guerre, de la rébellion qui ont eu pour conséquence la naissance de ces mouvements, mais le FPI n'a pas changé d'attitude vis-à-vis de ces mouvements patriotiques. Ce sont des organisations qui ont été des acteurs clés de la résistance. Nous les considérons comme des partenaires dans le processus de sortie de crise, de reconstruction et de Refondation de la Côte d'Ivoire.
N.V. : Ils sont de plus en plus nombreux vos partenaires. Il se crée partout des clubs de soutien au président de la République, votre candidat à la présidentielle. Comment arrivez-vous à gérer tous ces mouvements ?
P.A.N. : Nous n'avons pas besoin de les gérer au sens de les embrigader ou les instrumentaliser. Ce sont des organisations autonomes et nous respectons leur autonomie. Quand une situation nationale exige que nous nous retrouvions sur le terrain pour mener la lutte, nous nous retrouvons spontanément. C'est cela la doctrine de notre collaboration. Ce sont les évènements qui nous mettent ensemble dans la rue ou dans les manifestations pour défendre la cause nationale.
N.V. : Mais parmi ces organisations, il y a le Congrès national pour la Résistance et la Démocratie (CNDR). Vous êtes membres du CNDR. Quelle est la place exacte du FPI dans cette plate-forme ?
P.A.N. : Le FPI est une composante du CNRD avec ses forces et ses limites. Au plan administratif, nous avons la deuxième vice-présidence et nous participons comme toutes les autres organisations aux activités et aux débats au sein du CNDR pour faire partager notre vision et notre expérience politique.
N.V. : Est-ce que vous envisagez une collaboration pour les élections avec le CNRD ?
P.A.N. : La défense de la République et la promotion de la démocratie sont une bataille permanente. En conséquence, le CNRD a de beaux jours devant lui. Au demeurant et dans le contexte national actuel, si nous n'arrivons pas à faire triompher le Président Laurent Gbagbo à l'élection présidentielle prochaine, la Résistance aura été une symphonie inachevée, une entreprise vaine. C'est pourquoi, toutes les organisations qui ont participé à la Résistance contre la déstabilisation et qui sont pour la plupart regroupées au sein du CNRD devraient logiquement poursuivre leur action jusqu'à la victoire finale du Président Laurent Gbagbo.
N.V. : Après La victoire du président Gbagbo, il y aura les élections locales avec leurs corollaires d'appétits individuels. Comment allez-vous travailler à ce niveau ?
“Le président de la République est frustré. Moi-même je suis frustré. Nos cadres sont frustrés. Il faut que les militants de base comprennent que nous sommes tous frustrés. Mais en même temps, ils doivent comprendre que la solution à la frustration, ce n'est pas de baisser les bras, ce n'est pas de se morfondre et de grogner. La solution est de rester debout et se battre, comme les militants du Front populaire ivoirien savent le faire, pour reconquérir l'intégralité du territoire et du pouvoir”.
P.A.N. : Les organisations membres du CNRD ne sont pas toutes des partis politiques; il y a des ONG, des syndicats et des mouvements qui sont nés spontanément. Maintenant, avec ceux de ces mouvements ou celles de ces organisations qui veulent poursuivre le combat, notamment au niveau des élections locales, nous discuterons pour voir comment aller à ces élections en fonction des forces en présence sur le terrain. Toutes les discussions sont possibles à partir du moment où nous sommes dans une plate-forme.
N.V. : Et pourtant, avant ces échéances, on enregistre certaines réactions du genre : ‘'le FPI nous a sucés après la résistance, le FPI est ingrat”. Alors est-ce que vous recevez ces plaintes et comment les traitez-vous au niveau du parti ?
P.A.N. : Evitons, comme l'a dénoncé dernièrement le Président Laurent Gbagbo, la culture du mercenariat. La lutte qui a été menée est une lutte nationale. Nous nous battons tous pour notre pays et non pour un individu ou pour une organisation. Les acquis de la Résistance survivront au Front Populaire Ivoirien. Ce sont les acquis pour notre nation. Ce sont des acquis pour notre pays. C'est donc comme cela qu'il faut voir les choses et non les voir en termes de lutte pour des avantages matériels et individuels qui poussent à considérer qu'un parti politique a une dette vis-à-vis de telle ou telle organisation.
Nous ne sommes pas le premier pays à être confronté à une telle situation. En France, sous l'occupation allemande, les patriotes se sont mobilisés, du Parti communiste jusqu'à la droite, pour entrer dans la résistance et pour lutter pour la libération. Il ne le faisaient ni pour plaire à De Gaule, ni pour engranger des avantages individuels.
N.V. : Certains estiment tout de même qu'ils ont légitimement droit à être récompensés après la lutte…
P.A.N. : Ce n'est pas sain de penser en termes de récompense. Il s'agit plutôt de poursuivre la lutte et je considère qu'à partir du moment où nous avons mené le même combat, que nous partageons la même vision, cela veut dire que nous pouvons travailler ensemble pour reconstruire notre pays. C'est la poursuite logique de notre engagement.
Je veux être très clair : demain, on peut appeler, après la victoire du président Laurent Gbagbo, un parti politique, un mouvement patriotique, un groupe de soutien, une personnalité soit au gouvernement, soit dans des institutions. Ce sera moins pour les récompenser, que pour les associer à l'action politique, parce que la reconstruction doit être menée par ceux qui se sont battus ensemble pour la nation. Je crois qu'il est temps que nous les hommes politiques sortions de la logique du partage du gâteau, de la logique des avantages matériels et personnels pour inscrire notre action dans une logique de servir la nation.
N.V. : Que dites-vous à ceux qui disent que la guerre est finie et que c'est le moment de partager les dividendes ?
P.A.N. : Il n'y a pas de dividendes à partager; mais une nation à fonder, un pays à construire, un peuple à servir. La guerre n'est pas finie; la guerre est permanente. Si nous finissons la guerre des armes, si nous réussissons la réunification, nous avons à mener la guerre contre la pauvreté, contre le chômage, contre les inégalités, pour le progrès, pour le développement et pour l'emploi. Cette guerre doit engager tous ceux qui partagent les objectifs du président Gbagbo et du FPI en particulier. Tous ceux qui sont d'accord sur une plate-forme pour la reconstruction, pour la refondation (la crise a élargi la base de la refondation et des acteurs) doivent s'inscrire dans cette perspective plutôt que de dire “nous avons participé à la résistance, nous attendons les dividendes”.
N.V. : Après 5 ans de résistance à la guerre, quel est l'état des lieux, s'agissant du FPI ?
P.A.N : Notre parti a été contrarié dans son projet de refondation de la Côte d'Ivoire. Il n'a pas pu, du fait de la guerre, mener à terme son programme. Mais, en même temps, au plan tactique, la crise a permis au parti de se fortifier, d'acquérir davantage de maturité et davantage d'expérience dans sa gestion et dans son action politique.
N.V. : Mais cela a changé les comportements des populations vis-à-vis de vous ?
P.A.N. : Sans aucun doute. La crise a débloqué la situation politique sur le terrain. Des zones qui étaient hostiles au Front populaire ivoirien jusqu'à l'éclatement de la guerre sont devenues perméables, et le parti y fait une percée remarquable. C'est le cas du grand Centre baoulé où les populations étaient restées jusque-là hostiles. Aujourd'hui, le FPI y est de plus en plus accepté et s'implante profondément. Le Nord qui était resté jusqu'à la crise un bastion imprenable du Rassemblement des Républicains (RDR) s'est ouvert. La population ayant fait le constat de l'aventure dans laquelle le RDR l'a entraînée à travers la rébellion, en a tiré les conséquences. Cette population est de plus en plus sensible au message du Front populaire ivoirien. A l'opposé, les zones qui étaient acquises au FPI sont restées stables et nous n'avons pas noté une percée quelconque de nos adversaires politiques. Je pense donc aujourd'hui qu'en terme d'implantation, le FPI a progressé. C'est pour cela que nous disons que, certes, la crise nous a contrarié, mais en même temps, comme la crise de 1992, elle nous a permis de faire un saut qualitatif en termes d'implantation et d'audience.
N.V. : Comment expliquez-vous cette percée dans les zones qui étaient difficiles alors que les populations n'ont même pas encore bénéficié de vos promesses électorales ?
P.A.N. : Cette percée s'explique par deux raisons. La première raison, la raison principale, c'est l'échec de la déstabilisation. Des populations qui ne s'étaient pas opposées à cette initiative dès le départ, croyant qu'elle leur apporterait le bonheur, se sont rendu compte, en définitive, qu'elles se sont embarquées dans une aventure qui les a coupées inutilement du reste de la Côte d'Ivoire, qui les a isolées de tout projet de développement pendant cinq ans. L'aventure a été un échec, pour la rébellion et une catastrophe au plan économique et social pour les populations.
On leur avait présenté des gens comme étant des démons; aujourd'hui, les populations se rendent compte que ceux qui étaient venus chasser les démons sont eux-mêmes devenus les premiers collaborateurs des démons. On n'a pas besoin de faire de grands dessins pour que les gens comprennent qu'ils ont été induits en erreur, qu'ils ont été intoxiqués, manipulés. Naturellement ces populations se détournent de leurs bourreaux pour se tourner vers le Président Laurent Gbagbo et le FPI qui incarnent en réalité la paix, l'unité et le progrès.
La seconde raison, c'est que le Front Populaire Ivoirien a convaincu les Ivoiriens pendant les 22 mois où il a pu gérer paisiblement la Côte d'Ivoire. Les Ivoiriens ont compris que ce parti était porteur de progrès économique et social. Ils ont été séduits par les premiers pas de la politique de Refondation. Ils la préfèrent au chaos dans lequel les ont conduit le RHDP et son bras armé.
N.V. : Puisque vous en parlez, visitons donc un peu vos chantiers. Y a-t-il eu des signes, au plan économique, pour prouver votre bonne gestion ?
PA.N. : Les signes sont là. Le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) avait plongé le pays dans un abîme. C'était l'isolement économique, politique et financier de la Côte d'Ivoire. Le Front populaire ivoirien l'en a sorti, en moins d'un an, en renouant avec la communauté internationale, en réussissant la relance économique et le retour de la croissance. Même si aujourd'hui, du fait de notre absence à la tête du Gouvernement, la filière café-cacao est totalement désorganisée et est l'objet de toutes les perturbations, les Ivoiriens savent que lorsque nous étions là, les ressources engrangées par les paysans sont passées d'environ 500 milliards (2001) à près de 1.100 milliards FCFA (2003) pour le cacao.
En 2001, nous avons réussi l'exploit de faire fonctionner le pays sur la base de ses ressources propres et dans le cadre d'un budget que nous avons baptisé sécurisé, concept propre du gouvernement du FPI. En 2002, ce budget est passé de 1300 milliards à près de 2000 milliards FCFA. En septembre 2002, au moment où survenait la rébellion, nous étions sur le point de négocier avec le FMI un allègement de la dette Ivoirienne de 600 à 700 milliards FCFA chaque année dans le cadre d'une stratégie pour la réduction de la Pauvreté (SRP). Ce qui aurait permis d'amplifier le programme de refondation sociale, la mise en place de l'Assurance maladie universelle (AMU), la construction davantage d'écoles, de centres de santé, l'entretien et l'ouverture de nouvelles voies, etc….
N.V. : Au plan social, hormis les paysans, quel bénéfice les travailleurs de la ville ont tiré de votre gestion ?
P.A.N. : Nous avions programmé le déblocage des salaires en mars 2003. N'oublions pas que les salaires des fonctionnaires sont bloqués depuis plus de 20 ans. Les enseignants vivaient la situation des salaires à double vitesse dans le système éducatif. Nous avons cassé ce système et rétablit la justice salariale. Les policiers ont bénéficié d'un nouveau statut qui améliore leurs conditions de vie; le programme de décentralisation a été amplifié avec l'élection des conseils généraux auxquels le président de la République avait promis en moyenne 3 milliards de FCFA par an. Cela devrait permettre à ces régions et aux populations de bénéficier d'énormes ressources pour leur développement. Dans le cadre de la politique de gratuité de l'école, des millions de Kits scolaires ont été distribués aux élèves chaque année et le programme des cantines scolaires a été redynamisé. L'Assurance maladie Universelle devrait être opérationnelle dès Mars 2003, ce qui devrait se traduire par la gratuité des soins de santé primaire à toute la population.
Le FPI avait ouvert de réelles perspectives; il n'avait pas déçu. Si nous avions déçu de 2001 à 2002, je suis sûr qu'il n'y aurait pas eu cette mobilisation populaire pour faire échec à la rébellion. Voilà pourquoi le FPI avance malgré la guerre. Et nous sommes persuadés de la victoire sans ambages du président Laurent Gbagbo à la prochaine élection présidentielle.
N .V. : Malgré ce bilan, des voix s'élèvent et accusent le FPI et sa politique de refondation d'être à la base de la misère grandissante et d'une corruption intraitable que par le passé. Le président Bédié estime que le passage du FPI à la tête de l'Etat est une catastrophe, voire une parenthèse qu'il faut vite refermer. Plaidez-vous coupables ?
P.A.N. : Ces accusations relèvent de la pure propagande. Comme je viens de le démontrer, la gestion du FPI a été exemplaire entre 2000 et 2002. Depuis 2003, ce n'est plus le FPI qui gère les affaires de l'Etat. Il faut que l'opinion ait en permanence cela à l'esprit. Depuis 2003, la place et le rôle du FPI ont été minorés dans la gestion des affaires de l'Etat et le FPI n'est pas responsable des dysfonctionnements auxquels le pays est confronté. La preuve, en 2006, quand il y a eu le scandale des déchets toxiques, ce n'est pas le président du FPI qui a présenté sa démission au président de la République; mais bien Charles Konan Banny, à cette époque Premier ministre, qui a démissionné. Cela veut dire qu'en 2006, c'est Charles Konan Banny et son gouvernement qui étaient responsables de ce qui se passait en Côte d'Ivoire. De même, de 2003 à 2005, Seydou Diarra était responsable de tout ce qui se passait dans le pays. Aujourd'hui la responsabilité des affaires publiques incombe à Soro Guillaume. Donc lorsqu'on cherche les responsables des différentes situations qu'a connues la Côte d'Ivoire, il faut chercher à savoir qui dirige le gouvernement à chaque époque et quels sont les ministres qui y siègent.
Depuis 2003, le FPI accompagne le processus de restauration de la paix en Côte d'Ivoire. Il est certes associé à la gestion (de façon marginale), mais la responsabilité politique des drames sociaux que connaissent nos compatriotes incombe à ceux qui gouvernent et non au Front populaire ivoirien qu'on a écarté injustement.
N.V. : Ceux qui vous accusent pensent que le président Gbagbo étant le président de la République, c'est lui le premier responsable de tout ce qui se passe…
P.A.N. : C'est une grave erreur. La situation de notre pays à l'heure actuelle est comparable à celle d'un avion victime d'une prise d'otage en plein vol par des pirates avérés. Ceux-ci suspendent le service à bord, limitent les déplacements des passagers et leur font subir toutes sortes d'exactions. Le Commandant de bord qui a réussi à verrouiller l'accès à la cabine de pilotage et qui se bat pour éviter le crash de l'appareil, doit-il être tenu responsable des désagréments auxquels sont soumis les passagers?
Le Président Laurent Gbagbo se bat pour que l'Etat de Côte d'ivoire reste debout, pour que les Institutions de la république demeurent en fonction et continuent de régir la vie nationale, pour que la souveraineté nationale soit préservée et respectée. Sinon c'est le régime des ''Camora'', des ''Brigades Rouges'', ''Cosa Nostra'', etc; c'est l'anarchie.
Le Président Laurent Gbagbo, est le pilier du Temple; des tuiles peuvent tomber, des luminaires se détacher, etc; tant qu'il tient, le Temple ne s'écroulera pas.
N.V. : Malgré votre sérénité, les accusations que vous portent vos détracteurs semblent fragiliser votre parti. Vos militants grognent de l'intérieur. Comment ressentez-vous cette colère ?
P.A.N. : La grogne est générale dans le pays. Ce n'est pas seulement à l'intérieur du FPI. C'est dans l'opinion de façon générale. La crise a exacerbé les problèmes sociaux auxquels sont confrontés les Ivoiriens. La crise a mis en veilleuse tous les programmes de développement du pays et cela se traduit par la montée de la pauvreté et du chômage des jeunes notamment. La vie est de plus en plus difficile. Par rapport à cela, nos militants expriment une frustration légitime. Toutes les promesses liées à la politique de la Refondation sont compromises par la situation née de la rébellion du 19 Septembre 2002. Cela est une frustration légitime.
La frustration est partagée. Nos militants sont frustrés, tout le monde est frustré. On peut dire que le Président de la République lui-même est frustré parce que la situation dans laquelle il se trouve n'est pas celle qu'il a imaginée. Quand il se battait, ce n'était pas pour venir gouverner la Côte d'Ivoire avec une rébellion armée. Il est aujourd'hui amené à composer parce que la voie de la paix passe par ce compromis. Il le fait dans l'intérêt de la Côte d'Ivoire.
Moi-même qui vous parle, je peux me compter parmi les frustrés en 2000, le président Gbagbo m'a fait l'honneur de me nommer à la tête du gouvernement pour mener sa politique de Refondation. Ce programme était en très bonne voie voilà que je suis expulsé de cette position et obligé d'assister la mort dans l'âme à la suspension de ce programme et à la dégradation de nos nombreux acquis.
Des anciens ministres du Front populaire ivoirien sont frustrés, des cadres anciens PCA ou DG sont frustrés parce que de façon injuste, on les a obligés à quitter leurs postes. Il faut que les militants de base comprennent que nous sommes tous frustrés.
Mais en même temps, ils doivent comprendre que la solution à la frustration, ce n'est pas de baisser les bras, ce n'est pas de se morfondre et de grogner. La solution est de rester debout et de se battre, comme les militants du Front populaire ivoirien savent bien le faire, pour reconquérir l'intégralité du territoire et du pouvoir. Voilà la solution. Si après la table-ronde de Linas-Marcoussis je m'étais replié sur moi-même, je m'étais réfugié dans mon village pour grogner et ruminer mes frustrations, je n'aurais été d'aucune utilité pour le combat du FPI. La solution à l'insatisfaction et à la frustration ne se trouve pas dans la grogne, mais dans la lutte.
N.V. : Dans le cadre de ces conflits, vous aviez conduit une forte délégation à Aboisso et les choses se sont bien passées. Pourquoi n'allez-vous pas à Dabou pour résoudre cette crise ?
P.A. N. : Nous irons à Dabou. Mais sachez que le cas d'Aboisso est différent du cas de Dabou. A Aboisso, il s'agissait d'un conflit entre la fédération et le Directeur départemental de campagne. Il s'agissait d'un conflit entre deux structures : une structure formelle, la fédération, et une structure ad hoc, la direction de campagne. Par contre à Dabou, il s'agit d'un individu qui conteste une décision de la Direction. Sur la base de ses propres analyses et perceptions, il s'étale dans les journaux, dans les meetings publics, dans les conférences de presse pour dénigrer les responsables du parti et contester le choix qu'ils ont fait, affirmant que c'est à lui que revient la Direction départementale de campagne du président Gbagbo et à personne d'autre. Ce ne sont pas des structures qui sont en conflit. Nous avons choisi la méthode de la médiation pour ramener la paix. Malheureusement, nous sommes obligés de constater que cette méthode n'a pas marché. Donc nous allons revenir aux textes et décider conformément aux textes.
N.V. : Il y a aussi le Zanzan où les conflits naissent de toutes parts. En quels termes se posent exactement les problèmes dans cette fédération?
P.A.N. : Il n'y a pas une multitude de conflits dans le Zanzan. Et les problèmes qui se posent ne sont pas des conflits de fond mais des divergences d'approche et de méthode d'action. Sinon tous les cadres du Zanzan sont mobilisés pour assurer la victoire du président Gbagbo et du FPI aux prochaines élections. Mais comme le diable est dans les détails, la deuxième vice-présidente a reçu mission d'aplanir les divergences et de ramener la paix dans la maison.
“Une organisation comme le Front populaire ivoirien ne peut pas fonctionner sans qu'il n'y ait ces effervescences. C'est même un signe de vitalité. Ce qui est important, c'est la capacité des structures et des organes à gérer ces situations, et chaque fois vider le contentieux de façon démocratique”
N.V. : Est-ce que ces conflits ne vous fragilisent pas ?
P.A.N. : Une organisation comme le Front populaire ivoirien ne peut pas fonctionner sans qu'il n'y ait ces effervescences. C'est même un signe de vitalité. Ce qui est important, c'est la capacité des structures et des organes à gérer ces situations, et chaque fois vider le contentieux de façon démocratique.
N.V. : Pendant que ces conflits éclatent, les militants de base se sentent abandonnés, non seulement par la direction du FPI mais aussi par les cadres de leurs régions respectives. La solidarité fout-elle le camp au FPI ?
P.A.N. : Non, au contraire il n'y a pas un seul week-end où des délégations du FPI ne sont pas sur le terrain pour porter assistance et compassion à des structures ou cadres frappés par le malheur. Le parti, aujourd'hui, consacre chaque année près de 100 millions de FCFA à la solidarité, et à l'assistance aux militants. La solidarité est effective. Mais l'ampleur de la crise et des besoins fait que cette action du parti reste insuffisante pour prendre en compte tout le monde.
La solution durable se trouve dans la mise en œuvre du programme de refondation, afin que personne ne dépende de l'assistance qui rabaisse, mais que chacun ait les moyens de se prendre en charge, d'être autonome et libre. C'est par la résolution de la crise et par le retour du FPI au pouvoir que nous pouvons mettre fin à cette situation et donner un sens concret au militantisme et à la Refondation.
N.V. : Monsieur le président, vous le dites, les urgences sont nombreuses, les exigences sont multiples. Le parti a-t-il reçu son financement 2008 de la part de l'Etat ?
P.A.N. : Non, nous n'avons encore rien reçu de la part de l'Etat pour 2008. Même en 2007, nous avons reçu seulement la moitié de cette fameuse somme autour de laquelle il y a eu tant de bruits.
N.V. : C'est combien, cette moitié ?
P.A.N. : 460 millions de FCFA (700,59 mille euros, NDLR). A l'heure actuel cette subvention représente entre 30 et 40% des ressources mobilisées et des dépenses du parti. C'est dire que ce n'est pas cette subvention qui fait vivre le FPI même si elle y a contribué en 2006. C'est dire que nous avons besoin de trois fois plus de moyens si nous voulons que le parti soit plus visible et puisse avoir une action plus sensible en terme de solidarité, avoir un fonctionnement normal, renforcer ses bases, avoir des motos pour ses sections, au moins un véhicule pour chaque fédération, aider les fédérations à construire des sièges, financer des actions de formation, soutenir des manifestations de mobilisation politique, organiser des tournées.
Les tournées coûtent cher. C'est nous qui sommes perçus comme le parti au pouvoir. Même si nous n'avons pas l'intégralité du pouvoir, cela nous crée davantage de responsabilité, de charges. Ceux qui n'ont pas la possibilité de s'adresser directement à la présidence de la République se tournent vers le parti pour chercher un appui. Et le parti veut être fort dans les zones qui lui étaient hostiles. Il faut donc chercher des moyens.
Je ne parle même pas de la construction du siège. Nous avons acquis pour le moment un terrain de 1,5 ha à Yopougon. nous avons fait la clôture. D'ici la fin de l'année, nous verrons si nous pouvons commencer la construction et solliciter en conséquence tous les cadres et militants.
N.V. : En 2008, qu'allez-vous faire en terme de programme ?
P.A.N. : 2008 est une année électorale. Globalement, nous allons mener deux catégories d'actions. D'abord une action autour de notre projet politique. A l'occasion des prochaines élections, nous allons présenter notre bilan. Et sur la base de ce bilan, nous dégagerons les perspectives nouvelles, les défis nouveaux, les orientations nouvelles que nous allons donner à notre politique de refondation, les promesses que nous allons faire aux populations. Nous travaillons à cela et nous allons présenter ce travail à nos militants à notre convention pour que ça serve de boussole aux uns et aux autres pendant les campagnes.
L'autre volet, c'est l'organisation des élections. Comment mobiliser le parti pour en faire une véritable machine électorale. A ce niveau, l'implantation va se poursuivre. Je vais poursuivre mes tournées dans le pays Baoulé, dans les zones du Nord et de l'Ouest pendant que toutes les forces vives du parti seront mobilisées pour inonder tout le territoire national. Nous allons aussi davantage chercher à aplanir les conflits pour renforcer la cohésion. Voilà globalement les actions.
N.V. : Et qu’attendez-vous de vos militants ?
P.A.N. : Le parti c'est d'abord les militants. Le militant est la principale ressource du parti. C'est sur nos militants que nous comptons et c'est parce que nous comptons sur nos militants qu'ils doivent être debout, mobilisés et déterminés.
“ Notre avenir, au plan individuel et au plan collectif, se trouve entre nos mains, dans la lutte et dans la victoire du Front populaire ivoirien. Le militant qui se bat depuis 1990, et bien avant, ne doit pas baisser les bras. Il faut que la résistance que nous avons opposée à la rébellion se traduise par une victoire éclatante du président Laurent Gbagbo et par une majorité claire et nette pour le Front populaire ivoirien aux élections locales”
C'est pour cela que nous leur disons d'avoir la capacité de surmonter les frustrations et les insatisfactions actuelles. Eux-mêmes savent l'origine de ces frustrations. Qu'ils comprennent que leur combat n'est pas terminé. Il ne faut pas qu'ils croient que la lutte politique devait s'arrêter avec la victoire du président Laurent Gbagbo.
Ils ont gagné en 2000 mais leur œuvre est compromise par une agression armée. Il faut qu'ils restent debout pour résister, lutter et venir à bout de cette rébellion et remettre l'intégralité du pouvoir entre les mains du président Laurent Gbagbo pour que le projet pour lequel ils se sont battus depuis 1990 voit le jour. C'est à travers la réalisation de ce projet qu'ils pourront eux-mêmes se réaliser.
Donc notre avenir, au plan individuel et au plan collectif, se trouve entre nos mains, dans la lutte et dans la victoire du Front populaire ivoirien. Le militant qui se bat depuis 1990, et bien avant, ne doit pas baisser les bras. Il faut que la résistance que nous avons opposée à la rébellion se traduise par une victoire éclatante du président Laurent Gbagbo et par une majorité claire et nette pour le Front populaire ivoirien aux élections locales.
Par César Etou, Augustin Kouyo, Dan Opéli et Benjamin Koré Photos: Jonas Ouattara |