses compagnons. Où en sommes-nous aujourd'hui dites-le moi, où en sommes-nous ?
Aujourd'hui, comme hier, nous sommes face à la même problématique, au même carrefour des choix décisifs. L'histoire semble se réécrire et nous inviter à corriger la grosse erreur que nous avions commise, hier. Et, comme des imbéciles incapables de tirer le moindre enseignement du passé, nous entonnons encore nos trompettes maudites de la mort pour jouer le même morceau funèbre : " Elections, élections ! Les élections ! Il nous faut aller aux élections ! " Mais qu'est-ce que ce peuple qui ne veut pas changer ? Ces dirigeants impossibles, sourds au bon sens ? Des élections pour quoi ? Pour vivre quel idéal, quel règne, que nous n'avons pas encore vu ? Des élections pour voir couler combien de litres de sang d'innocents, que nous n'avons pas encore vu couler ? Qui vous dit d'ailleurs que la Côte d'Ivoire d'aujourd'hui a même besoin d'avoir un PRESIDENT ? Président ! Ce mot qui les rend frénétiques, les met en transe ! Le pouvoir, le pouvoir, rien que le pouvoir !!! N'avons-nous que ça à faire?....

Entre l'obsession du pouvoir et le bon sens
Ceux qui ne visent que les élections ne voient en effet que le pouvoir, ce pouvoir ! Or, il est grand temps que ce pays enlève du cerveau de ses hommes politiques, cette obsession du pouvoir. Des élections, oui, mais pour quel (s) enjeu (x) ? Sommes-nous, en toute honnêteté, prêts à accepter le verdict de ces élections ? Les partisans de Laurent Gbagbo (ils sont nombreux) sont-ils prêts à entendre proclamer par la CEI, que le candidat qui a remporté les élections d'octobre 2005 s'appelle Alassane Dramane Ouattara ? Le RDR et sa structure militaire satellite (le MPCI), sont-ils prêt à accepter une victoire de Laurent Gbagbo ? Le peuple baoulé, hypocrite comme tous les Akans, est-il prêt à accepter que ces ''Djoulas'' qui ont massacré leurs enfants, violé leurs femmes, désacralisé leurs forêts, offensé leurs rois, sali la terre d'Abla Pokou-la-Reine, voler leurs dieux rituels et tutélaires, ces gens du Nord, prennent le pouvoir pour les narguer ? Que faites-vous de mes morts de Guitrozon, des suppliciés de Monoko Zohi, des tués de mars 2004 ? Monsieur Henri Konan Bédié, s'il venait même à être élu président en octobre 2005, pourrait-il gérer un pays dont l'armée ne lui fait plus confiance et en laquelle, il ne peut, lui non plus, désormais faire confiance ? Quel président, démocratiquement élu, pourra-t-il gouverner ce pays des milices vagabondes, des flics braqueurs, des déserteurs prêts à l'assaut final, ce pays sale physiquement et mentalement, ce pays désordonné, indiscipliné, paresseux, sans repères, ce pays où plus personne ne fait confiance aux politiciens, ce pays où tout est laissé aux mains des prophètes, des pasteurs menteurs, des gbasseurs, des géomanciens ? Ce pays sale, ce sale pays qui a besoin d'une grosse toilette purificatrice ?
Pourquoi se mentir, chers compatriotes : aucun des camps en conflit n'est prêt à accepter le résultat des urnes, et notre problème est sérieux, trop sérieux pour qu'on le ramène à une banale affaire d'élection pour choisir un Prince ! La Galaxie dite patriotique n'est pas prête à accepter une victoire de Ouattara dont les fanatiques ne sont pas non plus prêts à accepter une victoire de Laurent Gbagbo que les suiveurs du Sphinx (devenus eux aussi fanatiques - chaque Parti ayant ses fous - qui est fou ?) n'accepteront pas non plus. A quoi servent donc des élections dont personne n'est prêt à accepter le verdict ? Nous savons tous cela, du fond de nos cœurs. Alors, pourquoi rusons-nous avec nous-mêmes ? Pourquoi nous mentons-nous, Ivoiriens ?
Mbeki est excusable : il n'a pas compris et il ne pouvait comprendre l'âme du conflit ivoirien. Ce conflit repose sur la rivalité haineuse entre trois personnes : Alassane, Gbagbo et Bédié ; et tant que ces trois personnes seront les seules à décider du destin de la Côte d'Ivoire, aucune élection, aussi transparente sera-t-elle, ne résoudrait le problème ivoirien. Ces trois personnes ne peuvent plus se faire confiance parce qu'elles savent elles-mêmes les alliances obscures qu'elles ont tissées ici et là, les coups scélérats qu'elles se sont faits, les manquements éthiques, les injures graves, mais surtout ce sang ; ce flot de sang versé qui les sépare, qui les monte et remonte les uns contre les autres, ce sang versé, le sang humain qui lui, crie réparation du fond des tortures et des meurtrissures injustes du corps.
Oui, Ivoiriens, le mal fait à cette terre ivoirienne est immense, plus profond que vous ne le croyiez. Au-dessus de ce mal, plus honteux et plus grave que la haine entre ces trois personnes, l'injure faite au bâtisseur de ce pays : Félix Houphouët-Boigny que nous avons offensé. Oui, je suis croyant, et je crois au Repentir, au Pardon des offenses et au rachat des péchés ! La bouche hermétiquement fermée, le visage sévère et déçu de la dépouille mortelle d'Houphouët en route vers Ebro, nous interpellent chaque jour, Ivoiriens. Mais qui d'entre nous comprendrait ce message dont mon Maître Zadi m'a souvent entretenu ? Non, frères, ouvrez grands les yeux : des élections dans le contexte actuel (même s'il y a le désarmement) nous conduiraient à la catastrophe. Plus rien n'est possible entre Alassane, Gbagbo et Bédié. Ces trois hommes sont devenus des poisons pour la vie nationale, des dangers permanents qui planent sur nous. Or, il faut résoudre la crise ivoirienne, la résoudre une bonne fois pour toutes. La Transition nous offre cette possibilité.
Comment mener cette transition ?

Des hommes nouveaux pour une nouvelle alliance
Demander "une transition sans Gbagbo " comme le fait le G7, est irréaliste, suspect et peu honnête. Mon avis à moi est qu'aucune d'entre les figures conflictuelles et ''confligènes'' en présence (Bédié et le PDCI, Gbagbo et le FPI, Alassane et le RDR, Diarra et ses nombreux talibés, Seydou-plus-taciturne qu'un prêtre tibétain), aucun d'entre eux donc, n'est habilitée à conduire une transition. Le Gouvernement de Réconciliation Nationale fut une grosse erreur, une insulte au bon sens : c'est parce que vous ne pouvez pas vous entendre que vous vous faites la guerre, et on vous a mis ensemble au sein d'un Gouvernement pour travailler ! Un peu de bons sens, voyons : c'est parce que vous ne vous entendez pas, vous ne pouvez pas vous entendre, qu'il faut une transition. Le bon sens veut donc que cette transition se fasse sans aucun d'entre vous.
Je le répète : nous sommes au moins 16 millions d'habitants dans ce pays. La Côte d'Ivoire n'est pas réductible au G7, à Seydou Diarra et à Laurent Gbagbo. C'est donc le lieu de lancer un appel à tous les fils de ce pays, à tous ceux des nôtres qui aiment ce pays et veulent le sauver. Ne vous cachez plus, sortez de vos réserves, faites entendre et voir vos voix (voies), joignez vos paroles aux nôtres. Il faut que le monde entier sache que ce pays a des compétences capables de le sauver et de l'aider à aller de l'avant. La Côte d'Ivoire n'appartient pas à Gbagbo, Bédié et Alassane ; ce ne sont pas eux qui l'ont construite. Ne leur permettons pas de la détruire pour satisfaire leurs ambitions personnelles, chétives, bancales et mauvaises. Ne donnons plus l'impression aux gens que, sans Alasanne, Gbagbo, Bédié et Diarra, il n'y a plus d'intelligences en Côte d'Ivoire.
Comme de nombreux Ivoiriens, j'adhère donc sans réserve à la thèse d'une transition, de type civil. Cette transition doit être conduite par des hommes nouveaux, des hommes qui n'ont pas été impliqués dans cette sale histoire, des hommes qui ne sont pas encore compromis dans la sale politique de ce pays plein de réserves intellectuelles, ce pays riche en technocrates. Aucune des figures agissantes et symboliques de la crise actuelle (fût-elle du FPI, PIT, RDR, PDCI, MFA, UDCY, UDPCI, ou machin machin) ne peut et ne doit faire partie de cette transition.
Sur le plan pratique, comment procéder ?
- confier le choix et la composition des membres de cette transition à l'ONU, en passant par la médiation de l'Union Africaine ou de la CEDEAO ou du Bureau Exécutif de l'Association des chefs traditionnels de Côte d'Ivoire ;
- demander à ceux d'entre nous qui se sentiraient des compétences à conduire cette transition, de déposer auprès de la structure de médiation choisie, une demande motivée, un CV complet, des pièces administratives de références citoyennes : casier judiciaire, situation fiscale, évaluation du niveau de sociabilité du candidat : par exemple : a-t-il déjà eu à mener, ou à poser pour le pays des actes citoyens comme : diriger une association, parrainer quelque activité, attribuer des bourses à des élèves, des étudiants, faire des dons à quelque structure sociale ?…
- sélectionner, à l'issue de l'examen sévère de ces demandes, une quinzaine de personnes aux compétences affirmées et à la moralité acceptable (après enquête) et dont l'engagement à la cause du pays ne souffre d'aucun doute ;
- pour les candidats retenus et qui seraient membres déjà de quelque grande Institution Internationale, demandez leur mise à la disponibilité de la Côte d'Ivoire avec la garantie et l'assurance qu'ils pourront réintégrer le poste abandonné, après avoir accompli la mission d'intérêt national, et même extra national (vu que notre pays est en proie à des enjeux internationaux) ;
- leur imposer un cahier des charges précises, sans ambiguïtés juridiques ; entre autres, et les plus essentielles : le désarmement des rebelles, la sécurisation du pays, le redéploiement de l'Administration ;
- que chaque candidat recueille un minimum de 500 signatures pour valider la demande. Veillez à ce que les noms de membres de la tribu du candidat ne dépassent pas le quart des signatures, et que le nombre des membres de la famille du candidat, signataires, ne dépasse vingt personnes ;
- etc. Un article de journal ne saurait épuiser cette question…
Ces hommes de la transition ne seront pas des membres d'un Gouvernement de Réconciliation Nationale - nous n'allons pas reproduire Marcoussis. Il ne s'agira pas ici de réconcilier des gens dont la haine qui les empoisonne doit être désormais comprise de nous tous comme étant une affaire individuelle, non une affaire nationale. Il faut dénationaliser cette haine et la réduire à son expression la plus ridicule. Après tout, Ouattara, Gbagbo et Bédié ne sont pas obligés de s'aimer ; ils aiment suffisamment et respectivement Dominique, Simone et Henriette qui elles, en retour, leur donnent suffisamment d'amour. Laissons-les donc à leurs haines et amours épiques, et construisons la Côte d'Ivoire. Rêvons ce pays dans sa splendeur d'antan corrompue par des politiciens irresponsables et peu sérieux. Rêvons la Côte d'Ivoire du respect, la Côte d'Ivoire respectée des gens sages, propres, élégants, civilisés, instruits, bien habillés : la merveilleuse Côte des Bonnes Gens, la Côte poétique des Ivoires fabuleux que, demain, devenu Grand-pépé à la pipe envoûtée, je voudrais pouvoir conter aux enfants de mes enfants. Tournons résolument dos à cette Côte d'Ivoire présente des guérilleros, des rebelles, des milices, des dozos rigolos et farfelus, des patriotes fous et ensorcelés, ce pays des gens mal élevés, belliqueux, prétentieux, cette mauvaise Côte d'Ivoire inutilement orgueilleuse, prompte à la falsification, à l'accusation, cette Côte d'Ivoire des dirigeants sales et innocents qui n'ont jamais commis de fautes : le démon ici, n'est-ce pas, c'est les autres : le Burkina-Faso, la France et les Blancs. Non, je ne marche plus ! Et j'exige, de ma plume, une Côte d'Ivoire responsable et sérieuse. C'est pourquoi, il nous faut une transition, pour éviter que d'autres rebellions éclatent.
Je le répète : ne manquons pas le train de cette transition. C'est une chance que l'Histoire nous donne, une opportunité exceptionnelle qui ne s'offre pas facilement aux peuples déchirés. Oui, une transition, pour nous permettre de respirer, une transition civile pour conjurer le coup d'Etat sanglant qui s'annonce, qui va surgir si nous refusons d'anticiper ; une transition pour nous permettre de dissiper la brume et de voir un peu plus clair. Une transition, enfin, pour RENAITRE à notre beau pays d'hier !
En toute liberté de penser, de critiquer et de faire des propositions.

Tiburce KOFFI Kouadio
Enseignant et écrivain (je dis bien enseignant et écrivain)
07-91-79-66/ email : tiburce_koffi @ yahoo. fr
Tél : (00225) 22-44-26-39
Adresse postale : 08 bp 470 Abidjan 08.
PS: à l'endroit des responsables de rédaction : l'original de ce texte a été déposé chez un avocat et chez mon éditeur. Toute déformation (ajouts ou soustraction) sera considérée par son auteur comme un acte suspect, scélérat et frauduleux et donc passif de poursuite judiciaire. Même pour ch
 
Laurent Gbagbo en novembre 1992 :“Le pouvoir enivre et peut conduire aux excès”
Le patriote - 07/03/2008
Nous sommes en 1992, précisément le jeudi 26 novembre. Le président Laurent Gbagbo, alors opposant historique à Félix Houphouet Boigny, rentre de Bamako, capitale du Mali, en compagnie de Sangaré Abou Drahamane. Il venait de répondre à l'invitation de l'Alliance pour la Démocratie au Mali (ADEMA). Dès son arrivée, Gbagbo s'adresse aux journalistes et se montre très préoccupé par ce qu'il a vu dans le pays du légendaire Soundjata Keita, à savoir le procès du dictateur et ancien président malien, Moussa Traoré. Evidemment donc, il tire les leçons de cette déconvenue : « le procès de Moussa Traoré est le procès de toute la classe politique africaine. C'est aussi un procès qui appelle ceux qui aspirent au pouvoir à plus de vigilance car le pouvoir enivre et peut conduire aux excès… j'ai été ému quand j'ai vu le Président Moussa Traoré, assis muet. Cet homme qui a régné pendant un quart de siècle sur le Mali, est accusé de crimes de sang. Ce procès n'est pas non plus le procès du parti unique parce que ce ne sont pas les 25 ans de règne du Président Moussa Traoré qui vont être jugés mais seulement les trois jours pendant lesquels il a fait tirer sur la foule. Moussa Traoré n'a pas été un démocrate. Entre janvier et mars 1991, il y a eu 250 tués recensés et connus, sans compter ceux qui sont tombés dans le Djoliba près du pont des Martyrs ». Et Laurent Gbagbo d'attirer l'attention de ceux qui gouvernent sur les crimes qui pourraient les rattraper, une fois qu'ils auront perdu le pouvoir. « Cela est bien à savoir, car quand on est puissant, on croit que cette puissance n'a pas de limite. Il faut que tous ceux qui sont au pouvoir ou appelés à l'être, comprennent cela. C'est la grande leçon de Bamako. Je voudrais que ceux qui nous gouvernent momentanément comprennent que l'orgueil mène à la ruine », conclut l'actuel grand chef ivoirien. A la lecture de ce qu'a dit Gbagbo sur le procès du satrape malien en 1992 et au regard de ses huit années au pouvoir, on ne peut pas dire qu'il a en pratique ses critiques formulées à l'endroit de Moussa Traoré et des autres dictateurs. S'il n'a pas fait 25 ans aux affaires comme l'ancien homme fort du Mali, il est loisible de dire qu'il a aussi ses faits d'armes. En octobre 2000, Gbagbo s'est installé au pouvoir au prix d'un « soulèvement populaire » et d'un charnier des militants du RDR, perpétrés par des soldats à sa solde. En novembre 2000, au stade Félix Houphouet Boigny, il exprimait clairement son mépris pour les tueries occasionnées par sa prise du pouvoir : « mille morts à droite, mille morts à gauche, moi j'avance ». En décembre 2000, il donnait ouvertement « ordre aux forces de l'ordre de châtier les fauteurs de troubles ». Par ailleurs, en mars 2004, après avoir interdit une marche de l'opposition et déclaré le Plateau « zone rouge », plus de 120 militants du RDR et du PDCI étaient massacrés par les militaires et gendarmes. On pourrait citer à souhait, les cas d'atteinte à la liberté et aux droits de l'homme. On peut rétorquer que le grand chef n'a pas commis lui- même ces crimes, tout comme Moussa Traoré, mais c'est pour lui que toute cette barbarie a été opérée. S'il en est le bénéficiaire, il doit aussi être le commanditaire. Le philosophe Jean Paul Sartre ne disait pas autre chose : « les crimes que l'on commet en notre nom, il faut bien que nous les assumons ». Entre la déclaration de novembre 92, alors qu'il véhiculait les idées généreuses de la vraie gauche et ses huit années aux affaires, beaucoup d'eau a coulé sous le pont des proclamations et des critiques. Gbagbo fait exactement ce qu'il reprochait au Général Moussa Traoré. Il a bien eu raison de le dire haut et fort. « Le pouvoir enivre et peut conduire aux excès »l