service de communication de l'Association MVPV ASSALE TIEMOKO ANTOINE DEPUIS LA MACA - 28 janvier 2008 -
Camarades,
Comme vous le savez, cela fait aujourd'hui lundi 28 janvier 2008, un mois jour pour jour que je suis arrivé dans cette prison en tant que « nouveau voleur », ce terme quelque peu effrayant, désigne tous ceux qui arrivent à la MACA pour la première fois, quelque soit le délit qu'ils aient commis.
C'est donc aujourd'hui, l'anniversaire de mon emprisonnement pour délit d'opinion. Je vous envoie donc lettre pour célébrer à ma manière, cet anniversaire en vous donnant des nouvelles de moi et de la prison.
Pour ce qui me concerne, je peux vous assurer que je ne me suis jamais senti aussi bien dans ma peau et dans ma tête. Moi qui suis quelqu'un de très émotif, je n'ai pourtant jamais versé une seule larme, ni à la gendarmerie ni au violon du parquet ni à la Maca. Je peux même affirmer aujourd'hui, qu'il était écrit quelque part, que je devrais venir dans cette prison.
Je vais donc bien, et même très bien. Il y a des personnes que la prison brise et il y en a d'autres comme moi, que la prison fortifie mentalement et physiquement.
Vous savez que j'ai l'immense défaut de ne jamais rester indifférent face à la souffrance de ceux qui vivent autour de moi, et pour souffrir, il y a des gens qui souffrent ici.
Vous lavez compris, je déteste parler de moi, et de toutes les manières, je ne suis pas venu ici pour parler de moi, mais parler de ceux pour lesquels je suis venu ici, c'est-à-dire les prisonniers.
Mais avant, permettez-moi de vous donner quelques conseils. Ne restez pas dans les rues la nuit tombée. J'ai des conseils, mais retenez ce seul conseil qui en vaut dix milles. Je vous expliquerai les raisons dans une autre correspondance.
Comme vous le voyez, je manque d'élégance aujourd'hui et je suis sûr que vous savez que je le fais à dessein. Je suis en prison et ce qui compte ici, ce ne sont pas les mots mais plutôt le message que transmettent les yeux qui s'adresse à vous.
Je suis en prison pour avoir critiqué la société Ivoirienne, calcinée par les flammes de la dégradation morale. Nous vivons dans un pays où les valeurs morales se sont écroulées et où souffrent d'innocentes personnes, victimes des actes que nous posons au quotidien. L'objectif de notre association est d'aider les personnes victimes d'abus, d'injustice, du traitement inhumains et dégradant, afin qu'elles ne perdent pas espoir et ne se mettent pas à haïr notre société et tous ceux qui vivent autour d'elles. Voici mon combat.
Mais pour mener ce combat, il me fallait un repère et le premier repère que j'ai trouvé est notre « système judiciaire ». Par système judiciaire j'entends, non pas l'appareil judiciaire seul, mais plutôt l'ensemble constitué par la religion, la police, la gendarmerie, la justice et les prisons.
La religion, parce qu'elle a peur mission d'inspirer la crainte de Dieu et le respect des valeurs sociétales.
La police et la gendarmerie, parce qu'elles doivent inspirer non pas la peur, mais le respect et la confiance.
La justice, parce qu'elle a pour mission, non pas de rendre uniquement la justice, mais surtout de faire la justice. Ce qui n'est pas aisé.
Les prisons, parce qu'elles n'ont pas pour mission de punir uniquement, mais surtout d'éduquer le condamné, et lui offrir un nouveau départ.
A l'évidence, toute société dans laquelle ce « système judiciaire » dysfonctionne, comme c'est le cas de notre société, est une société en danger. Et c'est pour avoir dénoncé cela que je me suis retrouvé (fort heureusement), en prison.
A présent que je suis en prison, dois-je fermer les yeux sur e qui s'y passe et adopter la posture du singe de la gravure, au motif que je suis condamné ?
Non, je ne le ferai pas. D'abord parce qu'une telle attitude serait une terrible négation de mon combat et de ma nature profonde.
Ensuite, parce que ne peux pas faire injure à celui qui m'a envoyé dans cette prison, en pensant qu'il ne savait pas que, en agissant de cette manière, il m'offrait l'occasion de réaliser mon destin : celui d'œuvrer pour que les prisons retrouvent leur initial et ne soient plus des mouroirs et des lieux de déshumanisation. Non, il faut que je parle car celui qui m'a envoyé ici ne me tiendra pas rigueur de parler de ceux qui souffrent.
Je sais qu'il sait que je suis dans l'obligation de parler car il n'y a pas une autre solution et à l'impossible, nul n'est tenu.
Il sait que je dois parler parce que j'ai de quoi écrire Un livre d'au moins 800 pages sur ce qui se passe dans cette prison, sur les conditions de détention, sur l'infirmerie la nourriture (véritable insulte à la dignité humaine), sur l'eau qu'on sert aux prisonniers, sur l'installation électrique (véritable danger pour les détenus), sur la pédophilie, sur chaque prison de cote d'ivoire ( parce qu'il y a ici des prisonniers venant des prisons de l'intérieur), sur les opinions des prisonniers sur les autorités de ce pays, sur chaque magistrat exerçant à Abidjan, sur les maladies dont ils souffrent les prisonniers et enfin sur Dieu et ses miracles dans cette prison. Il y a donc de quoi écrire largement un livre de plusieurs tomes sur le système carcéral en côte d'ivoire.
Il faut donc, que je parle de ce qui se passe ici cela peut aider les autorités à ouvrir leurs yeux et à corriger certaines choses. Cela peut aider également les directeurs de nos prisons en général et celui de la MACA en particulier, assis sur un fauteuil éjectable car contraint a gérer 5000 personnes ans une prison construite pour 1500 personnes, avec tout ce que cela comporte comme risque débordements et d'évasions.
Dans le texte qui m'a conduit en prison, il y avait le paragraphe qui suit : « Enfin Dieu se rendit à la prison civile de la capitale pour interroger les prisonniers sur les pratiques qui y avaient cours leurs réponses lui fendirent le cœur. Il apprit que certains qui n'avaient commis que des petits délits passibles aux maximum de quelques mois de prison, étaient maintenues dans cette prison inhumaine depuis plusieurs années sans jugement, tout simplement parce qu'ils n'avaient personne pour les aider ou parce qu'ils n'ont pas assez d'argent pour acheter leur liberté (…) » (la justice, les criminels et la corruption). Nouveau Réveil du 14 / 12/2007.
Ceci n'explique t-il pas cela ?
Ce qui va suivre en est la preuve.
Chers camarades, faites bien comprendre à nos honorables magistrats, que mon intention, en produisant ce document, n'est pas de nuire à leur image, mais de contribuer à ma manière, à les aider dans leur tâche qui est à la fois immense et difficile. Les aider à se souvenir de certains dossiers qui sont dans leurs cabinets et dont ils ignorent peut-être même jusqu'à l'existence.
Dites –leur bien que je sais que je suis à leur merci, et qu'ils peuvent trouver à tout moment, quelque article insoupçonné dans le code pénal, pour réprimer tout ce que je ferai, dirai et même penserai dans cette prison.
Mais, dites-leur aussi que je sais que la justice est rendue au nom du peuple et que faisant partie de ce peuple, j'ai le droit de pleurer pour ceux qui souffrent.
Dites leur que, ce qui détruit moralement les prisonniers, c'est d'être enfermés pendants des années sans être jugés, être traités comme des coupables pendant des années sans jugement. De ne pas savoir quand est-ce qu'en va sortir de la prison. C'est cette incertitude qui est la première cause de moralité ici à la MACA.
Ici, c'est le moral qui tient le corps. Quand le moral s'évapore, le physique se désagrège et c'est la mort qui assurée.
Les gens qui sont enfermés ici sans jugement se comptent par centaines. En voici quelques cas.
1-ZIDA ZAKARIA
Mandant de dépôt : 14 janvier 2002
Délit : consommation de cannabis.
Détenu depuis 6 ans sans jugement.
Lieu de détention : Maca, bâtiment B, cellule 406.
Tribunal : 1er cabinet d'instruction, plateau.
En quelques mots : « j'ai reconnu les faites à la police et au parquet, mais cela fait 6ans que je suis détenu ans jugement.
Celui qui m'a vendu le cannabis et qui est venu à la Maca avec moi a été libéré depuis 5ans. Moi je suis là depuis 6 ans. Si je ne passais pas mon temps à faire le sport, je serais déjà mort ».
2- TIECOURA BENGO ROMAIN
Mandat de dépôt : 23 Novembre 2001
Délit : coups et blessures volontaires détenu depuis 6 ans 2 mois sans jugement
Lieu de détention : Maca, infirmerie.
Tribunal : D'abord Tiassalé, ensuite Yopougon.
Cabinet : inconnu.
En quelques mots : « cela fait plus de 6 ans que je suis en prison pour une simple bagarre. Mais cela n'a plus beaucoup d'importance parce que ce n'est pas sûr que je survivrai à cette année. Vous voyez bien dans quel état je suis. Il n' y a aucun médicament ici, même pas une aspirine. 6 ans sans jugement pour une bagarre, ils sont très forts »
3-DOUGOU KANITE
Mandat de dépôt : 4 juillet 2001
Délit : attentat à la pudeur. Détenu depuis 6ans 6 mois sans jugement. Lieu de détention : MACA bâtiment C.
Tribunal : 2 cabinet d'instruction, YOPOUGON. En quelques mots : « quand on m'envoyait dans prison, j'avais 72 ans. À présent j'en ai 79 ans. Cela fait plus de 6 ans qu'ils m'ont emprisonné sans me juger pour me donner l'occasion de prouver mon innocence. »
4- TIERNO FALL
Mandat de dépôt : 7 février 2002
Délit : vol de nuit en réunion.
Détenu depuis 6 ans sans jugement.
Lieu de détention : MACA bâtiment B, cellule 208.
Tribunal : plateau. Cabinet d'instruction : Inconnu.
En quelques mots : « Au départ, j'étais au 2° cabinet mineur du plateau. Mais depuis le 5 Avril 2002, on ne m'a plus appelé au parquet et je ne suis plus mineur depuis cette date. Je ne reconnais pas les faits et cela fait 6ans que je ne sais pas quel est le juge qui a mon dossier en charge afin que je puisse m'expliquer. »
5- TRAORE ABDOULAY
Mandat de dépôt : 7 décembre 2002.
Délit : vol en réunion avec effraction.
Détenu depuis 5 ans 2 mois sans jugement.
Lieu de détention : MACA, bâtiment B, cellule 301.
Tribunal : 5è cabinet d'instruction, plateau.
En quelques mots : « a la police et au parquet, j'ai reconnu les faits. Pourtant, cela fait plus de 5 ans qu'on ne me juge pas,
Si au moins on m'avait jugé et condamné pour ce que j'ai fait, je serais plus tranquille dans tête. Mais cette situation me rend fou. »
6- CISSE LAMINE
Mandat de dépôt : 9 juillet 2001.
Délit vol.
Détenu depuis 6 ans 7 mois sans jugement.
Tribunal : 3è cabinet d'instruction, yopougon.
Lieu de détention : MACA, bâtiment B.
En quelques mots : « j'ai reconnu les faits. Ce que j'ai fait est très grave. Mais ici j'ai rencontré Dieu. Je veux qu'on me juge pour que paie pour le mal que j'ai fait. Me garder en prison pendant 7 ans sans jugement, pour moi c'est comme si on se moquait de la personne a qui j'ai fait du mal. Si on ne veut pas me juger aussi, alors qu'on me libère pour que j'aille solliciter le pardon de ma victime, parce que ici j'ai rencontré et fait du mal n'est pas bon devant Dieu. »
NB. Je n'apprécie pas la sincérité des propos. C'est à la justice de le faire en les jugeant.
7-KOUAME KOUADIO SERGE PATRICK.
Mandat de dépôt : 12 mars 2001
Délit : vol a mains armées.
Détenu depuis 7 ans 10 mois sans jugement.
Tribunal : 2è cabinet d'instruction, plateau.
Lieu de détention : MACA, bâtiment B.
En quelques mots : « j'ai reconnu les faits. Mais cela fait bientôt 8 ans que je suis détenu sans jugement. Mes deux complices avec lesquels je suis venu à la MACA sont morts. Mon père et ma mère sont morts pendant ma détention. J'ai reconnu les faits mais on ne me juge pas pour que je sache quand je vais sortir. Depuis Novembre 2002, je n'ai pas été appelé au parquet. »
8- BAH HERMANN.
Mandat de dépôt : 28 Novembre 2002.
Détenu depuis 5 ans 2 mois sans jugement.
Tribunal : 2è cabinet mineur, plateau.
Délit : vol en réunion avec effraction.
Lieu de détention : MACA bâtiment B, cellule 207.
En quelques mots : « mon complice et moi avons reconnu les faits. Il a été libéré sans jugement, 8 mois après notre arrivée à la MACA. Aujourd'hui, je ne sais même pas depuis 4ans, dans quel cabinet je suis. Je suis ici depuis 5 ans sans jugement alors que j'ai rendu les pagnes que j'avais volés, le même jour où on m'avait arrêté. Et je suis toujours ici. »
NB. Selon l'article 393 du code pénal, la tentative de vol est punissable. Ce qui signifie que la restitution des pagnes volés est sans conséquence sur la commission de l'infraction.
9- SEBOGO BOUKARY
Mandant de dépôt : 22 Septembre 2000
Détenu depuis 7 ans 4 mois sans jugement.
Délit : attentat à la pudeur.
Lieu de détention : 5 ans à la prison de Grand-Bassam
Puis, depuis 2ans 4 mois à la MACA,
Bâtiment C, cellule 01.
Tribunal : INCONNU.
En quelques mots : « la maman de ma de copine avait demandé aux gendarmes de me corrige r parce que je suis sortir avec sa fille sur son toit. Les gendarmes m'ont gardés à la brigade pendant 2 mois et m'ont demandés le nom de mon père de payer 300.000 F CFA. Mais mon père n'avait pas eu l'argent et ils m'ont déréfé en disant que j'avais violé la fille, ce que j'ai nié. Et cela fait bientôt 8 ans que je suis en prison, sans jugement. La dernière fois ou j'ai rencontré un juge c'était en 2001. Depuis, on ne m'a plus appelé et je ne sais même plus où se trouve mon dossier. 7 ans 4 mois sans jugement, c'est-à-dire sans me donner l'occasion de m'expliquer. Je ne sais plus si mes parents vivent encore, parce que depuis 4 ans, je n'ai pas reçu une seule visite. »
NB. Encore une fois, je n'apprécie pas la sincérité des propos. C'est à la justice de le faire en le jugeant.
10- KONATE MOUSSA
Mandat de dépôt : 29 juillet 1991.
Délit : vol à main armée.
Détenu depuis 17 ans 6 mois sans jugement.
Lieu de détention : MACA, bâtiment B, cellule R-10.
Tribunal : 7e cabinet d'instruction, plateau.
En quelques mots : sans commentaires.
NB. Une histoire vraiment compliquée, liée sans doute à beaucoup de paramètre.
11- DOSSO JULIEN.
Mandat de dépôt : 1er Avril 2003
Détenu depuis 4 ans 5 mois sans jugement.
Délit : vol de nuit réunion.
Lieu de détention : MACA, bâtiment B, cellule 401.
Tribunal : 1er cabinet mineur, puis inconnu.
En quelques mots : « j'ai reconnu les faits. Mais je suis ici depuis bientôt 5ans sans jugement. Je ne sais même plus où se trouve mon dossier, vu que cela fait au moins 3 ans que je n'ai pas été appelé au parquet. »
OBSERVATIONS.
I. DE LA DETENTION PREVENTIVE
Article 137 du code de procédure pénale.
« La détention préventive est une mesure exceptionnelle. Lorsqu'elle est ordonnée, les règles ci-après doivent être observées. »
Article 138 Alinéa 2 du C.C.P. « En matière Correctionnelle et en matière Criminelle, l'inculpé ne peut être détenu respectivement plus de 6 mois et plus de 18 mois.
Toutefois, les dispositions visées à l'alinéa ci-après ne l'appliquent pas aux crimes de sang, aux vols avec circonstances aggravantes, trafics de stupéfiants, attentas aux mœurs, évasions, détournements de deniers publics ainsi qu'aux atteintes contre les biens commises avec les circonstances prévues à l'article 110 du code pénal. Dans tous ces cas, la détention préventive est prononcée pour une durée de 4 mois. Passé ce délai, si la détention apparaît encore nécessaire, le juge d'instruction peut la prolonger par une ordonnance spécialement motivée, rendue sur les réquisitions également motivées du procureur de la république. Chaque prolongation ne peut être prescrite pour une durée de plus de 4 mois.
Le juge d'instruction doit, à l'issue de ces délais, ordonner la mise en liberté provisoire de l'inculpé. »
Article 139 du C.C.P « En cas d'inobservation par le juge d'instruction des délais susvisés, l'inculpé est en détention injustifiée.
Chers camarades, je vous laisse la possibilité de vous faire votre opinion personnelle sur tout ce qui précède.
Je peux dire quant à moi, que tout le monde sait dans pays que nos magistrats travaillent pour la plupart, dans des conditions intolérables.
Mais cela ne saurait être une excuse suffisante pour maintenir quelqu'un en prison pendant plusieurs années sans jugement, quelque soit son crime.
Parce que, une personne jugées et condamnée a, sa disposition, beaucoup de recours a lui offertes, par la loi. Condamnée en premier ressort, elle peut être libérée en appel ou voir peine réduit considérablement ou confirmée. Le jugement présente donc beaucoup d'avantages pour le prévenu. Le jugement désengorge les prisons. Et puis, la détention préventive a pour fonction essentielle de garder le prévenu entre les mains de la justice, le temps pour le juge d'instruction de mener sereinement son enquête pour découvrir la vérité.
Mais quelle enquête un juge d'instruction peut-il être en train de mener dans une affaire de consommation de cannabis où le prévenu reconnaît les faits, au point de la garder en détention préventive pendant 6 ans sans jugement ?
Les 11 cas mentionnés ici ne sont que quelques uns parmi des centaines ici à la MACA. La conséquence immédiate est la surcharge intolérable de la prison. Et pour être surchargée la MACA est bien surchargée. Construite pour 1500 prisonniers, elle en contient aujourd'hui plus de 4800. Il y a des cellules où il y a plus de 70 personnes, comme la cellule 04 du bâtiment C.
Aux Bâtiments B et A il y a des effectifs beaucoup plus choquants, la capacité normale d'une cellule dans ces bâtiments étant de 20 personnes maximum. Essayez d'imaginer 70 personnes dormantes dans un espace construit pour 20 personnes. Les plus chanceux sont ceux qui dorment débout. Parce que, si vous commettez l'immense bêtise de vous coucher, vous devez rester coucher sur le même côté toute la nuit, à moins de vous levez chaque fois pour changer de côté, avec le risque de vous faire piquer votre précieuse place par un ‘'Observateur'' vigilant. Mieux vaut donc resté couché sur le même coté et supporter courageusement les crampes.
La MACA est donc surchargée, à cause des détentions préventives de « longue durée » et de certaines personnes qui n'ont rien à faire ici, telles que tous ces fous qu'on croise dans la cour de la prison et qui constituent un véritable danger pour les autres détenus.
Prévue pour 1500 personnes, la nourriture qui est servie aux 5000 prisonniers, une fois par jour (on ne va pas se plaindre pour ça, il y a 70% d'ivoiriens qui ne sont pas en prison et qui mangent une fois par jour), est largement insuffisante. Mais, ne nous y trompons pas hein !
Quant je dis nourriture, c'est par respect pour ceux qui mangent cette « choses ». En réalité, ce qui est servi aux prisonniers dans des demi barils et des casseroles âgées de 28 ans, est une vraie insulte à la dignité de l'espèce humaine. Je vous parlerai de cette nourriture de façon plus détaillée prochainement dans un « cahier de la MACA », une chronique que j'animerai quotidiennement, à ma sortie, sur notre site Internet ou dans les colonnes d'un journal de la place. Pour le moment, retenez que les mots s'enfuient de ma tête chaque fois que je veux parler de cette nourriture. Comment des êtres humains peuvent manger une telle chose et rester en vie ? Dieu est vraiment grand !
J'ai entendu quelqu'un s'écrier hier après avoir mordu avidement l'unique morceau d'igname qu'il avait pu se procurer à coups de poings.
« En plus, l'igname n'est même pas cuite. Et pour ça, on a failli casser mon œil. Mais Gbagbo a les foutaises quoi ! Il n'a pas d'argent pour nous nourrir et puis nous envoie en prison. » Et un autre de répliquer. « Mon frère on ne fait pas de politique en prison. Et puis, ce n'est pas Gbagbo qui t'a envoyé ici. Igname là, c'est cuit on mange, c'est pas cuit on mange après on va à l'infirmerie pour mourir en paix ». Un autre
Prisonnier, visiblement ne partageait pas ce point ce point de vue, avait voulu exprimer son opinion.
Mais la faim dont il souffrait depuis deux jours était si féroce que les mots restaient bloqués dans sa gorge.
Pour mourir, les prisonniers de la MACA meurent. Mais de cela, nous parlerons prochainement, car le cargo jaune vient d'arriver, en provenance de la civilisation et nous devons accueillir les « Nouveaux Voleurs ».
Comme je vous l'ai déjà dit, il n' y a plus de places ici. Mais comme ici la solidarité règne, nous allons leur trouver un petit endroit bien calme où ils pourront dormir débout, sans être gênés par qui que ce soit, à l'exclusion bien entendu, des souris et des cafards qui ici, n'ont peur de personne. Comme n le dit MACA : « ici, souris mange chat ». Le monde à l'envers en quelque sorte.
A bientôt donc chers camarades ! Faites fonctionner l'Association et n'oubliez pas d'allez voir qui de droit pour aider les 11 personnes dont j'ai parlées.
Insistez sur le fait qu'il s'agit de 11 personnes que j'ai choisies par tirage a sort sur des centaines de cas.
Insistez aussi sur le fait que tout ce que ces gens réclament, c'est qu'on les juge afin qu'ils sachent quand est-ce qu'ils sortiront de prison.
Je vous enverrai bientôt des nouvelles de moi. Prenez des dispositions, dès que vous aurez achevé la lecture de cette lettre, pour que quelqu'un parmi vous vienne s'enquérir de mes nouvelles chaque jour de visite, car on ne sait jamais trop prudent. Un appel venu du plateau pourrait bien m'arracher mon stylo. Pour tes possible ici. Mais bon, comme vous le savez, mon cerveau marche bien. Et puis, entre-nous ces bons messieurs n'avaient qu'à ne pas m'envoyer ici ! Ma grand-mère disait toujours qu' « on ne peut pas frapper un enfant et l'empêcher de pleurer ». remerciez nos amis de la diaspora ivoirienne et dites-leur bien que quand je sortirai de prison, nous réaliserons notre projet qui nous permettra de faire en sorte que les pauvres et leurs enfants ne soit plus interrogés avec violence dans un commissariat de police sans l'assistance d'un avocat, ou gardés à vue au violon d'un commissariat de police ou d'une brigade gendarmerie, pendant des semaines voire des mois et cela en violation flagrante et impunie de l'article 76 alinéa 2 du code de procédure pénale qui fixe le délai maximum d'une garde en vue 48 heures, renouvelables une seule fois.
Quant a nos amis de l'intérieur, dites leur que j'aurai un mot pour chacun d'eux à ma sortie de prison.
Ici, j'ai tellement de choses à apprendre et j'ai tellement de choses à faire pour mes amis prisonniers.
A bientôt donc et n'oubliez surtout pas de bénir DIEU tout puissant d'avoir autorisé que je vienne dans cette prison pour voir comment vivent ses enfants, comment on détruit la vie d'innocentes personnes, comment la vie qu'il nous a offerte est banalisée dans les prisons. Bénissez-le nous avoir offert la victoire, car les prisons. Car les états généraux de notre « système juridico carcéral » c'est pour bientôt.
Participez aux états généraux de la société civile ivoirienne qui ont lieu dans quelques jours et prenez de bonnes notes pour association.
Que Dieu nous garde !
P.S Il est 3 heures du matin. Au moment où j'écris ces dernières lignes, il se passe un événement tragique dans ma cellule. L'un de mes compagnons de cellule, Monsieur médar, un jeune entrepreneur, est pris d'un violent malaise et est en train de mourir. Il est tombé de son lit, se roule au sol et vomit abondamment. Mes deux autres compagnons et moi sommes paniqués et ne savons quoi faire pour l'aider. Le drame, le comble, c'est que cela fait plus de deux heures que nous appelons au secours, mais personne ne vient. Aucun surveillant, aucun garde ne dort dans les bâtiments et pourtant il y a une place aménagée a cet effet dans les batiments. La nuit tombée, ils nous enferment dans nos cellules et vont se coucher au greffe, à 500 mètres des batiments. Nous faisons du bruit avec tout ce que nous trouvons, mais personne ne vient et Médard commence à divaguer. Notre bâtiment se trouve pourtant a 10 mètres de l'infirmerie, mais de ce coté aussi il n'y a aucune réaction. Je m'étonne de cette attitude de la part de l'infirmier de garde mais un de mes compagnons m'interrompt : « l'infirmier ne viendra pas parce qu'il n' y a de garde. Le médecin et tous les infirmiers dorment en dehors de la prison. Même s'il y avait un infirmier de garde, il ne viendra pas parce qu'il n'a pas les clés du batiments. Les clés se trouvent avec les gardes au greffe. Ils entendent bien les bruits que nous faisons, ils entendent nos cris mais ils ne viendront pas. Notre vie n'a aucune valeur à leurs yeux… »
Apres ces mots de mon compagnon de cellule, je réalise subitement la précarité de notre situation.
Avec l'installation électrique anarchique dans les batiments, s'il s'agissait d'un incendie, nous serions tous morts calcinés depuis longtemps. Mais la posture de Médard me tire de mes réflexions. Le jeune entrepreneur ne bouge plus. Nous arrêtons faire de bruit. Ce n'est plus nécessaire. Nous mettons un pagne sur lui et voilà !
« Seigneur, protège nous. Vois comment l'on traite tes enfants. Ils nous ont envoyés ici pour nous tuer.
Aide mon compagnon. Ne le laisse pas te rejoindre maintenant. Il a deux petits enfants. N'autorise pas que ces eux enfants deviennent des orphelins. Ne les laisse pas triompher de lui. Il sorte bientôt de prison. Sois béni seigneur ! Accomplit ton miracle ! »
ASSALE TIEMOKO ANTOINE
Président de l'Association MVPC.
Prisonnier d'opinion à la MACA.
Source : service de communication de l'Association MVPV
Antoineassale02@yahoo.fr
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