November 12, 2008

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Actualité | Africaine | Burkina Faso
   
48e anniversaire du Burkina Faso: 6 milliard de F CFA pour célébrer l'indépendance à Fada

Sidwaya - 12 novembre 2008 - Le 48e anniversaire de l'indépendance du Burkina Faso sera célébré le 11 décembre à Fada N'Gourma. A un mois de la manifestation, le Comité national d'organisation a animé une conférence de presse, le mardi 11 novembre 2008 à Fada N'Gourma, au cours de laquelle il a délivré le programme officiel des festivités et fait le point de l'état d'avancement des infrastructures. La fête nationale sera célébrée le 11 décembre 2008 à Fada N'Gourma sous le thème : "Valorisation des ressources forestières et fauniques". A cet effet, le Comité national d'organisation, présidé par le ministre de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, Clément Sawadogo a animé un premier point de presse ce 11 novembre dans la cité de Yendabri.

Entouré de ces collaborateurs et du Comité régional d'organisation, présidé par le gouverneur de l'Est, Kilmité Théodore Hien, le ministre Clément Sawadogo, président du Comité national d'organisation des festivités du 11-Décembre a dit : "La commémoration tournante de l'indépendance depuis 2007, est une circonstance majeure d'affirmation de notre identité en tant qu'Etat souverain et est également synonyme d'une introspection collective".
Le choix du thème revêt une importance capitale, selon le président du Comité national d'organisation : "C'est un appel lancé à chaque citoyen burkinabè pour une méditation et un sursaut afin de mieux concilier gestion de l'environnement et développement dans notre pays", a déclaré Clément Sawadogo. Il a en outre dévoilé le programme officiel général de la célébration du 11-Décembre, qui ira du 5 au 12 décembre 2008. Pendant une semaine, plusieurs manifestations vont tenir le public en haleine. Nuits culturelles, activités sportives, retraites aux flambeaux, soirées dansantes, etc., avec comme point focal, la grande parade civile et militaire du 11-Décembre, sont entre autres les principales activités retenues et qui seront toutes empreintes du thème de la célébration. Au cours des échanges, la presse s'est inquiétée de la triste réputation de l'Est comme étant la zone où règne le plus d'insécurité dans le pays. A ce sujet, le responsable de la commission sécurité, Tuandaba Coulibaly a rassuré. Depuis le 9 novembre, a-t-il affirmé, un poste fixe de police a été déjà installé entre Koupèla et Fada N'Gourma. En plus, des patrouilles sont organisées sur tous les axes qui desservent Fada N'Gourma jusqu'à la frontière. Toutes ces dispositions, selon lui, permettront à tous de faire le déplacement en toute quiétude sur Fada.

La zone est sécurisée

L'une des préoccupations majeures a été aussi la question de la santé, vu le nombre élevé de personnes qui convergeront dans la région. Pour le président du Comité régional d'organisation, Kilmité Théodore Hien, une sous-commission s'occupe déjà des aspects épidémiologiques. Des inspections de logements et surtout de restaurants seront rigoureuses, ce qui a suscité une demande d'appui en personnel de Ouagadougou.
L'aspect qui a le plus animé les débats a été sans conteste celui du budget alloué à l'organisation de ce 48e anniversaire. De 500 millions de francs l'année dernière, 600 millions de francs CFA ont été mobilisés cette année. La manifestation étant délocalisée à Fada, cela a accru les dépenses. Le transport du matériel pour la grande parade, les engins militaires, les hélicoptères, les défilants..., coûteront en terme de carburant, plus de 100 millions de francs CFA, a souligné Clément Sawadogo. En plus de cela, tous les défilants (3 500 civils et 3 000 militaires) doivent être hébergés pendant cinq à six jours. "Le gouvernement avait pour souci de limiter les dépenses liées à l'organisation, pour mettre l'accent sur les infrastructures", a-t-il ajouté. Et c'est ce qui se fait, car les investissements ont coûté plus de 6 milliards de francs CFA, a poursuivi, le président du Comité national d'organisation. L'objectif donc de l'option de la célébration tournante est d'offrir l'opportunité de promouvoir et de soutenir les potentialités des différentes régions du Burkina. 65 villas entièrement équipées, un stade, 6 km de bitume pour le défilé, une auberge, l'aérodrome de Fada, sont les infrastructures en construction dans la ville. A la question de savoir si tous ces investissements seront prêts, Clément Sawadogo affirme qu'il n'y a aucune incertitude et tous les travaux sont presque achevés.
Il a alors proposé une visite guidée aux journalistes afin qu'ils constatent de visu l'état d'avancement des travaux. Le stade de 600 places assises est en train de prendre forme et le principal travail à réaliser reste la pelouse gazonnée. La cité est presqu'achevée, sauf les cours qui ont besoin encore de retouches. Quant au bitume, les 6 km ont déjà été posés et ouverts au trafic. Mais c'est à l'auberge qu'il reste les plus grands travaux à réaliser. Certains bâtiments n'ont pas encore été peints et la cour n'a pas été faite. Bref, qu'à cela ne tienne, d'ici un mois, ont rassuré les chefs des différents chantiers et le président du Comité d'organisation, tout sera fin prêt. Petit à petit, Fada est en train de faire peau neuve pour recevoir le 48e anniversaire de la fête nationale de l'Indépendance. Tout est mis en œuvre pour cela, selon le Comité national d'organisation et il organisera une seconde conférence de presse à quelques jours du 11-Décembre pour un briefing final avant le jour "j".

Sié Simplice HIEN

   
Comme le couple franco-allemand pour l'Europe/GBAGBO PROPOSE : L'AXE YAKRO-OUAGA, PIVOT DE LA CEDEAO
Frat Matin - 29 Jul 2008 - En visite d'état à Ouagadougou, le Président ivoirien s'est adressé au peuple burkinabè à travers l'Assemblée nationale. M. le président de l'Assemblée nationale, M. le Premier ministre, Mmes et MM. les députés, MM. les responsables des institutions de la République du Burkina Faso, Mmes et MM. les membres du gouvernement, Mmes, MM, Au moment de prendre la parole devant vous, je n'ai pu cacher cette étrange impression de me voir moi-même, dans le rôle d'un hôte en visite au Burkina Faso. Pour moi, mais aussi pour beaucoup d'Ivoiriens et de Burkinabès, la Côte d'Ivoire et le Burkina sont une seule et même patrie au sein de l'Afrique de l'Ouest, et cela, au nom d'une longue et riche histoire politique, économique, sociale, culturelle commune. C'est toujours avec émotion que je retrouve ici, dans cette ville de Ouagadougou, des frères, des amis, des camarades avec lesquels nous avons tant et tant de fois refait le monde.

Par-delà les années qui passent, par-delà les responsabilités qui sont les nôtres de part et d'autre, nos relations sont restées les mêmes. Les années nous ont nourris, évidemment, les responsabilités nous ont rapprochés davantage, fort heureusement. Je voudrais donc vous saluer, M. le président de l'Assemblée nationale, et à travers vous, saluer tout le peuple frère du Burkina devant ses élus, pour cette invitation fraternelle à venir dans cette auguste Assemblée.

Je remercie le Burkina Faso pour moi-même, mais surtout pour la Côte d'Ivoire. Nos deux pays ne sont pas seulement des pays voisins. Nous n'avons pas uniquement une frontière en partage. Nous avons aussi une histoire en partage, une économie en partage, une culture et des hommes en partage. Pour ces raisons, rien de ce qui concerne le Burkina Faso ne peut laisser la Côte d'Ivoire indifférente et réciproquement. Ce qui concerne la Côte d'Ivoire concerne aussi le Burkina. C'est de cela que témoigne la douleur ressentie de part et d'autre dans la crise survenue en Côte d'Ivoire. C'est de cela que témoigne surtout l'implication du Président Compaoré et du peuple burkinabé dans son ensemble dans le règlement de la crise ivoirienne. C'est de cela que je suis venu témoigner.
Merci de m'accueillir ici, dans ce palais de l'Assemblée nationale et de me donner ainsi l'occasion d'exprimer notre reconnaissance. Mais je viens surtout prendre avec vous l'engagement d'ouvrir et d'implorer ensemble, de nouvelles voies de notre avenir commun. Je ne suis pas venu décrire le spectacle après l'orage. Je suis venu annoncer que la tempête est passée. Je suis venu annoncer la paix. Je suis venu dire que le temps est venu de se mettre au travail. Remettons-nous donc au travail. Le souffle qui nous porte vient de loin. Nous n'avons pas le droit, notre génération n'a pas le droit de l'éteindre ni même de l'affaiblir. Au risque de faillir à une mission vis-à-vis de nos peuples.

En recevant le 28 octobre 2007 à Abidjan, la communauté burkinabé vivant en Côte d'Ivoire, j'ai rappelé que les rapports entre la Côte d'Ivoire et le Burkina échappent à la raison. Parce que ce sont des rapports sentimentaux. C'est ce jour-là que j'ai annoncé la suppression de la carte de séjour. La Côte d'Ivoire et la Haute Volta formaient deux colonies différentes ayant chacune son administration dans le cadre de l'Afrique occidentale française. C'est en 1932 que, voyant la main- d'œuvre mossi se diriger de préférence vers la colonie britannique de la Gold Cost, que les colons obtiennent du gouvernement français, la suppression de la colonie de la Haute Volta. Le territoire sera rattaché à la Côte d'Ivoire, jusqu'en 1947, date à laquelle il retrouve son autonomie. C'est au cours de cette période qui a duré 15 ans, que les mouvements migratoires entre les deux territoires ont connu une ampleur particulière. Ils ne sont pas arrêtés depuis lors, bien au contraire. C'est l'époque où des villages entiers sont créés pour fixer la main-d'œuvre d'origine voltaïque en Côte d'Ivoire. Mais c'est aussi l'époque des luttes politiques menées ensemble par les Ivoiriens et les Voltaïques ; par Houphouet-Boigny, Kaboré Zinda, Ouézin Coulibaly, par le Moro Namba et les leaders politiques des deux territoires. Houphouet- Boigny, Kaboré Zinda, Ouezzin Coulibaly parlaient à Paris à l'Assemblée nationale au nom de la Haute Côte d'Ivoire et au nom de la Basse Côte d'Ivoire, c'est-à-dire au nom du Burkina Faso et au nom de la Côte d'Ivoire. C'est de cela aussi que procédera plus tard, la création du Conseil de l'Entente le 27 mai 1959. Ni le rétablissement de la Haute Volta en 1947, ni les indépendances proclamées ici le 5 août 1960 et en Côte d'Ivoire le 7 août 1960, n'ont rien changé fondamentalement. Les liens sociaux se sont établis. Aujourd'hui, les deux peuples connaissent beaucoup de brassages. C'est compte tenu de ces liens profonds que j'avais promis d'engager avec le Président Compaoré, les discussions et une réflexion sur la manière de redynamiser l'intégration des économies ouest africaines. Ma conviction est que pour y parvenir, il nous faut renforcer davantage la coopération entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso. En effet, il n'y a pas, il ne peut y avoir d'intégration régionale qui ne s'appuie sur un pivot, sur un axe central. L'Union européenne est bâtie autour de l'axe Paris-Berlin. Je propose l'axe Yamoussoukro-Ouagadougou comme pivot de la coopération au sein de l'Uemoa et de la Cedeao. Le disant, je n'entends exclure naturellement. J'entends au contraire donner toutes les chances à notre Union en appelant à un projet fondé sur la base des réalités historiques et économiques incontournables. La Côte d'Ivoire et le Burkina sont déjà réunis par une ligne de chemin de fer. Les réformes engagées par les autorités du Port autonome d'Abidjan font désormais du Burkina, du Mali et du Niger les partenaires de la gestion de cet outil de développement de notre sous-région. A cela, il faut ajouter les promesses de l'interconnexion électrique, du prolongement de l'autoroute du nord en Côte d'Ivoire, de la construction d'une pipe line pour l'acheminement rapide des produits pétroliers vers le Burkina et les autres pays.

Nous sommes déjà dans la construction d'une économie qui a pour vocation de sortir nos pays et nos peuples du sous-développement. A cet égard, chacun se plaît à dire que la Côte d'Ivoire est la locomotive de l'Uemoa. Nous avons pleinement conscience de cette responsabilité. C'est pourquoi, même dans les moments de crise, nous veillons à ce que l'essentiel soit préservé. Et l'essentiel ici, ce sont les infrastructures dont dépendent la vie économique et la vie tout court, des populations dans tous les pays de la sous- région. Quand la paix est troublée en Côte d'Ivoire, on s'est bien rendu compte, c'est l'exploitation du chemin de fer qui est perturbée. Ce sont les activités de notre port commun qui sont au ralenti. C'est la misère qui s'installe au sein de nos populations.

Nous avons le devoir de renforcer la solidarité entre nos pays et entre nos peuples mais la solidarité doit être organisée. Fort heureusement, nous avons une pratique commune qui s'appuie sur l'expérience de la gestion commune de notre monnaie, le Fcfa. Grâce à cette expérience, et malgré ses limites, nombre de nos économies semblent résister aux chocs extérieurs et intérieurs. C'est fort de cela, que je soutiens que rien ne devrait s'entreprendre pour saborder la monnaie commune ni l'affaiblir. Tout au contraire, nos énergies doivent converger vers le renforcement de cet outil pour le rendre plus performant et donc plus attrayant. Notre objectif doit être d'élargir la zone à d'autres Etats de la sous-région.

Mais dans cet espace naturel, outre le renforcement indispensable de la monnaie commune, nous avons encore des défis importants qu'aucun de nos pays ne peut prétendre affronter ni relever tout seul. Parmi ces défis, il y en a pour lesquels le rôle de nos parlements me semble important. Il s'agit, en premier lieu, de la question des migrations à l'intérieur et l'extérieur de notre zone. Certes les mouvements migratoires à l'intérieur de notre zone préoccupent chacun de nos Etats mais les mouvements de migration vers l'extérieur de notre zone doivent faire l'objet d'une attention toute particulière de notre part. L'enjeu est de taille. Car, aujourd'hui, dans la compétition ouverte pour attirer ou retenir les compétences de notre propre jeunesse, nous partons perdants. Nos jeunes choissent de plus en plus de s'expatrier, quand ils sont compétents. Le deuxième défi concerne donc la formation des élites. Depuis la décennie 90, nous assistons à la dégradation non seulement de l'environnement de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique, mais aussi de la qualité même de la formation dispensée. C'est une hypothèque sur l'avenir. Et ici, comme pour les autres questions de politique commune, aucun de nos Etats ne peut prétendre en sortir seul. Il ne peut y avoir d'enseignement supérieur performant au Burkina, Sénégal, Togo etc. si l'Université est en crise en Côte d'Ivoire ou dans un seul de nos pays.

L'autre préoccupation pour laquelle la solidarité régionale est indispensable, concerne les pandémies. Le VIH-SIDA, bien sûr, mais aussi le paludisme, la méningite, la fièvre typhoïde etc. Parce que la Côte d'Ivoire est un pays d'accueil, de brassage de tous les peuples de la sous-région, nous mesurons l'importance d'une lutte commune contre les maladies qui peuvent, rapidement, se répandre dans tous les pays à partir d'un seul foyer.

Je n'oublie pas la question de l'environnement et de l'écologie. Parce qu'elle est l'un des réservoirs forestiers de l'Afrique de l'Ouest, la Côte d'Ivoire est la gardienne de l'écologie de toute la sous-région. C'est ensemble que nous devons protéger ce patrimoine.

Une autre question est celle des infrastructures et particulièrement des infrastructures énergétiques. Je voudrais, en effet, attirer l'attention sur l'épineux problème de la production et de la distribution de l'énergie. Nous disposons, dans l'espace Cedeao, de toutes les ressources modernes de l'énergie : nous avons le pétrole, le gaz, l'uranium, les fleuves. Et pourtant, nous n'avons pas d'électricité. Il nous appartient de faire de la question de l'énergie, une question essentielle de politique commune. C'est dans cette condition que nous pourrons donner un second souffle à l'économie sous-régionale.

Enfin, tous les conflits que nous avons connus en Afrique de l'Ouest, depuis une vingtaine d'années, ont montré l'urgence d'une politique commune en matière de sécurité. La lutte contre la criminalité, sous toutes ses formes, nécessite des moyens qu'aucun de nos pays ne peut réunir tout seul. Tels sont les défis qui se présentent à nous. La plupart de ces questions ont déjà fait l'objet de réflexion et même de décision. Des organismes sont créés, des hommes et des femmes sont au travail, il reste à souhaiter que leur travail ne soit pas sans effet.

Mais au-delà des questions que je viens d'évoquer, l'actualité nous interpelle sur un enjeu primordial. Regardons comment nos petits Etats fragiles se démènent désespérément face à la crise alimentaire. Cette crise pose en réalité la question de la production agricole dans notre région. Nous ne pouvons pas durablement régler la question de la nourriture dans nos pays, en Afrique de l'Ouest, sans une réorientation profonde de nos options agricoles. J'invite nos élus, nos élites dans nos institutions nationales et internationales à la réflexion sur cette question vitale. N'oublions jamais que ce que nous manquons de faire, nous-mêmes, sera perdu par nous et pour nous. Car il ne se trouvera personne, pour faire à notre place, ce qui relève de notre responsabilité directe. Vous êtes les représentants de nos peuples, vous êtes aussi les garants de notre avenir commun. Je compte sur vous.

Que Dieu bénisse le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire
Que Dieu bénisse notre coopération commune
Que Dieu bénisse l'Afrique

Jevous remercie.

Propos retranscrits sur
Rtb par Paulin N. Zobo et Pascal Soro

Axe Yamoussoukro-Ouagadougou : Colonne vertébrale de la coopération ouest-africaine

Le dimanche, au soir de son arrivée dans la capitale burkinabé, Laurent Gbagbo a été élevé au grade de Grand Croix dans l'Ordre national du Burkina Faso par Son Excellence Blaise Compaoré, au cours d'une cérémonie chargée de symboles et de souvenirs à la Résidence présidentielle à Ouaga 2000. Depuis son élection en octobre 2000 au poste de Président de la République de Côte d'Ivoire, c'est la première visite d'Etat de Laurent Gbagbo dans un pays qu'il connaît depuis des lustres et à l'invitation du Chef de l'Etat qu'il pratique depuis qu'il était dans l'opposition. C'est la première fois qu'il est reçu avec autant d'honneur et de faste après des années de difficile cohabitation.

C'est donc avec émotion que le Chef de l'Etat ivoirien a évoqué le soutien financier que le Président Blaise Compaoré lui a apporté pour continuer sa lutte dans l'opposition alors que «je n'étais rien», selon ses propres termes. Mieux, «pendant que ma parole était contestée aussi bien en Côte d'Ivoire qu'au Burkina Faso, il a cru en moi», s'est souvenu Laurent Gbagbo pour exprimer son infinie reconnaissance au Président du Faso et lui décerner sa victoire électorale qu'il lui avait promise, il y a vingt ans.
L'émotion a atteint son paroxysme quand les membres de la délégation ivoirienne ont longuement ovationné Georges Ouédraogo, ex-batteur du mythique groupe ivoiro-burkinabé «Bozambo», qui a interprété en play-back son inoubliable morceau «Pôgôzinga». Cerise sur le gâteau, la chorale Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (Paroisse Sacré cœur de Vavoua) qui a séduit le Chef de l'Etat ivoirien, le 14 juillet dernier, au cours de sa tournée dans cette ville, est venue expressément de Vavoua. Composée de jeunes Burkinabè, elle a fait une prestation qui appelle au retour de la paix en Côte d'Ivoire et au renforcement des relations entre les deux pays.
Ce message a été entendu cinq sur cinq par les deux Chefs d'Etat. Hier, en fin de matinée, une séance de travail destinée à relancer le train de la coopération bilatérale, s'est déroulée à la Résidence présidentielle, en présence des Présidents Gbagbo et Compaoré qui dirigeaient les délégations composées chacune de dix membres. «Il faut que l'axe Ouaga-Yamoussoukro devienne l'axe central et la colonne vertébrale de la construction de l'Afrique de l'Ouest. Nous avons les moyens de le faire, nous avons la capacité de le faire et nous avons le devoir de le faire», a soutenu, très inspiré et panafricaniste, le Chef de l'Etat ivoirien au dîner. Rejoignant ainsi son hôte burkinabé pour qui «l'importante colonie ivoirienne au Burkina Faso et la présence d'une forte diaspora burkinabé en Côte d'Ivoire rendent nécessaire la prise d'initiatives énergiques pour une union plus étroite de nos Etats».

En effet, selon le Président Gbagbo, il n'y a pas plus de 50% des cadres burkinabè qui ne connaissent pas la Côte d'Ivoire. Et 47% des membres de l'importante communauté burkinabé vivant en Côte d'Ivoire et estimée à 5 millions d'habitants, ne connaissent pas physiquement le Burkina Faso. Et selon un membre de l'establishment burkinabé qui a requis l'anonymat, il est rare de trouver un Burkinabé qui n'a pas une famille en Côte d'Ivoire. Parce que, bien qu'administrativement séparés, Ivoiriens et Burkinabè «sont ensemble» dans la mesure où durant quinze ans (de 1932 à 1947), leurs deux pays ne formaient qu'une seule colonie: la Haute et la Basse Côte d'Ivoire dont Ouaga était la deuxième ville. La conclusion coule de source: «Nous sommes condamnés à vivre l'intégration», soutient Gbagbo, en raison notamment de la nature des deux pays, de l'histoire, de l'économie et des brassages de populations.

C'est pour cette raison que le Chef de l'Etat a donné un premier signe: la suppression de la carte de séjour qui, instaurée sous le mandat du Premier ministre Alassane Ouattara pour renflouer les caisses de l'Etat, a livré les Ivoiriens et leurs autorités à la vindicte internationale. Aujourd'hui, il s'agit pour lui d'organiser le dialogue des cultures qu'il a appelé l'interpénétration. «Il ne s'agit pas d'interdire mais d'organiser l'interpénétration afin qu'elle soit conforme aux règles que les deux Etats se sont donné, qu'elle procure des bienfaits aussi bien au Burkina Faso qu'à la Côte d'Ivoire», a analysé Laurent Gbagbo.

Car, à ses yeux, le salut de l'Afrique de l'Ouest se trouve dans l'établissement de relations solides entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso. «Si la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso ne se donnent pas la main, nous ne pourrons pas construire l'Afrique de l'Ouest», a-t-il commenté. Mais, les deux Chefs d'Etat le savent, rien de solide ne peut se bâtir sans la paix, «un bien précieux pour les nations et les individus», selon le Président du Faso. «Si nos deux pays décident d'avoir la paix totalement et pour toujours en Afrique de l'Ouest, il en sera ainsi définitivement», a renchéri Laurent Gbagbo à l'adresse de son hôte.

La visite d'Etat de trois jours du Chef de l'Etat prend fin aujourd'hui.
Ferro M. Bally
Envoyé spécial à Ouaga

Le Moro Naba à Gbagbo  : “Il faut pardonner pour être pardonné”

En fin de journée et après son adresse à la représentation nationale du Burkina Faso, Laurent Gbagbo a rendu, hier, une visite de courtoisie d'environ 45 minutes au Moro Naba Baongho (prairie où l'eau ne tarit pas, en langue moré) dans le quartier ouagalais de Bilbalogho situé au secteur 2. Rendant hommage au Président ivoirien qui exécute ainsi sa promesse de passer le saluer chaque fois qu'il séjourne dans la capitale burkinabé, le Roi mossi (au pouvoir depuis 1982) lui a demandé de faire fi du passé récent. «Il faut surmonter les douloureuses épreuves» que la Côte d'Ivoire a connues, a-t-il dit. «C'est dans la tolérance et le pardon que l'on construit le monde», a-t-il renchéri. Ce, d'autant plus qu'il «faut pardonner pour être pardonné», a-t-il conseillé au Chef de l'Etat. Aussi, a-t-il souhaité que la Côte d'Ivoire redevienne ce qu'elle était, un pays de fraternité et d'hospitalité.

A l'intention donc du Chef de l'Etat, le Moro Naba qui est titulaire d'un baccalauréat, a fait lire deux de ses poèmes, l'un sur la tolérance et l'autre sur la paix, pour magnifier les vertus de ces deux qualités dans la vie et dans la conduite des affaires de l'Etat. Surtout que, comme il l'a dit, «conduire les hommes n'est pas chose facile».

Après un bref entretien à huis clos, le Chef de l'Etat a mis en terre un jeune plant de cocotier dans la cour royale pour matérialiser son passage, au cœur de la tradition des Mossis.

F. M. Bally

Brèves de Ouaga

Assemblée nationale du Burkina
Président : Roch Marc Christian Kaboré

Nombre de députés : 111

Législature : Quatrième (2007-2012)

Bureau de 16 membres

5 commissions

4 groupes parlementaires : Convention des forces républicaines (Cfr), Congrès pour la démocratie et le progrès (Cdp, au pouvoir), Alliance pour la démocratie et la justice (Adj) et Alliance pour la démocratie et la fédération section du RDA (Adf/Rda).

Membres des deux délégations pour la séance de travail

1. Côte d'Ivoire

Mme Sarata-Ottro Zirignon Touré, directeur de cabinet adjoint du Chef de l'Etat
Dr Kodjo Richard, ambassadeur de Côte d'Ivoire au Burkina Faso
Paul-Antoine Bohoun Bouabré, ministre d'Etat, ministre du Plan et du Développement
Youssouf Bakayoko, ministre des Affaires étrangères
Patrick Achi, ministre des Infrastructures économiques

Charles Diby Koffi, ministre de l'Economie et des Finances

Ahmed Bakayoko, ministre des Nouvelles technologies de l'information et de la communication

Amadou Koné, ministre de l'Intégration

Sylvestre Kouassi Bilé, directeur du département Afrique au ministère des Affaires étrangères

Konaté Navigué, directeur des Affaires politiques au ministère de l'Intérieur

2. Burkina Faso

Tertius Zongo, Premier ministre

Assimi Koanda, directeur de cabinet du Président du Faso

Emile Ilboudo, ambassadeur du Burkina Faso en Côte d'Ivoire

Alain Bédouma, ministre d'Etat, ministre de la Santé

Djibril Bassolé, ministre de la Coopération internationale

Hippolyte Lingani, ministre des Infrastructures

Jean-Baptiste Compaoré, ministre de l'Economie et des Finances

Assane Sawadogo, ministre de la Sécurité

Gilbert Ouédraogo, ministre des Transports

Vincent Zakani, directeur de cabinet du ministre de la Coopération internationale
Burkina Faso: Des relations tendues avec la Côte d`Ivoire qui se normalisent
dimanche 27 juillet 2008 - Par Autre presse
Angopla Press - Ouagadougou - Les relations entre le Burkina et la Côte d`Ivoire, qui étaient très tendues au début des années 2000, se normalisent progressivement. Le président ivoirien Laurent Gbagbo entame dimanche une visite d`Etat au Burkina Faso, qui symbolise le réchauffement des relations entre les deux voisins.

- nov 1999: Un litige foncier entre autochtones et Burkinabè dans la région de Tabou (sud-ouest de la Côte d`Ivoire) fait cinq morts. En quelques semaines, environ 20.000 Burkinabè sont chassés des plantations.

- 6 nov 2000: Visite du ministre ivoirien de l`Intérieur, la première d`un membre du gouvernement du nouveau président Laurent Gbagbo.

- 29 juin 2001: Le président burkinabè Blaise Compaoré qualifie de "frileuses" les relations avec Abidjan, exacerbées selon lui par le débat sur la nationalité de l`opposant Alassane Ouattara. Accusé de "s`être prévalu" de la nationa- lité burkinabè, celui-ci avait été exclu des élections de 2000 pour nationalité "douteuse".

- 24 sept 2002: M. Compaoré est accusé d`être "le seul et unique déstabilisateur de la Côte d`Ivoire" par le journal du Front populaire ivoirien (FPI, au pouvoir), après la tentative de coup d`Etat du 19 septembre contre M. Gbagbo.

CPC de Yamoussoukro : Blaise visite "son royaume"

L'Observateur - Burkina Faso - vendredi 9 mai 2008 - Opportune, pourrait-on dire de cette réunion du Cadre permanent de concertation (CPC) qui se tient dans la capitale politique ivoirienne ce 9 mai 2008. En effet, sauf report in extremis, le facilitateur du dialogue direct interivoirien et maître d'œuvre de l'Accord politique global du 4 mars 2007, Blaise Compaoré, et les autres gourous de la politique ivoirienne (Laurent Gbagbo, Alassane Dramane Ouattara, Konan Bédié, Guillaume Soro) se retrouvent dans ce cadre pour "radioscoper" le processus électoral de la Côte d'Ivoire. Or, il se trouve que ce processus semble présenter toujours deux visages comme ceux de Janus : un officiel et un officieux. De la face officielle : Laurent Gbagbo a désormais pour référentiel l'Accord de Ouaga, qui fixe l'agenda du processus de sortie de crise. De même que les Forces nouvelles, les ex-rebelles. Tout le monde loue le début des audiences foraines, censées identifier les vrais Ivoiriens, qui peuvent voter (à la date du 10 mars 2008, 376 000jugements
jugements supplétifs ont été délivrés); la relative libre circulation des personnes et des biens, preuve que le Nord et le Sud sont réunifiés ( ?) ; la mise en place de brigades mixtes ; la création du centre de commandement intégré, qui se trouve à Yamoussoukro ; le retour des magistrats dans les différents cours et tribunaux... in fine, la reconstitution des actes de naissance perdus ou détruits pour effectuer avec efficience le recensement électoral, confié à SAGEM, pour une présidentielle moult fois renvoyée à des dates ultérieures, dont la dernière est fixée au 30 novembre 2008. Cette face reste donc optimiste malgré les fréquents réaménagements du processus. De la face "officieuse" Elle n'a d'officieux que le nom, puisque les personnes qui donnent de cette voix ont pour noms : Simone Ehivet Gbagbo, Mamadou Koulibaly, Désiré Tagro et Affi N'Guessan. Régulièrement donc, le train poussif de la paix roule tout de même vers la destination présidentielle, ces "faucons" du camp Gbagbo font des sorties, qui jettent de l'huile sur le feu.

Tantôt c'est Mamadou Koulibaly, le président de l'Assemblée nationale, qui est en désaccord avec son patron parce qu'il a fait trop de concessions aux ex-rebelles, tantôt c'est un Tagro Désiré qui conteste l'autorité du PM, Guillaume Soro. Mais, c'est connu de tous, c'est surtout l'épouse du chef de l'Etat ivoirien qui montre quelquefois un radicalisme qui fait froid au dos : ainsi, pas plus tard que la semaine dernière, elle a encore fait une sortie, laquelle s'apparente à un coup de canif contre le processus ; au sujet du temps demandé par les ex-rebelles pour le DDR, elle a lâché : "...les rebelles nous disent qu'il faut cinq mois.

C'est trop ! en un mois ils peuvent se regrouper, même s'ils sont 50 000. Si on doit attendre cinq mois, comment pourrons-nous organiser l'élection le 30 novembre ? Il faut que cette élection ait lieu en 2008 et non en 2010. Il y en a qui ont des intérêts dans cette crise ..." Une déclaration qui a sonné chez les ex-rebelles comme de la provocation et qui mérite "une clarification". En rappel, il est réel que la problématique du DDR, et surtout celle des grades restent pendantes : 45 000 combattants (33 000 rebelles et 12 000 loyalistes) sont concernés par ce DDR, lesquels doivent bénéficier d'une aide financière et d'une éducation civique pour intégrer la vie civile.

La réunion du CPC à Yamoussoukro tombe donc à pic, car elle permettra peut-être au facilitateur, Blaise Compaoré, d'aplanir toutes ces divergences et de toucher du doigt là où "ça coince". En effet, en plus de ces bisbilles entre l'entourage immédiat de Gbagbo et le camp Soro, il y a les autres, notamment ADO et Bédié, qui sentent, comme le disent certains de leurs partisans, qu'on "leur fait un bébé dans le dos". Disons-le tout net, au regard de l'évolution de ce processus, le candidat-président, Gbagbo, a une longueur d'avance sur tous ses adversaires, et les leaders du RDR et du PDCI/RDA le savent : que le scrutin ait lieu en 2008 ou en 2010, l'actuel chef de l'Etat a toutes les chances de l'emporter. D'abord parce qu'il est déjà en campagne, a pu accumuler un véritable trésor de guerre, et surtout parce que le RDR et le PDCI/RDA sont secoués par de multiples crises, qui ont accouché d'autres partis, des croupions. Au sujet de la précampagne que fait le fondateur du FPI, il y a, entre autres, sa visite chez le Mogho Naaba il y a 3 mois de cela et l'intronisation de Blaise Compaoré et du Mogho Naaba comme chefs traditionnels ivoiriens par le Conseil supérieur des rois et chefs traditionnels de CI (CSRCT-CI).

Des actes dont les images, montrées à la télévision aux millions de "Mossi" de la Côte d'Ivoire, font de ceux-ci des partisans naturels à l'occasion de la présidentielle. Qui nous dit que Blaise ne profitera pas de l' occasion pour visiter le peuple akan, dont Yamoussoukro est l'un des fiefs ? Il est désormais l'un des leurs et politiquement aussi, ce sera payant.

Zowenmanogo Zoungrana

L'Observateur

BURKINA-COTE D'IVOIRE: Blaise Compaoré intronisé grand chef
Le pays 04/30 08 - Le président du Faso, Blaise Compaoré, a reçu deux groupes de visiteurs le 29 avril 2008 au palais de Kosyam. Il s'agit d'une délégation de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et des représentants du Conseil supérieur des rois et chefs traditionnels de Côte d'Ivoire qui sont allés échanger avec lui.

Selon Mme Meskerem Grunitzky Békélé (directrice régionale de l'ONUSIDA d'Afrique de l'ouest et du centre) qui conduisait la délégation de l'OMS , il s'est agi de rendre compte au président du Faso du déroulement des travaux de la conférence internationale sur les soins de santé primaires et les systèmes de santé qui se déroule à Ouagadougou. Avec le président Blaise Compaoré, Dr Békélé dit avoir discuté de l'importance de mettre l'accent, en Afrique, sur la revitalisation des soins de santé primaires et les systèmes de santé pour atteindre les objectifs du millénaire. La délégation de l'OMS a reconnu qu'il y a des pays en Afrique, dont le Burkina, qui ont réalisé des progrès notables. Ils ont demandé à Blaise Compaoré d'être le porte-parole pour l'accélération des efforts en Afrique pour les soins de santé primaires.

A la suite de la délégation de l'OMS, le président du Faso a reçu la délégation du Conseil supérieur des rois et chefs traditionnels de Côte d'Ivoire, conduite par son président, Sa Majesté Nanan Agnini Bilé II, roi du Djuablin (en pays agni). Parés de leurs tenues traditionnelles, les chefs coutumiers de Côte d'Ivoire sont allés dire à Blaise Compaoré qu'ils apprécient "à leur juste valeur les efforts, les sacrifices et la disponibilité dont le président du Faso fait preuve tous les jours et de façon déterminée à la recherche de la paix entre ses frères" de Côte d'Ivoire. Pour les dépositaires de l'autorité coutumière et
tradition nelle de Côte d'Ivoire, leur nation est secouée dans ses fondations depuis la crise de septembre 2002. Au regard de la contribution du président du Faso dans la recherche de la paix en Côte d'Ivoire, les chefs coutumiers ont vivement exprimé "la gratitude de la Côte d'Ivoire profonde" à Blaise Compaoré. Dans leur adresse au chef de l'Etat burkinabè, les rois et chefs traditionnels ont rappelé qu'une avancée significative dans le processus de paix vient de s'accomplir avec la signature le 24 avril dernier du Code de bonne conduite de la classe politique pour l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire. Pour eux , leur responsabilité individuelle et collective est certes engagée , mais , soulignent-ils, "la vôtre l'est encore plus", en s'adressant à Blaise Compaoré. Et ils ajoutent: " Le processus de paix sort d'un virage délicat et emprunte la ligne droite au bout de laquelle la lumière point. Cette ligne, reconnaissent-ils, est cependant parsemée d'embûches et d'obstacles qui peuvent être surmontés grâce aux qualités que nous vous connaissons".

La délégation des coutumiers a profité de la visite pour introniser Blaise Compaoré chef traditionnel de Côte d'Ivoire, "un grand chef ivoirien". A Chantal Compaoré, ils ont offert un présent. Le président du Faso a salué cette manifestation de la fraternité entre les deux peuples avant de remercier les coutumiers qui marquent ainsi leur disponibilité à appuyer le processus de paix en Côte d'Ivoire.

Par Alexandre Le Grand ROUAMBA

Blaise Compaoré, chef ivoirien : Au-delà de l'intronisation

Sidwaya (Burkina faso - jeudi 8 mai 2008 - « Oui, a-t-on entendu ça et là, Blaise Compaoré n'aurait pas du se prêter à ce simulacre (sic) d'intronisation comme chef coutumier ivoirien, qui ne le grandit pas » (resic) et pire, peut faire naître en lui des velléités de monarchisation du pouvoir. Belle analyse républicaine, qui condamne « le mélange de genres », afin que les choses soient mieux tenues.

Pour autant, on ne peut manquer, en référence à l'histoire politique récente entre les deux pays, de souligner l'historialité d'un acte qui, au-delà du chef de l'Etat, honore le peuple burkinabè tout entier. Des raisons de fierté si tant est qu'il n'y a guère plus d'un lustre, le peuple burkinabè était indexé comme « le principal fauteur de guerre » en Côte d'Ivoire. Il vous souviendra que cette indexation avait coûté cher aux burkinabè résidant en Côte d'Ivoire, en termes de vies humaines et de spoliation de biens. Tabou I et II, Bouaflé, Aboisso...le pays profond ivoirien porte encore les stigmates de cette « guerre contre l'envahisseur » qui avait occasionné l'opération « Bayiri ».

Que les dépositaires de la tradition et de la culture de ce pays en viennent à reconnaître un mérite au premier des Burkinabè au point de l'élever au- dessus d'eux (Blaise Compaoré a été fait « grand chef ivoirien avec compétence sur tout le pays ») est la marque du leadership et du rôle joué par le président du Faso dans la résolution de la crise ivoirienne. Au moment où ils faisaient appel au « pompier » Compaoré pour éteindre leur feu, les Ivoiriens avaient quasiment épuisé les voies de recours sans pour autant vider leur contentieux. Il a fallu l'intelligence politique de Laurent Gbagbo pour se retourner vers le pyromane présumé et la mansuétude de même que l'attachement à la paix de ce dernier pour que la Côte d'Ivoire sorte de l'impasse. Et, comme le Moogho Naaba, élevé lui aussi au rang de grand chef l'a dit, « personne mieux que ces garants de la tradition ne mesure l'importance de la paix ».

Il faut donc aller au-delà du cérémonial et des analyses folkloriques pour voir la reconnaissance du mérite d'un homme et, à travers lui, de tout un peuple. Les Ivoiriens prouvent qu'ils n'ont pas la mémoire courte, et que l'expertise du facilitateur leur est plus que jamais nécessaire. Du reste, le Cadre permanent de concertation (CPC) qui se tient demain 9 mai à Yamoussoukro dans un horizon largement dégagé avec le désarmement et le regroupement des combattants des Forces Nouvelles ainsi que les promoteurs de la paix qui sillonnent le pays, viendra prouver cette assertion.

Bien sûr, il reste les problèmes du redéploiement de l'administration sur tout le territoire, celui de l'unicité des caisses et last but not the least, les bisbilles qui ont surgi entre FN et le parti présidentiel dans le cadre du désarmement susindiqué pour parfaire l'édifice. Mais, comme l'a dit le grand chef Compaoré, « Toutes les difficultés seront surmontées sur la route de la paix et de la réconciliation nationales ». Une affirmation que les conclusions du CPC devront conforter demain dans l'après-midi.

Boubakar SY (magnansy@yahoo.fr) - Sidwaya

 
Tertius Zongo, ancien ministre, nommé Premier ministre
Le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, a nommé un ex-ambassadeur et ancien ministre, Tertius Zongo, comme Premier ministre en remplacement de Paramanga Ernest Yonli qui avait démissionné, a-t-on appris lundi soir de source officielle. "Le président du Faso, chef de l'Etat, président du Conseil des ministres décrète: M. Tertius Zongo est nommé Premier ministre", indique laconiquement un communiqué officiel lu lundi soir à la télévision publique du Burkina. Aucune autre précision n'a été donnée. Ambassadeur du Burkina Faso à Washington depuis 2002, le nouveau Premier ministre est titulaire d'un doctorat en économie obtenu en France. Il a été ministre des Finances et de l'Economie (1997-2001) puis ministre du Budget et de la Planification (1995-1997).M. Zongo a aussi
représenté le Burkina Faso à la Banque mondiale, au Fonds monétaire international (FMI) ainsi qu'à la Banque africaine pour le développement (BAD). Le nouveau Premier ministre devrait incessamment entamer des consultations pour la formation d'une nouvelle équipe gouvernementale. Dimanche soir, le Premier ministre Paramanga Ernest Yonli avait rendu sa démission au président Compaoré qui l'avait acceptée. Son départ faisait suite aux élections législatives remportées le 6 mai dernier par le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, parti au pouvoir).
 
Relance du dialogue inter-ivoirien

Le comité d'évaluation et d'accompagnement créé par l'accord politique inter-ivoirien a tenu sa première réunion vendredi à Ouagadougou sous l'égide de son président le burkinabé Blaise Compaoré. Ce comité, composé de trois membres de chaque camp, a procédé à une évaluation de la mise en œuvre de l'accord politique de Ouagadougou depuis sa signature le 4 mars dernier. Il y a de bons points comme la création et la mise en place du centre de commandement intégré, la nomination d'un nouveau premier ministre, la formation du gouvernement, la suppression de la zone de confiance, la création et le déploiement d'unités mixtes et l'adoption par voie d'ordonnance d'une nouvelle loi d'amnistie. Mais, le chronogramme dans son ensemble, a enregistré quelques retards dus à la mise en action du nouveau gouvernement et le facilitateur a exhorté les parties à activer la mise en œuvre de l'accord. Il s'agit notamment du redéploiement de l'administration, l'organisation des audiences foraines, le démantèlement des milices, le regroupement des combattants et le stockage des armes. Autant de points de l'accord qui auraient du être mis en œuvre deux semaines après la formation du gouvernement. Pour ce qui est du problème des grades qui pourrait gêner l'intégration des deux forces armées, Blaise Compaore estime que la question doit être traitée au sommet de l'Etat ivoirien. “Ce sont des questions qui vont être traitées au niveau du Président de la République et du premier ministre. Ils feront des propositions allant dans le sens de la réintégration des deux forces armées pour permettre d'aller vers de nouvelles forces ivoiriennes de défense et de sécurité et je ne pense pas qu'il y ait d'obstacle particulier”, a-t-il notamment déclaré. Pour le ministre du tourisme et membre de la délégation des forces nouvelles, Sidiki Konaté, les retards devraient être bientôt rattrapés. “Le gouvernement vient de tenir un séminaire. Le premier ministre va présenter sa feuille de route au gouvernement la semaine prochaine et cette feuille de route indiquera les prochaines étapes qui seront maintenant les dossiers concrets sur le terrain. A savoir le début des audiences foraines, le démantèlement des milices, le regroupement des forces en présence et l'opération d'identification. Les choses se passent très bien”, a affirmé Sidiki Konate, ministre de la culture et des arts et membre de la délégation des Forces nouvelles. Le comité a décidé d'installer un bureau permanent à Abidjan et de tenir sa prochaine réunion à Ouagadougou dans le courant du mois de juin. Mathieu Bonkoungou I BBC AFRIQUE

 
476 victimes de violence en politique indemnisées par l'Etat
Le président du Comité de gestion du Fonds d'indemnisation des victimes de violence en politique, le pasteur Freeman Compaoré a annoncé, jeudi à Ouagadougou, que 476 dossiers ont été déclarés éligibles à ce Fonds alimenté par le budget de l'Etat, à hauteur de près de 5 milliards de F CFA. Le pasteur Compaoré a fait cette annonce, au cours d'une conférence de presse, à la veille de la commémoration, le 30 mars prochain au Burkina Faso de la "Journée nationale du souvenir, de la promotion des droits humains et de la démocratie". "Le Fonds d'indemnisation des victimes de violence en politique au Burkina Faso a reçu, depuis son installation en juin 2001, au total, 1768 dossiers", a expliqué M. Compaoré, précisant qu'il n'en a validé que 476, dont 128 de victimes décédées suite à des violences politiques. Cette conférence de presse a été organisée par le ministère de la Promotion des droits humains en prélude à la célébration de la 6e "Journée nationale

du souvenir, de la promotion des droits humains et de la démocratie". La "Journée nationale du souvenir, de la promotion des droits humains et de la démocratie", rappelle-t-on, a été instituée le 30 mars 2001, quand le président du Faso, Blaise Compaoré, a officiellement "demandé pardon", devant environ 40.000 personnes, au stade du 4-Août de Ouagadougou, à tous ceux dont les parents ont été victimes de violences en politique, de 1960 à nos jours. cérémonie d'alors, s'était déroulée en présence de parents de victimes, des anciens chefs d'Etat du Burkina et de chefs coutumiers et religieux. Il y a également la mise en place d'un Comité national d'éthique,d'un autre chargé du suivi de l'exécution des engagements du président du Faso, la consolidation du dialogue avec tous les acteurs sociaux et l'érection de deux monuments en mémoire de tous les martyrs et héros nationaux

Source: J. Afrique

Chronique d'une tragédie organisée
15 octobre. inventer un autre avenir face à la déroute des consciences africaines meurtries. Respecter le bien public, lutter contre l'injustice et la corruption. Lutter contre la pauvreté, la misère, la fatalité pour redonner dignité et espoir. Pour cela, il a été tué pour empêcher que la politique ne soit pas productrice de chef d'œuvre émancipateur et contagieux. Evoquer inlassablement son combat et son assassinat donne vie à la conscience de l'Afrique en mutation.
Le destin tragique de Thomas Sankara est lié au combat pour l'avènement d'une démocratie sociale. Ce combat ne pouvait plaire à la " Mafiafrique " composé des groupes d'affairistes et leurs collaborateurs qui gouvernent l'Afrique. Alors, il fallut l'exterminer. On trouva le bras armé dans les relais locaux et la machine se mit en branle. Retour sur les causes d'un jeudi macabre.
"A la faveur des méandres de l'histoire, cet autocrate s'est hissé à la tête de notre Révolution pour mieux l'étouffer de l'intérieur. Cette haute trahison s'est illustrée par le bafouement de tous les principes organisationnels, les reniements divers des nobles objectifs de la RDP, la personnalisation du pouvoir, la vision mystique, quant aux solutions à apporter aux problèmes concrets des masses, toutes choses qui ont engendré la démobilisation au sein du peuple militant." Extrait de la Proclamation du 15 Octobre 1987. "Peuple du Burkina Faso, l'accélération de l'histoire fait souvent défiler les événements à une allure telle que la maîtrise par l'homme des faits devient impossible, rendant celui-ci artisan de situations non désirées. Les instants tragiques que nous avons vécus le 15 octobre courant font partie de ce type d'événements exceptionnels que nous fournit souvent l'histoire des peuples. En tant que révolutionnaires, nous devions avec courage assumer nos responsabilités. Nous l'avons fait à travers la proclamation du front populaire. Nous continuerons à le faire sans faille et avec détermination pour le triomphe des objectifs de la Révolution d'août.
Ce dénouement brutal nous choque tous en tant qu'êtres humains et moi plus que quiconque pour avoir été son compagnon d'armes, mieux, son ami. Aussi, pour nous, il reste un camarade révolutionnaire qui s'est trompé." In Message à la nation du président du front populaire, le camarade capitaine Blaise Compaoré le 19 octobre 1987. Le jeudi 15 octobre 1987, le processus de la Révolution démocratique et populaire qui avait cours au Burkina était brutalement arrêté sur le coup de 16 heures. Dans l'après midi de ce jeudi là, plus d'un militant de la RDP a été atteint d'une stupeur indicible. Après la pétarade des kalachnikov qui a duré toute la soirée, la proclamation signée d'un front populaire est tombée drue comme une pluie mêlée de grêle, surprenant de la même façon certains militants de la RDP tout comme ceux qui ne trouvaient pas d'intérêt à la Révolution et se tenaient à distance d'elle.
Depuis un certain temps, il était de notoriété publique qu'une crise grave minait le conseil national de la révolution (CNR). Ses principaux dirigeants, jadis unis, n'arrivaient plus à s'entendre sur l'orientation et la stratégie d'action. Les quatres (4) chefs historiques (Thomas Sankara, Blaise Compaoré, Boukary Lingani, Henri Zongo)de la RDP paraissaient de plus en plus " trop nombreux " pour diriger le mouvement révolutionnaire. Mais la grave crise qui secouait les dirigeants de la RDP restera en grande partie cachée aux militants de base, à tel point qu'ils seront surpris par l'ampleur et la brutalité du dénouement du 15 octobre. Aussi, beaucoup de militants sincères regrettent-ils encore aujourd'hui, le dénouement du 15 octobre tel qu'il s'est présenté, se disant que les instances où des débats d'idées auraient dû se tenir ne manquaient pas pour que l'on en arrive là. Mais ceux qui ont fait le coup couraient un risque important en laissant la parole à Thomas Sankara dans quelque cadre de concertation que ce fût, car il avait une telle force d'argumentation qu'il en serait sorti peut-être " victorieux".
C'est cette même capacité de persuasion qui aboutissait à certaines décisions, jugées à posteriori "spontanéistes, volontaristes" alors qu'en son temps, il n'y eut pas de critiques conséquentes. Et c'est ce même trait de personnalité du défunt président qui sauva la tête de plus d'une personne que de proches collaborateurs voulaient une fois de plus sacrifier sur l'autel de la contre- révolution. En fait, il faut convenir d'une chose : le 15 octobre et la rectification sont intervenus précisément parce que les camarades qui avaient commencé la RDP avec Thomas Sankara, étaient essoufflés et qu'ils ne se sentaient ni la force ni l'âme de continuer. Et comme les adversaires du processus existaient et étaient influents, tant en dehors que dans les rangs même des révolutionnaires, ils n'ont pas eu de la peine à rallier à eux tout un monde pour contrebalancer la RDP. La raison toute trouvée de la " trahison de la voie initiale" a été vite évoquée.
Or le capitaine Thomas Sankara a été le premier à se rendre compte de la nécessaire démocratisation du processus, lui qui professait en août 1987 à Bobo Dioulasso qu'il "fallait au Burkina, un peuple de convaincus et non un peuple de vaincus, de soumis qui subissent leur destin". Il avait commencé ainsi la véritable "Rectification" de la RDP marquée du reste par l'élargissement de plusieurs détenus politiques et de droit commun. Les sanctionnés à tort retrouvaient la possibilité de reprendre leur carrière.
Mais cette politique initiée par Thomas Sankara a vite été "court-circuitée" par le 15 octobre et revendiquée par le front populaire. Il fallait laisser l'image d'un Sankara fermé et hostile aux ouvertures. Aussi, les choses s'accélèrèrent très vite après le discours de " réconciliation" d'août 87 à Bobo où Sankara disait notamment : "Dans le proche passé, nous avons parfois commis des erreurs. Cela ne devra plus se produire sur la terre sacrée du Faso. Il doit y avoir de la place dans le cœur de chacun de nous pour ceux qui ne sont pas encore parfaitement en harmonie avec le discours d'orientation politique et les objectifs de notre plan quinquennal. Ce sera à nous d'aller à eux et de les gagner à la cause révolutionnaire du peuple… Nous devons préférer un pas ensemble avec le peuple plutôt que de faire dix pas sans le peuple". In Thomas Sankara, oser inventer l'avenir p.264 Ed Pathfinder et l'harmattan 1991. Après ce discours, il fallait se dépêcher d'arriver au pouvoir, car laisser le temps à Thomas Sankara d'amorcer réellement la démocratisation de la RDP , ce serait se priver de prétexte justificatif d'un coup d'Etat militaire. La commémoration du discours du 2 octobre à Tenkodogo sera l'occasion pour les comploteurs d'accélérer leurs manœuvres de liquidation de la révolution et d'entreprendre ce faisant, le 15 octobre 1987 .

La crise qui prévalait depuis un certain temps sur le terrain politique a gagné comme à l'accoutumée le terrain militaire, et il fallait dès lors que les armes parlent pour la dénouer. Telle a toujours été la tactique des hommes politiques au Burkina Faso . Ils créent toujours une pourriture qui oblige les militaires à intervenir. Dans le cas du CNR, il faut y ajouter le fait que la rigueur prônée n'était pas du goût de tout le monde, notamment de certains commandos, artisans du coup d'Etat révolutionnaire du 4 Août 1983 . Ceux-ci revendiquaient avec insistance une bonne part du gâteau. Chose à laquelle Thomas Sankara aurait opposé une constante fin de non recevoir, arguant que le militaire doit "vivre avec les masses" et prônant "un quart de poulet par jour et par militaire" . C'était mal connaître ceux-là qui revendiquaient qui une villa , qui un galon afin de jouir du fruit du risque encouru dans la nuit du 4 Août. Il nous revient à cet effet que ces derniers, lors des réunions régulières avec leur chef posaient constamment cette doléance. Ce à quoi le chef en question répondait qu'il n'y voyait pas d'inconvénient mais que " c'est Sankara qui s'oppose". Les militaires répliquaient : "pourquoi ne l'enlève-t-on pas ?". A force de se répéter tous les jours, on finit par " enlever" Thom' Sank le 15 octobre 1987.

Que s'est - il passé ce jour là ?
Gilbert Diendéré déclare dans "Sankara, Compaoré et la révolution burkinabè" de Ludo Martens, aux pages 65 et 66 : "le 15 octobre donc, à la réunion des officiers, des éléments du palais ont accusé les militaires de Pô d'être venus pour tramer un complot . L'atmosphère a chauffé. Nous nous sommes séparés sans qu'un accord soit réalisé. Il paraît qu'au même moment, une autre réunion se tenait à la présidence, à laquelle Sigué et d'autres chefs de corps assistaient. Mais le registre de la présidence a disparu après le 15. Comme les soldats de la garde présidentielle appartiennent à notre bataillon, tous n'étaient pas partisans de l'affrontement. Ainsi le chauffeur de Sankara, le caporal Der et d'autres sont venus nous prévenir que Compaoré, Lingani et Zongo seraient arrêtés ce soir. Pendant la réunion de l'OMR (ndlr : Organisation militaire révolutionnaire), le conseil serait encerclé par les troupes de la FIMATS (ndlr : Forces d'intervention du ministère de l'administration territoriale et de la sécurité) et de l'ETIR (ndlr : Escadron du transport et d'intervention rapide). Un groupe de militaires devrait mettre les trois en état d'arrestation, tandis que le gros des forces devrait se tenir prêt à toute éventualité. Bien qu'on ne nous eût pas exactement parlé de liquider les trois, nous étions convaincus qu'une tuerie ne pourrait être évitée. Les trois ne se laisseraient pas prendre sans réagir et des hommes comme Sigué et Koama n'hésiteraient pas une seconde à les descendre. Notre réaction a été qu'il fallait arrêter Sankara avant que l'irréparable ne se produise. La décision a été prise dans un climat général d'inquiétude proche de la panique. Nous n'avions pas vraiment le choix. Nous n'avons jamais pu croire que Sankara allait s'en prendre à ses trois compagnons. Blaise était à la maison, malade. Nous n'avons pas voulu le prévenir parce que nous savions qu'il ne serait pas d'accord pour arrêter Sankara. C'était une décision grave, mais il faut s'imaginer la panique qui régnait à ce moment parmi nos soldats.
Nous savions que Sankara avait une réunion au conseil à seize heures et nous avons décidé d'aller l'arrêter là-bas…
Peu après seize heures, la Peugeot 205 de Sankara et une voiture de sa garde sont arrivées devant la porte du pavillon ; une deuxième voiture de la garde est allée stationner un peu plus loin. Nous avons encerclé les voitures. Sankara était en tenue de sport. Il tenait comme toujours son arme, un pistolet automatique, à la main. Il a immédiatement tiré et tué un des nôtres. A ce moment, tous les hommes se sont déchaînés, tout le monde a fait feu et la situation a échappé à tout contrôle …
Après les événements, j'ai téléphoné à la maison de Blaise pour le mettre au courant . Quant il est arrivé, il était fort découragé et mécontent, surtout quand il a constaté qu'il y avait treize morts".

Le coup a été donc fait à l'insu de Blaise Compaoré !
Ce dernier d'ailleurs, déclare dans le livre précité à la page 67 : " lorsque je suis arrivé au conseil de l'entente après la fusillade et que j'ai vu le corps de Thomas à terre, j'ai failli avoir une réaction très violente contre ses auteurs. Cela aurait sans doute été un carnage monstre dont je ne serais certainement pas sorti vivant. Mais quand les soldats m'ont fourni les détails de l'affaire, j'ai été découragé, dégoûté. Je suis resté prostré pendant au moins vingt-quatre heures … Quand j'ai demandé à mes hommes pourquoi ils avaient arrêté Sankara sans me le dire, ils m'ont répondu que s'ils l'avaient fait, j'aurais refusé. Et c'est vrai. Je savais que mon camp politique était fort. Thomas ne contrôlait plus l'Etat. Je n'avais pas besoin de faire un coup d'Etat. Mais, mes hommes ont pris peur quand ils ont appris, l'après- midi, que nous devions être arrêtés à vingt heures".

Et pourtant !
Le "Matin de Paris" en date du 27 octobre 1987, repris dans "Il s'appelait Sankara" de Sennen A. cite le témoignage d'un élément commando qui dit : "Le Lieutenant nous a prévenus le matin seulement de nous préparer pour anéantir le président parce que maintenant, il était insupportable. Blaise le connaît mieux que quiconque : il sait que même si on allait l'enfermer, il allait sortir par un trou de fourmi".

Et pourtant !
En vérité, ce jour-là, Thomas Sankara se trouvait en réunion de travail avec quelques-uns de ses collaborateurs dans une salle au Conseil. A 70 mètres de là, toujours dans le conseil, une 504 blanche démarra. A son bord, 7 personnes. Le véhicule arrive sur le lieu de la réunion. Les quelques éléments de la garde devant la salle ne s'en inquiètent pas outre mesure, parce que ce sont leurs collègues. Le véhicule se gare, en descendent K.H ; O.A.O ; N.N ; N.W ; O.N ; T ; K.M. qui ouvrent le feu immédiatement. Un gendarme et deux chauffeurs sont fauchés. Ils s'écroulent. Thomas Sankara dans la salle où il se trouve entend la fusillade et se lève, son pistolet à la main et dit à ses collaborateurs "restez, restez, c'est moi qu'ils veulent !". A peine a-t-il franchi la porte qu'il est pris par la mitraille nourrie d'un des "anéantisseurs". Il s'écroule. S'arrête-t-on là ? Non. Les assaillants rentrent dans la salle et exécutent ses collaborateurs.

Bref, supposons -difficilement- que la thèse qui veut que le capitaine Blaise ait été mis devant le fait accompli soit vraie. Cela le disculperait- il pour autant ? N'aurait-il pas été de façon indirecte à la base des événements tragiques du 15 octobre ? N'en est-il pas le grand bénéficiaire ?
L'homme, s'il n'a jamais eu vraiment soif du pouvoir comme il le prétend, laisse tout de même sceptique l'observateur de la scène politique burkinabè. En effet, après le 15 octobre, il a prouvé que le pouvoir ne se partage pas. L'apprendra à son dépend toute la cohorte d'intellectuels qui constituait le " comité insurrectionnel " qui a préparé psychologiquement l'avènement du 15 octobre par une série de tracts orduriers et d'intrigues de bas étage.
L'apprendront à leur dépend le commandant Boukary Lingani et le capitaine Henri Zongo.
D'ailleurs, seize (16) ans après, au micro de Christophe Boisbouvier, journaliste de Rfi qui lui demande si " l'homme qui a laissé tuer Thomas SANKARA peut donner des leçons de droits de l'Homme à quelqu'un d'autre ? " , Blaise Compaoré répond clairement : " Je ne pense pas qu'il y ait un pays au monde où il n'y a pas eu des problèmes ou de conflits politiques qui ont entraîné la mort d'un homme ou de deux hommes. Mais quand vous parlez d'un homme ou de deux, dans d'autres pays, on parle de milliers d'hommes. Le Burkina Faso, malgré les épreuves difficiles qu'il a traversées, vous pouvez faire une comptabilité. C'est dommage qu'elle soit macabre, mais vous verrez qu'il compte parmi les nations qui ont su préserver les cinquante dernières années, la vie humaine " .
Sans commentaire !

Aujourd'hui 17 ans après, que retenir ?
Au- delà de toute rhétorique " dialecticienne ", Sankara est mort pour avoir été un paquet de convictions patriotiques et progressistes mais aussi pour avoir empêché de par la synergie entre sa théorie et sa praxis, certains de ces camarades civils comme militaires de manger goulûment, de boire frais et pétillant, de roter gras, de dormir mou et de se la couler royalement au détriment de leur peuple.

Bendré, Journal d'information et d'opinion - Burkina-FAso
Le gouvernement prévoit une croissance de 5% des salaires
Le Premier ministre burkinabé, Paramanga Ernest Yonli, a annoncé jeudi soir une augmentation générale de salaires au taux unique de 5% pour toutes les catégories salarales, à compter du 1er avril 2007. Cette augmentation a pour objectif de partager "équitablement" les fruits de la croissance, a expliqué M. Yonli devant les députés de l'Assemblée nationale. M. Yonli a déclaré qu'au cours des cinq années de la législature qui s'achève, son gouvernement a permis aux travailleurs du public comme du privé, d'engranger de nombreux acquis à travers les cadres de dialogue institués. Pour contribuer davantage à l'efficience du fonctionnement des différentes organisations syndicales du pays, la subvention de l'Etat y afférente passe de 100 à 150 millions de F CFA, pour l'exercice budgétaire 2007, a-t-il dit. M. Yonli a par ailleurs annoncé une augmentation du financement des partis politiques qui passe de 300 à 500 millions de F CFA, pour l'exercice budgétaire 2007, à l'orée des consultations législatives. Rappelant que le 14 avril 2007, à partir de zéro heure, s'ouvrira la campagne pour les élections législatives du 6 mai 2007, le Premier ministre s'est réjoui que 50 formations politiques aient déposé des listes soit dans la totalité des circonscriptions, soit dans certaines d'entre elles, pour participer à cette compétition démocratique.
Source: J. Afrique