November 12, 2008

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Actualité | Africaine | RWANDA
   
GÉNOCIDE: Le Rwanda publie son réquisitoire contre la France
   
LE MONDE | 05.11.08 | 18h55 -

Non seulement la France de 1994 savait que le génocide des Tutsis se préparait au Rwanda, non seulement elle a aidé et armé ceux qui allaient le commettre, mais elle a "participé à la mise en exécution" d'un massacre qui a coûté la vie à 800 000 personnes. Les 331 pages du rapport rendu public mardi 5 août à Kigali assènent de graves accusations contre les responsables civils et militaires français de cette époque de cohabitation où François Mitterrand avait pour premier ministre Edouard Balladur.
Rédigé par sept juristes et historiens choisis par le pouvoir rwandais, présidé par l'ancien ministre de la justice Jean de Dieu Mucyo, le rapport est alourdi de 166 feuillets de témoignages dont la lecture suscite à la fois accablement et gêne.

Accablement, tant s'accumulent les récits de la collaboration des soldats français au tri ethnique de la population, de l'aide apportée aux tueurs, et de leurs exactions, allant des viols aux assassinats. Gêne, tant peuvent être sujets à manipulation des témoignages invérifiables de génocidaires repentis, recueillis par leurs vainqueurs dans un pays traumatisé et autoritaire. L'intitulé officiel de la commission : " chargée de rassembler les preuves montrant l'implication de l'Etat français dans le génocide", montre la précision de l'objectif assigné et le peu de place laissé aux vérités complexes.

En présentant le rapport devant les caméras de la télévision nationale, le ministre rwandais de la justice, Tharcisse Karugarama, a évoqué la perspective de "poursuites judiciaires" contre "des personnalités pointées du doigt pour leur rôle dans le génocide". Une liste de 33 responsables français - 13 politiques et 20 militaires - a été diffusée. Outre M. Balladur, sont notamment visés Alain Juppé, ministre des affaires étrangères de l'époque, Dominique de Villepin, son directeur de cabinet, François Léotard (défense), Hubert Védrine, secrétaire général de l'Elysée, et Jean-Christophe Mitterrand, conseiller à l'Elysée.

Le document dresse un inventaire de toutes les charges que l'actuel régime rwandais du président Paul Kagamé, issu de la victoire militaire des Tutsis de l'extérieur contre les génocidaires, a accumulées contre le pays qui a soutenu militairement ses adversaires hutus et parfois ses bourreaux.

Etayé par de nombreuses notes, le document décrit l'engrenage du soutien français au régime "fondé sur une discrimination ethnique officielle" du président Habyarimana, menacé depuis 1990 par le Front patriotique rwandais (FPR) regroupant les Tutsis exilés en Ouganda. Le document évoque " une stratégie indirecte de confrontation entre l'armée française au Rwanda et le FPR".

Attribuant au président Mitterrand un "parti pris antitutsi", les auteurs expliquent son engagement croissant par sa volonté d'" endiguer l'influence du monde anglophone (les Tutsis du FPR sont anglophones)" et de montrer aux autres présidents africains amis de la France que Paris ne laisse pas tomber ses alliés.

Concrètement, le rapport Mucyo accuse la France "d'avoir formé les milices interahamwe qui ont été le fer de lance du génocide". Les Français "nous disaient que (...) l'ennemi était le Tutsi", affirme un ancien interahamwe (milice hutue), qui dit avoir été formé par des militaires français. " Les Français (...) ont formé des gens qui ont été utilisés pour tuer", martèle un ancien militaire rwandais auditionné par la commission. Omniprésents, les Français auraient engagé dès 1992 des programmes de "défense civile" alliant "l'apprentissage de différentes méthodes d'assassinat" et "un endoctrinement des miliciens à la haine ethnique". De facto maîtres du service de renseignement, des gendarmes français " ont contribué en toute connaissance de cause au fichage informatisé des suspects politiques et ethniques qui devaient être massacrés durant le génocide", ajoute le document, alléguant la connaissance par Paris du mécanisme d'élimination en préparation et accusant les Français d'avoir ainsi "contribué à la radicalisation ethnique du conflit".

Avant même la perpétration du génocide, les militaires français ont déployé "une importante activité dans le contrôle des cartes d'identité" permettant de trier Hutus et Tutsis aux barrages routiers, selon la commission. Des actes d'intimidation, des disparitions voire des viols consécutifs à ces contrôles sont amplement décrits par des témoins.

Après l'attentat contre le président Habyarimana et le déclenchement du génocide, le 6 avril 1994, ces mécanismes se seraient exacerbés. Le rapport décrit l'ambassade de France, où se sont alors réfugiés les hauts responsables du régime, comme le centre de la résistance des extrémistes hutus. Il dénonce "le soutien accordé par l'ambassadeur Marlaud" au colonel Théoneste Bagosora, considéré comme le cerveau du génocide. En plein massacre, les Français se seraient abstenus de sauver des civils. Un témoignage décrit "une femme enceinte que l'on éventre" devant "deux soldats français qui rigolaient". En outre, les militaires français auraient pratiqué des " évacuations sélectives", séparant des couples mixtes, abandonnant les personnels rwandais de leurs propres institutions.

Inédits, plusieurs témoignages font état de la poursuite de livraisons d'armes françaises - " des dizaines de tonnes" - avant et pendant le génocide et de leur utilisation. Présentée par les Français comme "humanitaire", l'opération "Turquoise" déclenchée fin juin 1994 est analysée sans nuance dans le rapport Mucyo comme la poursuite d'une "guerre de l'ombre" contre les Tutsis " en plein génocide".

Multipliant les témoignages sur des exactions et sur la passivité devant les massacres, le document les présente comme parties prenantes d'une "stratégie" française. A le croire, il en serait ainsi du drame de Bisesero, où les militaires français ont attendu trois jours avant de porter assistance à des victimes du génocide errant dans une forêt.

Contestée, cette vision mécanique d'une complicité française délibérée sur le terrain est appuyée par un déluge de dépositions faisant état de largages par hélicoptère de Tutsis. Certains auraient ainsi été assassinés, d'autres livrés vivants aux génocidaires. Des dizaines de récits de viols complètent ce tableau insupportable. "Les Français, assure un témoin, nous avaient chargés de leur chercher des filles ou des femmes tutsi (...) qui, disaient-ils, ne leur causeraient pas de problèmes".

Alors que l'opération "Turquoise", sous mandat des Nations unies, est censée permettre la protection des victimes, la commission Mucyo y " discerne" rien moins que " la prise en charge du projet génocidaire par les décideurs français".

Livrées quatorze ans après les faits, ces pesantes accusations synthétisent et amplifient des griefs souvent déjà connus. Depuis longtemps déjà, les accusations réciproques lancées devant les tribunaux de chaque pays ou devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda d'Arusha (Tanzanie) alimentent une vive tension diplomatique franco-rwandaise. Les mandats d'arrêt délivrés par le juge Bruguière contre de hauts responsables du régime actuel mis en cause dans l'attentat de 1994 contre l'avion présidentiel qui a déclenché le génocide ont abouti, en 2006, à la rupture des relations diplomatiques par Kigali. Le rapport Mucyo peut d'ailleurs apparaître comme une riposte à ces mises en cause qui entravent la liberté de circuler de plusieurs dignitaires rwandais.

Le document, remis au président Kagamé en novembre 2007, est finalement publié au moment où la justice espagnole met à son tour en cause des responsables rwandais. Kigali menace aujourd'hui explicitement de déclencher une procédure symétrique ciblant des personnalités françaises.

Officiellement, le rapport Mucyo n'avait pas été transmis, mercredi 6 août au matin, aux autorités françaises. Dans les milieux diplomatiques, on estimait ses conclusions "pas très nouvelles et peu convaincantes" et l'on voulait croire que l'initiative de Kigali n'était pas de nature à contrarier le réchauffement des relations bilatérales, net depuis l'élection de Nicolas Sarkozy. Et d'insister sur le fait que les personnalités françaises visées appartiennent toutes "au passé".

Rwanda La commission qui enquête sur le rôle de la France aux côtés des Hutus en 1994 incrimine l'Etat français

L'Allemagne extradera la conseillère du président rwandais vers la France
l'Agence de Presse Xinhua - 2008-11-13 07:16:48

BERLIN, 12 novembre (Xinhua) -- L'Allemagne envisage d'extrader Rose Kabuye, conseillère du président rwandais, vers la France après qu'un tribunal local à Francfort eût approuvé mercredi la demande d'extradition. Cependant, la date spécifique pour l'extradition sera décidée par la France, selon le tribunal.
Rose Kabuye, 47 ans, ancien leader de guérilla et maire de la capitale rwandaise de Kigali, a été arrêtée dimanche à son atterrissage à l'aéroport de Francfort. La décision de l'Allemagne risque de provoquer une dispute diplomatique entre l'Allemagne et le Rwanda. Le pays d'Afrique central a ordonné l'expulsion de l'ambassadeur allemand, en protestation contre cette arrestation et a rappelé son ambassadeur à Berlin. Mme Kabuye et huit autres Rwandais faisaient l'objet des recherches pour des interrogatoires en France sur le génocide de 1994 au Rwanda.
Aux dires des médias allemands, Mme Kabuye a accepté l'extradition depuis l'Allemagne vers la France. Mardi, le ministère allemand des Affaires étrangères a déclaré que l'ambassadeur allemand à Kigali prendra son départ à la demande du Rwanda et rentrera à Berlin pour "des consultations". Devant un juge allemand, Mme Kabuye a démenti les accusations françaises de meurtre et d'implication dans une organisation terroriste, a rapporté l'agence de presse allemande DPA

Arrestation de Rose Kabuye: Kagamé aurait-il délivré ce permis de communiquer ?

Après la France, c'est au tour de l'Allemagne de s'attirer les foudres de l'homme fort de Kigali, Paul Kagamé. C'est dire que le chef de l'Etat rwandais a désormais, lui aussi, son axe du Mal. Suite à l'arrestation, dimanche 9 novembre 2008 à Francfort, de la directrice générale du Protocole du président rwandais, Rose Kabuye, ancienne membre de l'état-major de l'Armée patriotique rwandaise (APR), ..bras armé du Front patriotique rwandais (FPR), Kigali a demandé le départ de l'ambassadeur d'Allemagne après avoir rappelé son représentant diplomatique à Berlin. Arrêtée alors qu'elle était en mission en Allemagne pour la préparation de la tournée européenne de son président, Mme Kabuye doit être extradée, dans les jours à venir, en France où un mandat d'arrêt international a été émis depuis 2006 à son encontre.

Cette proche du président Kagamé et huit autres de ses compatriotes sont recherchés par la justice française pour leur participation présumée à l'attentat dans lequel fut tué, en 1994, l'ancien président rwandais, Juvénal Habyarimana. Cette attaque au missile contre l'avion présidentiel a déclenché, on se rappelle, le génocide de quelque 800 000 Tutsis. A propos des responsabilités dans ce massacre, Paris et Kigali, aujourd'hui en rupture de banc, se tiennent néanmoins l'un l'autre par la barbichette. Paris épingle, dans une enquête, des proches de Kagamé pour leur participation au génocide, Kigali fait de même en pointant du doigt 33 responsables civils et militaires français.

Le juge antiterroriste français Jean-Louis Bruguière, lance, en 2006, des mandats d'arrêt internationaux contre neuf Rwandais pour leur implication dans le massacre, le Pays des mille collines rompt ses relations avec l'Hexagone. Rose Kabuye est arrêtée à Francfort pour son assistance au commando qui a perpétré l'attentat contre Habyarimana, Kigali se met à rédiger des mandats d'arrêt internationaux contre des Français qu'il suspecte d'intelligence avec les génocidaires. C'est dire donc qu'en matière de mesure de réciprocité, le flegmatique Kagamé n'est point avare. Deux jours après l'interpellation de Mme Kabuye, l'homme fort de Kigali, en voyage officiel en Allemagne, a pu rendre visite, dans sa prison, à l'ex-combattante de l'APR.

La question que l'on se pose, c'est de savoir si le chef de l'Etat rwandais, qui a fait de la réponse du tac au tac le bréviaire de sa politique étrangère, aurait pu, dans les mêmes circonstances, accorder une autorisation de communiquer à un Français ou à un Allemand. Connaissant l'esprit vindicatif, qui a toujours habité l'ex-rebelle de l'APR, l'on est porté, hélas, à y répondre par la négative.

Alain Saint Robespierre / l'Observateur - 11/12/08

Génocide rwandais : la tension monte entre Kigali et Paris

Mercredi 12 novembre 2008 - Les Echoes - Le Rwanda s'apprête à émettre des mandats d'arrêt contre des responsables français mis en cause par Kigali dans le génocide de 1994, a-t-on appris hier. Cette annonce intervient dans un contexte de tension croissante entre Kigali et Paris. Pour le deuxième jour consécutif, des manifestants ont défilé hier à Kigali contre l'arrestation dimanche à son arrivée à l'aéroport de Francfort, en Allemagne, à la demande de la justice française, de la directrice du protocole présidentiel rwandais, Rose Kabuye, accusée d'avoir participé à la préparation d'un attentat qui déclencha les hostilités en 1994. La justice rwandaise mettait hier la dernière main aux actes d'accusation contre 23 des 33 responsables civils ou militaires français mis en cause dans le rapport d'une commission d'enquête rwandaise sur le même génocide. L'identité de ces responsables n'a pas été précisée.

Dix officiers français mis en cause dans le génocide rwandais portent plainte pour diffamation
Dix officiers français haut-placés ayant participé à l'opération militaire « Turquoise » au Rwanda en 1994 ont porté plainte contre X, mardi, à Paris pour « diffamation publique ». Accusés dans un rapport rwandais d'être liés au génocide, ils nient formellement toute implication, écrit TV5 . « Des militaires français ont commis eux-mêmes directement des assassinats de Tutsis et de Hutus », a annoncé le communiqué. Sur le banc des accusés figurent cinq généraux, dont Jean-Claude Lafourcade qui a commandé l'opération « Turquoise », et cinq colonels. (Jeudi 6 Novembre - 19:48)
Enquête relancée sur le génocide rwandais
RWANDA. L'arrestation d'une proche de Paul Kagame envenime les relations avec la France.
Stéphane Bussard , avec AFP
Mardi 11 novembre 2008

Des milliers de manifestants rassemblés devant l'ambassade d'Allemagne au Rwanda, des banderoles déployées dans les rues de Kigali qui dénoncent le harcèlement des Rwandais. L'arrestation, dimanche à l'aéroport de Francfort, de Rose Kabuye provoque des réactions très vives. Directrice du protocole du président rwandais Paul Kagame, elle est, à 47 ans, l'un des neuf responsables rwandais recherchés par la justice française pour leur participation présumée à l'attentat contre l'avion du président hutu Juvénal Habyarimana, en avril 1994. Un acte considéré comme l'élément déclencheur du génocide rwandais qui fera près de 800000 morts, en grande majorité des Tutsis.

Les mandats d'arrêts internationaux contre Rose Kabuye et huit autres responsables avaient été lancés en novembre 2006 par le juge antiterroriste français Jean-Louis Bruguière et provoqué la rupture des relations diplomatiques entre Kigali et Paris. Le juge accuse Rose Kabuye, ex-colonelle tutsie à la retraite de l'Armée patriotique rwandaise, d'être impliquée dans l'assassinat du président rwandais il y a 14 ans, un acte qui n'était que «la précondition nécessaire pour s'emparer du pouvoir par la force». Dans son ordonnance, le juge Bruguière désignait aussi Paul Kagame, à l'époque chef du Front patriotique rwandais, comme l'instigateur de cet attentat.

La directrice du protocole, qui avait été pourtant avertie par les autorités allemandes qu'elle risquait l'arrestation si elle se rendait en Allemagne, a accepté d'être extradée sans délai vers Paris. Son extradition devrait avoir lieu dans moins de deux semaines. Ministre de l'information et porte-parole du gouvernement à Kigali, Louise Mushikiwabo s'en explique: «Rose (Kabuye) a accepté son transfert en France, car elle veut prouver son innocence. Pour elle et pour le gouvernement, c'est vraiment le moment de vérité avec la France. [...] La France utilise d'ailleurs ces inculpations pour couvrir sa propre responsabilité. La France a aidé les génocidaires.»

L'arrestation de Rose Kabuye n'est pas de nature à améliorer les très mauvaises relations qu'entretiennent Kigali et Paris. Elle intervient à un moment où le Rwanda prépare lui-même une série d'inculpations contre de hauts responsables français accusés d'avoir appuyé le régime génocidaire. Il y a quelque temps, une commission rwandaise a cité 13 responsables politiques français et 20 cadres militaires. Parmi les personnalités visées par Kigali figurent notamment François Mitterrand, les anciens premiers ministres Edouard Balladur et Dominique de Villepin ainsi que les ex-ministres Alain Juppé et Hubert Védrine.

Pour Paul Kagame, dont l'un des conseillers est l'ex-premier ministre britannique Tony Blair, l'arrestation de sa proche collaboratrice n'est pas une bonne nouvelle. Mais au Rwanda, l'opposition s'est félicitée de ce rebondissement: «C'est une bonne chose. Nous avons toujours demandé qu'il y ait une justice équitable par rapport aux événements de 1994», insiste Victoire Ingabire, présidente des Forces démocratiques unifiées.

Ces souhaits de justice sont accentués par un sentiment d'impunité. En 2006, l'organisation Amnesty International se disait très «préoccupée par l'échec du Tribunal pénal international pour le Rwanda et des autorités rwandaises à enquêter et à juger les crimes commis par toutes les parties au Rwanda entre 1990 et 1994». L'enquête du juge Bruguière est relancée.
 
Six clés pour comprendre le conflit qui embrase à nouveau l'ex-Zaïre
AFRIQUE | En République démocratique du Congo, la guerre au Nord-Kivu menace toute la région des Grands Lacs. Décryptage.

L'ex-Zaïre, immense territoire aux ressources ­naturelles gigantesques, connaît des conflits récurrents depuis le milieu des années 90. De 1998 à 2003, ce pays rebaptisé République démocratique du Congo (RDC), depuis la chute de Mobutu en 1997, a été dévasté par une guerre impliquant huit armées africaines. Plus de quatre millions de personnes ont péri dans ce conflit considéré comme l'un des plus meurtriers depuis la Deuxième Guerre mondiale.

L'accalmie aura été de courte durée. Depuis fin août, les affrontements entre rebelles et forces régulières dans l'est du pays ont déjà contraint au moins 250?000 personnes à l'exode. Exactions, pillages, enrôlement forcé d'enfants-soldats et viols sont de retour. Nombreux sont ceux qui aujourd'hui redoutent de voir l'histoire se répéter.

Les acteurs de la guerre ???

Les troupes gouvernementales (FARDC) du président Joseph Kabila soutenues par différentes milices paramilitaires, font face aux rebelles (CNDC) du général déchu Laurent Nkunda, un Tutsi congolais.

Après le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, des centaines de milliers de Hutus vaincus et pourchassés se sont réfugiés au Zaïre voisin. Parmi eux, de nombreux génocidaires qui se sont regroupés au sein d'une faction armée (FLDR). Cette ­milice combattrait actuellement aux côtés des forces régulières congolaises, ce que dénonce haut et fort le chef de la rébellion Laurent Nkunda.

Conflit?ethnique ou économique????????

Nkunda assure se battre pour protéger la minorité tutsie congolaise – dont il est issu -–, contre les milices hutus qui sévissent dans l'est de la RDC depuis la fin du génocide rwandais. Il accuse le régime de Kinshasa (capitale de l'ex-Zaïre) de discrimination à l'égard de sa minorité ethnique et menace de renverser Joseph Kabila s'il ­refuse de négocier.

Mais les luttes ethniques ne sont pas les seules raisons de la guerre. Les richesses minières du Nord-Kivu, principal foyer de tension de la RDC, sont très convoitées. Or, étain, coltan… (minerai nécessaire à la fabrication d'appareil électronique, téléphones portables, ordinateurs, etc.), sont très présents dans les sous-sols de la région. Plusieurs rapports de l'ONU ont révélé l'ampleur du pillage des ressources de l'est congolais, par le Rwanda et l'Ouganda notamment. Selon l'ONG britannique Global Witness, la quasi-totalité des groupes armés impliqués dans le conflit – y compris les forces régulières de Kabila – se livrent au trafic de ces minerais depuis des années, en toute ­impunité.

L'implication du Rwanda

Selon des experts d'International Crisis Group (ICG), la rébellion de Nkunda «reçoit un approvisionnement militaire et une aide médicale du Rwanda», ce que le président rwandais, Paul Kagame – Tutsi lui aussi –, dément. L'implication directe du Rwanda aux côtés des rebelles n'est cependant pas prouvée, même si elle peut paraître légitime en regard de l'engagement de Nkunda auprès de Kagame en 1994, pour combattre les Hutus à l'origine du génocide. Hormis cette volonté d'établir un bouclier sécuritaire à sa frontière, Paul Kagame a également intérêt à être en bons termes avec les Congolais qui contrôlent le Kivu, pour pouvoir continuer à en piller les sous-sols.

?L'Angola?entre?dans?«la danse»??

Hier matin, José Eduardo dos Santos, le président angolais a annoncé l'envoi de troupes dans le nord-est de la RDC pour appuyer les forces de Kabila en pleine débâcle. Comment expliquer l'implication de ce pays dans un conflit qui se situe à 2000 kilomètres de ses frontières? Selon certains analystes, l'intérêt majeur de l'Angola est économique. En 2007, les deux gouvernements ont signé un accord de coopération prévoyant l'exploration et la production d'hydrocarbures dans une zone maritime commune du golfe de Guinée, qui renferme les plus vastes réserves de pétrole d'Afrique sub-saharienne. Un changement de régime à Kinshasa pourrait remettre cet accord en cause.

?L'ONU impuissante?

Le mandat de la Monuc, qui regroupe les forces de l'ONU, n'est pas de combattre la rébellion, mais d'appuyer l'armée de Kabila et de protéger la population. Forte de 17?000 Casques bleus, elle représente la plus grande opération de maintien de la paix de l'ONU dans le monde. La Monuc est vivement critiquée pour son apathie, Joseph Kabila va même jusqu'à lui reprocher de n'avoir pas su empêcher le massacre de civils par les rebelles.

?Les risques d'embrasement

Toujours selon les experts d'International Crisis Group, toutes les conditions sont réunies pour une internationalisation de la crise. Les pays de la Communauté de développement d'Afrique australe se rencontreront d'ailleurs dimanche pour discuter de l'envoi de troupes dans l'est de la RDC afin de renforcer l'armée congolaise. Laurent Nkunda, pour sa part, a lancé lundi une mise une garde contre tout engagement militaire d'un pays africain aux côtés des forces de Kinshasa dans le Nord-Kivu.