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«  Le Président de la République n'est pas au dessus de la loi : la justice doit faire son travail dans l'indépendance totale »

Le Parti politique NFD (Nouvelles Forces Démocratiques ) condamne le Président de la République Alpha Condé pour avoir indexé nommément, le 11 septembre dernier, trois (3) citoyens guinéens et deux (2) Etats voisins comme étant respectivement les commanditaires et les complices de l'attaque de son domicile privé, le 19 Août 2011, avant la tenue du procès autour de la dite affaire. Nous rappelons qu'en tant que démocrates, légalistes et républicains, nous membres de NFD, avions condamné cet évènement à l'instar de l'ensemble de la classe politique de l'opposition. A cette occasion, nous avions exprimé notre opposition à toute forme de violence quels que soient ses auteurs et ses cibles et de toute forme d'accès au pouvoir politique autre que la voie constitutionnelle.

En même temps, nous avions recommandé au gouvernement, et cela en tenant compte, de notre tumultueux passé, qu'une commission d'enquête indépendante soit instituée afin d'imprimer à la gestion de cet événement des conclusions basées sur le droit, pour éviter des exactions et la violation des droits humains.

Nous avions aussi recommandé aux autorités d'éviter de profiter de cette situation pour procéder à une chasse aux sorcières en tirant des conclusions hâtives délibérément orientées contre des adversaires politiques, des civils et militaires qu'elles voudraient éliminer sur la base de règlements de comptes aux causes et aux fins inavouées.

Nous avions, en outre, exprimé nos vives préoccupations à l'observation de certains éléments, dès les premières heures de l'attaque, que nous considérons très dangereux, dont entre autres :

•  des arrestations extrajudiciaires violentes et des perquisitions sans mandats aux domiciles de leaders politiques suivies d'actes de vandalisme par des hommes en uniforme;

•  des accusations par le Chef de l'Etat, des leaders politiques, des opérateurs économiques, et des militaires d'une communauté comme étant responsable de la tentative d'assassinat dont il est victime. Et donc une invitation implicite à des représailles contre cette communauté par d'autres communautés. Heureusement que les guinéens ont été lucides et sereins en refusant cette autre manipulation. En plus, la liste des arrêtés comporte des ressortissants de toutes les communautés guinéennes ;

•  l'incohérence et l'inconstance du Président de la République dans ses propos, indexant tantôt des militaires frustrés pour avoir fermé les « robinets », tantôt des civils d'une même communauté comme étant les responsables de l'attaque armée de son domicile.

Par ailleurs, l'accusation portée par le Président de la République contre Messieurs Bah Oury (vice président de l'UFDG), Tibou Kamara (homme d'Etat) et Amadou Oury Diallo dit Sadakadji (homme d'affaires), comme commanditaires de l'attaque contre son domicile avec la complicité du Sénégal et de la Gambie est extrêmement déplorable au regard des conséquences politique, économique, sociale, judiciaire, sécuritaire et diplomatique néfastes pour la Guinée. Cette maladresse diplomatique altère l'image de la Guinée et entame les relations séculaires entre nos pays frères. Par conséquent, elle peut compromettre la quiétude sociale et la sécurité des millions de nos compatriotes et de leurs biens vivant dans ces pays maladroitement indexés.

Aussi, cette accusation constitue une violation du secret d'instruction, du principe de présomption d'innocence et du principe de la séparation des pouvoirs. Pis, elle cherche à influencer et à orienter subtilement la décision des juges. Car on se demande, au constat de la dépendance de fait, du système judiciaire guinéen au pouvoir exécutif, si les juges auront le courage et l'honnêteté intellectuelle de rendre des décisions objectives contraires aux propos publics du Président de la République.

Pour NFD, malgré l'existence de faits objectifs qui peuvent susciter des interrogations et de la prudence autour de cette attaque armée contre le domicile du Chef de l'Etat, nous préférons être éclairés par un procès - même s'il tarde à venir – juste et équitable, rendu de façon transparente à la hauteur des enjeux et des défis d'un véritable Etat de droit pour lequel beaucoup de Guinéens ont consenti d'énormes sacrifices.

NFD invite ardemment les autorités actuelles à plus de responsabilité et de lucidité pour arrêter, pendant qu'il est temps, l'injustice et les frustrations qui, accumulées, peuvent entrainer des conflits majeurs aux conséquences dommageables pour l'ensemble des Guinéens à l'image d'autres pays africains.

Enfin, NFD invite la communauté africaine et internationale, dans une démarche préventive, d'interpeller vivement les autorités guinéennes en vue de respecter les principes de la démocratie et de l'Etat de droit en œuvrant pour la justice, la sécurité et le bien être de tous les guinéens qui sont égaux. Cela est le seul gage de la stabilité et de la paix en Guinée et dans la sous région.

Vive la Guinée unie, paisible, démocratique et prospère au sein d'une Afrique fraternelle et émergente !

Conakry, le 13 septembre 2011

Le Bureau Politique National.

 
GUINEE: Faya Millimouno : «Pour réconcilier les guinéens, Alpha Condé n’est pas la solution, mais le problème»

Guinee58 : Bonjour Monsieur Millimouno, nous vous remercions de vous prêter aux questions de la rédaction de www.guinee58.com . Vous n'êtes plus à présenter aux Guinéens. Néanmoins, nous vous demanderons à vous présenter à nos fidèles lecteurs .

Tout d'abord, permettez-moi de vous remercier pour l'opportunité que vous m'offrez de m'exprimer à travers votre site. Votre site fait partie des medias qui se battent aujourd'hui pour la promotion de la démocratie et de l'état de droit en République de Guinée. Je me fais donc le devoir de vous remercier, de vous féliciter et de vous encourager.

Brièvement, je suis ancien élève de l'Ecole normale supérieure de Manéah (ENSUP). Je suis spécialiste des sciences de l'éducation, plus particulièrement de l'administration de l'éducation. Je suis détenteur d'un Ph.D en administration de l'éducation de l'Université de Montréal. J'ai fait aussi plusieurs stages de perfectionnement en technologie de l'information, en gestion de bases de données, en finances, en gestion des entités locales (décentralisation) et en langues. Comme expérience de travail, j'ai enseigné pendant six ans à l'Ecole normale supérieure de Manéah. J'ai été formateur des directeurs d'école secondaires - des directeurs préfectoraux et des inspecteurs régionaux de l'éducation

J'ai travaillé comme consultant en éducation à la Banque Mondiale, comme gestionnaire des pensions à l'Université de Georgetown et pendant dix ans comme gestionnaire des bases de données à la Ligue Nationale des villes aux Etats-Unis d'Amérique.

Sur le terrain politique, j'ai été, dans les années 90, Secrétaire à la jeunesse du Parti guinéen du progrès (PGP) dont le leader fut Abdoulaye Portos Diallo. De 2008 à maintenant, je suis militant de la NGR. J'ai été le Directeur de campagne du candidat Ibrahima Abe Sylla à la présidentielle de 2010. Puis, dans le cadre de l'alliance signée pour le second tour avec l'UFDG, j'ai été d'abord Directeur adjoint chargé des questions politiques du Directoire unifié avant d'être le Porte parole de l'Alliance.

Dans le domaine associatif, j'ai été un des responsables de l'ONG Guinée Action Développement (GAD) à Montréal ; ONG qui a envoyé en 1998 du Canada deux conteneurs de livres aux universités guinéennes. J'ai été Trésorier général de l'Association des guinéens de la grande région de Washington, Vice-président chargé des finances de la Coordination des associations guinéennes des Etats-Unis et Co-fondateur et Trésorier du Fonds Makona, une organisation financière qui, depuis le 1er octobre 2006, encourage et collecte l'épargne des immigrants de l'Afrique de l'Ouest, et l'investit.

Je suis marié depuis 25 ans à Koumba Koundouno. Ma femme et moi avons cinq enfants dont trois filles. Nous vivons dans la grande région de Washington depuis octobre 1999.

Guinee58 : Nous rentrons dans le vif du sujet de cette interview sur la situation de la NGR, votre parti politique. Il y a, en effet, très longtemps qu'on n'entend plus Abé Sylla, le président du parti et nombre de militants commencent à s'inquiéter de l'absence de leur leader dans le débat politique national. Quelles raisons pourriez-vous fournir pour expliquer le silence, l'absence et voir l'effacement de Monsieur Sylla du paysage et du débat politique ?

La Nouvelle génération pour la République (NGR) se porte très bien. Comme vous le savez, il est un des tout nouveaux partis sur l'échiquier politique de notre pays. Il a une personnalité propre et une grande ambition pour notre pays. Contrairement à beaucoup d'autres partis, la NGR ne fonctionne pas comme une entreprise privée dont le leader est le Président Directeur général. C'est pourquoi notre parti est capable de fonctionner sans que le leader ne soit nécessairement présent sur le terrain. Les militants et les sympathisants de la NGR le savent. Malgré cela, je comprends le souci de certains militants et sympathisants du parti de vouloir avoir le président sur le terrain de temps en temps.

Comme toujours, le président Ibrahima Abe Sylla est animé d'une grande ambition pour la NGR et pour la Guinée ; cela malgré quelques impératifs de la vie. Permettez-moi de rappeler qu'après la présidentielle de 2010, le Président de la NGR a perdu sa mère en décembre dernier. Après l'enterrement de la maman et les sacrifices, il est reparti à Washington où vit sa famille et où il préside aux destinées d'une grande entreprise d'ingénierie et de télécommunication. Il est tombé malade pour quelques semaines, mais Dieu merci son état s'est très bien amélioré. Il sera bientôt à Conakry, après le mois de Ramadan.

Malgré son absence prolongée de Conakry, il continue donc à assurer la direction du parti avec clairvoyance et abnégation. Comme vous le savez, avec le développement des technologies de la communication, on peut vivre aujourd'hui, en temps réel, les événements partout dans le monde, cela quel que soit son lieu d'habitation. Tous les jours, les responsables du parti qui sont à Conakry et à l'intérieur du pays, dont moi-même, sont en contact avec lui. Il n'y a aucune action que la NGR entreprend qui ne soit discutée et adoptée avec le Président du Parti.

Guinee58 : La NGR s'était résolument engagée auprès du candidat de l'UFDG Monsieur Cellou Dalein Diallo pour le deuxième tour de l'élection présidentiel. Vous avez, personnellement, été très actif tout au long de la campagne. Aujourd'hui la quasi-totalité des partis de l'ancienne alliance des bâtisseurs se retrouvent dans l'opposition dite « radicale », au sein de laquelle vous jouez un rôle clé. Pourriez-vous confirmer l'ancrage actuel de la NGR et de son président dans cette opposition ?

Je ne sais ce que vous entendez par opposition radicale, mais la NGR est fortement impliquée dans les travaux du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition. Au sein de ce Collectif, la NGR participe à la hauteur de ses ambitions pour notre pays. Les partis du collectif qui ne se reconnaissent dans aucun radicalisme, se définissent plutôt comme une opposition responsable et constructive qui entend jouer pleinement son rôle dans l'édification d'une Guinée démocratique et respectueuse des valeurs et principes chers à notre pays.

Avant le Collectif, nous avons accompagné le candidat El Hadj Mamadou Cellou Dalein Diallo de l'UFDG au second tour de la présidentielle, dans le cadre d'une alliance fondée sur la parenté idéologique et des projets de société. La NGR partage avec les partis qui composaient l'Alliance Cellou Dalein Président une même vision libérale du développement socio-économique de notre pays. Contrairement à l'Alliance Arc-en-ciel qui reposait sur une soi-disant parenté ethno-régionale qu'on a surnommée « Alliance naturelle », l'Alliance Cellou Dalein Président reposait sur les valeurs et les principes. Contrairement à la vision socialo-communiste de l'Alliance Arc-en-ciel, les membres de l'ex-alliance Cellou Dalein Président croient que pour accéder au bien être, les guinéens se doivent de créer des richesses. Mais pour créer la richesse les guinéens ont besoin d'être libres ; la même liberté que nous avons choisie le 28 septembre 1958, même dans la pauvreté, qu'à l'opulence dans l'esclavage. Aujourd'hui encore, cette liberté manque aux guinéens, d'où la situation de pauvreté dans laquelle se trouve le pays après 53 ans d'indépendance.

La NGR, son président, ses responsables, ses militants et ses sympathisants sont et demeurent fidèles aux valeurs et aux principes chers au parti. Les militants de la NGR ne sont pas venus à la politique pour occuper simplement un fauteuil, mais pour se battre pour la préservation de la dignité humaine et pour l'amélioration constante du bien être des guinéens et guinéennes. Cela passe par la promotion de la démocratie et de l'état de droit.

Guinee58 : Monsieur Millimouno, avant de passer à l'actualité, nous souhaitons vous poser une question d'ordre un peu personnel. En effet, pour certains observateurs politiques vous êtes l'éminence grise de l'opposition et d'autres vous présentent comme le stratège et le maître à penser de cette opposition. Par ailleurs, le pouvoir actuel vous présente, avec Bah Oury le vice président de l'UFDG, comme les plus idéologues et les plus durs de l'opposition. Comment réagissez-vous par rapports à ces jugements et quelle appréciation en faites vous ?

Bah Oury, oui, mais moi, non. Je ne suis qu'un novice sur le terrain politique guinéen. Après plus de 15 ans en dehors du pays, j'ai encore beaucoup de choses à apprendre.

Il y a par contre beaucoup de valeurs au sein du collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition. Le Collectif compte plusieurs valeureux leaders, qui représentent le meilleur espoir pour le pays : El Hadj Mamadou Cellou Dalein Diallo, Président de l'UFDG; Ibrahima Abe Sylla, Président de la NGR ; Sidya Toure, Président de l'UFR ; Fodé Mohamed Soumah, Président de la GECI, pour ne citer que ceux-là. Contrairement à certains vieux leaders politiques guinéens qui n'ont pour seule référence académique en politique que le Prince de Machiavel, qui pensent que l'importance du discours politique ne se mesure qu'à la beauté de l'agencement des mots qu'ils utilisent et qui n'ont de stratégie politique que la division basée sur l'ethnie ou la région, le Collectif compte aussi de jeunes leaders très attachés aux valeurs républicaines et démocratiques. Pour ne citer que quelques uns, nous avons Mouctar Diallo, Président des NFD, Etienne Soropogui, Vice-président des NFD, Dr. Fodé Oussou Fofana, Vice Président de l'UFDG. Ils constituent l'espoir d'une relève politique sûre de notre pays. Avec eux, la politique n'est pas synonyme de mensonge, de viol, de vol, de crime, de rapportage, de corruption, d'ethno stratégie, etc. La politique, pour eux, concerne, au premier chef, la préservation de la dignité humaine et la recherche permanente du bien être des guinéens, de tous les guinéens, sans distinction basée sur l'appartenance ethnique ou l'origine régionale.

Guinee58 : L'actualité politique de notre pays est dense ces dernières semaines. Le pouvoir semble être de plus en plus acculé et isolé aussi bien sur le plan national qu'international. L'opposition dite « radicale » semble se structurer et se montre de mieux en mieux organisée et déterminée. Vous avez rencontré récemment le ministre de l'administration du territoire, à qui vous avez remis un mémorandum qui résume vos revendications. Jusqu'où l'opposition est prête à aller afin de contraindre le régime à faire les concessions qui garantiront des élections législatives transparentes ?

L'opposition responsable et constructive que constitue le Collectif, fidèle à son attachement au respect de la Constitution et des lois de notre pays, entend aller jusqu'au bout pour le bonheur de tous les guinéens sans exception. Comme vous l'avez constaté à travers le memo remis au gouvernement à l'occasion de la rencontre avec le Ministre de l'Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD), le premier souci exprimé est d'abord légal. Nous avons réaffirmé l'indépendance de la CENI en rejetant le protocole d'accord passé avec le MATD qui consacre le transfert des attributions de la CENI au MATD. Nous avons réclamé la réhabilitation des élus locaux dont les conseils ont été illégalement dissouts. Nous avons insisté sur la révision du fichier électoral contrairement à la reprise illégale du recensement que soutenaient le Président et son gouvernement. Nous avons exigé la neutralité de l'administration publique et l'accès équitable des partis d'opposition aux medias publiques.

Le second souci exprimé concerne la transparence et la crédibilité des prochaines élections législatives. C'est un objectif recherché, du moins officiellement, par toutes les parties en présence : la mouvance et l'opposition. Pour atteindre cet objectif, il faut bien entendu procéder à la restructuration de la CENI, remplacer les commissaires actuels par des personnes plus responsables, revoir certaines dispositions du code électoral dans le sens de les adapter au mieux à l'esprit de consensus qu'impose l'Article de la Loi 013 du 29 septembre 2007 portant création de la CENI, conduire l'audit du fichier électoral pour s'assurer de son intégrité, et mettre en place un système de cogestion du fichier pour maintenir la confiance de tous les acteurs concernés.

Comme vous le constater, il n'y a rien dans cet agenda qui ne soit indispensable à l'apaisement du climat politique et à la conduite des élections transparentes et crédibles dont les résultats seront acceptés par tous. La défense de tous les éléments de cet agenda est dorénavant une obligation pour tous les membres du Collectif.

Guinee58 : Alpha Condé sous la pression interne et internationale a mis en place une commission de réconciliation nationale, alors qu'il reste et demeure à la tête du RPG, ce qui fait de lui un président clanique. En outre, il ne nomme que des cadres originaires de la Haute Guinée. Pire, il n'a jamais voulu condamner les propos de Facinet Touré, contre les Peulhs. Depuis, ce dernier malgré les propos scandaleux qu'il a tenus, a été investi par le même Alpha Condé comme médiateur de la République. Tous les actes d'Alpha Condé incitent à la haine ethnique et attisent les divisions communautaires. Pensez-vous qu'un véritable processus de réconciliation national peut s'engager dans ces circonstances ? Selon vous, comment faudrait-il concevoir et organiser ce processus de réconciliation nationale qui reste très complexe à l'aune de ce que notre pays a vécu depuis son indépendance ?

C'est le grand dilemme dont fait face notre pays. Jamais dans l'histoire de la Guinée, le besoin d'une réconciliation nationale n'est aussi intensément ressenti et exprimé par les guinéens que maintenant. Mais malheureusement, pour réconcilier les guinéens, le Président Alpha Condé n'est pas la solution, mais le problème. D'abord parce que la conception que le Président Alpha Conde a de la Guinée est très dangereuse et mérite qu'elle soit combattue vigoureusement par tous les guinéens épris de paix et de justice, et qui croient en une Guinée unie et indivisible.

En effet, le Président Alpha Condé pense que la Guinée comprend deux blocs différents et opposés : le Fouta et les autres régions ou les peulhs et les autres ethnies. Naturellement, le Président Alpha Condé fait partie de ces vieux politiciens guinéens qui n'ont pour seule référence théorique ou académique en politique que le Prince de Machiavel. Il s'agit de diviser pour régner. C'est ce qui l'a conduit, avec l'aide du vieux Facinet Touré de la Basse Côte et de certains vieux de la Haute Guinée et de la Guinée Forestière, à construire son «alliance naturelle» qui été à l'origine de la disparition momentanée de la notion de la nation en République de Guinée.

Ensuite, le Président Alpha Condé est à l'origine de l'exacerbation de la dimension ethnique dans le jeu politique en Guinée et des problèmes récents qui opposent les guinéens. En effet, il est l'auteur de «  un malinké qui vote pour Lansana Conte est un bâtard  ». Il est l'auteur de « l'alliance naturelle » comme je viens de le dire. Il est également l'auteur de l'accusation d'empoisonnement, jamais prouvé, qui a mis le feu au poudre à Siguiri, Kouroussa, Kissidougou et N'Zérékoré entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2010. L'on se rappelle que cela a occasionné le massacre de certains guinéens par d'autres pour cause d'appartenance ethnique.

Enfin, comme ses prédécesseurs, le manque de courage à affronter les défis de l'établissement de la justice et de la lutte contre l'impunité, pousse le Président Alpha Conde à évangéliser le pardon à bon marché.

Ceci dit, il faut affirmer haut et fort que la Guinée et les guinéens ont besoin d'une réconciliation nationale. Les raisons sont nombreuses :

1) les affrontements interethniques dans les années 50 suite à l'instrumentalisation du fait ethnique dans la lutte pour le pouvoir,

2) la stigmatisation en 1976 de l'ethnie peulh par le Président Ahmed Sékou Toure, à travers «  le complot peulh et la situation particulière du Fouta et les conséquences qui en ont suivi,

3) l'attaque en 1985 des malinkés par le CMRN – le « Wo Fatara » prononcé par le Président Lansana Conte et les conséquences qui en ont suivi,

4) les affrontements interethniques - en N'Zérékoré – en 1991 - entre les Gbèlès d'un côté et les Malinkés et Koniankés de l'autre lors des premières élections communales de l'ère Conté,

5) les massacres du 28 septembre 2009,

6) l'expulsion – en 2010 - de la Haute Guinée - des guinéens de l'ethnie peulh par les militants du RPG du Président Alpha Conde,

7) les violents affrontements interethniques ayant fait des dizaines de mort et de blessés à Galapaye - dans la Préfecture de Yomou – en 2011…

Ce ne sont que quelques maux qui justifient aujourd'hui une réconciliation entre les guinéens. Celle-ci se fera autour des valeurs communes. Elle passera par l'établissement de la vérité et de la justice. Comme le dit l'autre, la paix dans un pays n'est pas l'absence de conflit, mais la présence de la justice. Loin de l'idée d'une chasse aux sorcières ou d'une vengeance collective, la démarche de la réconciliation sera profonde, critique, transparente et concernera tous les cas déplorés dans l'histoire de notre pays. Nous pouvons nous inspirer des exemples sud africain, sierra léonais, libérien, ivoirien et surtout marocain pour y arriver. Il prendra du temps et il ne sera pas folklorique. Rappelons-nous qu'un peuple qui se folklorise, comme c'est le cas dans notre pays, a tout son temps car il perd sa place dans l'histoire .

La dernière visite des « sages » des coordinations de la Haute Guinée, Basse Guinée et Guinée Forestière en Moyenne Guinée pose mal le problème. Elle est une démarche biaisée qui ne s'accommode qu'à la vision tronquée de la Guinée par le Président Alpha Conde. Il n'y pas de problème entre la Moyenne Guinée et les autres régions. Il n'y a pas de problème entre les peulhs et les autres ethnies. Il y a des problèmes entre l'Etat violent et non respectueux des valeurs guinéennes et les guinéens lambda. Il y a des problèmes entre les criminels au service de l'Etat dont le Président Alpha Condé fait partie et les guinéens lambda.

Il faut faire appel à l'intelligentsia du pays, qui se trouve aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays pour réfléchir et produire un modèle qui puisse permettre une véritable réconciliation entre les guinéens.

Guinee58  : Pour revenir aux propos de Facinet Touré, en votre nom personnel vous aviez porté plainte contre lui, peut-on savoir où en est cette plainte ?

Le cas Facinet Toure reste entier. Il nécessite la participation de chacun et de tous. Les guinéens doivent surtout éviter de répéter l'erreur décrite dans le poème, « Je n'ai rien dit » du Pasteur Martin Niemoller. Sinon, le jour qu'on viendra nous chercher, après qu'on ait rien dit quand on venait chercher les autres, il n'y aura plus personne pour protester.

Le défi que pose le cas Facinet Toure à la justice guinéenne est important. Il n'y a pas de doute que Facinet a violé la constitution et le code pénal de la République de Guinée. Il faut donc le juger et le condamner. Mais la justice guinéenne n'est pas indépendante. Le magistrat guinéen n'est pas indépendant. Il est un fonctionnaire qui obéit à la hiérarchie. Il faut donc le statut du magistrat guinéen qui consacre l'indépendance du magistrat vis-à-vis de sa hiérarchie et qui le mette à l'abri des besoins économiques. Les principes de séparation et d'égalité entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire n'est pas suffisant pour garantir une justice indépendante en Guinée.

Ceci étant dit, la plainte contre Facinet Touré déposée par sept guinéens dont moi-même est toujours dans les mains du Procureur au tribunal de Dixinn. Mais il ne faut pas se faire d'illusion, cette action pourtant fortement médiatisée par l'ensemble des medias guinéens n'a pas bénéficié du soutien qu'elle méritait auprès des autres guinéens. Chacun, encore une fois, a choisi d'étouffer sa conscience et d'espérer que la justice sera faite sans son implication. Le Procureur qui a reçu la plainte, comme le juge d'instruction qui a pris le cas de Zakaria Diallo avant lui, a été muté.

Il apparaît ainsi que le risque que la violation de la Constitution et des lois de la République par Facinet Touré reste impunie est grand. Mes compatriotes et moi suivons le problème.

Guinee58 : L'autre préoccupation de notre pays est la dégradation des conditions de vies de nos populations avec un manque criard des besoins de premières nécessités (eau, électricité, emplois,…) qu'Alpha Condé peine à palier malgré l'encaissement de 700 millions de dollars de la part du géant minier Rio Tinto. Comprenez-vous son attitude de mettre cette somme dans un compte bloqué que ça soit à l'étranger ou en Guinée alors que lui-même reconnaisse l'impatience et l'exaspération de ses compatriotes ?

L'opacité avec laquelle le Président Alpha Condé et son gouvernement gèrent le dossier des 700 millions nous rappelle clairement la problématique de la gouvernance dans notre pays. Quand on parle de changement, c'est aussi et surtout dans la gouvernance des affaires publiques. La transparence est un critère essentiel.

L'une des craintes du peuple de Guinée face au pouvoir du Président Alpha Condé est le manque de vision et de programme pour faire face aux nombreux problèmes qui se posent aux guinéens. Huit mois après l'investiture du Président Alpha Condé, on est encore à se demander quelles sont ses priorités et quelles sont les ressources qu'il entend mobiliser, et de quelle façon, pour amorcer la résolution des nombreux problèmes qui se posent au pays.

Les populations dont le quotidien est fait de faim, de maladie, de chômage, de pauvreté, d'insécurité et d'injustice ne peuvent que s'impatienter. Il appartient au Président de savoir que ses jeux politiques qui consistent à diviser pour régner n'auront pas d'effet éternellement. Il arrivera très bientôt le moment où tous les guinéens lui demanderont des comptes. Il doit s'apprêter à pointer du doigt les réalisations concrètes, pas les promesses, les causes réelles des problèmes, pas les mensonges grossiers qui consistent à dire que telles ethnies m'empêchent de travailler.

Le souhait de tous les guinéens aujourd'hui est par ailleurs de voir le Président Alpha Conde et son gouvernement réussir. Car leur échec est synonyme de souffrance allongée du peuple. Les clés de sa réussite ou de son échec sont entre ses mains. Pour le moment, il semble se servir que de la clé de son échec. Un seul exemple suffit pour comprendre cela. Fidèle à sa vision ethnocentriste et régionaliste, le Président Alpha Conde fait utiliser depuis son investiture, deux voies pour accéder ou se maintenir à une position dans la fonction publique guinéenne ou pour bénéficier d'un marché public. La première voie et la plus sûre d'ailleurs est celle qui consiste à obtenir la bénédiction de la coordination manding. Mais à la coordination manding, il faut nécessairement réussir au test d'appartenance ethnique pour obtenir la recommandation requise pour accéder ou se maintenir à une position dans la fonction publique. Ceux qui n'y ont pas passé ou qui y ont échoué l'ont appris à leur dépens. Monsieur Youla de l'EDG en sait quelque chose. Messieurs Ahmed Barry et Sire Dieng, et Madame Sanoussi de la Radio Télévision Guinéenne (RTG) ne diront pas le contraire. Ceux-ci ne constituent que la partie visible de l'iceberg. La situation est devenue tellement courante que pour le remplacement de ceux et celles qui échouent au test d'appartenance ethnique, les décrets ne disent même plus les noms des personnes remplacées. On se contente maintenant de la formule suivante : « Monsieur X est nommé directeur de ---- ». « En remplacement de ---- » est enlevé à dessein.

La seconde voie pour accéder ou se maintenir à une position dans la fonction publique consiste à démissionner d'un parti politique de l'opposition ou à se distancer d'une personnalité politique de l'opposition.

Comme on le voit, la compétence et l'expérience ne sont pas au rendez-vous des critères pour accéder ou se maintenir à une position, pour bénéficier d'une promotion ou pour bénéficier d'un marché public. C'est le changement que le Président Alpha Conde a apporté au peuple de Guinée. Cela ne peut le conduire qu'à l'échec.

Guinee58 : D'ailleurs une grande cacophonie entoure ces 700 millions de dollars que le gouvernement n'a pas voulu rajouter dans la partie recette du budget, au même titre que les 15 millions de dollars versés par Areeba. Suite aux dénonciations de l'opposition, il a été contraint de s'expliquer que cet argent qui affirme-t-il est bloqué dans un compte spécial au trésor public. Mais lors de son message à la nation à la veille de son départ pour les Etats Unis d'Amérique, il a dit que l'argent n'est plus bloqué dans un compte spécial au trésor public mais en Suisse. Avec ces propos contradictoires venant tous de la part du président Alpha Condé, ne craignez-vous pas une tentative de détournement ?

Même si on peut encore se réserver de conclure que les 700 millions ont été détournés, le souci de transparence dans la gestion des affaires de l'Etat commande que l'on interpelle le Président Alpha Condé et son gouvernement sur la destination de cet argent. Il faut que le Président dise clairement et une fois pour toute où se trouve l'argent et surtout qu'il fasse ressortir le montant et bien d'autres qu'on ignore encore la destination dans le chapitre recettes du budget national.

Guinee58 : Avant de finir cette interview, nous souhaitons vous demander d'expliquer au peuple de Guinée la suite de la stratégie de l'opposition dans sa bataille pour l'instauration d'une véritable démocratie dans notre pays. Nous savons que le pouvoir n'est pas enclin à faire de concessions et l'opposition semble déterminer à aller l'affronter, dans la légalité, afin d'avoir plus de libertés politiques et individuelles gages de la démocratie.

L'opposition responsable et constructive que constitue le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition place sa lutte au niveau de la préservation des valeurs et des principes qui sont des piliers de la République de Guinée. C'est pourquoi elle n'entend pas faire de compromis sur les dispositions constitutionnelles et légales au nom d'un besoin pécuniaire. Elle lutte pour préserver la dignité humaine et améliorer le bien être du guinéen. Elle lutte pour que la loi ne soit plus jamais considérée en Guinée comme un encombrement. Pour cette opposition donc, l'unité, la paix, la liberté, la justice, la prospérité pour tous sont des valeurs sacrées.

Pour mener sa lutte, l'opposition responsable et constructive que représente le Collectif entend utiliser les moyens uniquement légaux. La fermeté sur les principes est et demeure par contre la caractéristique principale de son action.

Dans un climat de tension, de division et de suspicion qui caractérise notre pays depuis la dernière élection présidentielle, le Collectif pense que le moins qu'on puisse demander aux responsables politiques à tous les niveaux, le Président de la République en tête, est de prononcer des discours responsables qui apaisent et qui prônent la paix et l'unité.

Pour permettre au pays de tourner la page de la transition, il faut aller aux élections législatives dans les meilleurs délais. Celles-ci doivent être transparentes et crédibles pour éviter toute contestation. Et pour cela, il faut une nouvelle composition de la CENI. Il faut adapter certaines dispositions du code électoral à l'esprit de consensus et de transparence qui doit prévaloir à la CENI. Il faut l'audit – la révision et la cogestion du fichier. Il faut la neutralité de l'administration et l'accès égal de l'opposition aux medias publiques.

Guinee58 : Votre dernier mot, Monsieur Millimouno

Permettez-moi, encore une fois, de remercier votre media pour l'occasion que vous m'offrez de m'adresser à tous mes compatriotes à travers cette interview. Je vous remercie et vous encourage.

A tous mes compatriotes, je rappelle notre devoir sacré et historique de défendre, en toute circonstance, la vérité, la justice, la tolérance, la solidarité, le respect, la paix, l'unité entre les guinéens. Refusons avec courage et détermination la marchandise d'ethnocentrisme et de régionalisme que veulent nous vendre certains vieux politiciens légers, incompétents et immoraux qui résistent encore sur le terrain politique guinéen.

Que Dieu bénisse la Guinée et les guinéens ! Amen.

Guinee58  : C'est nous qui vous remercions de nous avoir accordé cette interview