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Message très important pour le peuple africain: "les vrais raisons de la Guerre en Libye". |
Par Jean-Paul POUGALA - Ecrivain d'origine camerounaise, Directeur de l'Institut d'Études Géostratégiques
et professeur de sociologie à l'Université de la Diplomatie de Genève en Suisse "A- Les vraies raisons de la guerre en Lybie 1-Premier satellite Africain RASCOM 1.
C'est la Libye de Kadhafi qui offre à toute l'Afrique sa première vraie révolution des temps modernes : assurer la couverture universelle du continent pour la téléphonie, la télévision, la radiodiffusion et de multiples autres applications telles que la télémédecine et l'enseignement à distance ; pour la première fois, une connexion à bas coût devient disponible sur tout le continent, jusque dans les zones rurales grâce au système par pont radio WMAX.
L'histoire démarre en 1992 lorsque 45 pays africains créent la société RASCOM pour disposer d'un satellite africain et faire chuter les coûts de communication sur le continent. Téléphoner de et vers l'Afrique est alors le tarif le plus cher au monde, parce qu'il y avait un impôt de 500 millions de dollars que l'Europe encaissait par an sur les conversations téléphoniques même à l'intérieur du même pays africain, pour le transit des voix sur les satellites européens comme Intelsat. Un satellite africain coûtait juste 400 millions de dollars payable une seule fois et ne plus payer les 500 millions de location par an. |
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Quel banquier ne financerait pas un tel projet ? Mais l'équation la plus difficile à résoudre était : comment l'esclave peut-il s'affranchir de l'exploitation servile de son maître en sollicitant l'aide de ce dernier pour y parvenir ? Ainsi, la Banque Mondiale , le FMI, les USA, l'Union Européenne ont fait miroiter inutilement ces pays pendant 14 ans. |
C'est en 2006 que Kadhafi met fin au supplice de l'inutile mendicité aux prétendus bienfaiteurs occidentaux pratiquant des prêts à un taux usuraire; le guide Libyen a ainsi mis sur la table 300 millions de dollars, La Banque Africaine de Développement a mis 50 millions, la Banque Ouest Africaine de Développement, 27 millions et c'est ainsi que l'Afrique a depuis le 26 décembre 2007 le tout premier satellite de communication de son histoire. Dans la foulée, la Chine et la Russie s'y sont mises, cette fois en cédant leur technologie et ont permis le lancement de nouveaux satellites, Sud-Africain, Nigérian, Angolais, Algérien et même un deuxième satellite africain est lancé en juillet 2010. Et on attend pour 2020, le tout premier satellite technologiquement 100% africain et construit sur le sol africain, notamment en Algérie. Ce satellite est prévu pour concurrencer les meilleurs du monde, mais à un coût 10 fois inférieur, un vrai défi. Voilà comment un simple geste symbolique de 300 petits millions peut changer la vie de tout un continent. La Libye de Kadhafi a fait perdre à l'Occident, pas seulement 500 millions de dollars par an mais les milliards de dollars de dettes et d'intérêts que cette même dette permettait de générer à l'infini et de façon exponentielle, contribuant ainsi à entretenir le système occulte pour dépouiller l'Afrique.
2. Fond Monétaire Africain, Banque Centrale Africaine, Banque Africaine des Investissements.
Les 30 milliards de dollars saisis par M. Obama appartiennent à la Banque Centrale Libyenne et prévu pour la contribution libyenne à la finalisation de la fédération africaine à travers 3 projets phare:
- la Banque Africaine d'Investissement à Syrte en Libye,
- la création dès ce 2011 du Fond Monétaire Africain avec un capital de 42 milliards de dollars avec Yaoundé pour siège, - la Banque Centrale Africaine avec le siège à Abuja au Nigeria dont la première émission de la monnaie africaine signera la fin du Franc CFA grâce auquel Paris a la main mise sur certains pays africains depuis 50 ans.
On comprend dès lors et encore une fois la rage de Paris contre Kadhafi. Le Fond Monétaire Africain doit remplacer en tout et pour tout les activités sur le sol africain du Fond Monétaire International qui avec seulement 25 milliards de dollars de capital a pu mettre à genoux tout un continent avec des privatisations discutables, comme le fait d'obliger les pays africains à passer d'un monopole publique vers un monopole privé.
Ce sont les mêmes pays occidentaux qui ont frappés à la porte pour être eux aussi membres du Fond Monétaire africain et c'est à l'unanimité que le 16-17 décembre 2010 à Yaoundé les Africains ont repoussé cette convoitise, instituant que seuls les pays africains seront membres de ce FMA. Il est donc évident qu'après la Libye la coalition occidentale déclarera sa prochaine guerre à l'Algérie, parce qu'en plus des ses ressources énergétiques énormes, ce pays a une réserve monétaire de 150 milliards d'Euros. Ce qui devient la convoitise de tous les pays qui bombardent la Libye et qui ont tous quelque chose en commun, ils sont tous financièrement en quasi faillite, les USA à eux seuls ont 14.000 Milliards de dollars de dettes, La France, la Grande Bretagne et l'Italie ont chacun environ 2.000 milliards de dettes publiques alors que les 46 pays d'Afrique Noire ont au total moins de 400 milliards de dollars de dettes publiques. Créer des fausses guerres en Afrique dans l'espoir de trouver de l'oxygène pour continuer leur apnée économique qui ne fait que s'empirer ne fera qu'enfoncer les Occidentaux dans leur déclin qui a pris son envol en 1884, lors de la fameuse Conférence de Berlin. Car comme l'avait prédit l'économiste Américain Adams Smith en 1865, dans son soutient à Abraham Lincoln pour l'abolition de l'esclavage, «l'économie de tout pays qui pratique l'esclavage des noirs est en train d'amorcer une descente vers l'enfer qui sera rude le jour où les autres nations vont se réveiller.»
3- Unions régionales comme frein à la création des États Unis d'Afrique
Pour déstabiliser et détruire l'Union Africaine qui va dangereusement (pour l'Occident) vers les États-Unis d'Afrique avec la main de maître de Kadhafi, l'Union Européenne a d'abord tenté sans y parvenir la carte de la création de l'UPM (Union Pour la Méditerranée ). Il fallait à tout prix couper l'Afrique du Nord du reste de l'Afrique en mettant en avant les mêmes thèses racistes des XVIIIème-XIXème siècles selon lesquelles les populations africaines d'origine Arabes seraient plus évoluées, plus civilisées que le reste du continent. Cela a échoué parce que Kadhafi a refusé d'y aller. Il a compris très vite le jeu à partir du moment où on parlait de la Méditerranée en associant quelques pays africains sans en informer l'Union Africaine, mais en y invitant tous les 27 pays de l'Union Européenne.
L'UPM sans le principal moteur de la fédération africaine était foirée avant même de commencer, un mort-né avec Sarkozy comme Président et Moubarak, le vice-président. Ce qu'Alain Juppé tente de relancer, tout en misant sur la chute de Kadhafi, bien sûr.
Ce que les dirigeants Africains ne comprennent pas est que tant que ce sera l'Union Européennes à financer l'Union Africaine, on sera toujours au point de départ, car dans ces conditions, il n'y aura pas d'effective indépendance. C'est dans le même sens que l'Union Européenne a encouragé et financé les regroupements régionaux en Afrique. Il était évident que la CEDEAO qui a une Ambassade à Bruxelles et qui tire l'essentiel de son financement de l'UE, est un obstacle majeur contre la fédération africaine. C'est ce que Lincoln avait combattu dans la guerre de sécession aux États-Unis, parce qu'à partir du moment où un groupe de pays se retrouvent autour d'une organisation politique régionale, cela ne peut que fragiliser l'organe central. C'est ce que l'Europe voulait et c'est ce que les Africains n'ont pas compris en créant coup sur coup, la COMESA , l'UDEAC, la SADC et le Grand Maghreb qui n'a jamais fonctionné encore une fois grâce à Kadhafi qui lui l'avait très bien compris.
4-Kadhafi, l'Africain qui a permis de laver l'humiliation de l'Apartheid.
Kadhafi est dans le cœur de presque tous les Africains comme un homme très généreux et humaniste pour son soutien désintéressé a la bataille contre le régime raciste d'Afrique du Sud. Si Kadhafi avait été un homme égoïste, rien ne l'obligeait à attirer sur lui les foudres des occidentaux pour soutenir financièrement et militairement l'ANC dans sa bataille contre l'apartheid.
C'est pour cela qu'à peine libéré de ses 27 ans de prisons, Mandela décide d'aller rompre l'embargo des Nations Unis contre la Libye le 23 Octobre 1997. A cause de cet embargo même aérien, depuis 5 longues années aucun avion ne pouvait atterrir en Libye. Pour y arriver, Il fallait prendre un avion pour la Tunisie ; arriver à Djerba et continuer en voiture pendant 5 heures pour Ben Gardane, passer la frontière et remonter en 3 heures de route par le désert jusqu'à Tripoli. Ou alors, passer par Malte et faire la traversée de nuit, sur des bateaux mal entretenus jusqu'à la côte libyenne.
Un calvaire pour tout un peuple, juste pour punir un seul homme. Mandela décida de rompre cette injustice et répondant a l'ex Président Américain Bill Clinton, qui avait jugé cette visite «malvenue» , il s'insurgea : «Aucun État ne peut s'arroger le rôle de gendarme du monde, et aucun État ne peut dicter aux autres ce qu'ils doivent faire » . Il ajouta : « ceux-là qui hier étaient les amis de nos ennemis, ont aujourd'hui le toupet de me proposer de ne pas visiter mon frère Kadhafi, ils nous conseillent d'être ingrats et d'oublier nos amis d'hier » . En effet, pour l'Occident, les racistes d'Afrique du Sud étaient leurs frères qu'il fallait protéger.
C'est pour cela que tous les membres de l'Anc étaient considérés des dangereux terroristes, y compris Nelson Mandela. Il faudra attendre le 2 Juillet 2008, pour que le Congrès Américain vote une loi pour rayer le nom de Nelson Mandela et de ses camarades de l'ANC de cette liste noire, pas parce qu'ils ont compris la bêtise d'une telle liste, mais parce qu'on voulait faire un geste pour les 90 ans de Nelson Mandela. Si les Occidentaux sont aujourd'hui repentis de leur soutien d'hier aux ennemis de Mandela et sont vraiment sincères lorsqu'on lui donne des noms de rue et de places, comment continuer à faire la guerre à celui qui a permis la victoire de Mandela et son peuple, Kadhafi ?
B- Ceux qui veulent exporter la démocratie sont ils des démocrates?
Et si la Libye de Kadhafi était plus démocratique que les USA, la France, la Grande Bretagne et tous ceux qui font la guerre pour exporter la démocratie en Libye ? Le 19 Mars 2003, le Président Georges Bush lance les bombes sur la tête des Irakiens avec le prétexte d'y exporter la démocratie. Le 19 Mars 2011, c'est-à-dire 8 ans plus tard et jour pour jour, c'est le Président Français qui lance ses bombes sur la tête des Libyens avec le même prétexte de leur offrir la démocratie. Monsieur Obama , Prix Nobel de la Paix 2009 et président des États Unis d'Amérique, pour justifier qu'il procède à un déferlement de missiles Cruise de ses sous-marins sur la tête des Libyens a dit que c'était pour chasser le dictateur Kadhafi du pouvoir et y instaurer la démocratie.
La question que tout être humain doté de la moindre capacité intellectuel de jugement et d'appréciation ne peut s'empêcher de se poser est : ces pays comme la France , l'Angleterre, les USA, l'Italie, la Norvège , le Danemark, la Pologne dont la légitimité pour aller bombarder les Libyens se base sur le seul fait de s'être autoproclamés « pays démocratiques » sont-ils réellement démocratiques ? Si oui, sont-ils plus démocratiques que la Libye de Kadhafi ? La réponse, sans équivoque est NON, pour la simple et bonne raison que la démocratie n'existe pas. Ce n'est pas moi qui l'affirme, mais celui-là même dont la ville natale, Genève abrite l'essentiel du commandement des Nations Unies. Il s'agit bien entendu de Jean-Jacques Rousseau né à Genève en 1712 qui affirme dans le chapitre IV du Livre III de son très célèbre « Contrat Social » que : « il n'a jamais existé de véritable démocratie, et il n'en existera jamais» . Pour qu'un état soit véritablement démocratique Rousseau pose 4 conditions selon lesquelles la Libye de Kadhafi est même de loin plus démocratique que les États-Unis d'Amérique, la France et tous les autres qui prétendent lui exporter la démocratie à savoir :
1- Dimension de l'État : plus un état est grand, moins il peut être démocratique, pour Rousseau l'État doit être très petit pour que le peuple soit facile à rassembler et que chaque citoyen puisse aisément connaître tous les autres. Avant donc de faire voter les gens, il faut s'assurer que chacun connaisse tous les autres sans quoi voter pour voter est un acte dénué de tout fondement démocratique, c'est un simulacre de démocratie pour élire un dictateur.
La structure de l'organisation de l'État Libyen se fonde sur une base tribale qui regroupe par définition le peuple en de petites entités. Le sentiment démocratique est plus présent dans une tribu, dans un village que dans une grande Nation, parce que le fait que tout le monde se connaisse et que la vie tourne autour des mêmes points communs apporte une sorte d'autorégulation, d'autocensure même pour peser à chaque instant, la réaction ou la contre-réaction des autres membres pour ou contre les opinions qu'on peut avoir. Sous cet angle, c'est la Lybie qui répond le mieux aux exigences de Rousseau, ce qu'on ne peut pas dire de même pour les États-Unis d'Amérique, la France ou la Grande Bretagne , des sociétés fortement urbanisées où la majorité des voisins ne se disent même pas bonjour et donc ne se connaissent pas, même vivant cote-à-cote pendant 20 ans.
Dans ces pays, on est passé directement à l'étape suivante : « le vote » qu'on a malignement sanctifié afin de faire oublier que ce vote est inutile à partir du moment où je m'exprime sur l'avenir d'une nation sans en connaitre ses membres. On est ainsi arrivé jusqu'à la bêtise du vote des citoyens vivant à l'étranger. Se connaitre et se parler est la condition essentielle de la communication pour le débat démocratique qui précède toute élection.
2- Il faut la simplicité des mœurs et des comportements pour éviter que l'on passe l'essentiel du temps à parler de justice, de tribunal pour trouver des solutions aux multitudes querelles d'intérêts divers qu'une société trop complexe fait naitre naturellement. Les Occidentaux se dé finissement comme des pays civilisés, donc aux mœurs complexes et la Libye comme pays dit primitif, c'est-à-dire aux meurs simples. Sous cet angle, encore une fois, c'est la Libye qui répondrait mieux aux critères démocratiques de Rousseau que tous ceux qui prétendent lui donner des leçons de démocratie. Dans une société complexe, les trop nombreux conflits sont résolus par la loi du plus fort, puisque celui qui est riche évite la prison parce qu'il peut se permettre un meilleur avocat et surtout, orienter l'appareil répressif de l'état contre celui qui vole une banane dans un supermarché, plutôt que le délinquant financier qui fait crouler une banque. Dans une ville comme New York où 75% de la population est blanche, 80% des postes de cadres sont occupés par des Blancs et ils ne sont que 20% des personnes en prison.
3- L'égalité dans les rangs et dans les fortunes. Il suffit de voir le classement FORBES 2010 pour voir quels sont les noms des personnes les plus riches de chacun des pays qui jette la bombe sur la tête des Libyens et voir la différence avec le salaire le plus bas dans chacun des pays et faire de même pour la Libye pour comprendre qu'en matière de redistribution de la richesse du pays, c'est à la Libye d'exporter son savoir faire à ceux qui la combattent et non le contraire. Même sous cet angle, selon Rousseau, la Libye serait plus démocratique que ceux qui veulent pompeusement lui exporter la prétendue démocratie. Aux États-Unis 5% de la population possèdent 60% de la richesse nationale. C'est le pays le plus déséquilibré, le plus inégal du monde.
4- PAS DE LUXE. Pour Rousseau pour qu'il y ait la démocratie dans un pays, il ne faut pas qu'il y ait de luxe parce que selon lui, le luxe rend nécessaire la richesse et cette dernière devient la vertu, l'objectif à atteindre à tout prix et non le bonheur du peuple, « le luxe corrompt à la fois le riche et le pauvre, l'un par la possession, l'autre par la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse, à la vanité ; il ôte à l'État tous ses citoyens pour les asservir les uns aux autres, et tous à l'opinion » . Ya-t-il plus de luxe en France ou en Libye ? Ce rapport d'asservissement des employés qui sont poussés jusqu'au suicide les employés mêmes des entreprises publiques ou semi-publique, pour des raisons de rentabilité et donc de possession de luxe d'une des parties est-il plus criant en Libye ou en Occident ?
Le sociologue Américain C. Wright Mills a décrit en 1956 la démocratie américaine comme « la dictature des élites » . Selon Mills, les États-Unis d'Amérique ne sont pas une démocratie parce qu'en définitive, c'est l'argent qui y parle dans les élections et non le peuple. Le résultat de chaque élection y est l'expression de la voix de l'argent et non la voix du peuple. Après Bush-père et Bush-fils, pour les primaires républicains de 2012, on parle déjà de Bush-benjamin. En plus, si le pouvoir politique se base sur la bureaucratie, Max Weber fait remarquer qu'il y a 43 millions de fonctionnaires et militaires aux États-Unis qui commandent effectivement le pays, mais qui n'ont été votés par personne et qui ne répondent pas directement au peuple de leurs activités. Une seule personne (un riche) est donc votée mais le vrai pouvoir sur le terrain est tenu par une seule caste de riches qui ne résulte purement et simplement que de nominations comme les ambassadeurs, les généraux de l'armée etc...
Combien de personnes dans les pays autoproclamés « démocratiques » savent qu'au Pérou la constitution interdit un deuxième mandat consécutif au président de la république sortant ? Combien de personnes savent qu'au Guatemala, non seulement le président sortant ne doit plus jamais se présenter comme candidat à cette fonction, mais qu'en plus à aucun degré de parenté, aucun membre de sa famille ne pourra plus prétendre à cette fonction ? Combien savent que le Rwanda est le pays qui intègre politiquement le mieux les femmes au monde avec 49% de parlementaires femmes ? Combien savent que dans le classement de la CIA 2007 , sur 10 pays les mieux gérés au monde, 4 sont Africains ? Avec la palme d'or à la Guinée équatoriale dont la dette publique ne représente que 1,14% de son PIB.
La guerre civile, les révoltes, les rebellions sont les ingrédients d'un début de démocratie soutient Rousseau. Parce que la démocratie n'est pas une fin, mais un processus permanent pour réaffirmer les droits naturels des humains que dans tous les pays du monde (sans exception) une poignée d'hommes et de femmes, confisquant le pouvoir du peuple, l'oriente pour se maintenir aux affaires. On trouve ici et là des formes de castes qui usurpent le mot « démocratie » qui doit être cet idéal vers lequel tendre et non un label à s'approprier ou un refrain à vanter parce qu'on est juste capable de crier plus fort que les autres. Si un pays est calme comme la France ou les États-Unis, c'est-à-dire sans aucune révolte, pour Rousseau cela veut tout simplement dire que le système dictatorial est suffisamment répressif pour empêcher toute tentative de rébellion. Si les Libyens se révoltent, ce n'est pas une mauvaise chose. C'est prétendre que les peuples acceptent stoïquement le système qui les opprime partout dans le monde sans réagir qui est très mauvais. Et Rousseau de conclure : « Malo periculosam libertatem quam quietum servitium -traduction : S'il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes » . Dire qu'on tue les Libyens pour leur bien est un leurre.
C- Quelles leçons pour l'Afrique?
Après 500 ans de relations de dominateur et de dominé avec l'Occident, il est dès lors prouvé que nous n'avons pas les mêmes critères pour définir le bon et le méchant. Nous avons des intérêts profondément divergents. Comment ne pas déplorer le Oui de 3 pays africains au sud du Sahara, Nigeria, Afrique du Sud et Gabon pour la résolution 1973 inaugurant la nouvelle forme de colonisation baptisée « protection des peuples » , validant la théorie raciste que les Européens véhiculent depuis le 18ème siècle selon laquelle l'Afrique du Nord n'a rien à partager avec l'Afrique Subsaharienne, l'Afrique du nord serait ainsi plus évoluée, plus cultivée et plus civilisée que le reste de l'Afrique. Tout se passe comme si la Tunisie, l'Égypte, la Libye , l'Algérie ne faisaient pas partie de l'Afrique. Même les Nations Unies semblent ignorer la légitimité de l'Union Africaine sur ses états membres. L'objectif est d'isoler les pays d'Afrique subsaharienne afin de mieux les fragiliser et les tenir sous contrôle.
En effet, dans le capital du nouveau Fond Monétaire Africain (FMA), l'Algérie avec 16 milliards de dollars et la Libye avec 10 milliards de dollars contribuent à eux tous seuls pour près de 62% du capital qui est de 42 milliards de Dollars. Le premier pays d'Afrique subsaharienne et les plus peuplés, le Nigeria suivi de l'Afrique du Sud arrivent très loin derrière avec 3 milliards de dollars chacun. C'est très inquiétant de constater que pour la première fois de l'histoire des Nations Unies, on a déclaré la guerre à un peuple sans avoir exploré au préalable la moindre piste pacifique pour solutionner le problème. L'Afrique a-t-elle encore sa place dans une telle organisation ? Le Nigeria et l'Afrique du Sud sont disposés à voter OUI à tout ce que l'Occident demande, parce qu'ils croient naïvement aux promesses des uns et des autres de leur donner une place de membre permanent au Conseil de Sécurité avec le même droit de veto. Ils oublient tous les deux que la France n'a aucun pouvoir de leur attribuer le moindre poste. Si elle l'avait, il y a belle lurette que Mitterrand l'aurait faite pour l'Allemagne de Helmut Kohl. La reforme des Nations Unies n'est pas à l'ordre du jour. La seule manière de compter, est la méthode chinoise : tous les 50 pays africains doivent quitter les Nations Unies. Et s'ils doivent y retourner un jour, ne le faire que s'ils ont obtenu ce qu'ils demandent depuis longtemps, un poste pour toute la fédération africaine, sinon rien. Cette méthode de la non-violence est la seule arme de justice dont disposent les pauvres et les faibles que nous sommes. Nous devons tout simplement quitter les Nations Unies, car cette organisation de par sa configuration, de par sa hiérarchie est aux services des plus forts. Nous devons quitter les Nations Unies afin de marquer notre réprobation de cette conception du monde basée uniquement sur l'écrasement du plus faible. Tout au moins ils seront libres de continuer de le faire, mais pas avec notre signature, pas en rappelant que nous sommes d'accord alors qu'ils savent très bien qu'ils ne nous ont jamais interrogés. Et même quand nous avons donné notre propre point de vue, comme la rencontre de samedi 19/3 à Nouakchott avec la déclaration sur la contrariété à l'action militaire, ceci a été passé tout simplement sous silence pour aller accomplir le forfait de bombarder le peuple africain.
Ce qui arrive aujourd'hui est le scénario déjà vu auparavant avec la Chine. Aujourd 'hui, on reconnaît le gouvernement Ouattara, on reconnaît le gouvernement des insurgés en Libye. C'est ce qui s'est passé à la fin de la deuxième guerre mondiale avec la Chine. La soit disant communauté internationale avait choisi Taiwan comme unique représentant du peuple Chinois en lieu de place de la Chine de Mao. Il faudra attendre 26 ans, c'est-à-dire le 25 octobre 1971 avec la résolution 2758 que tous les Africains devraient lire, pour mettre fin à la bêtise humaine. La Chine est admise, sauf qu'elle a prétendu et obtenue d'être membre permanent avec doit de veto, si non elle n'entre pas. Cette exigence satisfaite et la résolution d'admission entrée en vigueur, il faudra attendre un an pour que le 29 septembre 1972, le Ministre Chinois des Affaires Étrangères donne sa réponse avec une lettre au Secrétaire Général des Nations Unies pas pour dire Oui ou Merci, mais pour faire des mises au point, en garantie de sa dignité et de sa respectabilité. Qu'est-ce que l'Afrique espère obtenir des Nations Unies sans poser un acte fort pour se faire respecter ? On a vu en Côte-d'Ivoire un fonctionnaire des Nations Unies se considérer au dessus d'une Institution constitutionnelle de ce pays. Nous sommes entrés dans cette organisation en acceptant d'être des serfs et croire que nous serons invités à table pour manger avec les autres dans les plats que nous avons lavés est tout simplement crédule, pire, stupide.
Quand l'UA reconnaît la victoire de Ouattara sans même tenir compte des conclusions contraires de ses propres observateurs envoyés sur le terrain, juste pour faire plaisir à nos anciens maîtres, comment peut-on nous respecter ? Lorsque le président Sud-Africain Zuma déclare que Ouattara n'a pas gagné les élections et change à 180° après un tour à Paris, on peut se demander ce que valent ces dirigeants qui représentent et parlent au nom de 1 milliard d'Africains. La force et la vraie liberté de l'Afrique viendront de sa capacité à poser des actes réfléchis et en assumer les conséquences. La dignité et la respectabilité ont un prix. Sommes-nous disposés à le payer ? Si non, notre place reste à la cuisine, aux toilettes pour garantir le confort des autres" |
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LIBYE: L'effondrement du régime Kadhafi est l'expression d'une « diplomatie en mouvement » |
Drôle d'année diplomatique que cette année 2010-2011 où l'Afrique joue le premier rôle. Il y a un an, le Sahel était en ébullition à la suite des actions menées par AQMI, et de Nouakchott à Niamey, en passant par Bamako et Ouagadougou, les alliances ont été révisées. Au Burkina Faso, dans l'indifférence générale, Blaise Compaoré était réélu, et personne ne voulait prendre conscience que cela ne fonctionnait plus comme par le passé entre le président du Faso et son peuple. Entre « syndrome Tandja » (l'aspiration à demeurer au pouvoir) A Bamako, où une présidentielle sans sortant se profile à l'horizon 2012, l'ambiance est morose du fait des tensions sous-régionales liées aux agissements de AQMI et Amadou Toumani Touré s'exaspère d'être montré du doigt quand personne ne veut voir la main qui entreprend de déstabiliser le « corridor sahélo-saharien ». A Niamey, dans un contexte difficile, les militaires ont organisé le passage de témoin aux civils, et c'est une raison d'espérer, tandis qu'à Conakry - pôle mafieux majeur dans la sous |
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-région - le même scénario se déroule dans une ambiance délétère. En Côte d'Ivoire, la présidentielle qui devait régler les problèmes du pays (et, à terme, de la sous-région), a débouché sur une guerre civile à laquelle l'intervention de la France, sous la férule des Nations unies, a mis un terme. Dans ces temps troublés, j'écrivais alors que « le recours à la violence devient la variable d'ajustement de la règle du jeu politique en Afrique de l'Ouest » (cf. LDD Côte d'Ivoire 0282/Vendredi 17 décembre 2010). J'étais loin d'imaginer tout ce qui, alors, allait se passer en Afrique du Nord.
La chute de Ben Ali puis de Moubarak pouvait laisser penser que Tunis et Le Caire allaient devenir des pôles de fixation pour la diplomatie « occidentale » qui perdait là deux de ses meilleurs alliés. L'Union africaine, de son côté, regardait sans rien comprendre ce qui se passait sur la terre africaine : déjà divisée sur la question ivoirienne, elle va l'être plus encore sur les dossiers tunisien et égyptien. On pensait avoir atteint le summum des bouleversements que pouvait connaître l'Afrique de part et d'autre du Tropique du Cancer et voilà qu'un tsunami va submerger non plus un seul pays mais la zone toute entière : en proclamant, au nom de l'ONU et de l'OTAN, et sous couvert d'aide humanitaire, la guerre à Mouammar Kadhafi, Nicolas Sarkozy va ouvrir la boîte de Pandore.
Au lendemain du « sommet de Paris pour le soutien au peuple libye » (samedi 19 mars 2011), j'écrivais : « En voulant flinguer Mouammar Kadhafi au nom du peuple libyen (et des intérêts économiques des « Occidentaux »), c'est l'Union africaine que Nicolas Sarkozy a désintégré » (cf. LDD Spécial Week-End 0480/Samedi 19-dimanche 20 mars 2011). C'est fait. Les « révolutions arabes », en Tunisie et en Egypte, n'auront pas eu d'effets collatéraux majeurs. L'effondrement du régime Kadhafi, consécutif à la mise en œuvre d'une formidable armada (vingt-cinq bâtiments de guerre français se sont relayés devant les côtes libyennes dépassant le cap des 1.000 jours de mer pour l'ensemble de la flotte), va changer la donne partout dans la sous-région et réveiller les vieux démons.
La personnalité de Kadhafi a réduit la Libye à l'anecdotique (« Le verbe du guide libyen garde ainsi sur les dynamiques politiques une emprise telle que son analyse conserve, pour comprendre celles-ci, un intérêt tout particulier » soulignaient François Burgat et André Laronde quand Kadhafi régnait sur la Libye). On en a oublié que cette terre avait une histoire complexe où, depuis l'Antiquité, se disputèrent d'âpres batailles. Ptolémée, roi d'Egypte, annexa la Cyrénaïque, César sera vainqueur à Thasus, les Romains puis les Arabes déferleront sur la région, Tripoli sera conquise par les Génois, les Vénitiens, les Espagnols, les Turcs avant que la région ne subisse l'influence, puis l'occupation, italienne. En 1942, ce sera un lieu d'affrontements entre Britanniques et Allemands avant que les Alliés n'entrent dans Tripoli en 1943.
Dix ans plus tard, la Libye, union de la Tripolitaine, de la Cyrénaïque et du Fezzan, indépendante depuis 1951 (sous le nom de Royaume-Uni de Libye), sera admise aux Nations unies mais pas, pour autant, libérée de toute sujétion extérieure. Michel Clerc, dans la Gazette de Lausanne (10 février 1955), écrivait : « La Cyrénaïque et la Tripolitaine sont vouées par la nature des choses à servir de terrain de manœuvre aux jeux des grandes puissances. Elles permettent de surveiller la Méditerranée orientale ; elles débouchent par le Fezzan sur l'Afrique noire ». US News and World Report, de son côté, écrivait (octobre 1954) : « C'est l'extrême pauvreté de la Libye qui a fait qu'on a considéré qu'il n'y avait pas grand risque à lui donner son indépendance […] Par opposition avec la Tunisie voisine ou le Maroc, où les soulèvements nationalistes mettent en danger l'avenir des bases américaines [les Américains, en Libye, avaient installé la base de Wheelusfield où vivaient 10.000 personnes], la Libye semble remarquablement saine ».
Kadhafi avait permis de rompre avec cette vision « impérialiste » de la relation de la Libye au monde « occidental ». Sans éviter, pour autant, de développer sa propre ambition impériale quand la priorité était, justement, de rassembler un peuple qui n'était qu'une mosaïque de populations. Il a voulu unifier le monde arabe puis les terres africaines avant d'unifier les Libyens autour d'un projet commun national. Résultat : aujourd'hui la Libye de Kadhafi a explosé. C'est une certitude. Et les effets collatéraux vont être multiples. Tout d'abord : le Nord peut aller « mettre une branlée » à un leader du Sud sous un prétexte fallacieux sans que cela ne mobilise les foules (ni au Nord, ni au Sud) ; pas même les contribuables qui ont, par leurs impôts, financé cette opération. Etonnant ; d'autant plus étonnant que, ces dernières années, il n'y avait pas foule pour traiter Kadhafi de « dictateur » ; dans les capitales « occidentales » comme en Afrique et ailleurs on lui trouvait bien des qualités, y compris celle d'être capable d'évoluer.
Paris assure d'ailleurs sans complexe ce rôle de « gendarme ». A tel point que la XIXème conférence des ambassadeurs, qui débute demain à Paris (31 août-2 septembre 2011), se tient sous un intitulé sans ambiguïté : « La diplomatie dans un monde en mouvement : la France, acteur du changement ». On y évoque même la question « des moyens d'accompagnement » de notre « action diplomatique ». Ce qui m'étonne plus encore, c'est l'unanimité autour de ce concept nouveau de « Sarko la matraque » : les représentants de 60 pays (dont bon nombre de chefs d'Etat) seront présents à Paris pour célébrer la chute de Kadhafi le jeudi 1er septembre. La détestation du « leader de la révolution » n'avait sûrement pas atteint un tel niveau dans le monde ; on peut penser que parmi tous ceux qui se précipiteront à Paris à cette occasion, beaucoup d'entre eux auront le souci de se mettre du côté du vainqueur (même si la victoire n'est pas encore totale) pour éviter de se retrouver trop tôt dans son collimateur en cas de « mouvements » incontrôlés chez eux.
Le temps de la conciliation, fondement de la diplomatie, semble désormais bien dépassé en matière de relations internationales. Mais il est vrai que le diplomate n'est plus l'acteur unique de ces relations ; il a cédé la place à des acteurs non étatiques, lobbies ou entreprises, pour qui la fin justifie les moyens. Reste à savoir si la perception de cette « fin » est la même pour tous.
A suivre
Jean-Pierre BEJOT
LA Dépêche Diplomatique |
L'effondrement du régime Kadhafi est l'expression d'une « diplomatie en mouvement » (2/2) |
« Etre acteur du changement » dans « un monde en mouvement », c'est l'ambition affirmée de la diplomatie française ; en quelque sorte, une « diplomatie en mouvement ». Il ne s'agit plus de gérer les relations internationales telles qu'elles existent mais de les faire évoluer en fonction d'une vision nécessairement « ethnocentrique ».
C'est toute l'ambiguïté de l'engagement français (même s'il s'agit d'une opération sponsorisée par l'ONU et l'OTAN avec la caution de la Ligue arabe : la France assure 86 % des actions militaires selon l'état-major des armées !) contre le régime de Kadhafi. Nicolas Sarkozy l'a dit ce matin, mercredi 31 août 2011, lors de son discours d'ouverture de la XIXème conférence des ambassadeurs, c'est au nom de « valeurs universelles » que « la jeunesse a donné le coup d'envoi des printemps arabes ». « Côte à côte, a-t-il ajouté, des forces arabes européennes et nord-américaines ont aidé un peuple martyrisé à réaliser ses aspirations à la liberté ». Vision idyllique.
Certes, la chute du régime Kadhafi est, dans l'absolu, une bonne chose. Mais c'était une bonne chose depuis longtemps et pendant ce long temps, ceux qui dénoncent la « dictature » et encensent « un peuple martyrisé » se sont bien accommodés des dérives du régime et de sa propension à signer des contrats mirifiques. Et on peut bien affirmer, comme le fait Sarkozy, « qu'avec tous les pays représentés, avec l'ONU, la Ligue arabe, |
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l'Union africaine, nous allons tourner la page de la dictature et des combats et ouvrir une ère nouvelle de coopération avec la Libye démocratique », je ne suis pas certain qu'au sein de l'ONU, de la Ligue arabe et de l'Union africaine les « démocraties » l'emportent massivement sur les « dictatures », je ne suis pas plus certain que la Libye nouvelle issue de six mois de bombardements d'une intensité jamais vue sur le continent africain sera « démocratique ». C'est donner un chèque en blanc au CNT pour acheter du sable et du vent, rien d'autre pour l'instant. En Libye, je sais qui sont les « méchants » mais je me pose encore la question de savoir qui sont les « gentils » et j'avoue n'avoir pas rencontré dans ce pays « un peuple martyrisé » mais bien plutôt des élites avides d'un pouvoir que le « leader de la révolution », sa famille et son clan avaient confisqué. Ce qui, en soi, n'est pas critiquable mais ne justifie pas une guerre « internationale » au nom du « peuple martyrisé ». Et beaucoup de ceux qui, aujourd'hui, disent rejoindre « le peuple et sa révolution », ont été des serviteurs sans état d'âme du « leader ». |
Faire du CNT un parangon de « démocratie », c'est ne pas prendre en compte les réalités politiques, économiques et sociales d'un pays qui est, certes, une puissance pétrolière mondiale mais encore une société aux structures traditionnelles et, plus encore, un nain démographique : 3 habitants/km². Je crains fort, d'ailleurs, qu'aucun de ceux qui seront à Paris pour la conférence des « amis de la Libye », ne se soucie vraiment de la démocratie libyenne ; si ce pays n'était pas méditerranéen et pétrolier, qui se serait préoccupé de soutenir sa « révolution » ? (qui s'est soucié de la « révolution » au Yémen ?). Il y a, dans cette affaire, plus d'hypocrisie que d'idéologie ; et, surtout, une instrumentalisation diplomatico-politique d'un événement national par une partie de la « communauté internationale » qui ne prend pas en compte ses effets pervers.
La Libye a été une formidable opportunité pour Paris et ses alliés, dans une situation de crise économique et financière de la sphère « occidentale », de reprendre la main dans les affaires mondiales. La puissance militaire s'impose à la puissance économique ; démonstration à l'usage des émergents que « l'Occident » n'entend pas céder son leadership mondial. Bernard-Henri Lévy, instigateur de cette implication élyséenne dans l'affaire libyenne, affirme que Sarkozy est, depuis Charles De Gaulle, le seul président français qui « a mené une guerre et l'a gagnée ». Une affirmation mais deux questions sont en suspens : la guerre contre qui ? Et gagné quoi ? L'opération, initialement, visait à empêcher le « massacre » de populations civiles insurgées contre le pouvoir. Est-ce à dire que, désormais, cette « diplomatie en mouvement » va être la règle là où des événements politiques coïncident avec des enjeux économiques fondamentaux ?
Il y a, dans cette opération libyenne menée par la France, comme un air de revanche à l'encontre d'un homme qui avait osé planté sa tente non loin de l'Elysée lors de sa venue à Paris. Plus de mépris pour Kadhafi que de compassion pour le peuple libyen. Mais on n'attend pas d'un chef d'Etat qu'il soigne ses petits bobos à coups de missiles. Nous sommes au XXIème siècle et le temps des « docteur Folamour » devrait être passé. La « militarisation » de la France est un phénomène qui exprime, par ailleurs, la faiblesse de nos institutions. De Gaulle, militaire de carrière (et non des moindres), s'était efforcé de désengager notre armée autant qu'il le pouvait de toute situation conflictuelle. Georges Pompidou et Jacques Chirac étaient restés dans cette ligne « gaulliste » : aller à l'essentiel et seulement quand cela était nécessaire. Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, sur le papier les moins enclins à être des « va-t-en-guerre », ont, par contre, aimé jouer au petit soldat. Depuis l'arrivée de Sarkozy à l'Elysée, le « militaire » revient sur le devant de la scène : Afghanistan (multiplication des cérémonies d'hommage national aux morts français), Côte d'Ivoire, Libye.
Certes, cet interventionnisme musclé permet de changer rapidement la donne politique (sans l'intervention française, Laurent Gbagbo et Kadhafi seraient encore au pouvoir), mais elle ne permet pas de construire sereinement l'avenir des pays concernés. D'abord, parce que Paris attend un retour sur investissement ; ensuite, parce qu'il est plus facile d'armer un civil que de le désarmer.
En Tripolitaine, en Cyrénaïque, dans le Fezzan, les tribus, aujourd'hui, ont ressuscité la Libye d'avant l'indépendance. Et elles entendent retrouver, demain, cette liberté d'action qu'elles avaient perdu sous la férule de Kadhafi. Le CNT de Benghazi a été l'arbre qui cache la forêt ; certes, il est l'organe de transition reconnu à l'extérieur, mais pour les tribus il n'est qu'un outil : celui de l'affirmation de la diversité ethnique du pays (même si le CNT s'efforce de la prendre en compte). Nous n'assistons pas à un changement de pouvoir à Tripoli, comme cela s'est passé à Tunis et au Caire, mais à une reconfiguration du pays au sein duquel chacun va jouer sa carte. Y compris les islamistes ; y compris les ex-kadhafistes. Avec d'autant plus de détermination que chacun de ces groupes a profité du chaos pour s'armer (pas uniquement avec les fusils-d'assaut), parfois même se financer (la récupération du pactole de Kadhafi est aussi un enjeu).
J'ajoute que de la rive méditerranéenne de l'Afrique jusqu'à sa rive atlantique, de Tripoli à Abidjan, les livraisons et les trafics d'armes n'ont cessé de se multiplier au cours des derniers mois. Or, autour de cet axe se trouvent des zones d'insécurité majeures. De la Mauritanie au Tchad, en passant par le Mali et le Niger, il faut craindre la résurgence de « rébellions » qui trouveront dans l'intervention « occidentale » en Libye des motivations (si tant est que la motivation « mafieuse » de ces groupes ne soit pas suffisante). C'est dire qu'en faisant sauter brutalement le couvercle de la boîte de Pandore à Benghazi, Sarkozy n'a pas pris le temps nécessaire à la réflexion. Il y avait urgence, nous dira-t-on. Des urgences, il risque d'y en avoir beaucoup d'autres dans les mois et les années qui viennent dans la sous-région. Et il n'est pas sûr que « la diplomatie en mouvement » que prône la France puisse suivre le rythme du déchaînement de violence et d'insécurité dans la zone sahélo-saharienne.
Jean-Pierre BEJOT
La Dépêch Diplomatique |
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