September 26, 2008

ACCUEIL GOSSIP PHOTOS XX PHOTOS XX TALK SHOW FAIRE LA PUBLICITE NOS CONTACTS
Copyright 2004©LeConservateur.net All rights reserved. Privacy policy

 

LeConservateur.net
“ LA PAIX, CE N'EST PAS UN VAIN MOT MAIS UN COMPORTEMENT ”
IDEOLOGIE
 
LIVRE
SHENKA
 
TELEVISION
SUIVEZ MON EMISSION
SUIVEZ LES EMISSIONS DE SANTE
 
PUBLICITE
"J-R Reçoit"
Micro ouvert exclusive sur Afrikmedia.com
DEBAT SUR LA POLITIQUE AFRICAINE
Cliquer sur la radio pour écouter nos émissions
Cliquer sur la radio
Pour participer appelez
Le Numero
712-432-3900

code d'accès

2136318
suivi de la touche #
 

Les Bonnes affaires
VENDRE OU ACHETER
Tel: 240-351-6471
 
 
 
 
 
 
   

Côte d'Ivoire: CHUs d'Abidjan, des usines à cadavres

Nord-Sud (Abidjan) - 10 Mai 2008

Bâtiments vétustes, équipements obsolètes, racket organisé des patients. De l'extérieur, en raison de leur gigantisme, ils continuent d'être perçus par beaucoup de personnes comme la solution a tous les problèmes de santé. La réalité est toute autre. La réalité, c'est que les célèbres Centres hospitaliers universitaires(Chu) d'Abidjan, sont devenus aujourd'hui des mouroirs.

Qui va aider Noël Delamo ? La tête entre les deux mains, ce chef de famille est très calme sous le préau des urgences médicales du Chu de Yopougon. Il est attristé et désemparé par le sort de son épouse internée dans l'hôpital depuis une semaine. Elle y a été admise dans la douleur d'une fausse couche. Son état s'est aggravé au fil des jours, et depuis lors, elle n'arrête pas de perdre du sang : « Elle vomit du sang. Quand elle doit aller aux toilettes, c'est du sang qu'elle rejette. Elle ne boit plus d'eau. Elle refuse de s'alimenter. Sa seule nourriture, c'est le sang.» L'époux achète en moyenne trois poches par jour. Il doit aussi faire face aux ordonnances qui se succèdent. Les médecins ne lui disent rien de précis.

En bout de piste, en plus d'être affligé, il est ruiné. Au moment où nous l'approchons ce mardi 29 avril, il est en compagnie de son beau frère Raymond Loua. Menuisier à Abobo, ce dernier est venu lui apporter son réconfort moral. Il lui laisse aussi une somme de 5000F avant de se retirer. Sous un hangar d'environ 20 m de long et 10 m de large, sont alignés des sièges en béton recouverts de carreaux. Ce matin, Delamo est le seul parent de malade à en utiliser un. Les autres sont assis ou couchés à même le sol. Ce sont essentiellement des femmes. Certaines d'entre elles sont plongées dans un sommeil profond qui témoigne d'une nuit blanche. Celles qui ne dorment pas affichent des mines de deuil.

Ici, la mort est dans tous les esprits. Un nouveau décès est en effet annoncé presque toutes les dix minutes. Pour le faire, l'un des médecins se dresse devant la foule de parents qui attendent dehors. Comme des candidats au bac venus écouter leur résultat, tous regardent l'homme en blouse blanche et l'écoute avec une attention particulière. Le malheureux élu est invité à s'approcher. Il est entrainé dans la salle des urgences généralement interdite aux familles. Quelques minutes après, il ressort. Abattu s'il est du lot des plus résistants, en pleurs pour les plus émotifs. Les autres parents l'approchent pour lui apporter leur réconfort.

C'est la solidarité dans le malheur. Quelques fois, les décès s'annoncent d'eux-mêmes. C'est ce qui va se produire à 11h37 ce même mardi . Sur la voie bitumée qui passe devant le service des urgences, un jeune homme pousse un coffre métallique en provenance de la morgue. Le coffre en forme de cercueil est sur un support à quatre roues. «Ça, c'est le Grumman présidentiel. Que tu le veuilles ou non. Que tu sois riche ou pauvre, tu vas forcément l'emprunter un jour », lance à haute voix et dans le vide le gérant de la cabine téléphonique installée devant le préau. Une ironie caustique qui montre la familiarité à ce genre de scène.

La douleur dans la misère

En parlant de Grumman, le jeune homme pense moins à l'appareil volant que tous les pauvres n'ont pas la chance de visiter, qu'au voyage éternel. Cette fois, celui qui s'en va est un homme. Il est arrivé quelques minutes plus tôt dans l'ambulance immatriculée D 55058. Bien que débarrassé du malade, le véhicule reste stationné à l'entrée principale des urgences jusqu'au moment où arrive le « Grumman.» Pour gagner du temps, il faut tout tirer au clair avant que l'ambulancier ne se retire. Le cercueil métallique ressort plus lourd que lorsqu'il arrivait. Direction, la morgue. Le brancardier qui le pousse est suivi d'une femme et d'une fillette. Les autres parents les regardent partir avec beaucoup de compassion. Tout en avançant, la dame lève les deux mains vers le ciel et fait des prières. Nous la suivons jusqu'à la porte des pompes funèbres. La dépouille est placée dans un casier. Les larmes aux yeux, elle explique qu'il s'agit de son époux. Il souffrait du diabète depuis de longues années. Il est subitement tombé dans le coma pour ne plus jamais se réveiller. La veuve ouvre son téléphone portable et annonce la mauvaise nouvelle au reste de la famille.

Chaque jour, ce sont autant de scènes de détresse que vivent de nombreuses familles entre les murs de nos grands hôpitaux. Des scènes que l'on est loin d'imaginer depuis le train-train quotidien des bureaux, des gares ou des marchés. Elles traduisent non seulement la douleur et l'impuissance des familles, mais aussi et surtout la pauvreté grandissante des populations qui arrivent démunies dans ces centres de santé publics. La dispute à laquelle nous assistons quelques jours plus tard, un après-midi, au Chu de Treichville est plus éloquente. Devant la porte du service de gynécologie et d'obstétrique, un jeune homme de moins de 30 ans a une chaude altercation avec un médecin. Inutile de les approcher pour savoir qu'ils sont en désaccord. Les grands gestes qu'ils font et le ton qui monte permettent de s'en apercevoir à une dizaine de mètres. Sans avoir conclu avec ce premier interlocuteur, le médecin se dirige vers un autre parent de malade, mettant fin du coup à la discussion. Le jeune homme, lui, retourne s'asseoir à l'ombre de l'un des arbres dressés aux abords du bâtiment. Le visage fermé, il répond à peine au « bonsoir » que nous lui adressons. Sa colère est évidente. Pour obtenir sa coopération, il faut trouver des phrases compatissantes : « Vous devez avoir beaucoup de problèmes ! ». Cette marque de compassion l'adoucit. Il tourne vers nous son regard qu'il avait jusque-là maintenu dans un ailleurs lointain et répond : « Ce sont ces médecins qui me rendent la vie dure. »

Chu de Yopougon : Le film révoltant d'une amputation
 mercredi 10 septembre 2008 - Par Fraternité Matin - Une jeune dame de 31 ans, victime d'un accident de la circulation, estime y avoir été suivie avec peu d'intérêt par des médecins. Ses parents partagent cet avis. Plaintes et complaintes.
À 31 ans, Oulaï Viviane perd à jamais son bras gauche. Elle en a été amputée Le visage encore tuméfié en cette fin du mois d'août, cette jeune mère de deux enfants n'arrête pas de pleurer. Surtout quand on lui parle de sa progéniture dont l'aîné, Arsène n'a que huit ans. “Je suis foutue à jamais. Je me demande comment je vais m'occuper de mes enfants. Surtout de ma petite Davila, cinq ans, qui ne me quitte jamais”, ne cesse-t-elle de se lamenter. Un handicap consécutif à un accident de la circulation… et selon elle “un mauvais traitement qu'elle a subi au Centre hospitalier universitaire (Chu) de Yopougon”. Le drame prend source sur l'axe Dabou-Abidjan. Un accident y a eu lieu le dimanche 20 juillet 2008 à 11 heures.
Oulaï Viviane est parmi les blessés sérieux que les secouristes du Samu ont transportés au Chu de Yopougon, trois heures plus tard. “Je suis restée aux urgences jusqu'à 23 heures avant d'être admise en traumatologie 1, lit 244”, se souvient Oulaï Viviane. Le jour de son hospitalisation, les urgentistes de service ont remis à Gba Edmond, son conjoint, un kit opératoire en vue d'une intervention de réparation et de curage le lendemain lundi 21 juillet. “J'étais optimiste pour la suite, parce que les radios effectuées à notre arrivée m'ont montré aucune fracture. Mais plutôt des bris de glaces dans la partie molle de l'avant-bras gauche”, souligne Gba Edmond. Le kit opératoire comprenait, entre autres produits, deux poches de sang. Et c'est là que les difficultés vont commencer. Le lundi matin, la banque de sang du Chu de Yopougon refuse de servir les deux poches de sang demandées. Au motif qu'un patient n'a droit qu'à une seule poche par jour. La course au liquide précieux va se poursuivre au Chu de Treichville, sur recommandation du personnel soignant de Yopougon. Toujours le même refrain. “Pas deux poches de sang à un patient le même jour”. Une règle en vigueur à la banque de sang depuis des mois et connue des médecins. Une seule poche a été servie lundi. L'intervention chirurgicale est donc reportée au lendemain. Sous réserve de disposer de la deuxième poche de sang. “Mardi matin, j'étais le premier à la banque de sang du Chu de Yopougon. La dame de service m'a dit qu'il n'y a pas de problème. Seulement, il faut que j'attende sa collègue qui va la relever”, soutient Gba. A 9 heures, il se voit dire en fin de compte que le sang disponible ne correspond pas au groupe sanguin de sa femme. “C'est là que mes inquiétudes ont commencé. Je me suis retourné vers les médecins afin qu'une nouvelle ordonnance me soit établie pour aller à Treichville”, explique-t-il. La poche de sang est obtenue à Treichville à 17 heures. Après avoir fait la queue pendant des heures. Le soulagement de Gba Edmond sera de courte durée. “De 17 heures à 20 heures, tous les médecins avaient disparu. Le docteur Koné Issouf que j'ai croisé à 20 heures m'a dit qu'il est fatigué. Il a ajouté qu'il ne pouvait plus appeler les autres”, soutient le mari de Viviane dont le bras dégageait déjà une forte odeur de chair pourrie. L'opération est reportée au mercredi. Le mercredi, la patiente a été prise au bloc opératoire à 15 heures. Sans nouveaux examens. Elle est mise directement sous anesthésie. Malgré la forte odeur que dégageait son bras. Deux heures plus tard, un médecin sort du bloc. Et dit aux parents: “L'opération n'a pas eu lieu. Les nerfs, du bras à la main, ne répondent plus. Nous allons attendre le réveil de la patiente pour lui demander son avis sur l'amputation du bras, l'unique solution qui s'impose désormais”. La tristesse s'empare des parents. Personne ne croit à ce qu'il vient d'entendre. “Ce n'est pas possible. Elle bougeait toujours son bras, quand elle sentait la douleur. Ce n'est pas vrai ce que vous dites. J'étais furieux et désemparé”, avoue Gba Edmond. Son avis ne compte pas. Seule son épouse doit se prononcer. A son réveil, on lui apprend ce qui l'attend. Vivre pour le reste de sa vie avec une infirmité majeure. “Je me suis résignée à accepter. Le médecin m'a dit que je courais le risque de faire un cancer”, affirme Viviane. Qui dit n'avoir pas réalisé sur place ce qui sera désormais sa nouvelle vie. “Je ne supportais plus la douleur. Je me suis dit qu'il fallait accepter pour arrêter ma souffrance. Mais aujourd'hui, je vois que ma vie est gâchée. Je ne suis même plus capable de me passer la pommade. Je suis dépendante pour beaucoup de gestes”, déplore-t-elle. Nouveau rendez-vous au bloc le jeudi après-midi. Oulaï Viviane en sortira avec un bras en moins. Ne prennent pas pour autant fin ses déboires au Chu de Yopougon. En effet, les jours qui ont suivi l'intervention chirurgicale, la patiente va se sentir très mal. La douleur est devenue très intense. Et le vendredi 1er août, elle est retournée sur le billard. “Le médecin m'a dit que l'opération n'a pas réussi”, révèle-t-elle; avant d'ajouter: “Mon bras sentait la pourriture”. Ce retour au bloc s'est fait avec un nouveau kit aux frais de sa famille. Pis, elle devait être prise le matin. Mais c'est à 18 heures que les médecins se sont présentés. Juste pour dire : “Nous descendons maintenant. Attendez nos collègues qui montent”. C'est finalement à partir de 20 heures que la deuxième intervention a eu lieu. Opération qui réduit considérablement le bras gauche de Oulaï Viviane. Le dernier acte qui reste est la greffe de la partie amputée. Il doit se faire à l'Institut Raoul Follereau d'Adzopé. Lieu que la patiente a rejoint depuis le 28 août dernier. Elle attend donc cette dernière étape. Mardi dernier, “elle disait espérer que cette fois-ci serait la dernière”. La mise en condition (elle est anémiée) se poursuit. En attendant l'intervention pour la greffe. Qui doit avoir lieu dans quelques jours. Mais ici, les parents de patientes se disent “satisfaits du traitement. “Les médecins sont aux bons soins des malades. L'un d'entre eux, Dr Ouattara Saydou nous a même offert des médicaments grâcieusement”, affirme Gba Edmond.

Doua Gouly


Il faut sauver le Chu

Le Centre hospitalier universitaire de Yopougon agonise. Il a besoin d'une thérapie de choc. Le mal commence dès la prise en charge des accidentés. En effet, le service de radiologie n'est plus fonctionnel à plein temps. Tantôt ce sont les films qui manquent. Tantôt, ce sont les machines elles-mêmes qui sont défaillantes comme c'est le cas actuellement. Les patients sont obligés d'aller faire les radios dans d'autres centres de santé. Au fait, un service de traumatologie peut-il fonctionner sans service de radiologie?
Seulement deux respirateurs, pour ne pas dire un, sur six de cet hôpital dit de référence marchent. Puisque le deuxième fonctionne difficilement. Conséquence : chaque service qui devait avoir un programme journalier d'opération ne dispose que de deux jours par semaine. Même les urgences sont prises en fonction des disponibilités du bloc. Les draps pour couvrir les patients au bloc opératoire manquent. Où allons-nous avec un tel Chu? Qui risque de devenir, s'il ne l'est pas encore, un lieu de délivrance de ticket pour le cimetière. C'est d'ailleurs à juste titre que Pr Bamba Insa déclare: “Nous sommes frustrés de travailler dans ces conditions au Chu. En 1992 par exemple, nous avions le même plateau technique que ceux des hôpitaux européens. Mais aujourd'hui, il n'y a plus rien. Les anesthésistes sont là, les chirurgiens sont disponibles, mais ils ne peuvent pas travailler tous les jours, faute de matériel”. Sauver le Chu de Yopougon, c'est donc sauver les milliers de malades qui y vont ou qui y séjournent. C'est aussi assurer la relève du corps médical ivoirien.

D. G.


L'incertitude commence

Oulaï Viviane et Gba Edmond, en dépit du bon traitement qu`ils disent avoir reçu à l`Institut Raoul Follereau d`Adzopé qui leur donne l`assurance d`une guérison proche, ne perdent pas de vue le retour en famille. Les soins de Viviane leur ont déjà coûté 900 mille francs dont une bonne partie provient de dettes contractées aupès de connaissances et amis. Le couple traîne une dette de 100 mille francs envers le CHU de Yopougon. Edmond a dû signer des engagements. Qu'il doit commencer à honorer dès la fin de ce mois. A Adzopé, malgré la bonne volonté du corps médical, ils payent les médicaments et le séjour au tarif social. Le retour à la maison ne sera pas seulement source de gaieté après la guérison de Viviane. Ils devront faire face aux charges qui les attendent. Les dettes du CHU, à la rentrée scolaire, le loyer, les factures (eau et électricité)... La liste est longue."Je suis déboussolé. Je ne sais même plus où donner de la tête ", affirme Gba Edmond. Qui rappelle que sa femme est commerçante au marché de la Gesco. Une activité qui leur permet de joindre les deux bouts. "Désormais, je serai seul à tout supporter. Viviane ne peut plus s`adonner au commerce parce que diminuée considérablement. Mais, je sais que Dieu n`oublie pas ses enfants. Elle aurait pu mourir n`eût été la main de Dieu, le Seigneur nous donnera à manger”, se console-t-il tout de même. Gba Edmond, faut-il le rappeler est enseignant dans une école privée.

D. G.


Les médecins déclinent toute responsabilité

Le service de traumatologie-orthopédie du Chu de Yopougon réfute les accusations de laxisme dont il est l'objet de la part des parents de Oulaï Viviane. Dr Yao Loukou, de ce service, indique que la patiente a été reçue à 13 heures 45 le 20 juillet par Dr Anzouan, l'interne de garde. Ce dernier lui a fait les premières mesures de réanimation, puisqu'elle saignait beaucoup. Dr Yao Loukou affirme s'être joint à 15 heures à l'équipe médicale. “Mes collègues avaient déjà fait la numération. Elle avait 8 grammes d'hémoglobines. Elle avait déjà été transfusée. Je n'ai fait que revoir la plaie et l'examiner. Et j'ai constaté que c'était un écrasement de son membre. Mais on ne percevait pas le pouls radial. Il y avait déjà une complication vasculaire”, soutient-il. Au dire de Dr Yao Loukou, “la radiographie ne se faisant pas au Chu, on a attendu que la patiente soit stabilisée avant d'aller faire la radio à l'extérieur (...) J'ai attendu le résultat de la radio pour prescrire le kit opératoire. Et quand j'ai vu une lésion de l'os sur le cliché, j'ai opté pour un parage au lieu d'un implant”, dit-il. Avant d'ajouter : “J'ai prescrit le kit en précisant l'urgence aux parents. C'est comme ça que j'ai donné des instructions aux brancardiers pour la faire monter en traumato 1 chambre 244. Pendant ce temps, on avait déjà fait la consultation pré-anesthésique qui allait permettre son opération le même jour aux urgences. On a prescrit deux poches de sang”. De son côté, Pr Bamba Insa précise qu'avant de faire monter un malade en hospitalisation, il faut le stabiliser. “Le délai (de 13 heures 45 à 23 heures) paraît long, mais dès qu'une personne arrive aux urgences, la prise en charge commence. Les urgences, c'est un service. Des malades peuvent y rester des jours où il y a des lits comme dans les chambres d'hospitalisation. Il faut avoir un diagnostic. Cela répond au souci de tout maîtriser dès le départ pour parer assez rapidement à une éventuelle complication. Nous l'avons donc stabilisée, fait le pansement avant de décider de sa montée en chambre”, explique-t-il. Dr Yao Loukou révèle que le lendemain matin, lors de la visite des hospitalisés, “nous l'avons revue. Mais nous avons remarqué que les extrémités étaient froides. Donc nous avons invité les parents à accélérer les produits contenus sur le kit pour que l'opération ait lieu rapidement. Le kit n'était toujours pas payé”. C'est dans le courant de cette journée que le kit a été réuni. Mais sans les deux poches de sang. Qui n'ont été obtenues que l'après-midi. Les deux médecins de garde ce jour-là (Dr Koné Issouf et Dr Séry) ont fait une autre intervention qui a duré jusqu'à 20 heures. Et à leur sortie du bloc, ils ont été interpellés par les parents. “Dr Koné Issouf, selon ce qu'il m'a dit, est allé se renseigner au bloc où on lui a fait savoir qu'il n'y a pas de linge (tenue pour recouvrir les malades pendant l'intervention)”, soutient Dr Yao Loukou. Quant à Mme Soumahoro Djénéba, sous-directeur des soins infirmiers et obstétriques, elle précise: “Nous avons une seule équipe des urgences au Chu pour tous les services de chirurgie. Donc quand un groupe a une intervention, il attend que les autres finissent d'abord. Le problème de linge se pose régulièrement. Or sans linge, on ne peut pas opérer”. Le mercredi matin, Oulai Viviane ne pouvait pas être prise malgré tous les produits, y compris les deux poches de sang, réunis pour son opération. “Nous avions un programme opératoire établi auparavant. J'ai pris un autre patient avec Dr Kacou”, indique Dr Yao Loukou. Pour qui, “il se pose un autre problème criant au niveau du bloc opératoire”. Le Chu ne dispose actuellement que de deux respirateurs (les appareils pour endormir les malades). “Les urgences sont difficiles à réaliser les jours de programme opératoire. Donc on avait un programme ce jour-là. Le deuxième respiratoire était utilisé par un autre service de chirurgie”, se défend-il.
C'est finalement à 15 heures que Oulai Viviana est prise au bloc. “Nous avons fait appel à Dr Traoré Alidou, notre assistant, parce que nous nous sommes dit qu'il pouvait avoir des surprises”, rappelle Dr Yao Loukou. Qui précise: “Nous étions partis pour un parage (nettoyage de la plaie). Quand nous avons défait le bandage, nous avons constaté que le membre n'était plus viable. Nous avions donc la confirmation de ce que nous avions constaté le lundi lors de la visite. L'assistant a suggéré qu'il faut faire l'amputation”. Comme il faut le consentement éclairé de la patiente, l'assistant a pris la responsabilité de la réveiller et d'informer ses parents et elle-même. Le lendemain, l'administration du Chu a été saisie pour remplacer les éléments du kit utilisés pour l'endormir la première fois. Et l'amputation a eu lieu le jeudi. Les jours qui ont suivi, l'évolution n'a pas été favorable. Le moyon s'est nécrosé (le reste du membre avait commencé à noircir et il y avait du pus). Les médecins ont posé l'indication pour une reprise. Et c'est Dr Traoré Alidou qui le 1er août a fait cette 2e intervention. Pour parer aux larges plaies au niveau de l'épaule qui nécessitaient une greffe de la peau, il a été décidé de la transférer à l'Institut Raoul Follereau d'Adzopé. Où elle séjourne depuis le 28 août dernier.

Doua Gouly

• Pr Kéita Kader , directeur du Chu de Yopougon

“Je suis triste pour mon hôpital”

M. le directeur, à entendre les médecins, votre hôpital ne fonctionne pas correctement, faute d'équipements. Qu'en est-il?
Nous avons un gros problème d'investissement des ressources publiques qui se sont amenuisées avec le temps en fonction des disponibilités de l'Etat. Dans les hôpitaux, les budgets d'investissement sont restreints. Ce n'est toujours pas facile de restaurer le plateau technique dans de pareilles conditions. Seuls deux respirateurs sur six marchent dans cet hôpital qui se veut une référence. C'est incroyable! Nous avons conscience de la situation. C'est pourquoi, nous explorons d'autres horizons. Nous venons de recevoir deux respirateurs commandés par mon prédécesseur. Ils viennent donc renforcer les capacités des deux autres afin d'améliorer les conditions de travail dans le bloc opératoire. Mais en dehors de cela, nous sommes en train d'expérimenter d'autres procédés pour équiper notre Chu.
Lesquels?
Actuellement, des partenariats public-privé sont en train d'être mis en place dans beaucoup de secteurs d'activité. L'Etat ne peut plus prendre en charge, à lui tout seul, tous les investissements des hôpitaux ivoiriens. Surtout dans cette période de crise. Il faut donc susciter des partenariats avec le secteur privé. Pour compenser cet état de fait, nous sommes dans les démarches pour ce partenariat afin de restaurer notre laboratoire qui fonctionne un peu comme un dispensaire, ne faisant que des examens de niveau primaire alors que nous sommes un hôpital de référence. Nous devons disposer d'un labo de niveau tertiaire. Il en est de même pour le bloc opératoire. Dans quel état d'esprit vous trouvez-vous en tant que directeur d'un Chu qui souffre d'un manque criant d'équipements?
Je dois dire que j'en souffre parce que j'ai un hôpital qui a toutes les compétences humaines. Peut-être même les plus grandes compétences de Côte d'Ivoire. Nous avons par exemple, le chef du service de neurochirurgie qui est une sommité, je ne dirai pas de la Côte d'Ivoire, mais de la sous-région. Malheureusement, avec les difficultés que nous rencontrons, nous n'arrivons pas à tirer le maximum des ressources humaines dont nous disposons. C'est la même chose pour le service de traumatologie orthopédie. Nous avons des professeurs éminents qui ne peuvent pas exercer leur art. Il en va de même pour la chirurgie digestive, la chirurgie infantile où il y a de grands spécialistes qui sont sous-utilisés faute d'équipements adéquats du bloc opératoire. Je suis un directeur triste pour son hôpital. Quand les chirurgiens ne peuvent pas opérer, il n'est pas possible de former les jeunes médecins. Il y a un déficit en formation à tous les niveaux. C'est un grand handicap contre lequel nous sommes en train de nous battre. Je pense qu'avec l'adhésion actuelle de tout le personnel à la nouvelle politique, nous pourrons nous en sortir progressivement. Même si je ne pense pas que cela pourra résoudre définitivement les problèmes des hôpitaux qui ont trait au niveau du financement global de la santé. Nous sommes confronté à beaucoup de malades qui ne peuvent pas payer leurs soins. Est-ce parce que vos tarifs sont trop élevés?
Nous pratiquons des tarifs sociaux que les patients n'arrivent pas malgré tout à payer tout le temps. Une réanimation en France coûte au moins un million de francs par jour. Ici cela revient à 20 mille francs et les gens n'arrivent pas à payer. C'est d'ailleurs pour cela que nous fondons un grand espoir dans l'assurance maladie universelle. Quels sont les services les moins équipés?
Pratiquement tous les services manquent d'équipements. Notre hôpital a 20 ans maintenant. L'essentiel des équipements datent de cette période. Mais les services qui en souffrent le plus sont le bloc opératoire, la radiologie, etc. Avez-vous estimé les besoins du Chu?
Ce travail a été plusieurs fois fait en collaboration avec le Bnetd. Pour établir le niveau des fonds pour la réhabilitation. Et l'Etat a programmé ces travaux dans le budget. Cette année, nous avons bénéficié de la réhabilitation de l'étanchéité. La climatisation centrale, en place depuis 20 ans et qui ne marchait pas, a été mise en état également. Progressivement, nous allons étendre ces actions à tous les services. Au bout de combien d'années, aurez-vous un hôpital viable de référence?
Cela dépend du suivi financier. Si l'effort de l'année dernière est poursuivi, je pense qu'au bout de cinq ou six ans, nous aurons un hôpital de référence au vrai sens du terme.

Propos recueillis par Doua Gouly
Maladies provoquées par l'eau : LE CICR DESINFECTE 1 500 PUITS A VAVOUA
Frat Matin - 06 Sep 2008 - Le Comité International de la Croix Rouge (CICR) a procédé en début de semaine, dans la ville de Vavoua, à la désinfection de 1 500 puits afin de prévenir les risques graves d'épidémies. Pendant deux semaines, le CICR s'attellera à mettre à l'abri près de 3 000 ménages, soit environ 21 000 résidents contre les maladies dites diarrhéiques contractées par la consommation d'eau contaminée. Cette situation s'avère encore plus grave en période de fortes pluies du fait de l'inondation des puits mal protégés par les eaux de ruissellements. C'est le constat fait par dame Irié, commerçante du quartier Sébouafla. Selon elle, avant cette opération de chloration, l'eau était consommée avec tous les déchets imaginables. M. Yves Degiacomi, coordinateur des programmes eau et assainissement du CICR en Côte d'Ivoire explique que la chloration de l'eau avant utilisation est la seule garantie que l'eau reste potable depuis le
fond du puits jusqu'à sa consommation par les bénéficiaires. Selon lui, la retenue d'eau de Vavoua, ancienne source d'approvisionnement, est totalement envasé. Ainsi, tant que l'eau potable n'est pas disponible à partir de nouveaux forages, la SODECI ne pourra pas distribuer assez d'eau dans cette localité. C'est le constat amer que fait M. Toua Bi, chef de cabinet à la mairie de Vavoua. « Nous avons souvent sensibilisé les charretiers à l'utilisation de filtres simples afin de garantir un minimum d'hygiène dans le transport de l'eau qu'ils livrent aux habitants, mais rien n'y fait. » Pour lui, c'est le transport de l'eau des puits aux foyers qui a aggravé le problème.

Pour réussir ce programme, les volontaires du CICR de Côte d'Ivoire vont accompagner cette campagne de chloration de conseils en matière d'hygiène aux populations bénéficiaires.
Sexe: selon les chercheurs, plus long, c'est pas forcément plus bon
Guillemette Faure  | Rue89 | 04/04/2008 | Combien de temps doivent durer les relations sexuelles? Trois minutes -un oeuf à la coque- et c'est déjà bien. C'est la conclusion d'une étude qui sera publiée par le Journal of Sexual Medicine . A l'origine de la recherche, Eric Corty, chercheur à l'université d'Etat de Pennsylvanie, qui a interrogé cinquante sexologues américains et canadiens de la Society for Sex Therapy and Research, qui voulait briser l'idée qu'il y ait une prime à la durée. Les deux tiers d'entre eux ont répondu et classé les durées des rapports sexuels (hors préliminaires) en "trop court", "adéquat", "souhaitable", "trop long". Une à deux minutes, selon les thérapeutes consultés dans l'étude, c'est "trop court" (tout à coup, on se sent tous thérapeute). Dix à trente, c'est trop long (au-dessus, c'est de la drogue). La durée "normale" se situe donc entre trois et treize minutes (trois à sept, c'est bien; sept à treize, c'est mieux) et "ne mérite

pas de préoccupation clinique". "Ces résultats devraient aussi être bénéfiques pour les couples en traitement pour des problèmes sexuels en normalisant leurs attentes" dit le résumé de l'étude. Car trois à treize minutes, c'est déjà l'usage. Des travaux de recherche menés auprès de 1500 couples en 2005 indiquent que le temps médian est de 7,3 minutes. Le détail qu'on préfère dans cette étude-là, c'est l'idée d'avoir fait porter des chronomètres aux femmes et de leur demander de signaler quand c'est fini. (Les hommes ne pouvaient pas le faire parce que s'ils s'étaient endormis?)

"Ça suppose une vision très génitale, très masculine de la sexualité"

On a appelé Esther Perel, la sexologue new-yorkaise qui était venue répondre aux questions des internautes de Rue89 . L'objet de l'étude l'a rendue perplexe -"ça suppose une vision très génitale, très masculine de la sexualité". Elle remet aussi en cause l'idée que "le sexologue représente une notion scientifique" et qu'il connaisse "le" chiffre. "Le discours de la société aujourd'hui s'est médicalisé: on est passé du péché à la pathologie du dysfonctionnement", s'inquiète Esther. "Quand on est dans les résultats mesurables et la quantification, on se retrouve avec des gens toujours en train de se demander s'ils sont normaux, qui ont toujours l'impression que ça se passe mieux chez les autres. Il est important de ne pas normaliser." D'accord, mais ça ne nous donne pas le bon chiffre.

 
CÔTE D'IVOIRE: Mal préparée pour faire face à la menace d'une épidémie de méningite
BOUNA, 22 février 2008 (IRIN) - Quelque 172 cas de méningite ont été enregistrés en Côte d'Ivoire, dont 44 mortels, depuis le début du mois de janvier, mais avec seulement 400 000 vaccins disponibles pour une population d'un million d'habitants vulnérables et un personnel médical mal préparé pour faire face à une épidémie, une crise sanitaire d'une plus grande ampleur est à craindre. Le personnel médical « n'est pas bien formé » pour anticiper et faire face à une épidémie de méningite en Côte d'Ivoire, a déclaré Mamadou Guingaré, épidémiologiste au centre de surveillance pluripathologique de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) au Burkina Faso, ce qui signifie que les autorités « n'ont pas une idée précise » de toute l'ampleur du problème. En Côte d'Ivoire, seuls sept districts sanitaires ont enregistré des cas de méningites, les 65 autres districts n'en ayant signalé aucun, même si 18 d'entre eux sont connus pour être des districts à risques, a-t-il dit.
Des seuils épidémiques ont uniquement été signalés dans la ville de Tengréla (nord), près de la frontière avec le Mali, où 75 000 personnes ont été vaccinées. Selon Rémi Allah Kouadio, ministre de la Santé et de l'Hygiène publique, les villes de Bouaké, Sakassou, Vavoua et Daoukro, dans le centre et le centre-ouest du pays, ont été placées en état d'alerte.

De l'autre côte de la frontière, au Burkina Faso, sur les 1 938 cas de méningite enregistrés depuis le début du mois de janvier, 255 ont été mortels. Pour Kouadio Aka Tanoh Bian de l'OMS, l'organisation onusienne pourrait faire appel à un mécanisme de financement d'urgence, tel que le Fonds central d'intervention d'urgence (CERF) des Nations Unies, pour acheter rapidement des vaccins pour la Côte d'Ivoire.

L'équipe de l'OMS en Côte d'Ivoire a indiqué qu'elle avait fourni au gouvernement 379 000 doses de vaccin contre deux types de méningite et qu'elle en avait demandé 600 000 de plus pour la Côte d'Ivoire à l'International Coordination Group on Vaccine Provision for Epidemic Meningitis Control, l'organisme qui fournit les vaccins contre la méningite. La bactérie de la méningite, qui prend généralement des proportions épidémiques en Afrique de l'Ouest, souvent qualifiée de « région méningitique », entre les mois de décembre et mai, pourrait être particulièrement virulente cette année, à un moment où la région arrive au sommet d'un cycle de 10 à 12 années de crises méningitiques, selon les prévisionnistes de la santé.
 
Insuffisance rénale: Des patients meurent pour 2.500 Fcfa
Les malades de l'insuffisance rénale doivent affronter plusieurs difficultés : coût élevé des soins, vétusté et insuffisance de centres des matériels de dialyse etc. S.V, âgé de 23 ans, est atteint d'une insuffisance rénale depuis octobre 2007. Nous avons rencontré sa grande sœur au centre d'hémodialyse installé dans l'enceinte du Chu de Cocody. Elle était venue solliciter auprès du directeur du Samu (Service d'aide médicale urgente) une place pour son cadet. Elle sait que ce ne sera pas facile car la liste d'attente est longue et seuls 17 générateurs fonctionnent dans ce centre. La dame dit être à bout de souffle financièrement. Quand la maladie de S.V a été découverte, la famille s'est saignée pour faire face aux premiers soins. « Il nous fallait trouver sur le champ 180.000 Fcfa pour la pose d'un cathéter. Notre mère au village a donné 100.000 Fcfa et grâce à des amis, nous avons pu réunir le reste », explique-t-elle.

Mais ils n'étaient pas au bout de leur peine car le traitement de la maladie dont souffre S.V exige assez de moyens. Hospitalisé au Chu de Treichville, il devait subir 3 dialyses par semaine. A raison de 50.000 Fcfa par séance cela fait 150.000 Fcfa par semaine. Réunir cette somme relève du miracle surtout que S.V devait subir des dialyses à vie, avoue notre interlocutrice qui a requis l'anonymat. « C'est Dieu qui nous a aidés. Mon époux a contribué selon ses possibilités.

Le parcours du combattant

Tous les membres de la famille ont été sollicités pour nous venir en aide. Mais au bout d'un certain moment, tout le monde était essoufflé », souligne-t-elle. Notre interlocutrice affirme qu'elle a été l'objet d'escroquerie de la part de certains médecins au Chu de Treichville. « Les ordonnances dont le coût minimum atteignait 10.000 Fcfa, se succédaient à un rythme effréné et il fallait à chaque fois changer de produits », se plaint la sœur de S.V. A cela, il faut ajouter le prix de la chambre qui revient à 20.000 Fcfa par semaine en plus des nombreuses analyses. Les dépenses hebdomadaires se situaient à au moins 50.000 Fcfa. « Pour une famille sans grands revenus, cela est devenu est insupportable », explique la dame. Elle s'est donc tournée vers le centre d'hémodialyse du Chu de Cocody où la séance coûte 2.500 Fcfa soit 5.000 Fcfa dans la semaine.

Mais obtenir une place dans ce centre relève du parcours du combattant. Les patients qui sont sur la liste d'attente doivent attendre le décès d'un malade pour espérer le remplacer et être soignés. C'est malheureusement le prix à payer pour que d'autres patients soient sauvés. Un cruel destin. Selon l'assistance sociale, plus de 80 malades sont en attente. Au dire de Mme Coulibaly Mariam Rose, beaucoup de patients se dirigent d'abord vers les cliniques privées où la séance quotidienne de dialyse coûte entre 120.000 et 150.000 Ffca. Sans compter les frais de médicaments. « Quand ils se rendent compte que ce sont des actes qu'ils doivent poser toute leur vie, ces malades se tournent alors vers notre service. Mais malheureusement, notre capacité d'accueil est très limitée par rapport à la demande de plus en plus élevée », se soucie l'assistante sociale au bord du découragement. Sans budget, elle dit se battre pour aider les plus démunis mais le plus souvent sans succès. « Je n'arrive pas à jouer mon rôle. Je me contente de remonter le moral aux patients et de sensibiliser les parents pour qu'ils leur viennent en aide », se désole Mme Coulibaly. Les demandes d'aide adressées aux mairies, ambassades et autres institutions internationales restent très souvent lettre morte. L'assistante sociale affirme payer de sa propre poche les séances de dialyse de certains patients démunis. Le directeur du Samu qui gère les centres d'hémodialyse des Chu de Cocody, Treichville et Yopougon lui vient en aide pour dialyser gratuitement certains cas. Dans certaines situations, elle est obligée de jouer des coudes pour obtenir 2 heures de dialyse pour soulager des cas extrêmes. « Un malade, faute de moyen pour assurer le transport, marchait pour venir se faire dialyser. De nombreux malades abandonnent parce qu'ils n'arrivent pas à payer les séances. Ils meurent dans des conditions atroces », se plaint l'assistante sociale. Elle dit avoir failli fuir devant certaines situations insolubles en nous montrant la pile de dossiers de patients décédés pour manque de soins. Outre l'incapacité des malades à payer les séances d'hémodialyse, les analyses et les médicaments, ils doivent affronter les pannes fréquentes des appareils. Selon le directeur du Samu, les 3 centres d'hémodialyse sont équipés d'appareils d'occasion.

900 millions FCFA, la solution

«Nous accueillons 3 groupes de 64 malades trois fois par semaine. Les appareils sont surexploités. C'est un véritable exploit que les médecins réalisent », affirme Dr. Jacques Sissoko. Il faut 900 millions de francs pour remplacer ces générateurs atteints par la limite d'âge. « Au bout de 12.000 heures de fonctionnement, les appareils doivent normalement être changés. Nous sommes obligés de cannibaliser certains générateurs pour faire fonctionner les autres. Les biotechniciens sont maintenus en permanence pour intervenir en cas de panne », fait remarquer le patron du Samu. Pis, la série des générateurs utilisés en Côte d'Ivoire n'est plus fabriquée, révèle Sissoko Jacques. L'autre difficulté réside dans le coût élevé des consommables qui engloutissent les maigres ressources de sa structure. Les dialyses se font actuellement avec l'acétate, produit qui épuise les malades. Il envisage utiliser le bicarbonate, plus efficace et moins épuisant mais qui coûte cher. « Avec ce nouveau produit, on ne peut pas faire de différence entre un dialysé et un bien portant. Les élèves dialysés pourront suivre sans problème les cours », soutient Dr. Sissoko. Mais le hic, l'Etat devra débourser plus d'argent pour la prise en charge des malades. En réalité, le kit de la dialyse revient à 50.000 Fcfa que le Samu facture à 2.500 Fcfa par séance. En plus le patient doit prévoir au moins 80.000 Fcfa pour les médicaments. Son espoir réside en la construction d'un grand centre d'hémodialyse qui peut accueillir 40 générateurs. Mais les travaux traînent. « Le chantier est au niveau du terrassement alors que les murs devaient être montés car le centre doit ouvrir en 2009 », indique-t-il en nous montrant de son bureau le chantier. Son projet à long terme est d'ouvrir des centres d'hémodialyse dans tous les chefs lieux de département. Pour tenir ce pari, Dr Sissoko compte sur l'appui des conseils généraux et des âmes charitables. Une compagnie de téléphonie mobile a déjà offert un bâtiment et apporte un soutien financier non négligeable au Samu, confie le directeur de ce centre.

Nomel Essis

 

Une adolescente américaine sur quatre infectée par une MST aux USA

El MOUDJAHID - 12-03-2008
Une adolescente américaine sur quatre a déjà été infectée par au moins une maladie sexuellement transmissible, selon une étude publiée mardi dernier par le Centre américain de contrôle et de prévention des maladies (CDC).
Il s'agit de la première étude qui se penche sur la prévalence combinée des principales MST parmi les adolescentes aux Etats-Unis. Elle évalue à au moins 3,2 millions le nombre de jeunes filles de 14 à 19 ans infectées par une maladie sexuellement transmissible aux Etats-Unis, soit 26% de cette population. La prévalence des MST parmi les adolescentes pourrait être supérieure, l'étude ne se concentrant que sur les quatre infections les plus courantes, avertissent les auteurs.
"Ces données montrent l'importance du risque causé chaque année par les MST à des millions de jeunes femmes dans ce pays", a souligné Kevin Fenton, directeur du CDC chargé de la prévention du VIH/sida, de l'hépatite virale, des MST et de la tuberculose.
"Etant donné que les effets des MST pour les femmes, - de la stérilité au cancer du col de l'utérus -, sont particulièrement graves, le dépistage des MST, la vaccination et d'autres stratégies de prévention destinées aux femmes sexuellement actives font partie de nos principales priorités de santé publique", a-t-il souligné.
La moitié des 838 jeunes filles qui ont participé à l'étude ont déclaré avoir des relations sexuelles, et parmi elles, 40 % avaient contracté une MST. Les adolescentes noires étaient particulièrement exposées, puisque 48 % d'entre elles avaient déjà été infectées par une maladie sexuellement transmissible, contre 20 % des adolescentes blanches.
Le papillomavirus (ou HPV) était la maladie la plus courante (18,3 % des adolescentes avaient été infectées), loin devant l'infection à chlamydia (3,9 %), la trichomoniase (2,5 %) et l'herpès génital (1,9 %).

MST: une adolescente américaine sur quatre concernée, selon une étude

Par Lindsey Tanner AP - Mercredi 12 mars 2008

CHICAGO - Education sexuelle archaïque, sentiment d'invulnérabilité: une adolescente américaine sur quatre souffre aujourd'hui d'une maladie sexuellement transmissible (MST), selon la première étude du genre qui vient d'être réalisée aux Etats-Unis. Comme l'expliquent les médecins, ces chiffres très élevés s'expliquent notamment par deux facteurs: en matière d'éducation sexuelle, seule l'abstinence est préconisée pour les jeunes, et les adolescents ont souvent tendance à se sentir invulnérables.

En conséquence, les autorités sanitaires américaines prônent une amélioration des dépistages, avec plus de vaccinations et de prévention, certaines MST pouvant être cause de stérilité et de cancer. Pourtant, seules la moitié des adolescentes ayant participé à cette étude ont reconnu avoir des relations sexuelles. Il faut dire que, pour beaucoup de jeunes, le sexe se limite aux seuls rapports sexuels. Or d'autres pratiques, comme les fellations, peuvent propager des maladies. Parmi celles qui ont reconnu avoir des relations sexuelles, le taux est encore plus inquiétant: 40% avaient une MST. "C'est vraiment choquant", a déclaré le Dr Elizabeth Alderman, spécialiste des adolescents à l'Hôpital pour enfants de New York. "Parler de l'abstinence, ce n'est pas une mauvaise chose", mais les filles, et les garçons également doivent être informés des manières de se protéger s'ils ont des relations sexuelles, insiste le Dr Alderman.

Au total, 26% des 838 adolescentes de l'étude avaient une MST, ce qui veut dire plus de trois millions de jeunes filles aux Etats-Unis, selon les chercheurs des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) d'Atlanta (Géorgie). Ils ont dévoilé ces résultats mardi à Chicago lors d'une conférence sur la prévention des MST. "Ces chiffres sont alarmants", commente Nora Gelperin, experte en éducation sexuelle pour le site Internet http://www.sexetc.org destiné aux adolescents. A ses yeux, cela reflète "le niveau déplorable de l'éducation sexuelle dans notre pays". "La sexualité est toujours un sujet très tabou dans notre société", poursuit-elle. "Les adolescents nous disent qu'ils ne peuvent pas prendre de décisions dans l'obscurité et que les adultes ne les préparent pas convenablement à prendre des décisions responsables." AP

 
Infection sexuellement transmissible
Une infection sexuellement transmissible (IST), ou, au Québec, une infection transmise sexuellement et par le sang (ITSS), est une maladie infectieuse qui, comme son nom l'indique, se transmet entre partenaires au cours de différentes formes de rapports sexuels — contacts génitaux ou sanguins, rapports oraux, vaginaux ou anaux (muqueuses et fluides corporels). À noter que le Grand dictionnaire terminologique traite distinctement d'infection transmissible sexuellement (ITS) et d'infection transmissible sexuellement et par le sang (ITSS).

Autrefois, on appelait ces maladies des maladies vénériennes, le nom provenant de Vénus, déesse de l'amour.Puis, jusque dans les années 1990, l'appellation MTS ou MST (pour maladie sexuellement transmissible) est devenue d'usage courant. Depuis 1999, le terme MTS est peu à peu remplacé par celui d'IST[1

] ,[2] car le terme « infection » plutôt que « maladie » prend mieux en compte le fait que certaines infections sont asymptomatiques. De plus, le terme d'ITSS prend également en compte que ces infections ne sont pas seulement transmises sexuellement, mais aussi par contacts sanguins, comme dans le cas de l'hépatite B, de l'hépatite C et du SIDA.

Toutes les pratiques sexuelles qui comportent un contact avec une autre personne(sans protection), ou les fluides génitaux avec un contact direct avec le sang d'une autre personne, sont considérées comme comportant un risque de transmission d'une ITSS. Chaque ITSS présente un risque et un degré de gravité différents.

Une ITSS peut être transmise d'une personne à l'autre par le biais de certaines activités sexuelles ou sanguines plutôt que par d'autres, mais également par d'autres biais (en fonction des maladies). Les bactéries, champignons ou virus sont toujours les agents « causatifs ». Il n'est pas possible d'attraper une ITSS d'une personne qui n'est pas porteuse de la maladie. À l'identique, une personne porteuse d'une ITSS l'a attrapée (sauf quelques exceptions) par contact sexuel ou par contact avec des fluides corporels (dont génitaux et sanguins) avec quelqu'un ayant cette maladie.

Le risque d'infection peut être réduit par l'utilisation de protections appropriées :

Préservatif masculin en latex ;
Préservatif féminin en polyuréthane ;
Feuille de latex (pour les cunnilingus, par exemple).
L'infection peut être multiple (à plusieurs germes à la fois). Elles sont fréquemment récidivantes à court terme[3].

Mesures de prévention de la diffusion des IST
Bien que la probabilité de transmission des maladies par l'activité sexuelle varie grandement d'une pathologie à l'autre, en général un rapport sexuel peut être considéré comme risqué dans les deux sens : celui de transmettre au partenaire, comme celui de recevoir.

Les professionnels de la santé conseillent des rapports protégés par préservatifs lors de relations sexuelles avec des personnes potentiellement atteintes, ce qui constitue une méthode efficace de prévention. Au niveau d'une population, l'utilisation de préservatifs peut aider à contrôler une épidémie. Dans le cas des infections transmises par le sang, il suffit d'un contact entre votre tissu sanguin et le sang contaminé d'une autre personne.

La diffusion des ITSS est très majoritairement liée à l'activité hétérosexuelle (de par le poids de la "communauté") même si, historiquement, la prostitution et certains groupes homosexuels ont été les plus touchés. Un risque majeur expliquant la transmission des ITSS est l'existence de porteurs sains, qui sont des individus ne ressentant pas le moindre effet de la maladie, ne consultant donc pas de médecin, et mettant ainsi en danger leur(s) partenaire(s) en l'absence de prise en charge appropriée (traitement et rapports protégés). En particulier chez l'homme plus que chez la femme, les urétrites (dont la gonococcie) entraînent très peu de symptômes et sont particulièrement à risque de transmission.

Lorsqu'un diagnostic d'ITSS a été porté, le patient devrait normalement avertir ses partenaires actuels et anciens pour qu'ils se fassent dépister. Il n' y a pas, cependant, de contrainte légale.

En France, l'infection à VIH est une maladie infectieuse à déclaration obligatoire.

Liste non exhaustive d'infections sexuellement transmissibles
Les maladies suivantes sont essentiellement à transmission sexuelle :

La gonorrhée (blennorragie gonococcique) ;
La chlamydiose à chlamydiae trachomatis
Le chancre mou ;
L'herpès génital ;
Le pian ;
La trichomoniase ;
Les maladies suivantes peuvent être transmises par voie sexuelle mais non exclusivement :

Bactériennes, comme la syphilis ;
Des ectoparasites, comme la gale ou les poux du pubis (morpions ou phtyriase pubienne).
Des virus :
Les verrues génitales ou condylomes, dues à certaines souches de papillomavirus (HPV) ;
Les hépatites virales : hépatite B, hépatite C (la transmission de l'hépatite C se fait essentiellement par voie sanguine) ;
Le Virus d'Immunodéficience Humaine (VIH) responsable du Syndrome d'immunodéficience acquise (SIDA).
Voir également :

Infections intestinales transmises sexuellement
La cystite n'est pas une IST, mais les rapports sexuels peuvent les favoriser chez les femmes en facilitant la remonté de germes ano-génitaux par l'urètre. C'est la raison pour laquelle il est recommandé aux femmes d'aller uriner après un rapport sexuel.

 
Stress au travail: un rapport "prise de conscience"
LIBERATION.FR : jeudi 13 mars 2008

C'est en s'appuyant sur le rapport qui lui a été remis hier par deux experts que le ministre du Travail, Xavier Bertrand, a décidé de lancer une enquête nationale et une veille épidémiologique sur les suicides au travail. Le ministre du Travail Xavier Bertrand a annoncé hier le lancement d'une enquête nationale pour mesurer le stress au travail et identifier les secteurs touchés, soulignant le retard de la France vis-à-vis d'autres pays européens en matière de lutte contre ce mal. Le ministre a aussi annoncé qu'une "veille épidémiologique" sur les suicides au travail, phénomène fortement médiatisé ces dernières années et récemment illustré par une série de suicides au Technocentre de Renault à Guyancourt (Yvelines), serait lancée en 2009 et confiée à l'Institut national de veille sanitaire (Invs), en liaison avec les services de santé au travail et la Cnam (assurance maladie).

Il s'est appuyé sur le rapport, qui lui a été remis hier par deux experts, Philippe Nasse, statisticien et économiste, et Patrick Légeron, médecin psychiatre, pour présenter une série de mesures pour lutter contre le stress au travail.

Ce rapport est "une première étape, qui marque une prise de conscience et une dynamique d'action" , a déclaré le ministre, qui fixe comme objectif que "d'ici deux ou trois ans la France soit au niveau des pays européens qui apportent les meilleures réponses" en matière de lutte contre le stress. Les partenaires sociaux doivent se réunir prochainement pour transposer en droit français un accord-cadre européen sur le stress, signé en 2004, a rappelé Xavier Bertrand.

L'enquête, dont la conception sera confiée à l'Insee, sera annuelle et basée sur des questionnaires "auto-administrés" croisant les conditions de travail du salarié et son état psychologique. Les premiers résultats seront connus en 2009, a-t-il souligné.

Pour les auteurs du rapport, la mise en place d'un "indicateur global" est un préalable à toute recherche des causes du stress et des actions à mener dans les entreprises, car les risques ne sont pas forcément identiques d'une entreprise à l'autre. "En France, on commence par chercher les causes, avant toute cartographie du problème" , ce qui réveille les antagonismes et bloque toute action, a expliqué Philippe Nasse.

Car deux visions s'opposent: l'une collective, souvent défendue par les syndicats, qui fait de l'environnement et de l'organisation du travail la cause principale du mal-être des salariés, et l'autre plus individuelle, qui a les faveurs des chefs d'entreprise et prône une approche plus médicale et psychologique des causes du stress.

Pour Patrick Légeron, qui invite à combiner les deux approches, "cette controverse est dépassée depuis longtemps". Le rapport fait au total huit propositions, que le ministre va "soumettre à la prochaine conférence" sur les conditions de travail, prévue au printemps. Il propose notamment de lancer des expériences pilotes sur le stress dans la Fonction publique, car l'Etat, "premier employeur de France", doit "réhabiliter ce thème émergent, encore pas suffisamment affirmé comme un risque majeur" .

 
Les principales étapes d'une démarche de prévention du stress
L'émergence d'un projet de prévention du stress dans une entreprise peut relever d'une démarche volontaire de celle-ci ou être suscitée par des acteurs de la prévention externes à l'entreprise. Côté entreprise, le projet peut naître à l'occasion de sa démarche d'évaluation des risques professionnels, du débat social autour des conditions de travail ou de l'apparition de situations préoccupantes : suspicion de harcèlement, suicides, violences entre salariés ou de la part du public, épidémie de troubles musculo-squelettiques, retards, "démotivation du personnel", absentéisme", …

Côté acteurs de prévention externes (préventeurs institutionnels), un tel projet émergera si ces préventeurs repèrent des dysfonctionnements tels que ceux évoqués précédemment (suspicion de harcèlement, suicides, violences entre salariés ou de la part du public, etc.) qui sont de véritables signaux d'alerte d'une situation dégradée. Une fois le projet décidé, la démarche de prévention du stress doit suivre un certain nombre d'étapes. Sur le plan théorique, ces étapes sont nettement séparées les unes des autres, mais dans la pratique elles peuvent se chevaucher, fusionner, … L'enchaînement de ces étapes décrit une démarche de prévention "idéale", pas toujours applicable pas à pas, mais donnant des points de repères importants.

Selon l'ampleur et/ou la gravité de la situation, le recours à un intervenant extérieur (institutionnel ou privé) peut être jugé nécessaire. Son intervention peut être limitée à certaines étapes (diagnostic, évaluation) ou concernée l'ensemble de la démarche.


Première étape : pré-diagnostic ou analyse de la situation
L'entreprise qui souhaite s'engager dans une action de prévention, sans recours à une aide extérieure, peut établir un pré-diagnostic en s'appuyant sur un certain nombre d'informations à sa disposition. Ce sont des données qui concernent son fonctionnement ou la santé de ses salariés et qu'elle peut mobiliser assez facilement et rapidement auprès des services ad hoc. Elles ne nécessitent pas d'investigations particulières.

Concernant l'entreprise, les données portent sur des indicateurs :
organisationnels (absentéisme, turnover, faible respect des horaires, problèmes disciplinaires, intimidations, grèves, …)
de production (quantité, qualité, rebus, …)
économiques (cotisations accidents du travail et maladies professionnelles …)

Concernant les salariés, les données recueillies par le service de santé au travail sont présentées sous forme "d'indicateurs de santé". Si ces indicateurs sont dégradés, ils seront les déclencheurs de l'action ; ils pourront être suivis tout au long de la démarche et permettre d'évaluer les bénéfices de l'action. Si l'entreprise décide de faire appel à des préventeurs institutionnels ou à des cabinets conseil pour la guider dans sa démarche, ceux-ci commencent par analyser la situation dans son ensemble.

En effet, sauf exception, les attentes des différents acteurs de l'entreprise se présentent de façon complexe voire confuse avec d'importants décalages ; les représentations sont tranchées, contradictoires et fortement empreintes d'émotions diverses. De plus, les problèmes évoqués ne traduisent souvent que partiellement la situation réelle. L'intervenant doit alors détecter la nature des autres dysfonctionnements et replacer ceux qui lui ont été soumis dans un contexte plus large. Pour ce faire, il pourra s'appuyer sur les indicateurs de dysfonctionnement ou de mauvaise santé évoqués précédemment dans le cadre du pré-diagnostic. Cette étape de détection des enjeux des différents acteurs de l'entreprise et de l'ensemble de la situation est capitale :
L'intervenant a un rôle d'aide ; il ne doit pas se contenter de "livrer un produit" à un client qui a passé commande sans analyser en détail la situation-problème qui a incité l'entreprise à solliciter son concours.
C'est à cette étape que se révèlent ou non les conditions nécessaires pour l'intervention (cf. plus haut).
Dès cette étape de pré-diagnostic ou d'analyse de la situation, des actions sont susceptibles d'être mises en œuvre pour des personnes en souffrance qui auraient besoin d'être prises en charge rapidement. Elle peut également donner lieu à des préconisations de prévention. Par exemple, si elle fait apparaître que des dysfonctionnements sont en partie liés au travail de nuit, il faudra se référer aux dispositions réglementaires concernant le travail de nuit. Selon les résultats de cette première étape, la démarche sera poursuivie ou stoppée, si les conditions nécessaires ne sont pas réunies ou garanties.

Deuxième étape : mise en place d'un projet spécifique
Au delà d'une réponse d'urgence (prise en charge médicale et thérapeutique) ou de l'application de textes réglementaires, la prévention du stress au travail peut nécessiter la mise en place d'un projet spécifique.

Avant tout, il est recommandé de constituer en interne un "groupe projet". Globalement, il aura pour mission d'impliquer l'ensemble des acteurs de l'entreprise en les informant, de guider le choix et la mise en forme des outils d'investigations, d'aider les intervenants extérieurs dans l'analyse des informations recueillies, de participer à la formulation de pistes d'actions, d'assurer le suivi des actions et leur évaluation. Ce faisant, le groupe projet sera sensibilisé aux méthodes d'investigations psychosociales, il se forgera progressivement sa propre expérience, sa propre expertise … pour devenir par la suite plus autonome dans la prévention du stress, et plus généralement dans celle des risques d'origine psychosociale. Sa composition est variable selon la taille et la structure de l'entreprise, mais il doit être représentatif de l'ensemble des salariés concernés par le projet. Les membres de ce groupe doivent être crédibles et respectés par leurs pairs. Ils doivent également avoir des compétences en communication, pour le travail en équipe et bien connaître la structure dans laquelle ils travaillent.

Les missions et rôles de ce groupe projet seront clairement définis et communiqués à l'ensemble du personnel.

Troisième étape : diagnostic approfondi
Le diagnostic de stress dans une entreprise s'appuie d'une part sur les données mobilisables dans l'entreprise et d'autre part sur des investigations plus poussées spécifiquement mises en œuvre dans le cadre de la démarche de prévention. Il a pour objectif d'identifier les sources de stress, d'expliquer pourquoi un certain nombre "d'indicateurs passent au rouge". Ces investigations seront guidées par les étapes précédentes. Différentes méthodes peuvent être utilisées : observations de l'environnement et des conditions de travail, entretiens individuels ou de groupe, groupes de discussion, questionnaires portant sur la perception des conditions de travail, du stress, de la santé et de la satisfaction au travail. Pour garantir la neutralité du diagnostic et sa crédibilité vis-à-vis de tous les acteurs de l'entreprise, le recours à un intervenant extérieur (institutionnel ou privé) peut être nécessaire. Un diagnostic en interne est néanmoins possible si les membres du groupe projet en sont d'accord.

Quatrième étape : Restitution des résultats
Une fois les analyses effectuées, avec l'implication et l'éclairage du groupe projet, les résultats sont communiqués aux différents acteurs de l'entreprise. Il est important de souligner que la démarche de prévention du stress ne s'arrête pas là. Ces résultats doivent être validés, appropriés et traduits par les différents acteurs de l'entreprise en plan d'action.

Cinquième étape : Elaboration et mise en œuvre d'un plan d'action
A la suite du diagnostic, le groupe projet arrêtera, sur la base des restitutions aux différents acteurs, un ou des plans d'action, suivant trois niveaux décroissants de priorité : (1) l'élimination du risque, (2) l'isolement du risque ou (3) la réduction du risque. Souvent mentionnée dans la littérature mais peu détaillée, la mise en œuvre du plan d'action est pourtant une étape à part entière de la démarche de prévention. Cette étape doit faire l'objet d'une communication particulière (réunions, présentations, lettre d'information, discussions informelles, …) voire régulière.

Sixième étape : Evaluation de l'action et suivi
Pour être complète, la démarche doit inclure l'évaluation des actions menées et le suivi du plan d'action (notamment par le contrôle d'indicateurs "avant-après"). Cette évaluation permet de ré-ajuster la démarche dans une optique d'amélioration continue. Comme pour le diagnostic, l'évaluation peut nécessiter, pour les mêmes raisons d'impartialité et de crédibilité, le recours à un intervenant extérieur. L'évaluation peut se heurter à des obstacles spécifiques à sa mise en œuvre : évolution rapide des entreprises, turnover du groupe projet ou des salariés, coût, etc.

Si l'on s'inscrit dans le long terme, l'enjeu de la mise en place d'un projet spécifique de prévention du stress est moins lié aux solutions mises en place qu'à la construction d'une capacité collective à prendre en charge, dans la durée, la prévention du stress dans l'entreprise et plus largement des problèmes d'origine psychosociale. En effet, l'intervenant extérieur (s'il a été sollicité) ne reste pas indéfiniment dans l'entreprise ; il doit faire en sorte que celle-ci puisse s'approprier les résultats et pérenniser cette dynamique de travail (cf. la mise en place du projet). A terme, l'objectif est de faire en sorte que la prévention du stress et des problèmes d'origine psychosociale fasse partie intégrante de la démarche de prévention des risques professionnels dans l'entreprise et soit incluse dans l'actualisation du Document Unique.
Source: INRS