June 10, 2008

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Après l'interview du chef de l'Etat sur “France 24”-Tiburce Koffi: “Une insulte à l`intelligence des Ivoiriens”

Le Nouveau Réveil - N°1940 - lundi 9 juin 2008

Fallait-il réagir (au risque de paraître irrespectueux) à cette énième sortie médiatique de notre prolixe de chef, Laurent Gbagbo, qui dès qu'il perçoit une caméra ou un micro de journaliste - surtout quand ce journaliste est de peau blanche et qu'il vient de France ? Rappelons-nous que, dans notre pays, on en est même venu à suspendre le cours d'un journal télévisé de 20 H pour nous annoncer avec une joie de sous-développés que M. Sarkozy, le président de la République de France, vient de donner un… coup de fil à M. Laurent Gbagbo ! Une manière en somme de nous dire que notre chef fait partie des grands de ce monde ! Misère mentale !...
Fallait-il aussi se taire à la lecture de cette interview, au risque (peu honorable) de se voir traiter demain de complice, par le silence que l'on aura observé sur les déviances d'un chef qui, selon toute vraisemblance, a perdu depuis belle lurette le chemin de la sérénité qui caractérise le comportement des vrais chefs ?
Comme à mes habitudes, j'ai choisi la seconde voie : refuser le silence irresponsable des lâches en usant de mon tour de parole et de mon droit citoyen de donner mon opinion sur le discours de notre chef. Oui, j'ai choisi de parler, de dire mon refus ferme des discours de la honte et de l'opprobre, afin de débusquer les contrevérités intolérable et inacceptable. J'ai choisi de réagir à cette interview offensante au peuple de Côte d'Ivoire, que vient de nous servir le chef de l'Etat ; une interview injurieuse et mauvaise, autant dans la forme que le contenu.
J'ai fait cette option parce que l'auteur des propos tenus est notre chef, et que tout ce qu'il dit et fait (de bon comme de mauvais) engage mon pays, notre pays, notre intelligence collective, et détermine le regard que l'opinion internationale jette sur nous : une réflexion gênante affirme en effet que les peuples sont à l'image de leurs dirigeants - ce qui n'est pas forcément à l'avantage des premiers, car trop de mauvais dirigeants prospèrent sur la terre.
Il y a tant à dire sur cette interview. Je me limiterai cependant à quelques centres d'intérêt.

I/ A propos de la démocratie : falsification de l'histoire
Dans cette interview, M. Gbagbo se dresse sans pudeur, le portrait d'un démocrate achevé. Il serait bon de signaler que nombre d'entre nous (dont moi-même) s'étaient laissés à croire à cette vertu qu'il ne cesse de se donner, jusqu'à ce que les faits (eux qui ne mentent ni ne trompent jamais), nous aient éclairés sur la véritable nature de cet homme. Gbagbo déclare, dans cette interview (2è colonne, 3è paragraphe) ceci : " Je ne pouvais pas accepter que des gens veuillent prendre le pouvoir par les armes. QUE CE SOIT EN 1999, en 2002 ou lors de cette tentative de ''pieds nickelés'' (…).
Comment un homme, qui se prévaut de la chrétienté et qui plus, est un chef d'Etat, triplé d'un professeur d'histoire, peut-il accumuler tant de contrevérités en si peu de mots ? M. Gbagbo prétend qu'il ne peut pas accepter que des gens veuillent prendre le pouvoir par les armes, lui qui avait intégré dans son programme de conquête du pouvoir, l'usage de la violence. Oh ! Je vois d'ici les refondateurs et toute la faune des fanatiques bêtisés de ce régime criminel réfuter énergiquement mes propos. Allons, calmons-nous, et lisez tranquillement avec moi ce que Gbagbo Laurent, lui-même, a écrit et dit au cours de l'année 1997, lors de la Fête de la Liberté qui s'était tenue à Adzopé ; propos qu'il a repris presque intégralement, précisément le 29 décembre 1999, en Côte d'Ivoire, quand il adressait des félicitations à ses amis militaires qui avaient réussi le coup d'Etat de décembre 1999 contre Henri Konan Bédié :
" Si le régime veut ruser avec Laurent Gbagbo qui veut l'opposition pacifique, ILS TROUVERONT SUR LA ROUTE DES LAURENT KABILA. Nous sommes là, nous sommes dans ce cas de figure. Je leur proposais une bataille loyale avec mesure pour que le plus populaire et le plus aimé gagne. On a voulu ruser avec moi. Je pense que tous les hommes politiques ivoiriens doivent comprendre, premièrement, que ça n'arrive pas qu'aux autres. Deuxièmement, que la Côte d'Ivoire est un pays comme les autres. Donc ce qui amène une situation chez les autres, peut amener la même situation ici ". Conf. Journal Notre Voie du 30 décembre 1999.
Laurent Kabila est-il l'exemple d'homme politique qui conquiert pacifiquement le pouvoir d'Etat ? Pourquoi Gbagbo n'a-t-il jamais fait référence à Gandhi et à Martin Luther King dans son approche du combat politique ? Pourquoi ses modèles de référence sont-ils L. Kabila, Paul Kagamé, Kadhafi, Mugabé, Dos Santos, sans oublier Lénine et Mao Tsé Toung qui lui furent enseignés par Bernard Zadi, notre maître à tous - nous autres les apprentis socialistes des années 1970 ? Sont-ce là des références de conquérants pacifiques du pouvoir d'Etat ?

II/ Du coup d'Etat de 1999
Laurent Gbagbo prétend qu'il s'est insurgé contre le coup d'Etat de 1999. C'est grave ! Lisez avec moi ce que Gbagbo a confié officiellement, et qui a été transcrit et diffusé publiquement dans le journal français La Croix, le 10 janvier 2000, (deux semaines après le coup d'Etat de décembre 1999 : " Ce coup de force (contre Bédié - précision faite par le journal La Croix), NOUS l'APPROUVONS TOTALEMENT. Il y a des moments où l'intervention des militaires fait au contraire progresser la démocratie. Dans les pays africains, ou dans les pays de dictature affichée ou larvée, les putschs ne sont pas forcément une mauvaise chose. Parfois même, c'est une avancée pour la démocratie ".
Tous les Ivoiriens ont lu ces propos ; tous les Ivoiriens ont vu à la télévision, le FPI donner sa caution au coup d'Etat de décembre 1999 sur, bien évidemment, consignes de M. Gbagbo Laurent. La suite du plan prévoyait en effet qu'il soit à la tête de ce gouvernement de putschistes ; heureusement pour lui, ses amis socialistes français (à qui il arrive de temps en temps d'avoir du bon sens) lui ont déconseillé cette voie. Ce soutien que Gbagbo et son parti, le FPI, ont donné au coup d'Etat avait même fait dire au Pr Zadi, les propos suivants : " Laurent Gbagbo et le FPI doivent quand même comprendre que l'idéal socialiste a proscrit le coup d'Etat comme moyen d'accession au pouvoir. Comment peuvent-ils soutenir ce qui vient d'arriver à notre pays ? "
Oui, comment ont-ils pu soutenir ce coup d'Etat ? Maître, acceptez que l'élève vous donne la réponse à cette question qui a interpellé l'intelligence de tous ceux d'entre nous qui nous réclamions de la gauche démocratique, et qui sommes restés fidèles à ses idéaux : c'est parce que le coup d'Etat de 1999 est une inspiration du FPI de Gbagbo et de certains pays dont ils avaient acquis l'appui diplomatique. Rappelez-vous qu'au plus fort des tensions entre Gbagbo et le Président gabonais, le dernier avait menacé de nous faire des révélations sur le coup d'Etat de 1999. Il avait même dit que c'est lui qui avait prêté son avion à Gbagbo pour que ce dernier regagne vite la Côte d'Ivoire. Gbagbo a ainsi regagné la Côte d'Ivoire, une nuit, par Bouaké, après une escale au Burkina. A Bouaké, il a été accueilli comme un président par les militaires FPI infiltrés au sein des Fanci. Pour éviter que le président Bongo (qu'il avait traité de rigolo), nous révèle ces choses, il s'est dépêché de se rendre à Syrtre (Tripoli) pour lui demander pardon, en catimini…
J'ai avec moi, comme soutien et autres preuves de ce que j'avance là, le témoignage de nombreux officiers (dont je ne peux me permettre de révéler les noms dans un article de journal), et surtout celui de Zoin Honoré que je cite souvent, dans cette affaire. Je précise que je connais l'homme, et que ce dernier me connaît également. Ecoutez Zoin Honoré, un des réalisateurs du coup d'Etat et ex-ministre de la Jeunesse et des Sports sous la transition militaro-FPI : " (… au mois de décembre, nous les jeunes militaires, nous étions partis pour manifester contre notre ministre de la Défense dans les rues. Et le président (du FPI - NDLR) nous a envoyé notamment Lida Kouassi, Odette Sauyet et Freedom Neruda dans la rue pour nous dire que la Côte d'Ivoire souffre depuis 40 ans avec le PDCI et que c'était une occasion rêvée. Et que notre manifestation ne devrait pas être qu'une simple manifestation de réclamation de primes". Conf. Le Nouveau Réveil, n°1143 du mercredi 05 octobre 2005.
Un détail frappant : Zoin Honoré cite Lida Kouassi, Odette Sauyet, Freedom Neruda (de son vrai nom Tiéti Roch d'Assomption, aujourd'hui ambassadeur en Iran) ; or, Lida Kouassi confirme presque cette accusation en nous révélant, dans une interview accordée à Fraternité Matin en mars 2001, que les 22, 23 et 24 décembre 1999, Odette Sauyet, Freedom Neruda et lui, se trouvaient effectivement " dans les camps militaires en ébullition ".
Il affirme même, dans cette interview, que le FPI avait infiltré l'armée ivoirienne depuis des années et que c'est grâce à cette démarche qu'ils ont pu survivre dans l'opposition et fait face à l'adversité. Nous remarquerons d'ailleurs que la plupart des membres de l'Etat major des militaires et civils putschistes qui entouraient Robert Guéi, sont en réalité des militants ou sympathisants du FPI ; entre autres : César Sama, Mathias Doué dont les rapports extra conjugaux (à l'époque) avec la cadette de Laurent Gbagbo n'étaient un secret pour aucun ivoirien) ; Lida Kouassi (membre du Comité central du FPI et conseiller militaire de Robert Guéi, le chef de la junte)… Oh, comme il s'était retrouvé piégé par Gbagbo et les refondateurs, le pauvre Robert Guéi !!!
C'est le FPI de Gbagbo qui a été l'inspirateur du coup d'Etat de décembre 1999. C'est pourquoi Laurent Gbagbo s'était cru en devoir de dénoncer la première distribution des postes ministériels aux putschistes, et d'exiger de Robert Guéi, " des postes juteux " - l'expression est des refondateurs - au profit de son parti le FPI. Et Guéi s'est exécuté, à bon escient : il fallait rendre à Gbagbo et au FPI, ce qui était à Gbagbo et au FPI : le produit du coup d'Etat de 1999. Je repose la question que je n'ai eu de cesse de poser aux refondateurs : celui qui n'a pas tué l'éléphant a-t-il le droit d'exiger la part la plus grosse du gibier, à la distribution ?... à moins toutefois qu'il n'ait fourni les cartouches qui ont servi à tuer le gibier ! Dans un cas comme dans l'autre, la participation du plus grand bénéficiaire de la distribution du gibier à la chasse, tombe sous le coup du bon sens. Et, contrairement à ce que notre chef raconte dans cette interview de contrevérités choquantes et inadmissibles de la part d'un chef d'Etat, ni lui Gbagbo, ni aucun membre de son parti n'a jamais désavoué ce coup d'Etat. Bien au contraire, des films sont là, qui ont fixé pour la postérité, la joie inélégante et imbécile des putschistes et des demeurés qui avaient salué ce coup d'Etat, sabré le champagne, dansé sur un podium de la honte et du déshonneur, le zouglou des gueux et des conjurés qui chantèrent et dansèrent à la chute du président légal, démocratiquement élu en 1995, par la voie des urnes.
Dans une interview qu'il a accordée à Jeune Afrique au cours de cette même période, M. Gbagbo avait même justifié ce coup d'Etat par des propos injurieux contre l'ex-président déchu (Bédié) dont il disait qu'il était " intellectuellement limité et incapable de diriger la Côte d'Ivoire ". Et, comble de mépris, il a même ajouté : " Et je pèse bien mes mots ! " On peut retrouver ce journal et ces propos vilains qu'il y avait tenus. Que nous raconte donc M. Gbagbo ? Comment peut-il se permettre, lui un professeur d'histoire, de falsifier des faits si récents, dont les cendres continuent de réchauffer les méandres encore meurtries de notre mémoire ? Quand est-ce que cet homme comprendra-t-il qu'il y a des responsabilités qu'on assume et qui ne peuvent s'accommoder des manquements éthiques, comme le fait de travestir des faits, de donner dans la contrevérité et le grossier mensonge ?
Non, n'ayons pas peur des mots : notre chef n'a pas dit la vérité. Et ce n'est pas la première fois. C'est pourquoi nous devons, non pas le haïr (comme avait décidé de le faire le conseil des Vieux dans la célèbre pièce " Le secret des dieux " de Bernard Zadi), mais oeuvrer à le démettre de ses fonctions, parce qu'il n'est plus digne de nous représenter et de parler en notre nom. Et je vous le dis, Ivoiriens : Tuons en nous la peur. Exprimons nos indignations, exigeons de notre peuple, de nos institutions et de l'opinion internationale, le rejet de la candidature de M. Gbagbo à la prochaine élection présidentielle, pour falsification de faits historiques, destruction de l'Education nationale, encouragement à la débauche de la jeunesse, déshonneur jeté sur la Côte d'Ivoire, sans oublier les crimes ignobles commis sous son règne. L'acte de candidature même de Laurent Gbagbo est déjà en soi, une insulte à l'intelligence des Ivoiriens !

III/ Sa vision de la politique et du pouvoir : complots, crimes et intrigues
Rappelez-vous chers compatriotes un des derniers propos du Gl Robert Guéi, une semaine avant son assassinat : il avait dit qu'il descendait sur Abidjan pour rendre la gifle qu'on lui a donnée et aussi, révéler aux Ivoiriens ce qu'ils ne savaient pas sur décembre 1999 et les élections de 2000. A cette occasion, il avait taxé notre chef de " boulanger " et d'enfarineur. Hélas ! Robert Guéi n'a pu faire ces révélations qui eussent pu ouvrir un tant soit peu les yeux des Ivoiriens sur la nature réelle de celui que nous avons eu l'imprudence de porter au sommet de l'Etat : il a été tué avec la complicité de deux membres importants du clergé catholique, sur ordre de… qui?
Mais bon nombre d'entre nous savent certaines de ces choses que le général voulait révéler aux Ivoiriens : comment le FPI a triché à la présidentielle de 2000 en bourrant les urnes - les bureaux de vote étant remplis de leurs militants. Robert Guéi, qui n'avait l'appui d'aucun parti politique, s'était laissé berner par le machiavélisme de Gbagbo qui l'avait assuré d'une victoire tranquille en lui jurant qu'il ne lui ferait pas ombrage à cette présidentielle qu'il lui offrait. Seule précaution à prendre : éliminer, outre Alassane Ouattara, mais aussi et surtout, tout candidat Pdci, pour garantir le succès de cette opération. Ce qui a été fait avec la complicité de M. Tia Koné…
" Qu'on se le dise franchement : Henri Konan Bédié (dont je suis vraiment loin d'être un farouche admirateur) n'a pas été défait par la voix (e) des urnes, mais plutôt par des mutins ou rebelles (ce sont les mêmes choses) armés, en treillis. Que nous ayons, par dépit, erreur ou cécité politique, ''fait avec la situation'' en nous inclinant au pouvoir des armes (nous n'avions pas d'expérience de cette situation), est une chose ; mais nous refuser, comme nous l'avons fait en octobre 2000, les possibilités de légitimation historique de ce coup d'Etat en faussant le jeu ''démocratique'' par élimination des candidats (Bédié et Ouattara) réellement populaires et indiscutablement représentatifs à eux deux, de la part majoritaire de l'électorat, ce fut assurément là, une grossière méprise et imposture politiques que nous devions payer, tôt ou tard - les mêmes causes produisant les mêmes effets. Il n'y a pas de hasard en Histoire et en politique !
S'il est admis que le peuple fut vraiment soulagé du départ de l'ex-président de la République (encore faudrait-il le démontrer réellement par des statistiques), j'incline aujourd'hui à croire que ce même peuple aurait été davantage soulagé et même très heureux et tranquille que le prince ''détesté'' fût battu de manière démocratique, par le verdict des urnes. Les élections d'octobre 2000 nous donnaient vraiment l'occasion, mieux, la chance de ce ''réajustement politique'' et, conséquemment, nous offraient des possibilités de légitimation historique du putsch de décembre 1999. L'objectif essentiel de la transition n'était-il pas, comme nous le rappelle encore Laurent Gbagbo dans son discours du 29 décembre 1999 à ses militants, de créer les conditions d'une vraie démocratie en vue de l'organisation d'élections justes et transparentes ? Il disait aussi, Laurent Gbagbo : Je ne veux pas qu'on fasse le changement contre des Ivoiriens. Je veux que l'ensemble des Ivoiriens soit associé au changement et qu'on arrive à un Etat démocratique parce que nous avons les moyens de faire un Etat démocratique. Nous pouvons être un Etat démocratique et être un exemple en Afrique - c'est nous qui soulignons.
La belle profession de foi politique ! Le changement s'est effectivement fait contre d'autres Ivoiriens, avec l'approbation et la complicité du FPI ; et nous n'avons rien fait non plus pour donner de nous, cette image de pays de démocratie, exemplaire en Afrique, dont on se faisait pourtant le chantre : nous avons, bien au contraire, triché avec la démocratie, rusé avec l'Histoire " Conf. Tiburce Koffi, Côte d'Ivoire, l'agonie du jardin, Abidjan Néi-ceda.
Bref, sur conseils de M. Gbagbo, Robert Guéi a accepté de faire éliminer tout candidat susceptible de gagner la présidentielle de 2000 ; et Tia Koné a trahi l'éthique de sa profession en acceptant ce jeu dangereux qui a conduit la Côte d'Ivoire dans l'impasse que nous connaissons. On sait la suite de l'histoire : sur un tapis rouge sang et ensanglanté, par dessus le martyre des populations du nord massacrées par centaines dans les quartiers populeux d'Abidjan par les miliciens du FPI, M. Gbagbo gravissait les escaliers du perron qui le menait au trône ; l'homme venait de réaliser sa grande ambition : devenir Président d'une République ! Etre un jour, chef d'Etat. Les derniers témoignages de Boka Yapi (au Bénin) ont révélé et démontré comment les tueries d'octobre 2000 ont été panifiées et menées par les milices. Venance Konan (qui a eu le bonheur de ''tomber'' sur ce témoignage de qualité historique exceptionnelle), a déjà eu à publier des pans importants de ce document, à Fraternité Matin - du temps d'Honorat Dé Yédagne bien sûr ; la précision n'est pas inutile !

IV/ La culture de la violence
S'il y a bien une chose, une seule que Laurent Gbagbo a assimilée dans sa compréhension et lecture de la politique, c'est la prise en compte du facteur violence dans l'Histoire ; une violence qu'il a intégrée à sa vision et à son action politiques. Rien que sur le plan littéraire, son modèle n'est-il pas Soundjata Kéita ? Quand éclate la rébellion en 2002, quelles sont les premières paroles qu'il a lancées à l'endroit des insurgés ? M. Gbagbo a brandi l'épée contre l'épée. Lisez attentivement avec moi, ce qu'il écrit dans Soundjata :
" Je suis au pouvoir, j'y reste " (p.18).
Depuis qu'il a accédé au pouvoir, que dit d'autre Gbagbo, sinon, qu'il y reste ?
" Soumahoro est venu chez nous pour parler le langage des armes ; c'est par le langage des armes qu'il fallait lui répondre (p.27).
Conformément à ces propos écrits en 1979, c'est par le langage des armes qu'il décide effectivement de s'adresser à la rébellion, malgré les conseils de M. Bédié qui lui, proposait un dialogue direct avec les rebelles.
" Je ne suis pas de ceux qui chantent la paix
Alors que leurs peuples sont l'objet d'agressions quotidiennes " (p. 83).
Cette réflexion était une manière de désavouer le culte de la paix qui était un des fondements essentiels de la vision qu'Houphouët avait de la politique et de la cohabitation avec les pays alentours.
" Tu as pris le Manding par la force des armes
Nous le libérerons par la force des armes " (p.83)...
Ce fut effectivement son obsession : mettre fin à la rébellion par l'affrontement militaire. Mars 2004 signe les derniers échecs de cette vision offensive du règlement de la crise que connaissait notre pays.
Comme on le voit, chacune de ces citations est marquée du sceau de la violence. Chaque sortie de Gbagbo est aussi caractérisée par l'expression d'un ego inquiétant. Quand il parle du pouvoir, il dit " mon fauteuil ". On peut s'amuser à compter le nombre de fois où il parle de " son " fauteuil. Non, camarade Gbagbo : ce n'est pas TON fauteuil. C'est le fauteuil présidentiel ; un siège symbolique qui appartient à la République de Côte d'Ivoire (que tu n'as pas créée, mais que tu contribues plutôt à détruire). Il n'est pas à toi. Que cela soit clair une bonne fois pour toute dans ton esprit, camarade président !

V/ Un ego ridicule et peu sain

Laurent Gbagbo affirme dans cette interview : " C'est moi qui ai lutté pour la démocratie ; c'est moi qui ai fait de la prison… Des prisons… J'ai fait au moins quatre fois de la prison pour que nous ayons de nouveau cette démocratie. C'est moi qui ai été en exil pendant six ans et demi à Paris (…) Je suis là, et c'est moi qui ai ramené la démocratie par mon combat quotidien. Il faut que cela se sache ! "
Quelle vibrante proclamation d'amour de soi ! Quelle autoglorification ! Quelle infatuation ; et quelle énorme falsification et travestissement de l'histoire. Enfin, quelle récupération malsaine ! Non, que surtout personne n'essaie de me retenir : Jeunes gens de 15, 18, 20 ou 30 ans, je vous le dis tout net : cet homme ne dit pas la vérité. Et je me dois de rétablir la vérité historique qu'il transgresse de manière inacceptable. Oui, il a connu l'exil ; mais il n'a pas été le premier, ni le seul comme il le proclame. Bien avant lui, des Ivoiriens ont connu l'exil pour le combat en faveur du multipartisme, la démocratie et la souveraineté nationale. Mémel Foté a connu la prison et l'exil avant lui ; Françis Wodié, de même. Même après lui (Gbagbo), il y a eu Sahiri Léandre (un ami et camarade à moi qui vit toujours à Paris), Marcel Amondji, et bien d'autres dont les noms échappent, sur l'instant, à ma mémoire...
Le combat pour la pluralité d'expression n'est pas une invention ni une aventure intrépide de M. Gbagbo Laurent. Il y a eu, outre des prédécesseurs comme Gbaï Tagro (le plus intrépide d'entre tous à la fin des années 1970), des maîtres aussi qui ont semé ces idées et les ont fait prospérer. Précèdent encore Gbagbo dans ce combat, outre Mémel Foté, Désiré Tanoé (le maître de la pensée de gauche en Côte d'Ivoire), Françis Wodié, Doudou Salif, l'avocat Adam Camille, Désiré Ecaré, Barthélemy Kotchy, Oupoh Oupoh, Ngo Blaise, Bernard Zadi (son véritable maître - qui est aussi le mien), Samba Diarra, Kodjara, Amadou Koné et les figures légendaires et emblématiques des complots de 1963, parmi lesquels Bernard Zadi qui eut pour compagnon de cellule à Assabou, Jean Konan Banny, frère aîné de M. Charles Konan Banny. Bernard Zadi compte même au nombre des témoins de la mort d'Ernest Boka ; et Gbagbo n'a pas connu ces choses-là, qui figurent au nombre des moments les plus durs de la vie politique ivoirienne.
Oui, jeunes gens, celui qui vous tient ces propos compte au nombre des dernières mémoires libres de la gauche ivoirienne de la génération 1970-80, pétries entre les mains de nos maîtres universitaires que furent et demeurent les Pr Kotchy, Zadi, Wodié et Niamkey Koffi. Et je ne peux accepter que Gbagbo Laurent, devenu président de la République par un bégaiement de l'Histoire, falsifie l'histoire de ce combat épique pour lequel de nombreux ivoiriens ont fait tant de sacrifices.
Quand il a fui la Côte d'Ivoire, en 1982, à cause d'une petite colère d'Houphouët (pour aller se cacher en France et rédiger des tracts et un malheureux livre), nous sommes restés sur place, au pays, nos maîtres et nous, et d'autres enseignants courageux (comme Laurent Akoun, Ganin Bertin) qui étaient en avance sur nous dans le combat, et qui nous ont encadrés sur le terrain de la lutte syndicale et politique : Améa Jean, Patrice Nda, feue Jeanne K., Any Roger, Ndri Constantin, Josette Abondio, Guillaume Koffi Kouassi, Tapé Kipré,… Danho Eléonore, Jean-Paul Ndépo, Valérie Diby, Désiré et Honoré Adé, entre autres, comptent au nombre de ces combattants pour la cause ; et tous ont continué la lutte pour faire triompher le grand idéal qui nous avait nourris et que les refondateurs ont trahi aujourd'hui. Et nous nous sommes vraiment battus. Nous avons, nous aussi, fait la prison (la Sûreté nationale, la DST, la Maca), Séguéla ; nous avons connu la fourgonnette bleue des RG, les menottes, la séparation d'avec la famille, les interrogatoires, les suspensions de salaire, etc. Certains d'entre nous n'ont pas survécu aux maltraitances de Séguéla et ils sont morts quelques temps après notre libération : Appia Koménan, Traoré Yaya (paix à vos âmes, camarades !)…
Comment donc Laurent Gbagbo peut-il se permettre d'effacer toute cette histoire, tout ce combat collectif, pour ne parler que de sa personne ?! Quel (s) risques majeurs a-t-il pris que nous n'avons pris, nous autres qui sommes restés ici pour affronter la colère royale de Boigny-le-redoutable en ces temps là où, selon la belle expression du maître B. Zadi, " Le PDCI avait les dents rouges, grondait et crachait du feu comme dragon de nuit ? " Un chef d'Etat est-il Dieu pour (re) créer le monde à sa guise ? Si oui, que Gbagbo sache que les adversaires les plus farouches des hommes-dieux, ce sont les intellectuels libres et iconoclastes par option idéologique ! Et dans le cas précis de ce combat, j'en suis un. Non : tant que je serai vivant, tant que je ne serai pas devenu manchot, je ne laisserai aucune chance à M. Gbagbo et aux refondateurs de dire des contrevérités aux jeunes gens et de falsifier l'histoire des luttes libertaires de notre pays. Ca suffit !!!

VI/ La menace sur la Côte d'Ivoire
M. Gbagbo affirme : " En 1990, contre Houphouët, j'avais gagné les élections ". Ridicule ! Il sait très bien que personne, à part les zombies de son parti, ne le prend au sérieux. Ainsi, si je comprends bien, c'est M. Gbagbo, ex candidat à une élection, qui donne lui-même le résultat de cette élection, qui a été proclamé officiellement, il y a 18 ans ! Et sans aucune réelle contestation alors. Si M. Gbagbo peut se permettre une telle hérésie aujourd'hui, pourquoi ne se permettrait-il pas de proclamer lui-même les résultat du prochain scrutin présidentiel, comme il l'a fait d'ailleurs en 2000 ?
J'ai déjà eu à alerter les Ivoiriens sur ce qui va se passer à la prochaine présidentielle : Gbagbo s'est déjà proclamé vainqueur ! Vous êtes avertis. Le discours qu'il vient de dire sur sa prétendue victoire sur Houphouët signifie ceci : en 1990, j'ai battu le grand Houphouët ! Alors, ce ne sont pas vous, Alassane, Bédié ou Gnamien Konan… qui pouvez me contrarier. Il a répété à deux reprises cette phrase étrange : " Pourquoi je serais battu ? Pourquoi je serais battu ? " (2è colonne, p.3). Gbagbo a donc déjà annoncé sa victoire à la prochaine présidentielle. Et si les forces de résistance et de refus de ce hold-up électoral (qu'il vient d'annoncer) s'avéraient fortes, il créerait sa République, en faisant sécession. Ecoutez-le parler de… l'hypothèse de sa candidature ! Comme si cela devrait être une hypothèse qu'il soit candidat. M. Gbagbo prétend ne pas savoir s'il sera candidat ou pas ; il affirme que " c'est trop tôt pour le dire, pour le moment " (p.3, Col 1). M. Gbagbo a déjà eu à dire à Henriette Diabaté et aux candidats de l'opposition, de s'atteler à mener leurs campagnes électorales parce qu'il y avait longtemps que lui, était en campagne ! On peut retrouver les journaux où se trouvent ces propos. M. Gbagbo a déjà désigné ses directeurs de campagne qui, depuis belle lurette, sillonnent le pays et animent des meetings ; M. Gbagbo reçoit régulièrement ses clubs de soutien, leur donne de l'argent pour faire sa campagne électorale. Des tee-shirts sont même confectionnés à cet effet. Et M. Gbagbo affirme en toute sérénité qu'il ne sait pas encore s'il sera candidat, et qu'il n'a pas encore décidé ! On peut le dire : il se moque vraiment des Ivoiriens !...
Il y a tant à dire sur cette autre interview du dérapage de la pensée que vient de nous servir notre chef d'Etat qui, assurément, continue de porter un manteau (celui de chef d'Etat) qui n'est pas fait à ses mesures : ses réflexions sur la réfection des écoles françaises (qu'il a fait démolir par ses partisans ou ''patriotes'' enragés), sa lecture populiste et démagogique des accords de défense militaire avec la France, sa réflexion théorique sur l'agriculture, les acrobaties langagières sur le meurtre (vraisemblable) du journaliste Kieffer, les bégaiements maladroits et autres réfutations stupéfiantes sur le drame vécu par la communauté française en mars 2004, etc., tant et tant à dire. Mais il serait convenable de céder la parole à d'autres intelligences pour enrichir le débat. Qu'on me permette donc de fermer mon propos du jour en citant M. Gbagbo : " (…) Les hommes qui font de la politique doivent être toujours sérieux et toujours responsables (…) et les gens ne savent pas que les mots qu'ils prononcent peuvent amener à des débordements " (p.4, col 1).
M. Gbagbo, il y a longtemps que vous prononcez des mots mauvais et déplacés qui amènent à des débordements.

Tiburce Koffi,
Ecrivain, enseignant,
Membre fondateur et porte-parole
du Mouvement pour le Néo-houphouétisme (MN.-H)
Tél : (00225) 02-11-10-11
tiburce_koffi@yahoo.fr
http//tiburcekoffi.blogspot.com


Tirbuce Koffi à propos des manifestation contre la cherté de la vie à Abidjan : “Les femmes ont indiqué la voie de la libération”
A toi la femme anonyme
A toi la femme des travaux pénibles
A toi la ménagère de Yop-la-misérable
Et toi aussi, la vendeuse d`Abobo-la-sale
A toi la putain généreuse de Treich-la-vile
Et à toi aussi, l`ouvrière matinale de Vridi
Comment ne pas te nommer, toi brave Mamie de Cocody
Et toi, la maquisarde endurcie de Koumassi
Femmes de Marcory, femmes de Port-Bouët \
Femmes d`Attécoubé, femmes d`Adjamé
Femmes de mon pays
Femmes de ma Côte d`Ivoire en péril
A vous, ces femmes d`hier, d`aujourd`hui, de demain
Que je vous salue, vous salue, enfin !!!
Il me faut justifier cette ode peu adroite qui ne cadre pas du tout avec le climat formel d`une chronique de journaliste. Comme de nombreux Ivoiriens en ce moment absents du pays, j`ai appris, par la voie des ondes, la bienfaisante nouvelle du soulèvement des femmes de Côte d`Ivoire, qui ont colonisé les trottoirs d`Abidjan au cours des journées du lundi et du mardi, pour protester contre la hausse des prix. Journées folles m`en a-t-on dit. Journées de révolte, de refus de l`inacceptable, serait-il plus exact d`en dire. Et il m`a plu de célébrer cette manifestation qui, plus que l`expression d`un mécontentement ponctuel, épouse, à mon sens, les allures d`un combat de libération, dans un pays où les actes de régression de la démocratie ne se comptent plus. Et voici donc mes femmes-ivoires sur les trottoirs d`Abidjan. Les trottoirs, non pas pour y exhiber comme naguère au cours des nuits de vice, quelques corps marchands, mais pour y dire la seule parole qu`il sied que disent des êtres opprimés par les besoins quotidiens : se laver, se nourrir, s`habiller, se déplacer. Non, pas même se distraire, ni s`instruire, mais tout simplement se laver, se nourrir, s`habiller, se déplacer ; c`est-à-dire, répondre aux besoins premiers qui fondent l`être humain dans sa donne la plus naturelle… la plus primitive. On retiendra donc que les femmes ivoiriennes ont crié leurs misères, leurs ras-le-bol de ces hausses régulières des prix des denrées premières ; et c`est juste et bon que ce soient elles qui l`aient fait, respectant en cela le rôle que la société leur a toujours reconnue : veiller à la conservation des valeurs essentielles de la famille et du foyer quand l`homme (qui s`est octroyé le titre, pas toujours mérité, de chef de famille) a prévariqué en trichant avec le grand devoir citoyen. Alors, comme cela est souvent arrivé dans l`histoire, les femmes ivoiriennes ont pris leurs responsabilités : deux jours de manifestation ; deux jours d`expression légitime de leur mécontentement. Le roi a alors daigné annoncer des mesures sociales pour les apaiser ; plus exactement, pour apaiser le peuple. C`est un des aspects importants de ces moments forts que les Abidjanais viennent de vivre. Et c`est cet aspect qui s`offre à mon intelligence critique. Il y a en effet, quelques trois ou quatre mois, " le roi-fêtard1" de ce pays disait, plein de suffisance et de mépris pour les pauvres ivoiriens (désormais ses sujets2), qu`il entendait les supplications de la population qui croulait sous le poids de la misère ; mais qu`il n`y pouvait rien, car il ne pouvait pas suivre deux écureuils à la fois ; or, l`écureuil qui l`intéressait, lui, c`était l`écureuil " élection ". C`est pourquoi ce qui le préoccupait, c`était la sortie de crise. Je ne m`attendais donc pas à l`observer intervenir dans le débat social actuel au point de le voir ``monter au créneau`` (comme on dit) pour calmer la fureur des femmes. Rendons-lui justice : les propos qu`il a tenus (du moins ceux que j`ai entendus sur rfi-la-mal-aimée des refondateurs) m`ont paru sages, responsables, quelque peu rassurants, voire rassurants. Oui, être à l`écoute du peuple, être attentif à ses souffrances, et prendre des mesures pour le soulager un tant soit peu de ses soucis les plus cruciaux, voilà comment doit se comporter un chef, et non point comme un fêtard habité par l`Esprit du dimanche. Cette virée à la rue Princesse, avec un ministre français !!! Comme si un chef d`Etat de France distrairait de son temps pour accompagner son homologue africain à Pigalle ou à Barbès, une nuit d`envies lubriques !!! Et après cela, on s`étonnera que les ``petits Blancs`` ne nous prennent pas au sérieux, et on viendra crier encore à la revendication de notre dignité bafouée, de notre souveraineté…, etc., etc. N`importe quoi !!! Le second aspect de cette crise sociale (oui, c`en est une), est le comportement des forces de l`ordre. J`ai appris sur rfi qu`il y a eu un mort au cours de ces diverses manifestations. Inclinons-nous sur la dépouille de cette énième victime du régime des refondateurs. La comptabilité macabre continue donc sous le règne de ces étranges faiseurs du bonheur du peuple. Un mort ! J`avais craint le pire - ce régime nous ayant habitués à plus de morts que cela. Un mort. C`est toujours, certes, une tragédie, dans la mesure stricte où la mort - cessation du souffle divin qui nous habite - marque la fin absolue de l`existence d`un être ; mais deux jours de manifestations de cette ampleur, sous la refondation, auraient débouché, il y a de cela une ou deux années, sur des tueries en masse… des centaine de morts. Ce qui n`a pas été le cas pour les récentes manifestations qui furent pourtant de grande envergure.

Le temps de l`alliance nationale ?

Il y a donc, selon moi, de quoi féliciter nos forces de l`ordre, non pas pour n`avoir tué qu`une seule personne, mais pour n`avoir pas versé dans la barbarie et les excès de tueries que commettent souvent, dans ce genre de situations, les Corps habillés des pays sous développés, dans l`accomplissement de leurs devoirs civiques et républicains : assurer à tout prix l`ordre ; en pratique, cela signifie : veiller au maintien du pouvoir. Peut-être que l`heure de la grande réconciliation entre le peuple ivoirien et ``ses`` Corps habillés approche ; cette heure où, fatigués eux aussi des manquements de ce régime qui n`en finit pas de piller notre pays, habités soudain par la conscience de leurs devoirs républicains (devoirs qu`ils ont souvent trahis), nos policiers, nos gendarmes et nos militaires uniront leurs forces républicaines à celles, nationales, des milliers de désespérés et de déçus de la refondation, qui espèrent en une fin rapide de ces prédateurs... Ce qu`il faut retenir pour l`heure, c`est la victoire des femmes ivoiriennes sur la peur de la répression. Ce qu`il faut retenir aussi, c`est le sens de l`anticipation du chef de l`Etat qui, en politicien avisé, sait que les manifestations (apparemment mineures) de cette nature, finissent toujours par emporter les régimes peu vigilants. Ce qu`il faut retenir enfin, c`est que notre chef a peut-être compris que l`obsession des élections ne doit pas l`empêcher de veiller au bien-être du peuple : après tout, le but des élections, c`est d`obtenir du peuple, le droit de le diriger...
Les femmes ont donc dit non à l`inacceptable et, conséquemment, elles ont indiqué la voie à suivre à tous ceux d`entre les nôtres qui couvent en eux un potentiel de refus à exprimer dans ce pays qui se meurt chaque jour, sous l`action toxique d`une ``dirigeance`` mauvaise. Le courage de ces femmes doit pouvoir faire tache d`huile, car il y a encore tant et tant de situations inacceptables à dénoncer, tant de cris à pousser encore, tant d`incongruités et d`anormalités à refuser dans notre pays : l`école déstructurée, les structures sanitaires sous équipées, les détournements de fonds réguliers, l`argent fou, le terrorisme d`Etat, l`insalubrité, la mort de l`éthique, la prostitution galopante, l`alcoolisme en milieu scolaire, la corruption légalisée, la gestion triste et occulte de nos matières premières (café, cacao, pétrole, gaz, le bois, le diamant, etc.), la sombre culture de la luxure dans laquelle plonge ce pays ; par-dessus tout, le ``je m`en foutisme`` du chef, le populisme outrancier qui guide son agir politique, sa promptitude à dévaloriser l`institution républicaine et l`image de la Côte d`Ivoire. Oui, du strict point de vue de la qualité de la fonction et des responsabilités qui sont celles d`un chef d`Etat, cette virée nocturne à la rue princesse avec M. Jack Lang, reste un sommet de l`indécence, une énorme gourde administrative : la manifestation indiscutable du peu de considération que le chef d`Etat ivoirien a souvent eu à exprimer pour le Protocole d`Etat qui fut, hier, sous Houphouët, un des points essentiels de la qualité étatique de notre pays. Je le répète à l`envie et au besoin : à l`image de nombreux chefs d`Etats africains, M Gbagbo, ne sait pas très bien ce que c`est que l`Etat, dans ses données conceptuelles et symboliques. Pour nombre d`entre eux, comme M. Gbagbo, " l`Etat est une chose que le Blanc a oubliée en Afrique, en partant 4". Aussi pour nos chefs, la fonction de chef d`Etat se résume-t-elle aux budgets faramineux de souveraineté qu`ils peuvent s`octroyer au mépris des besoins de leurs peuples, aux licences ludiques et charnelles qu`ils s`accordent, à la culture de la jouissance, au culte de la personnalité, à l`obsession de la conservation du pouvoir, au plaisir démoniaque de la transgression ; mais jamais aux interdits ! Jamais aux renoncements. Or, un chef, un véritable chef, doit accepter de renoncer aux plaisirs populaires auxquels cède facilement le citoyen grossier et fat. Diriger, c`est apprendre à renoncer à soi. Mais ça, c`est trop en demander à M. Gbagbo et aux rois nègres !
En tout cas, personne ne saura me prouver que c`est à la rue Princesse - l`espace des résidus et des improductifs de notre société - que se trouve l`image qualifiante et qualitative de la Côte d`Ivoire. Et comme je comprends la superbe indignation du Pr Alassane Salif Ndiaye qui nous a gratifié d`un papier magistral - la conférence du professeur ! - sur cette question. Merci Professeur, de nous avoir ramenés au souvenir des Belles lettres et des combats intellectuels pour la survie des valeurs essentielles que doit cultiver l`élite d`une société ! Sublime ! Après tout, être un intellectuel, ce n`est rien d`autre que cela : ne jamais renoncer à défendre ces valeurs-là, sans lesquelles, un peuple n`a plus d`âme ; ne jamais renoncer à faire usage de la plume pour rappeler aux princes prévaricateurs, leurs vrais devoirs, et les ramener sur le chemin des choses droites. Oui, les vêtements de chef d`Etat sont, visiblement, trop contraignants pour M. Gbagbo. Prenons-en acte, Ivoiriens, et attelons-nous à le défaire de ce manteau de Nessus… pour lui rendre service. Tuez donc en vous la peur, gens de mon pays. Osons chaque jour un peu plus, si nous voulons vraiment mettre fin à nos misères collectives dues aux désespérances de ce régime malhabile. A cet effet, je vous invite à méditez sur ces deux belles citations que je vous propose, pour aujourd`hui : " Ce n`est pas parce que les choses sont difficiles que nous n`osons pas, c`est parce que nous n`osons pas qu`elles sont difficiles4 ". La seconde nous vient de Gustave Le Bon : " Un dictateur n`est qu`une fiction. Son pouvoir se dissémine en réalité entre de nombreux sous dictateurs anonymes et irresponsables dont la tyrannie et la corruption deviennent bientôt insupportables."
Il ne fait plus aucun doute que, pour le peuple ivoirien, l`heure de l`insupportable et de l`inacceptable a sonné. Merci, femmes de mon pays, d`avoir indiqué le chemin de la libération.
Femmes de mon pays
Femmes de ma Côte d`Ivoire en péril
A vous, ces femmes d`hier, d`aujourd`hui, de demain
Oui, je vous salue, vous salue, enfin !!!

De Paris, Tiburce Koffi
(00336) 1602-3953
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Tiburce Koffi répond à l`interview de Soro Guillaume dans JA: "Vous avez indiscutablement échoué"
vendredi 28 mars 2008 - Par Le Repère - Dans sa livraison du 16 au 22 mars 2008, Jeune Afrique nous a permis de lire une interview de l`actuel Premier ministre de Côte d`Ivoire, Soro Guillaume. Le texte, intitulé "Les vérités de Guillaume Soro", a dû retenir l`attention de nombreux Ivoiriens qui, comme moi, s`intéressent de très près à la politique qui a cours dans leurs pays. Cette interview, quoique professionnellement bien menée (en ce sens qu`elle a veillé à toucher à des questions essentielles de la vie politique des Ivoiriens, en plus du fait que le journaliste n`a, à aucun moment de sa démarche, franchi la ligne de neutralité indispensable à la conduite d`une interview), mérite cependant qu`on s`y arrête pour questionner encore les réponses non satisfaisantes, poser les questions non posées, et dire le discours, libre, que le cadre d`une interview ne pouvait accorder au journaliste. Commençons par n`importe lequel des points abordés.
1 - De l`accord de Ouaga

M. Soro, à l`instar du chef de l`Etat Laurent Gbagbo, en est satisfait - le contraire aurait d`ailleurs étonné plus d`un ivoirien. Je note pour ma part la concomitance de leurs propos, comme s`ils s`étaient entendus pour faire diffuser dans des organes différents, ces satisfecits qui jurent cependant avec la réalité des faits et les sentiments de la population. Je rappelle que le but ultime de l`accord de Ouaga au terme de sa durée, était d`amener le peuple ivoirien aux urnes, à l`issue de la réalisation de plusieurs étapes définies par un échéancier clair et précis. On sait qu`aucune de ces échéances n`a été respectée ; mais on sait surtout que la durée de cet accord a expiré sans que son but ultime soit atteint. En matière d`évaluation, on appelle cela " objectif non atteint ". Par rapport à l`horizon d`attentes et d`espoirs suscités par cet accord, on dit tout simplement qu`on a échoué.
Un échec que l`on pourrait expliquer ou même excuser ; toujours est-il que c`est un échec parce qu`on n`a pas atteint l`objectif qui, je le répète était de faire se tenir les élections. Pourquoi et comment donc MM. Soro et Gbagbo, peuvent-ils nous abreuver de satisfecits et nous faire croire que Ouaga a rempli la mission qu`il s`était donné ? Pourquoi ne pas reconnaître objectivement cet échec, en déterminer froidement les causes et tirer sereinement les conséquences de cette situation afin d`en envisager une meilleure approche ?

Les raisons que M. Soro énumère pour justifier ce satisfecit m`ont paru (et pour le moins) discutables : ce sont, entre autres d`importance moindre, la qualité des membres du gouvernement, la délivrance des 380 000 jugements supplétifs, la désignation de " Sagem Sécurité " comme opérateur technique pour l`identification et l`inscription de la population sur les listes électorales, la visite du chef de l`Etat au Nord ; enfin, le démantèlement de la zone de confiance. Examinons ces raisons.

M. Soro note : " Le gouvernement que je dirige a une particularité : il est composé de représentants des six plus grandes forces politiques du pays. Prétendre que cette équipe a échoué revient à dire que l`ensemble de la classe politique ivoirienne a échoué. " Pour tout ivoirien, il ne fait aucun doute que la classe politique ivoirienne a effectivement échoué ; et il n`y a vraiment que M. Soro seul, pour soutenir la thèse contraire. La matérialisation indiscutable de cet échec est ce pays délabré physiquement, économiquement et surtout, sur le plan éthique. Mais, pour tout ivoirien, la preuve la plus parlante de l`échec de la classe politique ivoirienne est cette rébellion qui a balafré le pays, meurtri le corps, l`esprit et l`âme de ses habitants ; cette rébellion dont un des porte-parole se nomme Soro Kigbafori Guillaume. Et il est plus que jamais important que ce dernier sache que, n`eût été la peur de se faire tuer par les rebelles (qui tiennent toujours sous le joug des armes nos populations du Centre, du Nord et de l`ouest montagneux) et par les hommes de Gbagbo (qui sévissent en zones sous contrôle gouvernemental), il y a longtemps que ce peuple, las des inconduites et irresponsabilités de cette classe politique, aurait envahi les pavés pour hurler à la face du ciel, son refus, tout son refus de la voir présider encore aux destinées de ce pays.

Oui, M. Soro Guillaume, je puis vous dire et redire que le peuple de Côte d`Ivoire est vraiment fatigué de cette classe politique qui a ECHOUE, en signant son passage par mille et un manquements civiques, étatiques et éthiques. N`entendez-vous pas les ritournelles des chansons zouglou qui, presque toutes aujourd`hui, se font l`écho des déceptions de ce peuple las de vos turpitudes traumatisantes et improductives ? Moi, j`entends chaque jour remonter vers moi, les plaintes et souffrances de toutes les populations de Côte d`Ivoire, même celles du Nord - qui se sont enfin réveillées de l`illusion de l`ordre nouveau que vous leur aviez promis hier, en venant secouer la Côte d`Ivoire des clameurs de vos kalachnikovs. Oui, M. Soro, cette classe politique a indiscutablement échoué !

De la délivrance des 380.000 jugements supplétifs

Je me demande bien si M. Soro réalise la gravité des propos qu`il a tenus, à ce sujet : était-ce pour un objectif aussi chétif que celui-là, que l`on a fait tout le tintamarre de l`accord de Ouaga ? Etait-ce pour délivrer 380 000 malheureux jugements supplétifs à des gens de ce pays, que l`on a pris les armes contre ce régime et la Côte d`Ivoire ? Il me plaît de rappeler aux Ivoiriens, aux rebelles (ou ex-rebelles) surtout, et particulièrement à M. Soro Guillame, que M. Charles Konan Banny, qui n`avait pourtant rien à voir dans cette sale crise qui nous a tous éclaboussés, était allé plus loin que lui dans l`acte de délivrer ces pièces : sous la primature de M. Banny, les audiences foraines devraient, en effet, être sanctionnées de manière concomitante, par la délivrance d`un certificat de nationalité, afin de gagner du temps pour la tenue des élections certes, mais aussi et surtout, afin de réparer, concomitamment, la grave injustice qui avait engendré la rébellion : la citoyenneté ivoirienne refusée à des milliers d`entre les nôtres, victimes d`une méchante discrimination administrative.

Or, que constatons-nous aujourd`hui sur cette question ? Apparemment, M. Soro Guillaume, affiche moins d`ambition que M. Banny. Je comprends donc que M. Gbagbo puisse être content et même fier de lui ; mais que Soro en soit lui-même satisfait, cela me paraît une attitude curieuse …

N`est-il pas " déçu par le faible nombre de jugements supplétifs délivrés par les audiences foraines " - c`est le journaliste qui pose la question ? " M. Soro répond : " Ce sont ceux qui ont fait les estimations au départ qui doivent les revoir à la baisse. " Oui, vous avez bien lu.
Question à la réponse : qui a fait ces estimations ? Pas M. Gbagbo ni le FPI, en tout cas. Mais bel et bien ceux qui ont pris les armes, ou bien alors ceux qui ont armé les bras des enfants de ce pays. Le Premier ministre Guillaume Soro, à l`exercice du pouvoir, veut-il nous dire par là que ses compagnons d`armes et lui s`étaient trompés ? Est-il alors en train d`inviter la rébellion à revoir ses ambitions à la baisse ? Qu`il le dise donc, clairement ! Qu`il le confesse alors, avec les mots du contrit, et qu`il achève de disqualifier cette hussarderie d`une nuit blafarde de septembre 2002 qui n`a que trop duré.

Le démantèlement de la zone de confiance

M. Soro fait aussi du démantèlement de la zone de confiance, un acquis positif de l`accord de Ouga, car selon lui, " la zone de confiance (…) divisait le pays en deux ". Le propos est gravement falsificateur. Rectifions donc les choses. Non, ce n`est pas la zone de confiance qui (a divisé) ou divisait le pays en deux. C`est la REBELLION QUI DIVISAIT et DIVISE toujours le pays en deux. Et ceci n`est pas une nuance, ni une vaine métaphore : c`est cela la réalité. La preuve de ce que je dis là, est que, depuis, le 16 avril (bientôt un an donc) que cette zone de confiance a été démantelée, les rebelles contrôlent toujours les zones qu`ils occupent, continuent de prélever des impôts, gardent leurs privilèges de seigneurs de guerre. Récemment, le général Bakayoko a lancé un appel clair et sans équivoque aux rebelles en les invitant à ne pas libérer les maisons qu`ils occupent indûment depuis 2002.
Pour nous Ivoiriens, la division du pays, c`est cela : cette gestion duelle de notre pays, cette administration fantaisiste et bâtarde, ces deux légalités à la fois formelles (la zone sud) et informelles (la zone sous contrôle des rebelles). Et, tant qu`au démantèlement de la zone de confiance, ne succédera pas le désarmement total et effectif de la rébellion et des milices armées de M. Gbagbo, tant que l`administration du pays entier se fera dans l`acceptation complaisante et anti-républicaine de la présence illégale des rebelles aux postes de commandes, le territoire ivoirien n`aura pas été réunifié.
Pour avoir été ministre d`Etat dans le gouvernement de M. Banny, M. Soro sait très bien que le démantèlement (qui ne posait aucun problème) de la zone de confiance était inscrit dans le programme d`action de l`ex Premier ministre. Mais, et à l`inverse de la démarche de la paire Gbagbo-Soro, M. Banny concevait ce démantèlement (facile à faire) comme un des points de l`apothéose qui sanctionnerait la paix vraiment retrouvée (par le désarmement effectif) de la rébellion et des milices de la zone gouvernementale. Le démantèlement de la zone de confiance n`est donc pas un acquis de l`accord de Ouaga. Il était déjà un acquis sous M. Banny. Evitons la récupération facile.

2 - De la violation de droits de l`homme et des exactions commises par la rébellion et dénoncées par Humain Right Watch et le Haut Commissariat de l`ONU.

Interpellé par le journaliste sur les violations des droits de l`homme par les rebelles, M. Soro dit ceci : " Je regrette la façon sommaire dont ces organismes travaillent : la rébellion ivoirienne n`a jamais coupé de bras, ni violé, ni creusé des charniers ". Pour peu, M. Soro nous dirait que la rébellion n`a jamais tué ! Comme c`est triste ! Allons, comment faut-il expliquer à notre Premier ministre pour qu`il sache que tuer des civiles désarmés est un acte de violation des droits de l`homme ? Et que cela justifie une interpellation de l`ONU et des organismes humanitaires ? Les Escadrons de la mort du camp présidentiel, tout aussi dénoncés par L`ONU, n`ont jamais non plus, violé, ni coupé de bras. Leurs crimes sont-ils moins des crimes pour autant ?

M. Soro doit faire l`effort de comprendre que l`inacceptabilité d`un crime n`est pas fonction du bras, de l`oreille ou des testicules de la victime que le criminel a laissé (s) intact (s) (sans doute pour d`insolites raisons esthétiques), mais du principe même du crime ; c`est-à-dire l`acte de tuer un homme, d`ôter (pour quelque raison que ce soit) la vie à notre semblable. C`est un acte prohibé par toutes les cultures du monde, du plus lointain de notre Humanité naissante, aux âges avancés d`éclaircie morale. Malgré nos égarements actuels, nous Ivoiriens, sommes, après tout, des gens civilisés, bons et gentils ; nous n`avons pas de tradition du crime. Cette guerre fut un malheur qui nous est arrivé, et nous devrions en être gênés. Nous n`avons pas à chercher à justifier des tueries, ni à établir une hiérarchie esthétique dans les manières de tuer.

Et puis, en réalité, les viols de la rébellion ne se content plus : les dépositions des rescapées de l`enfer de Bouaké, de Béoumi, de Sakassou, Monoko Zohi, de Guitrozon, etc., et des contrées saccagées et soumises par la rébellion, sont encore dans nos mémoires. Nous les avons entendues à l`Assemblée nationale, et en direct. Peut-être que M. Soro ignore l`existence de ces documents audiovisuels qui font partie des archives de la rébellion. Et nous sommes un certain nombre de (vrais) patriotes ivoiriens, hier membres du ``bois sacré``, à savoir où elles se trouvent.

La rébellion du Nord a fait aussi des charniers - c`est connu. Quoi ! Ces hommes qui sont morts, étouffés dans un conteneur surchauffé sous un soleil canaille de Korhogo, ces gendarmes désarmés et exécutés froidement à Bouaké, puis enterrés dans une fosse commune, tous ces cauchemars de notre septembre noir de 2002, relèvent-t-il d`une banale esthétique fictionnelle ? Non, M. Soro, non !

3 - Du pillage des mines de diamant de Séguéla


J`avoue qu`ici, M. Soro m`a sidéré dans la réponse qu`il a donnée au journaliste. Lisez-la : " Le diamant a toujours été exploité par la population et par des trafiquants. Bien avant la crise. J`ai dis aux Forces impartiales que je suis prêt à faire surveiller cette mine si elles me le demandent ".
Si je comprends bien, M. le Premier ministre de la République indépendante et souveraine de Côte d`Ivoire, attend des Forces impartiales, qu`elles lui disent de prendre des mesures pour faire arrêter le pillage des richesses du pays qui est placé sous sa primature ! Question : sont-ce les Forces impartiales qui ont demandé aux rebelles de piller le diamant ivoirien pour le vendre dans les pays limitrophes ?

4 - De ses liens avec des chefs d`Etat africains

Ici, M. Soro décline l`affection et l`amour que ces chefs d`Etat éprouvent pour lui. Il dépeint le Président Blaise Compaoré sous les traits d`un patriote africain " (qu`est-ce que cela signifie ?) " qui a une véritable vision de l`avenir ! " Je ne sais pas s`il est possible (à part chez les géomanciens) d`avoir une ``vision du passé``, et à quoi cela correspondrait. M. Soro nous dit aussi sa fierté de compter au nombre des filleuls bien-aimés du Président Bongo. Ecoutez-le nous en parler sur des notes attendrissantes qui feraient pleurer de repentir, plus d`un opposant gabonais : " Il faut approcher Omar Bongo pour saisir toute sa dimension (…) Il n`a rien à voir avec la caricature que les journaux occidentaux font de lui (…) Il s`est pris d`affection pour moi et me traite comme son propre fils. Je me réjouis de cette relation. "

Demandons tout simplement à M. Soro s`il est sûr que le gentil Président Bongo se prendrait d`affection pour un jeune gabonais qui déclencherait une rébellion armée contre l`institution présidentielle gabonaise ! J`en doute. Tout comme je doute fort que le Président Bongo puisse présenter Soro à la jeunesse gabonaise comme exemple de jeune à imiter ! Je suis même certain que le M. Bongo a pris soin d`expliquer aux leaders d`associations de jeunes de son pays, qu`il ne faut surtout pas suivre l`exemple de ce garçon (Soro) qui a divisé son pays en deux et en a retardé la marche !!!

Ecoutez-moi, monsieur Guillaume Soro Kigbafory : du haut de mon droit et devoir d`aîné et d`enseignant (parce que je suis votre aîné et votre professeur), je vous le dis fort, et sans aucun tremblement de la plume : " Vous êtes naïf ! "… comme dirait l`autre que vous avez… banni ! Si tous ces gens (Bongo, Compaoré, Wade, Biya…), vous aiment, c`est tout simplement parce que vous avez créé des problèmes à votre pays la Côte d`Ivoire, dont ils jalousaient, tous, la réussite économique. Grâce à vous, ils peuvent, enfin, eux aussi, rêver de grandeurs, ou au moins, espérer réduire le fossé qui séparait la Côte d`Ivoire d`eux. Grâce à vous, la Côte d`Ivoire est sur le point de perdre le leadership dans la sous région. Votre rébellion les arrange donc, M. Soro…

Non, aucun d`entre ces chefs d`Etat qui vous vouent aujourd`hui amour et affection, ne souhaiterait avoir dans son pays, un jeune qui suivrait votre exemple ; parce qu`en réalité, à leurs yeux, vous êtes un mauvais exemple. Vous n`êtes bon que parce que vous détruisez la Côte d`Ivoire et que vous détestiez/détestez Gbagbo… qu`ils détestent, eux aussi. Et vous savez, moi, de même, pourquoi ils le détestent/détestaient : parce qu`au départ, Gbagbo n`avait pas voulu être comme eux. (...) C`était le temps de ``mon`` bon Gbagbo``, le Gbagbo que j`avais suivi. A présent, c`est réglé : Gbagbo a décidé d`être comme eux ; c`est-à-dire, être un prédateur de son pays, un facilitateur de détournements de deniers publics, d`enrichissements illicites, un partenaire idéal pour le vampirisme des ultra libéraux qui pillent et ravagent le continent africain (…) ; bref, un serviteur tropical de la bourgeoisie comprador. Pis : un roi nègre… comme les autres. Un bon roi nègre, avec le goût farfelu du luxe, la propension à l`amusaille, la fragilité face à l`argent et aux compromissions faciles, le culte de la personnalité, la tentation de l`autocratie - les présidents nègres, tout bon président nègre qui se respecte, est un autocrate affirmé et… aimé par son peuple !
Voilà, cher cadet, ce que sont vos modèles. A votre âge biologique (36 ans) ! L`enseignant et l`aîné que je suis, peuvent vous le redire d`autorité.

5 - De ses ambitions politiques


M. Soro nous dit : " S`il y quelqu`un qui veut que les élections se tiennent au plus vite, c`est moi. L`accord de Ouaga m`interdisant d`être candidat, j`ai hâte d`être au lendemain du scrutin pour pouvoir enfin exprimer mes ambitions pour mon pays (…) Vivement les élections qui vont clore un cycle politique et ouvrir la voie à de nouvelles générations ".

Ces propos montrent clairement les insuffisances théoriques de M. Soro dans la lecture de sa propre trajectoire et de l`histoire politique d`un pays. Il croit, en effet, qu`il appartient à la génération future d`hommes politiques ivoiriens, porteurs d`espérances nouvelles et nourries d`utopies originales. Il ne sait pas qu`en réalité, dialectiquement et sur le plan historique, il appartient à la génération présente de politiciens enragés et ravageurs qui ont porté le deuil au cœur de la Côte d`Ivoire, et dont les Ivoiriens ne veulent plus. Il croit, tout naïvement, que l`âge biologique se confond avec l`âge politique.

Nous avons le droit et surtout le devoir, d`instruire l`élève et le cadet sur ces choses précieuses et subtiles qui ont (inévitablement) échappé à sa sapience. Non, M. Guillaume Soro Kigbafory, vous n`appartenez plus à une nouvelle génération d`hommes politiques ivoiriens. En réalité, sur le plan politique, vous êtes contemporain de Gbagbo, Bédié, Ouattara, Mme Diabaté, Wodié. Vous appartenez déjà à un âge politique qui (et là, je l`admets avec vous) est dépassé, et dont les Ivoiriens ne veulent plus.

La contemporanéité dont je parle ici n`est pas biologique ; elle est psycho mentale et historique. Lorsque vous aurez le temps de vous faire enseigner un tout petit peu les lois de la dialectique, vous comprendrez cela : votre champ de conscience historique est, en réalité, le même que celui de MM Gbagbo, Bédié, Bongo, Ouattara, Biya et autres. Le fait même que vous soyez le filleul de chacune de ses personnalités politiques est, à cet égard, significatif ; mais c`est encore plus significatif et même dramatique que ces personnalités-là, soient vos modèles.

Enfin mon dernier conseil : cherchez, jeune homme, à vous repentir pour tout le mal que vous et vos adversaires et partenaires avez fait à cette terre de Côte d`Ivoire, avant de songer à en devenir un jour le chef. C`est un conseil d`Initié aux choses de l`ombre. Si vous ne suivez pas ce conseil, jeune homme, vous finirez mal. Très mal, je vous le dis.

De Paris, et en lutte pour la libération et la renaissance de mon pays…

Tiburce Koffi
Ecrivain, enseignant
tiburce_koffi@yahoo.fr
Blog. http://tiburcekoffi.blogspot.com
 
La Présidentielle 2008 vue par Tiburce Koffi : “Les menaces d`un rendez-vous de l`apocalypse”
  dimanche 16 mars 2008 - Par Le Repère
Comme il y a de cela trois ans (à l'approche d'octobre 2005 ? la redoutable échéance1), la fièvre de la présidentielle à venir s'est saisie des différents protagonistes de la crise ivoirienne. Ici et là, on affûte les armes, au figuré comme au propre. C'est que, sous nos cieux de pays sous développés économiquement et mentalement, les échéances électorales sont avant tout, des rendez-vous avec la belligérance : menaces, jurons, armes, proclamation anticipée des résultats, atmosphères d'inquiétude, cris dans la nuit striées de revendications et de protestations, policiers tirant sur des foules aux mains nues, un dictateur tricheur (comme en savent fabriquer les tropiques), le regard illuminé, en appelant à l'extermination de l'ennemi pour la défense de la légalité républicaine et de la patrie en danger ; puis, après les massacres, tendant la main à l'opposition pour la composition d'un " Gouvernement de Réconciliation nationale " ou de " large ouverture " (encore des nègreries). Au bout de la chaîne, une Communauté internationale lasse de tous ces mauvais scénarios nègres…
Comme il y a de cela trois ans (à l'approche d'octobre 2005 ? la redoutable échéance1), la fièvre de la présidentielle à venir s'est saisie des différents protagonistes de la crise ivoirienne. Ici et là, on affûte les armes, au figuré comme au propre. C'est que, sous nos cieux de pays sous développés économiquement et mentalement, les échéances électorales sont avant tout, des rendez-vous avec la belligérance : menaces, jurons, armes, proclamation anticipée des résultats, atmosphères d'inquiétude, cris dans la nuit striées de revendications et de protestations, policiers tirant sur des foules aux mains nues, un dictateur tricheur (comme en savent fabriquer les tropiques), le regard illuminé, en appelant à l'extermination de l'ennemi pour la défense de la légalité républicaine et de la patrie en danger ; puis, après les massacres, tendant la main à l'opposition pour la composition d'un " Gouvernement de Réconciliation nationale " ou de " large ouverture " (encore des nègreries). Au bout de la chaîne, une Communauté internationale lasse de tous ces mauvais scénarios nègres…

Voilà ce que sont que les élections, en Afrique ? l'Afrique noire, précisément. Et c'est ce que la Côte d'Ivoire de Gbagbo, de Bédié et d'Alassane s'apprête à nous servir sous peu : une consultation tendue, crispante, présage d'une élection calamiteuse et inévitablement conflictuelle. Une élection dangereuse surtout, qui s'offre à mes yeux comme un tragique rendez-vous de l'apocalypse.

A mon avis, et selon toute vraisemblance, ces élections connaîtront trois phases : la première verra se dérouler le plan des refondateurs pour accaparer le pouvoir ; la seconde exposera les scènes classiques qui ornent les décors des élections ''nègres'' : le tableau des tueries (planifiées par le camp présidentiel) ; la troisième dévoilera l'ultime plan qui mettra en relief ce que j'appelle " la folie de Gbagbo " : l'annonce d'une sécession par la création d'un gbagbo land à l'Ouest où le reste de ses troupes va se replier ? en cas de résistance farouche des forces de refus du hold-up électoral qu'il s'apprête à faire ? pour rejoindre le gros des Forces armées du nouvel Etat (L'Eburnie) qu'il aura créé. Rappelez-vous qu'en janvier 2006, il a dit (voir Frat. Mat) que lui aussi créera sa rébellion quand d'autres régimes lui succéderont, en représailles aux contrariétés qu'il a subies durant ses mandats. Dans un cas comme dans un autre, nous sommes au seuil de l'apocalypse et, au-delà les apparences, jamais autant qu'aujourd'hui, notre pays n'a été aussi près du gouffre.

I/ Le plan des refondateurs

Des analystes plus perspicaces et mieux armés que moi l'ont déjà évoqué dans des articles publiés, ainsi que des plis confidentiels qui font partie des documents d'archives des réseaux de réflexion (il y a en beaucoup en ce moment) sur la crise ivoirienne. Dans tous les cercles où, à l'instar d'autres intellectuels du pays, j'ai été souvent invité pour participer à des réflexions sur l'issue de la présidentielle prochaine, les conclusions sont presque les mêmes, à quelques détails près : Gbagbo et ses refondateurs feront tout pour confisquer le pouvoir d'Etat, fusse au prix de leurs vies ; au prix de la vie des Ivoiriens, surtout.

Les choses seront ainsi, pour trois raisons que j'exposerai plus loin. La plus essentielle d'entre toutes, relève de la psychiatrie, ou tout au moins, de la psychanalyse : le mal insidieux qui a habité et sali l'âme de nombreux et célèbres empereurs, tout au long de l'histoire. Ce mal, c'est la schizophrénie du pouvoir. Ses symptômes sont connus : l'ivresse que procure l'image de soi que vous renvoient chaque jour, les medias ; la sensation d'être Dieu parce qu'on détient entre les mains, le pouvoir de défaire des vies, d'en fabriquer, d'ordonnancer même la mort et de l'administrer ; la crainte, l'envie, la soumission et la terreur qu'on suscite autour de soi ; par-dessus tout, la tentation enivrante de la TRANSGRESSION : le pouvoir, tout pouvoir est transgressif.

Le plaisir de Néron fut ainsi de voir brûler Rome et de se délecter de la fureur des flammes dévoratrices ; celui de Caligula était d'expérimenter le droit de vie et de mort (surtout de mort) qu'il avait sur le peuple, en ordonnançant, par moments, des exécutions à vous procurer quelque frisson. Le plaisir de Chaka était de voir l'ennemi empalé vivant, sur un pieu jusqu'à ce qu'il expire, las de souffrances insupportables. Jules César et les Romains, sauvages, de cette époque, jouissaient de voir les gladiateurs être dévorés par les lions ou bien s'entretuer : " Ave Caesar, morituri te salutan " ? Bonjour César, ceux qui vont mourir te saluent ! Tel était le rituel en vigueur, en prélude à la célébration des plaisirs étranges du grand empereur romain ! Oui, comme l'écrit J. Anouilh, " Le privilège des grands, c'est d'admirer les catastrophes, de leurs terrasses. "
Idi Amine, Hitler, Pol Pot, Samory, Staline, Sékou Touré, étaient tous, des fous. Des fous lucides cependant, car ils avaient perçu, dans des moments de transe subliminale, la médiocrité du genre humain, la fragilité de la vie, enfin la puissance ? toute la puissance que donne le trône rouge du pouvoir. Et Laurent Gbagbo peut ainsi lancer cette misérable injure à l'éthique des Ivoiriens, en disant : " Si j'avais su plus tôt combien il était facile d'acheter un homme, je n'aurais pas perdu mon temps à acheter des armes ". Il est donc un corrupteur, un acheteur de consciences qui se dévoile, sans pudeur ! Et cet homme veut continuer à nous diriger. Sur quelle base éthique ?

Propos choquants, oui ; mais brillants de vérité gênante. Car Laurent Gbagbo parlait en connaissance de cause : à la période où il tenait ces paroles choquantes, il venait d'expérimenter la fragilité du genre humain, la petitesse de l'homme. Il n'avait pas eu tort. Suivez mon regard : peu de temps après, celui qui jurait sa mort il y a quelques années, exigeant sa démission immédiate, est venu occuper les locaux de la primature et est devenu, actuellement, son plus grand soutien. Et je devine d'ici, comment, des loges étincelantes de lumière du Palais présidentiel où il trône, satisfait de soi, Laurent Gbagbo doit être en train de se moquer de ce petit maquisard des villes aux rêves si facilement monnayables, ce guérilleros urbain si prompt à marchander ''sa'' rébellion ! C'est cela, le plaisir des princes et des hommes qui possèdent la culture de la cruauté délicieuse : se délecter des petitesses de leurs (presque) semblables - les hommes. Un privilège des dieux. Un écrivain burkinabé (son nom m'échappe) a ainsi écrit un livre au titre très évocateur : " Le vertige du trône"…

Les peuples ne décèlent cette folie qui habite l'esprit de leurs dirigeants qu'après le temps de l'apocalypse, quand ces derniers ont fini de ruiner le monde, semant et laissant sur leurs passages, cendres, cris, cadavres et désolations. Et Laurent Gbagbo porte en lui, l'âme de ces dirigeants. Ni plus, ni moins dangereux qu'eux ; mais tout simplement, exactement comme eux. Ils sont venus pour bousculer le monde, le rendre un peu différent de ce qu'il était, avant eux. Pas forcément meilleur ni pire, mais tout simplement (ou tragiquement - c'est selon), différent.
Œil de maître d'initiation et plus exercé que tous, le poète Bottey Zadi Zaourou - Bernard Zadi, de son vrai nom - qui joua beaucoup dans sa formation, écrit alors : " Que de peines à l'année/ Que de larmes, Dowré,/Pour que pavoise aujourd'hui l'enfant prodige qu'identifia naguère et dès son berceau d'osier mon regard d'Initié/Bienvenue à toi Hermès !/Mais pourquoi donc, fils de Maïa,/Forniques-tu avec la lèpre ?/Pourquoi imposes-tu comme co-épouse à la lèpre la folie rageuse qui affole les foules " (Fer de lance, version intégrale, NEI/Neter, 2002, p.161)…
A cette même page, le poète rend hommage au combat épique de ceux qui se feront appeler un peu plus tard, les refondateurs. Zadi les connaît. La plupart des têtes pensantes de la refondation sont sorties de la matrice de ses mains de pédagogue et d'idéologue. Lisez ces vers, pour mieux me comprendre : " Or/Les voici mes gaies lucioles/Mes étoiles/Mes cigales babillardes/Toute la faune des sans-culotte/Ouiii… mes jacobins germés dans le souterrain de ma main gauche et repiqués sans précaution sur le terreau des plaines d'Eburnie. " (Opus. Cit. p. 161). Le propos est profond et lourd de significations ; mais son auteur, Zadi, est un poète ; or les peuples brouillons et sauvages (comme ce que sont devenus aujourd'hui les Ivoiriens) ne sont jamais à l'écoute des poètes, ces prophètes des temps anciens où l'homme avait une oreille disponible et disposée à entendre la voix des mages. Le poète le sait ; alors, dépité, il traite son peuple de varans…

Bref, je parlais de la psychologie des schizophrènes du pouvoir. Chaque grand dirigeant (et Laurent en est un - ne serait-ce que dans sa dimension la moins utile2) est en cela, rien qu'en cela, un re-fondateur. Le règne de ces dirigeants ne passe jamais inaperçu. Ils entrent forcément dans le ventre de l'histoire, car après le fracas de leurs passages, les historiens et les survivants indiquent, toujours, une ère avant eux, une autre sous eux, et une ère après eux : il y aura ainsi la Côte d'Ivoire avant Gbagbo, la Côte d'Ivoire sous Gbagbo, et la Côte d'Ivoire après Gbagbo. Cela sera ainsi parce que Gbagbo est venu pour dé-ranger la Côte d'Ivoire en lui imprimant un ordre nouveau dont lui seul et les maîtres des secrets de l'ombre (ceux-là qui savent décrypter les grandes énigmes) ainsi que quelques analystes avisés, savent la logique. Je confesse mon ignorance sur ce plan. Bref, quel est donc le plan des refondateurs ?

*Schémas ukrainien et kenyan

Ce plan consiste, pour l'essentiel, à annoncer la victoire de Gbagbo avant la proclamation des résultats ; exactement comme les refondateurs l'ont fait en 2000 avec la complicité de la France ''jospinienne'', par le biais de rfi, en s'inspirant du schéma ukrainien. Ceux qui sont chargés de la sale besogne sont les personnes morales et physiques suivantes : la RTI, la Radio nationale, Fraternité Matin (tenue par des militants FPI et des sympathisants de Gbagbo, des agences de communication (elles sont nombreuses) créées par des refondateurs, les leaders des milices et autres associations terroristes (à l'exemple du GPP et de la Fesci), etc. Enfin, des soldats angolais cachés dans les locaux du Musée de Cocody qu'envisageait de construire Mel Théodore et que les refondateurs ont vendu à l'Angola. Cet édifice est situé en face de la RTI. Ces soldats angolais ont pour consigne de protéger les alentours de la RTI où n'auront accès que les refondateurs et leurs structures politiques satellites : les clubs de soutien (abusivement appelés partis politiques) et autres structures parasites (comme les syndicats et des ONG), tous animés par des personnes comme Danielle Boni Claverie, L.-D. Fologo, Aimé Appia Kabran, Mme Martine Djibo, bien sûr les inévitables Bro Grébé, Mahan Gahé, Gnamien Messou, entre autres.
Avant la proclamation officielle des résultats, les miliciens, les agences de communication, enverront des sms sur les portables des Ivoiriens ainsi qu'à l'extérieur du pays pour dire que Laurent Gbagbo est déjà en tête avec tel pourcentage (truqué et imaginaire, bien sûr) de suffrage. Cela, pour conditionner les esprits. Pendant ce temps, les chars des FANCI occuperont les artères de la capitale et des centres urbains névralgiques du pays.

La plupart des unités de soldats sont dirigés par des officiers issus de la tribu du Président. On sait leurs noms. On sait surtout la mission qui leur a été confiée : empêcher par tous les moyens tout contestataire,. tout manifestant non favorable au hold-up électoral, de sortir. De nombreux soldats (ivoiriens, angolais, libériens et sierra léonais), sous l'emprise de stupéfiants ce jour-là, et gonflés à bloc (par les propagandistes de la refondation) pour le ''combat du frère'', sont déjà prêts pour accomplir cette mission. Tuer, comme ils l'ont fait impunément en mars 2004 sur des militants désarmés de l'opposition.

Déroulement du vote

Il y aura trois grands espaces conflictuels de vote : le pays akyé (au sud), le pays bété (à l'ouest) et le pays baoulé (au centre). Les conflits les plus essentiels se dérouleront dans les espaces bété et baoulé. En pays bété, il sera interdit aux baoulé (nombreux dans ces régions) de participer au vote. Des miliciens sont chargés d'assiéger, tôt le matin, les campements des baoulé, afin de les empêcher de se rendre aux bureaux de vote. Bien évidemment, les baoulés refuseront de se soumettre à ce dickta anti démocratique. La bagarre éclatera logiquement : ce sera le prétexte pour les miliciens et soldats enrôlés pour semer la terreur dissuasive, d'investir les campements baoulé, afin de ''mater la rébellion'' de ces allogènes. L'inévitable boucherie !
Le tableau est d'un grand intérêt psychanalytique et psychosomatique : en surimpression et à travers le temps, il traduit la version actualisée (contre les baoulé) de la rébellion (matée par Houphouët) du Guébié. Ces massacres du Guébié qui ont constitué le fonds de commerce du ministère politique de Laurent Gbagbo contre Houphouët. Relisez les anciens numéros de journaux comme L'œil du peuple, La tribune du Banco, Le Nouvel Horizon. Relisez surtout le dossier publié par le journal Notre Temps sur la crise du Guébié, au cours des années 1990. Vous y découvrirez aussi un superbe article signé de Jean-Baptiste Kouamé, en opposition au culte de Gnagbé Kragbé auquel s'était livré insidieusement ce journal dont les grosses plumes avaient pour noms, entre autres : Diégou Bailly, Séry Bailly. Relisez tout cela, Ivoiriens, et vous comprendrez mieux ce que j'écris ici. Les opérations de spoliation et de dépossession des terres culturales des paysans baoulé, et qui (selon les échos qui nous parviennent) ont cours à l'ouest, faisaient partie du programme foncier de Gnagbé Kragbé qui n'avait jamais caché son aversion pour cette tribu. Les récents papiers de Paul Koffi et de Dje KM (conf. Nouveau Réveil N° 1865 du 08 mars, p.7) confirment la lecture que je viens de faire du problème foncier à l'Ouest. Oui, les plantations sont arrachées aux paysans baoulés, exactement comme l'avait voulu Gnagbé Kragbé, l'homme dont Gbagbo est le prolongement onirique et politique.

Oui, compatriotes, crevons l'abcès une bonne fois pour toutes. Osons mettre le doigt, non pas sur, mais DANS la plaie cette fois-ci, et sortons de cet engrenage de la haine vengeresse qui, elle seule, suffit à expliquer une grande part du mal ivoirien actuel. " Je suis maintenant arrivé, séchez vos larmes !", dit ainsi Gbagbo aux populations bété venues au Palais pour lui faire acte d'allégeance. L'insolite et grave serment de Zorro que voilà ! Comment un chef d'un d'Etat de plus de 60 ethnies, peut-il se permettre de tenir de tels propos ? Et comment avons-nous pu garder le silence face à un tel dérapage langagier qui aurait dû éveiller nos soupçons ?

Peuples de Côte d'Ivoire, leaders politiques, hommes de Dieu, dites à Laurent Gbagbo de mettre fin à cette soif vengeresse qui l'habite, lui consume l'âme et pervertit son esprit aux forces du mal. C'est tout cela qui l'empêche, qui empêche la refondation, de tenir ses promesses de reconstruction de la Côte d'Ivoire. Les refondateurs sont loin d'être des gens stupides ; ils sont instruits, et ils ne sont pas plus mauvais que d'autres dirigeants. Malheureusement pour eux, le potentiel de feinte et de mal qui habite le cœur de leur chef, Gbagbo, ainsi que d'une minorité de gens de sa tribu qui l'entoure est, de trop loin, supérieur aux valeurs du bien et du progrès qui les avaient habités quand ils se lançaient (pour les plus sincères d'entre eux en tout cas) à la conquête du pouvoir d'Etat.

A l'indicamétrie(3), la refondation ne peut pas être productive, car rien de positif ne peut se réaliser, quand l'esprit est en proie aux forces de la nuit et de l'obscur. La déroute surprenante et soudaine des Eléphants à cette CAN, n'est pas le fait du hasard absolu. Le mal brouille la vue. La culture de la vengeance et celle de la recherche du gain politique en tout, tarissent l'âme, flétrissent l'esprit ; et leurs ondes de chocs, négatives, sont incommensurables. Que Laurent et les quelques cadres bété tribalistes (ils ne sont tous pareils) du FPI qui l'influencent, acceptent de comprendre que ce ne sont pas les baoulé qui ont massacré le Guébié. C'est le régime d'Houphouët. Et ce régime comprenait aussi bien des baoulé que des bété (ces derniers y occupaient même des postes très importants), des sénoufos, des koulangos… bref, tout ce que la Côte d'Ivoire comptait de représentation ethnique.

*Le capital tribu

Je viens d'apprendre que Laurent Gbagbo ira passer la fête de Pâques en pays baoulé, précisément en terre kodê (Béoumi). L'affaire aurait été scellée par Amani Nguessan. L'opération consistera ici à le présenter comme l'ami des baoulés - comme s'il était nécessaire d'être aimé d'une tribu particulière, quand on est à la tête d'un Etat. Ceci est du primitivisme politique. Les opérations de charme, pour conserver le pouvoir ! Voilà tout le souci de cet homme. Peuples du centre, accueillez-le ; accueillez-le bien comme il sied dans nos traditions africaines de réserver un bon accueil à celui qui vient vous visiter. Mais ne croyez pas un seul des nombreux et gras sourires (il en a l'art) qu'il vous distribuera, car il sera allé chez vous uniquement pour chercher des électeurs, des voix, et non point par amour particulier pour vous. Après les élections, vous ne l'intéresserez plus. Déjà, opposant, il disait, plein de réalisme et de cynisme : " Je cherche des électeurs, non des militants ". Il vous donnera aussi de l'argent, beaucoup d'argent. Il n'a pas travaillé pour gagner cet argent, et il n'a jamais produit de la richesse. Prenez tout ce qu'il vous donnera - pour altérer un peu votre misère. De toute façon, c'est l'argent de la sueur du peuple de Côte d'Ivoire. Prenez, mais ne votez pas pour lui. Il est l'auteur de vos malheurs.
Bref, revenons à notre scénario - qui est loin d'être un puéril scénario. Au cours de ces élections, que se passera-t-il dans le pays baoulé ? C'est simple : à Bouaké et dans les villages environnants, la population baoulé sera interdite de vote par la milice de Guillaume Soro, commise à cette fin. Laurent Gbagbo n'est plus pressé de voir Soro désarmer ses troupes, à Bouaké, Man, Duékoué, etc. Que Soro maintiennent les baoulé, les wê et les guéré (nombre d'entre ces derniers sont d'ailleurs acquis à la cause du PDCI et de l'UDPCI) sous le joug des armes, aussi longtemps qu'il le voudra, pense en réalité Gbagbo. Dans tous les cas, ce n'est pas lui, Gbagbo, qui en souffre. Daloa, Gagnoa, Mama, etc., ne sont pas aux mains des rebelles !

A Bouaké, le scénario sera à peu près le même que dans le pays bété : les baoulé opposeront une résistance à ceux qui voudront les empêcher d'aller donner leurs (nombreuses) voix au candidat de leurs choix. Troubles donc. Les troubles gagneront en intensité. Gbagbo aura ici, deux possibilités : prétexter de la situation d'insécurité au Centre pour légitimer (il en rêve) une descente militaire des FANCI, ou laisser à Soro, la tâche de pacifier la résistance (ou la rébellion) du Centre. La première voie lui donne l'occasion de rétablir l'autorité de l'Etat dans cette zone sous occupation illégale : sous le prétexte des troubles qui s'y dérouleraient, Gbagbo pourrait ordonner des opérations militaires d'épuration (et d'envergure) et réaliser, conséquemment, le même tableau apocalyptique qu'on aura vu à l'ouest : le massacre des baoulé. Il pourrait le faire d'autant plus qu'il pense qu'il ne sera accusé de quelque tuerie que ce soit, dans la mesure où le ministre de la Défense répond du nom d'Amani Nguessan. Un authentique baoulé. Gbagbo, habile, aura donc eu beau jeu de dire : " Ce n'est pas moi qui ai ordonné les descentes militaires dans le pays baoulé ; c'est le ministre de la défense, lui-même baoulé ". C'est une des raisons (peut-être même la plus essentielle) pour laquelle, Michel Amani Nguessan occupe ce poste… qu'il ne dirige même pas : tout ivoirien sait qu'il est, en réalité, détenu par Gahé Bertin et Lida Kouassi. Voilà le piège qui attend Amani.

Mais une victoire militaire des FANCI à Bouaké (chose facile aujourd'hui) n'intéresse plus réellement Gbagbo, car elle compliquerait les plans d'alliance avec Soro. C'est pourquoi il laissera à Soro et ses miliciens, le soin de mater la rébellion du Centre. Dans un cas comme dans l'autre, les tueries les plus importantes se feront à Bouaké et dans le pays bété.

Au total : les baoulé, poids important dans l'électorat akan du RHDP, devront être privés de possibilités de vote. En octobre 2000, sur inspiration des refondateurs, Robert Guéi, avec la complicité du président du Conseil constitutionnel, Tia Koné, avait éliminé de la compétition électorale, non seulement les candidats (Bédié et Ouattara) les plus représentatifs à ces élections, mais aussi, TOUT candidat susceptible d'avoir le suffrage de l'électorat PDCI ou du RDR ou des deux réunis. Pour l'élection à venir, Gbagbo n'a aucune possibilité de faire éliminer qui que ce soit ; et Tia Koné, ni celle de gloser sur la recevabilité d'aucune candidature : Ouattara et Bédié sont protégés par Marcoussis. Une seule possibilité de tricher est laissée à Gbagbo : empêcher les baoulé de voter. Il n'a pas peur de l'électorat du Nord : Mamadou Koulibaly, aidé en cela par l'inertie de Ouattara et de la plupart des ministres RDR (occupés à s'en mettre plein les poches), est en train de faire un beau travail dans le Nord du pays en déstabilisant de nombreuses bases de ce parti, au bénéfice du FPI. La récente razzia à Bouaflé, illustre bien mes propos. Aux opérations d'obstruction déjà signalées, il faudrait ajouter celles de vandalisme et d'épuration, conçues par les refondateurs.

II/ Les crimes planifiés

Ici, sont prévus : l'incendie des sièges des journaux de l'opposition ; l'obstruction à la parution et diffusion de leurs journaux par le procédé déjà utilisé en novembre 2004 contre la presse libre ; enfin, l'élimination de personnes physiques bien ciblées. Figurent sur cette liste noire, entre autres, les noms suivants : Venance Konan, le Pr Koné Sidick, Assalé Tiémoko, Guy-Charles Wayoro, Christiane Djahué, Ama Téhua, le Pr Yacouba Konaté, Dégny Maixent (qui a déjà échappé de justesse aux tueries, en 2004), Tiburce Koffi, le Lt-colonel Jules Yao Yao, Constance Yaï, André Sylver Konan, Henri Amouzou, Anaky Kobénan, Mme Faust Didi, Claude Tamo, Me Blessi Chrisostome, Adjoumani, Me Jeannot Ahoussou K., Thomas Bahinchi, KKB, Me Metennon, Patrick Achi, Ayié Ayié Alexandre…

Dès les premiers coups de feu, ces personnes devront savoir que leur sort est scellé, si elles se trouvent encore sur le territoire ivoirien. Leurs domiciles ont été repérés et identifiés. La plupart d'entre elles sont suivies, espionnées par les exécuteurs des Hautes œuvres des refondateurs. C'est la même machine du meurtre qui a tué le médecin Dakouri, le comédien ASH, le député Téhé, les journalistes Jean Hélène, G.-André Kieffer, massacré l'entourage immédiat de Robert Guéi, tué l'étudiant Dodo Habib, etc. C'est peut-être la même machine qui a assassiné Boga Doudou dont le meurtre interpelle encore l'intelligence de tous ceux qui cherchent à comprendre les dessous de cette crise.

Les avis des spécialistes d'enquêtes sur les meurtres (que j'ai approchés à ce propos) sont formels : seuls des gens de l'entourage de Boga, munis de laissé passer, pouvaient franchir, ce jour-là, tous les barrages (ils étaient nombreux) dressés sur la rue qui menait au domicile du ministre de l'Intérieur, l'homme le plus et le mieux gardé de Côte d'Ivoire, jusque-là. Or, qui d'autres que des refondateurs de rang élevé, était proche de Boga Doudou, au point de franchir toutes ces barrières, sans être inquiété, surtout cette nuit-là… jusqu'à aller le tuer ? Tranquillement. Sans être capturé ou buté ? Où étaient ses gardes de corps ? Pour qui nous prennent donc les refondateurs ? Tout ici, porte effectivement à croire que ce sont eux qui ont tué Boga Doudou !
Bref, elle tuera, cette machine ; c'est sa raison d'être. Elle tuera, pour l'affirmation du ''combat du frère'' ; elle tuera, car elle n'a appris que cela : tuer. Faire couler le sang, souiller la terre meurtrie de ce pays naguère de paix et de concorde ? fragiles certes, mais concorde tout de même. Elle tuera, enfin, pour le triomphe des névroses d'un monarque dépassé, malade de sa propre image, et déguisé en chef d'Etat. Ah, où nous conduira cette tornade de feu ? Combien d'entre nous fera-t-il exécuter pour l'avènement de son règne ? Que lui a fait de mal ce peuple, pour qu'il lui inflige tant de tourments, tant de peines sauvages ? Et comme me reviennent à la mémoire, ces vers lumineux que Senghor(4) prête à ''La Voix blanche'', dans le procès de Chaka. (Re) lis donc ces vers, Lorenzaccio mio, et vois comme ils semblent si bien s'adresser à toi :

(…) avoueras-tu les millions d'hommes pour toi exterminés
Des régiments entiers des femmes lourdes et des enfants de lait ?
Toi, le grand pourvoyeur des vautours et des hyènes, le poète du Vallon-de-la-Mort. (…)
Les ravins sont torrents de sang, la fontaine source de sang
Les chiens sauvages hurlent à la mort dans les plaines
où plane l'aigle de la Mort
O Chaka toi Zoulou, toi plus-que-peste et feu roulant de brousse "
Et la Voix blanche peut conclure : " Le plus grand mal, c'est de voler la douceur des narines ".
Dans ce même registre, Lorenzo, je t'invite aussi à revisiter Hugo, dans Hernani (que tu connais très bien), pour nous enivrer, rien que pour la dernière fois, du plaisir des belles Lettres.

*La sécession gbagboïste : une folie réalisable

La troisième phase du tourment que la Côte d'Ivoire va vivre à l'issue de ces élections, est la sécession gbagboïste. C'est la phase ultime de la folie de l'autocrate : créer à l'Ouest, un Etat autonome de la Côte d'Ivoire. Le Nigeria, le Bénin, le Togo et le Ghana de Kuffor, ne lui donneront aucun soutien dans ce sens. Gbagbo n'aime pas Yayi Boni (un disciple de Banny) ; il se méfie du jeune Faure Eyadéma dont le père fut un disciple d'Houphouët ; il déteste aussi Kuffor ; ce dernier le lui rend bien, qui était d'ailleurs pour la suspension de notre Constitution l'année dernière, à l'ONU. Et Gbagbo lui en veut, surtout pour cela.

Pour la confiscation du pouvoir qu'il envisage de faire, il compte sur l'appui de certains pays voisins et de l'Afrique centrale. Il a, entre-temps, sécurisé le Port de San Pedro à cette fin. Les terres fertiles du pays bété (boucle du café et du cacao), le pétrole, le gaz, quelques autres richesses du sous-sol de cette région, lui garantissent des potentialités économiques réelles, susceptibles de rendre viable, une folle sécession ; surtout qu'il s'est réconcilié avec les populations burkinabè (main d'œuvre garantie) auxquelles des cadres de l'ouest offrent les terres qu'ils ont arrachées aux paysans baoulé.

Gbagbo aura ainsi un Etat placé sous son contrôle effectif et définitif, réalisant là, le vieux rêvé qui a peuplé ses nuits d'adolescent envieux du confort des riches de ce monde : devenir riche, lui aussi ; riche, puissant, craint et respecté ; être appelé, jusqu'à ses derniers jours (comme Houphouët), Son Excellence Monsieur le président de la République. Voilà un des vieux fantasmes de celui qui préside actuellement aux destinées de notre pays. Il rêve surtout de régner autant, sinon plus longtemps que Félix Houphouët-Boigny. Et il est prêt à se tailler une Constitution à sa mesure.

Gbagbo aime le pouvoir ; il en a rêvé depuis l'adolescence. Il l'a ardemment désiré, convoité, courtisé, prêt à tout (conflit, protestation, troubles, complots, arrangements, compromission, alliances dangereuses, force, etc.), pour y parvenir. Et il y est parvenu. A force d'intrigues.
Laurent Gbagbo aime le pouvoir, les honneurs, la richesse, le luxe et surtout, les femmes ! Ce n'est peut-être pas un délit en soi, mais ce sont là, des choses (surtout la passion du harem) qui s'accommodent mal du bon exercice du pouvoir politique. De nombreux cadres de son parti viennent de découvrir ce visage de lui qu'il avait habillement su dissimuler, du temps des frondes épiques contre le pouvoir d'alors. Et ces cadres en parlent à présent, à mots non voilés, dans l'intimité d'échanges fraternels qu'il m'arrive d'avoir avec certains d'entre eux. De nombreux Ivoiriens ne connaissaient pas non plus ce visage-là, de celui qu'ils croyaient être l'incarnation de l'intégrité, de la simplicité et du dépouillement. Les récentes ''sorties'' de Simone, son épouse, ainsi que celle de son Pasteur Koré Moïse, qui ont dénoncé en des termes sans équivoque, les pratiques impudiques qui avaient cours sous ce régime, sont à cet égard, très significatives. Les Ivoiriens et leur sens décapant de l'humour disent : " C'est quand moisi a percé, qu'on découvre son vrai visage ".

Laurent Gbagbo aime l'argent. Il en prenait chez Bédié (quand il était opposant5) ; il en a pris avec Robert Guéi. Ce dernier, après qu'il eut perdu le pouvoir (dupé par Gbagbo), menaçait de tout révéler à l'opinion.

Laurent Gbagbo a pris de l'argent avec Alassane Ouattara ; il en a reçu de partout. Non, Gbagbo n'est pas Gandhi. Il n'a pas non plus l'âme d'un Mandela ou de A. Toumani Touré. Il est une mauvaise synthèse d'Houphouët, de Nkrumah (par le culte de soi), d'Idi Amine (par sa culture du rire gras et spectaculaire) ; enfin, de Sékou Touré (par l'habileté à l'intrigue, l'invention de complots. En Côte d'Ivoire, on appelle cela " être patriotes ", ou être un " défenseur de la légalité républicaine ". Un trait unit tous ces dirigeants : la passion du pouvoir. Cette passion a fait d'eux, des autocrates. Et Laurent Gbagbo (acquis aux vertus de la démocratie dans son passé d'oppo